L’après-midi d’un faune d'époque romaine

Le 04 février 2021, par Claire Papon

Va-t-elle semer la panique ? Sans en arriver là, cette représentation du dieu Pan – ou d’un faune – d’époque romaine ne devrait pas laisser les amateurs «de marbre».

Art romain, Ier-IIe siècle. Torse acéphale en marbre représentant le dieu Pan ou un faune, h. 81 cm.
Estimation : 80 000/100 000 


On ne sait pas vraiment qui furent ses parents – Hermès, Ulysse, Pénélope, Ouranos, Gaïa, Zeus, Callisto… – ni quelle fut sa descendance, tant il a courtisé de nymphes et de déesses, parmi lesquelles Écho et Séléné. Il était pourtant si laid en naissant, avec ses cornes et ses pieds de bouc, que sa mère l’abandonna en Arcadie. Hermès le transporta sur l’Olympe, enveloppé dans une peau de chèvre, où tous les dieux s’empressèrent de l'accueillir. Une unanimité qui serait à l’origine de son nom, Pan signifiant «tout». Mi-homme, mi-bouc pour certains, à l’image des satyres qui l’accompagnent, il aurait eu pour, d’autres, les traits d’un beau jeune homme avec une queue de chèvre. Notre dieu des bergers et des troupeaux mit en fuite les Titans de sa voix redoutable, et confectionnait des instruments de musique pour séduire ces dames. Le mot «panique» vient de son nom, tant il inspirait la peur… Cette représentation en marbre frappe par sa présence, et ses dimensions n’en sont pas la seule explication. Voyez plutôt sa facture, la finesse des détails et sa musculature. Si les attributs de sa virilité ont disparu – notre Pan était affublé paraît-il d’un sexe dressé –, sa silhouette impressionne. D’autant plus si on l’imagine à l’entrée d’un «bosquet sacré», lieu de culte agraire. Vénéré dans toute la Grèce antique, à Rome, il fut identifié tantôt au dieu Faunus, tantôt au dieu des bocages, Silvain. C’est au château de Boutemont, ancienne forteresse médiévale d’Ouilly-le-Vicomte, entre Lisieux et Pont-l’Évêque, également réputée pour ses jardins, que notre torse était conservé depuis la fin des années 1970. Tout comme une Diane chasseresse acéphale offrant un témoignage de la sculpture française du XVIIe siècle, tant dans le traitement du marbre que dans la finesse du drapé et la texture de la surface du corps. Certainement réalisée d’après une œuvre antique non identifiée, la déesse est reconnaissable grâce à son attribut principal, la biche (15 000/20 000 €).

Agenda
Au lever de rideau destiné aux amateurs de tableaux anciens, succèdent les tableaux modernes parmi lesquels une toile d'Eugène Berman, Venise, 1931, à la palette brune et à la perspective intéressante (5 000/8 000 €), une vue de La Rue Vieille du Temple, 1904, à l'aquarelle signée Raoul Dufy (10 000/15 000 €). Certaines vitrines sont occupées par un ensemble de céramiques de Marseille et Moustiers, Strasbourg et Sèvres ayant appartenu au peintre Henri Martin (150 à 6 000 €), d'autres par des objets d'Asie et d'archéologie parmi lesquels un fragment de sarcophage en bois stuqué polychrome représentant Isis les ailes déployées, de la période Ptolémaïque, est annoncée à 4 000/5 000 €. Comptez un zéro de plus (40 000/50 000 €) pour un buste en marbre blanc de la période antonine, de Lucius Verus à demi-nu, les cheveux et la barbe composés de longues boucles, 80 000/100 000 € pour un torse acéphale du dieu Pan d'époque romaine. La seconde partie de séance est ponctuée d'une Diane chasseresse (en marbre blanc) de l'école française XVIIe (15 000/20 000 €), un dressoir en noyer sculpté de l'école de Fontainebleau (fin du XVIe, Ile-de-France, 2 000/3 000 €). Patients, les amateurs de tapisseries tenteront leur chance sur une Scène de bataille tirée de l'histoire antique de Bruxelles ayant appartenu au peintre Henri Martin (fin du XVIe, 4 000/6 000 €), mais aussi sur un panneau de Beauvais d'époque Louis XIV, L'Offrande à Pan, ayant fait partie de la tenture des Grotesques à fond jaune, réalisée d'après les cartons de Jean-Baptiste Monnoyer (20 000/30 000 €).
mardi 09 février 2021 - 02:00 - Live
Salle 1-7 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
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