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Quand la terre chamottée inspire le sculpteur Eduardo Chillida

Publié le , par Philippe Dufour
Vente le 17 mai 2024 - 14:00 (CEST) - Salle 5-6 - Hôtel Drouot - 75009
Cet article vous est offert par la rédaction de la Gazette

Comme une énigmatique stèle d’avant l’Histoire, Oxyde 54 rappelle la fascination du plasticien espagnol pour ce matériau très humble.

Eduardo Chillida (1924-2002), Oxyde 54, 1980, argile chamottée et oxyde de cuivre,... Quand la terre chamottée inspire le sculpteur Eduardo Chillida
Eduardo Chillida (1924-2002), Oxyde 54, 1980, argile chamottée et oxyde de cuivre, monogrammé dans l’argile, 31 26 11,5 cm. Estimation : 120 000/150 000 
© ZABALAGA-LEKU, ADAGP, PARIS, 2024

Le 10 janvier dernier, le monde de l’art célébrait le centenaire de la naissance d’Eduardo Chillida, géant de la sculpture du XXe siècle, et créateur – entre autres – des spectaculaires « Peines del viento » accrochés aux rochers basques… Si ses œuvres, souvent monumentales et destinées à des espaces publics, ont su parler à chacun, c’est aussi en raison de l’emploi de matériaux bruts et authentiques : le fer, le bois, la pierre bien sûr, mais aussi la terre chamottée. Ce dernier médium compose Oxyde 54, une pièce massive sculptée en 1980, à la texture douce et magnifiée par un motif réalisé aux oxydes de cuivre.

Sculpter la terre vient assez tardivement dans l’œuvre d’Eduardo Chillida : c’est à Saint-Paul- de-Vence, chez les Maeght, ses amis et galeristes attitrés, qu’il découvre pendant l’été 1973 cette matière rude.

Fascinants «Oxidos»

Rappelons que la terre chamottée est une argile pure dans laquelle on a ajouté de la chamotte, autre argile déjà cuite et broyée, ou encore du sable, ce qui la rend plus dure une fois cuite… et la destine souvent à la fabrication de briques. Sculpter la terre vient assez tardivement dans l’œuvre d’Eduardo Chillida : c’est à Saint-Paul- de-Vence, chez les Maeght, ses amis et galeristes attitrés, qu’il découvre pendant l’été 1973 cette matière rude. Il se rappellera plus tard le contexte de sa révélation, initiée par un autre artiste espagnol, également invité : « Je travaillais à l’intérieur et j’ai entendu un bruit étrange, régulier, celui d’une masse que l’on travaillait et qui tombait, qui s’exprimait… Joan Gardy-Artigas était là, dehors, il travaillait ce matériau sonore, la terre chamottée. Cette rencontre fut un déclic ». Chillida commence à produire de premières pièces, comme autant d’étranges sarcophages, qui deviendront plus tard ses célèbres « Lurrak » (« terres » en basque). Très vite, il collabore avec le grand céramiste allemand Hans Spinner, toujours dans la même maison provençale d’Aimé Maeght. Apparaissent alors d’autres artefacts d’une grande complétude : les «Oxidos», sortes de blocs ou de stèles, parcourus des mêmes lignes labyrinthiques que ses œuvres sur papier. Issue de cette dernière série, notre sculpture a été montrée à la galerie Maeght à Paris, du 27 novembre 1980 au 15 janvier 1981, lors de la mémorable exposition « Chillida, Lurrak, Terres de grand feu ». C’est peut-être là que le collectionneur Parouïr Beglarian remarqua, avant de l’acquérir, cette œuvre très désirable. Aujourd’hui, bien répertoriée (n° 1980035) dans le Catalogue Raisonné of Sculpture de l’artiste (éditions Nerea, 2016), elle devrait susciter la même fascination, comme située à la jonction de toutes les recherches formelles de son créateur.

Arts d'après-guerre et contemporain
vendredi 17 mai 2024 - 14:00 (CEST) - Live
Salle 5-6 - Hôtel Drouot - 75009 Paris
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