Chagall et le peuple du Livre

Le 23 juin 2020, par Claire Papon

Cette composition de la dernière partie de la vie de Chagall montre l’art du peintre dans sa forme épurée, illustrant le thème classique du juif en prière.

Marc Chagall (1887-1985), Le Juif en prière, lavis, gouache, encre de Chine et crayons de couleur, 68,5 50 cm.
Estimation : 220 000/250 000 

Son format important, son style libre des influences de ses débuts et son sujet universel, inspiré du monde perdu de l’enfance, constituent les principaux atouts de cette œuvre sur papier. Réalisée dans les années 1975, c’est la production d’un artiste mature, original, redevenu lui-même. Peintre inclassable qui, dès ses débuts, aura du mal à trouver sa place au sein de l’enseignement artistique traditionnel, Marc Chagall doit ses débuts au maître académique de sa ville natale de Vitebsk (Biélorussie), Jehuda Pen, qui perçoit ses talents. Et sait l’encourager dans le milieu extrêmement modeste qui est le sien, où pratiquer la peinture revient à braver les interdits de l’éducation traditionnelle. Chagall racontait que le visage de son père, employé chez un marchand de harengs, ne s’éclairait que lors du commencement du shabbat pour s’endormir tout de suite après. Après Saint-Pétersbourg en 1907, où il goûte à «une vie nouvelle dans une ville nouvelle» et devient l’élève de Nicolas Roerich, pour se rapprocher ensuite de Léon Bakst, il se rend à Paris en 1910, dans le sillage de ce dernier. À l’image du monde artistique bouillonnant de la capitale française, sa peinture témoigne des influences du fauvisme et du cubisme, et se pare de couleurs intenses. De retour en 1914 à Moscou puis à Vitebsk, il fonde l’Institut pour l’art nouveau, où enseignent les suprématistes Kasimir Malevitch et Lazar Lissitzky, qui se chargeront de l’évincer de l’académie. L’art de Chagall, entre rêve et réalité, n’appartient pas au même monde… À Paris, Apollinaire l’appelle le «peintre surnaturel», et Breton voit en lui celui qui a «ouvert la voie au surréalisme». Le thème de l’homme en prière, simple vagabond, juif errant et peut-être image du père, vêtu du talit – châle rituel – et le front orné du tefillin – boîtier contenant un morceau de parchemin sur lequel sont inscrits des versets de la Torah –, apparaît tout au long de son œuvre. Notre tableau devrait trouver son public, à l’Ouest comme à l’Est, où il était conservé encore récemment.

Panorama (avant-vente)

L’esthétique de Pierre Székely

C’est entre 6 000 et 8 000 € qu’est espéré ce Zèbre circoncis, 1983 (28,5 38 15 cm) en marbre de couleur et onyx, acquis directement auprès de Pierre Székely (1923-2001) par l’actuelle propriétaire. Il fait partie d’un petit ensemble d’œuvres de l’artiste d’origine hongroise (estampes et sculptures) présenté jeudi 2, salle 4 à Drouot par Mathias & Oger – Blanchet. Initié au dessin et à la gravure dans son pays natal, puis à la taille directe de la pierre dans un camp durant la Seconde Guerre mondiale, il développe en grand format sa sculpture abstraite à son arrivée en France, en 1947. Une œuvre épurée et souvent ludique, à l’image de cet animal et d’un marbre noir, Être uni, daté 1959, pour lequel 8 000/12 000 € sont attendus.

Agenda
C'est Alexandre Théophile Steinlen qui met en scène cette séduisante affiche de La Rue en 1896 (220 x 295 cm) où l'on y voit des dames et des messieurs chapeautés, d'autres paniers au bras allant vendre leurs marchandises (15 000/25 000 €). Aristide Maillol met la femme au cœur de son œuvre, mais sous la forme d'une Baigneuse assoupie (huile sur panneau, 6 000/8 000 €), Pierre Auguste Renoir plante son chevalet devant un Paysage du Midi, environs de Cagnes-sur-Mer (vers 1885, 23 x 46 cm). Pour cette vision forcément ensoleillée, provenant d'une collection parisienne, comptez 70 000/90 000 €, sachant qu'il faudra se hisser à 220 000/250 000 € pour une toile des années 1975 de Marc Chagall, Le Juif en prière. Après une parenthèse consacrée à l'avant-garde d'Europe centrale et un ensemble d'affiches et lithographies (Archipenko, Javlensky, Lhote, Friesz, Gontcharova) issu d'une collection particulière (est. 200 à 2 000 €), et une autre réservée à l'art russe, place à l'art contemporain, dont Erró (peinture sur toile Nato, 1974, 25 000/30 000 €) et Pierre Szekely (sculptures et estampes) sont les figures principales. Des arts décoratifs début XXe, on a retenu un vase tubulaire de Daum en verre marmoréen orné de violettes et d'insectes rehaussés de dorure (18 000/20 000 €) et une Danseuse hindoue chryséléphantine de Claire Jeanne Colinet pour laquelle 2 000/3 000 € sont avancés.
jeudi 02 juillet 2020 - 14:30 - Live
Salle 4 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Oger - Blanchet
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