Picasso et Cocteau, artistes phares du XXe siècle

Le 10 septembre 2020, par Philippe Dufour

À Mandelieu, le génie solaire du premier donnait naissance à une puissante sculpture féminine, tandis que le second revisitait, à sa manière fantastique, les récits bibliques.

Pablo Picasso (1881-1973), Femme agenouillée se coiffant, 1906, bronze à patine brune, cachet du fondeur C. Valsuani «cire perdue», exemplaire original non numéroté, édité en 1968, 42,2 31,8 26 cm.
Adjugé : 340 200 

© Succession Picasso, 2020

C’est en 1906 que Pablo Picasso a conçu la première Femme agenouillée se coiffant, modelée en céramique dans l’atelier de son compatriote Paco Durrio ; quatre ans plus tard, le marchand Ambroise Vollard obtient d’en faire une première édition en bronze, de cinq exemplaires signés. Quant à l’original, le maître l’offrira au collectionneur Raoul Pellequier ; en 1968, ce dernier, avec l’autorisation de Picasso, commande à la fonderie Valsuani dix tirages supplémentaires, non signés mais numérotés. Aujourd’hui, quatre de ces derniers sont répertoriés : le 2/10 est conservé au Berggruen Museum de Berlin, le numéro 5 à la NY Carlsberg Glyptotek, à Copenhague, le 6/10 à la Kunsthalle de Hambourg et le 9/10, au musée Picasso de Paris… Le bronze présenté à Mandelieu-la-Napoule était donc la «pièce de fondeur» (42,2 31,8 26 cm) ; aussi devait-il être ferraillé jusqu’à 340 200 €, accompagné d’un certificat de Claude Ruiz-Picasso («Picasso Authentification»), daté du 23 octobre 2019. Son ami Jean Cocteau lui succédait dans la liste des meilleurs scores ; il faut rappeler que c’est Picasso qui a encouragé le poète à peindre, en 1950, lui qui dessinait seulement depuis les années 1920. On retrouve ici l’un de ces récits mythiques que Cocteau affectionnait, en l’occurrence l’histoire de Judith et Holopherne, tirée de l’Ancien Testament (voir l'article Jean Cocteau en grand format de la Gazette n° 29, page 80). De fait, il s’agit de la maquette (302 358 cm) exécutée, sous la direction de l’artiste, par le peintre Rougier pour une tapisserie monumentale en haute lisse ; celle-ci sera tissée par Joseph Bouret à Aubusson en 1951… Un décor, on le sait, qui avait été commandé vers 1948 par Francine Weisweiller pour sa villa Santo Sospir, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. D’une composition très élaborée et d’un coloris puissant, cette œuvre – présentée avec un certificat de Mme Guedras – devait décrocher 151 200 €.
 

Aubusson, atelier de Joseph Bouret, d’après Jean Cocteau (1889-1963). Judith et Holopherne, 1948-1949, gouache sur papier (trois panneaux)
Aubusson, atelier de Joseph Bouret, d’après Jean Cocteau (1889-1963). Judith et Holopherne, 1948-1949, gouache sur papier (trois panneaux) marouflé sur toile, 302 358 cm (détail).
Adjugé : 151 200 
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne