Château d’Artigny : Bugatti au sommet, mais aussi Rabelais, Gauguin et Rodin

Le 18 juin 2019, par Philippe Dufour

Deux panthères marchant, par Rembrandt Bugatti, étaient à l’affût pour la très prisée Garden Party de la maison Rouillac. Elles enregistraient 1 364 000 €, emportant au passage une treizième enchère millionnaire pour l’opérateur.

Rembrandt Bugatti (1884-1916), Deux panthères marchant, bronze à patine polychrome, signé sur la terrasse «RBugatti» et daté «(1)905», fonte à la cire perdue avec le cachet du fondeur, et le numéro de tirage manuscrit «1», 23 101,5 25,5 cm. Mme Fromanger.
Adjugé : 1 364 000 

Elles inscrivaient également le meilleur score jamais réalisé par un couple de panthères en bronze du sculpteur animalier italien (source Artnet). Surtout, ce tirage numéroté «1» est l’un des deux seuls exemplaires connus du groupe, un second ayant appartenu à Alain Delon (vendu 159 500 £ le 4 avril 1990, chez Sotheby’s, à Londres, soit 350 000 € en valeur réactualisée). Il bénéficiait d’une fonte à la cire perdue d’Hébrard, et d’une impressionnante patine polychrome. Nos deux félins brillaient aussi par leur provenance prestigieuse, car ayant longtemps orné l’appartement parisien du collectionneur André Bernheim (1879-1966), depuis leur achat en 1905. Ce bronze était accompagné par bien d’autres pépites (voir l'article Au château d’Artigny. Gauguin, Bugatti, Rodin ou Hiroshige… de la Gazette n° 22 page 176), composant un ensemble qui devait totaliser près de 4 M€ d’enchères, avec 80 % de lots vendus. À commencer par l’édition originale de Pantagruel et Gargantua, un volume in-16 carré (voir ci-dessous), adjugé 607 600 €, annulant le précédent record de 111 400 € du 25 juin 2009 chez Christie’s Paris.

François Rabelais (1483-1553), La Vie treshorrificque du grand Gargantua, pere de Pantagruel […], 1542, Lyon, François Juste, un volume in-16, carré, 
François Rabelais (1483-1553), La Vie treshorrificque du grand Gargantua, pere de Pantagruel […], 1542, Lyon, François Juste, un volume in-16, carré, 155 feuillets chiffrés. M. Veyssière.
Adjugé : 607 600 

Cet exemplaire à grande marge, imprimé à Lyon «chez Francoys Juste» en 1542, affichait de surcroît un parcours séduisant, car passé entre les mains d’un célèbre bibliophile du XIXe siècle, le comte de Lurde, dont il porte l’ex-libris. Sur les cimaises, d’excellentes surprises se succédaient, comme l’adjudication à 198 000 € d’un Bord de mer brossé par Gustave Courbet en 1865, répertorié dans le catalogue raisonné de l’artiste par Robert Fernier, sous le numéro 496. Encore des animaux de la savane avec d’autres bons scores attribués pour la sculpture ; telle une paire de lions stylophores, qui jadis soutenaient des colonnes à l’entrée d’une église d’Italie du Nord, entre le XIIe et le XIIIe siècle (85 500 €) ; ou encore un majestueux Lion marchant de Gaston Le Bourgeois, en bronze patiné, commandé par le soyeux François Ducharne en 1923-1924 (84 000 €)… Quant au tableau de plumes du Mexique du XVIIe siècle, il n’a pas trouvé acquéreur.
 

 
Provenant d’une grande collection africaine, ce majestueux éléphant chinois en bronze doré et émaux cloisonnés (h. 42 cm) arrêtait sa course à 51 000 €. Il est vrai qu’on le datait de l’époque Qianlong (1736-1795), et qu’il portait une intéressante étiquette au-dessous : «collection Bulgari, Rome». Le pachyderme supporte un vase balustre aux émaux bleus, d’où s’échappe un flot de nuages polychromes, supportant une auréole en néphrite verte incisée de nuages ; en son centre, une plaque en os représentant Guanyin, tenant un vase contenant une branche de saule (expert : cabinet Portier et Associés).
 
L’impressionnante Jardinière des Titans, modelée par Auguste Rodin en 1890, dépassait très largement son estimation maximale (voir l'article Une jardinière de Rodin comme un hommage à Michel-Ange de la Gazette n° 22, page 34) en s’envolant vers l’Angleterre, à hauteur de 142 000 €. La pièce de forme (h. 71 cm, diam. 50 cm) est le fruit de la collaboration du sculpteur avec son maître Albert-Ernest Carrier-Belleuse. Connue à cinq exemplaires seulement, cette jardinière en céramique émaillée a vu le jour dans les ateliers de la manufacture de Choisy-le-Roi.

 
Commandé par Valtesse de la Bigne (1848-1910), pour son château de Ville-d’Avray, ce bureau dit «amoureux» (104 139 80 cm), très art nouveau, a été acquis pour 27 000 €. Demi-mondaine mais aussi muse de Zola, Manet, ou Gauthier, entre autres, la collectionneuse a fait placer par l’ébéniste deux horloges en bronze doré sur ce bureau en bois naturel et noyer. Sur l’un des cadrans se lit l’inscription «Valtesse 1905». Son nouveau propriétaire, le marchand Benjamin Steinitz, a déclaré vouloir l’offrir prochainement au musée des Arts décoratifs de Paris, qui possède déjà le lit de parade de la célèbre «horizontale».
 
Le premier dessin connu de Paul Gauguin (1848-1903), daté 1865, a été adjugé 99 000 € à un collectionneur français qui devrait l’accrocher en Suisse. D’ailleurs, le sujet de cette aquarelle et encre de Chine, est un Chalet suisse en bord de Loire (28,7 43,5 cm), que le jeune débutant en art exécute d’après le croquis imposé par son professeur de dessin au lycée impérial d’Orléans, Charles Pensée (1799-1871) ; ce dernier l’a réalisé dans le village d’Erlenbach-im-Simmental, dans l’Oberland bernois. Cet étonnant témoignage a été découvert dans la descendance d’un certain… Désiré Gaugain, en Touraine.
dimanche 16 juin 2019 - 14:00 - Catalogue
Château d'Artigny, 92, rue de Monts 37250 Montbazon
Rouillac
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