Livres d’heures des XVe et XVIe siècles en majesté

Le 10 juin 2021, par Anne Doridou-Heim

La vitalité des ateliers d’enlumineurs et de calligraphes français des XVe et XVIe siècles était ici baignée dans la lumière.

Paris, vers 1460. Livre d’heures à l’usage de Paris en latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin par le Maître de Coëtivy, 167 feuillets, 13 19 cm.
Adjugé : 269 760 

Le psautier dit «d’Urfé», réalisé sous le règne de François Ier et paré d’enluminures illustrant la vie de David, avait fait la couverture de la Gazette n° 20 (voir l'article Le psautier d’Urfé, un manuscrit enluminé de bibliophile). Ce sont des inscriptions du XVIe siècle qui permettent de le rattacher à la dynastie bibliophile des Urfé, un nom bien connu de l’histoire de l’art pour avoir situé dans leur château de la Bâtie les amours d’Astrée et du berger Céladon – et avoir ainsi donné le sien aux précieuses porcelaines de Chine de ce vert unique. Complet de ses 166 feuillets, ce manuscrit humaniste de la plus insigne rareté suscitait une enchère de 247 332 €. Il cédait cependant la première place à un autre objet tout aussi précieux, un livre d’heures à l’usage de Paris, rédigé en latin et en français et orné vers 1460 de sept miniatures dues au Maître de Coëtivy (actif à Paris entre 1450 et 1485). Celui-ci fut en effet l’enlumineur d’un livre d’heures peint pour Olivier de Coëtivy, chambellan de Charles VII (voir l'article Livres d’heures, raretés du XVe siècle page 50 de la Gazette n° 21). Il est aussi réputé pour être l’un des meilleurs de son temps, juste derrière un certain Jean Fouquet… Nanti de tous ses bienfaits, le pieux ouvrage s’ouvrait à un résultat de 269 760 €. Et cela ne s’arrêtait pas là ! Deux autres livres composés autour de 1500 remportaient de beaux résultats. 67 600 € honoraient un manuscrit enrichi de miniatures par les Maîtres d’Étienne Poncher, de Jeanne Hervé et de Philippe de Gueldre. Il s’agit du fruit de la collaboration entre trois peintres œuvrant à Paris entre 1495 et 1510, illustrant le style libre et élégant répertorié comme celui du «nouveau répertoire parisien» et opérant la fusion entre les compositions de différents artistes ligériens. Enfin, 58 500 € étaient reçus par un ouvrage de dévotion, décoré de trente-cinq miniatures dont sept par le Maître de la Chronique scandaleuse – tenant ce nom de son œuvre la plus considérable, la Chronique scandaleuse de Jean de Roye (conservée à la BnF) – et vingt-huit par celui d’Étienne Poncher à nouveau. Autre atout de cet objet : ses couleurs chatoyantes ont été protégées, à l’abri derrière une reliure parisienne «à la fanfare» en maroquin rouge, probablement exécutée vers 1590.

Paris, vers 1520-1530. Psautier férial en français, manuscrit enluminé sur parchemin, avec sept grandes miniatures par l’artiste désigné c
Paris, vers 1520-1530. Psautier férial en français, manuscrit enluminé sur parchemin, avec sept grandes miniatures par l’artiste désigné comme «exécutant principal des Statuts de l’ordre de Saint-Michel», proche du «groupe Colaud», parfois comme «associé privilégié d’Étienne Colaud», 166 feuillets, complet, reliure du XIXe siècle, 10 16 cm.
Adjugé : 247 332 
vendredi 04 juin 2021 - 14:00 - Live
Binoche et Giquello
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