Embarquement immédiat avec Paguenaud

Le 12 mars 2020, par Claire Papon

Ce tableau figure en bonne place dans une dispersion sur le thème de l’Indochine. Spectaculaire par ses dimensions, il l’est aussi par le panorama qu’il offre de la baie d’Along.

Jean-Louis Paguenaud (1876-1952), La Baie d’Along, 1934, huile sur toile, 513 203 cm.
Estimation : 10 000/15 000 

Alexandrie, la Martinique, le Bosphore, Gibraltar, Ouessant, Biarritz, la côte dalmate, ces lieux ont au moins un point commun : la mer. Un thème qui a passionné Jean-Louis Paguenaud, peintre voyageur dont la fascination pour l’Orient s’exprime dès 1905 alors qu’il expose au Salon des indépendants et y reçoit un accueil élogieux de la critique. Ce panorama magistral, daté 1934, a été réalisé pour l’amiral Dumesnil, commandant en chef de la flotte française en Méditerranée. La sérénité du paysage fait écho à sa majesté, et à la douceur de la palette aux subtiles nuances de bleus et de verts discrètement rehaussés de teintes chaudes. Seul un esquif apparaissant au loin semble troubler les eaux de la baie mythique du nord-est du Vietnam, connue pour ses eaux turquoise, ses milliers d’îles couvertes de forêts tropicales et ses jonques. Curieux destin que celui de Jean-Philippe Paguenaud (apprenant la mort de son frère Louis, officier, le 11 septembre 1914, il ajouta son prénom au sien), né dans un hameau de Haute-Vienne d’un père gendarme, et qui sillonna les mers du globe à la recherche de nouveaux paysages. Rien ne le prédestinait à une telle existence si ce n’est peut-être quelques années d’enfance passées à Alger. De retour à Limoges, il s’oriente vers le dessin pour les manufactures de porcelaine, puis vers les beaux-arts de Bordeaux. En 1902, il embarque, à bord du bananier Le Ker Joseph, pour la Martinique, où il assiste à l’éruption de la montagne Pelée. Quelques années plus tard, il découvre les côtes africaines en naviguant avec son beau-frère, à bord de son yacht, La Triomphante. Nommé peintre officiel de la Marine en 1922, il poursuit ses voyages – Afrique, Asie, Amérique centrale et du Sud –, représentant paysages ou navires de guerre sur des mers démontées. Le Limousin restera toujours le port d’attache de celui que Paul Valéry surnommait «l’amiral des peintres et le peintre des amiraux».

Agenda
Deux jours durant, les salles 15 (le 17) et 6 (le 18) se mettent à l'heure de l'Indochine. La première vacation comprend livres et souvenirs historiques, affiches et publicité, archives familiales du gouverneur Pierre-Paul de la Grandière, photographies depuis 1866 et surtout peinture française. La plus disputée devrait être une huile sur carton de Joseph Inguimberty, Travailleurs dans les rizières de laquelle 50 000/80 000 € sont espérés, mais on surveillera également un panorama de la baie d'Along par Jean-Louis Paguenaud (10 000/15 000 €), des paysages d'Henri Mège et des dessins d'Alix Aymé, ou encore un étonnant bas-relief de Théodore Rivière et Émile Decœur composée de 23 éléments de céramique polychrome représentant des jeunes femmes chargées d'offrandes sous une architecture (12 000/15 000 €). On poursuit le lendemain avec le fonds d'atelier de Tran Van Ha, des souvenirs de la cour de Hué, des scènes de village de Bui Xuan Phai, et des laques de l'école vietnamienne dont deux œuvres d'Nguyen Van Rô (1921-1997), un panneau de 1950, Sur un bras du Mékong (20 000/30 000 €) et un cabinet de la même époque, en bois laqué sur lequel on aperçoit un paysage de bananiers sur ce même fleuve (12 000/15 000 €).
mardi 17 mars 2020 - 14:00 - Live
Salle 15 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Lynda Trouvé