La Cité du vin à Bordeaux, toute une épopée

Le 29 juin 2021, par Marie-Laure Castelnau

Symbole de la puissance du vignoble bordelais, la Cité du vin est un lieu culturel unique à l’architecture audacieuse. Hybride et originale, elle s’affirme aujourd’hui comme un symbole fort de la ville de Bordeaux.

© anaka - cité du vin - xtu architects

Sur les bords de la Garonne, veille un drôle d’animal imposant aux formes intrépides et à la peau métallique et brillante. Depuis son inauguration en mai  2016, la Cité du vin s’est fait une place de choix dans le quartier en pleine transformation des Bassins à flot de Bordeaux. Avec ses 2 240 panneaux d’aluminium, ses 925 panneaux de verre, et mille tonnes d’acier, l’allure contemporaine et audacieuse du bâtiment ne passe pas inaperçue, d’autant que, sur les quais alentour, les façades du XVIIIe siècle dominent. Évocation de l’âme du vin et de l’élément liquide avec « sa rondeur sans couture, immatérielle et sensuelle », l’édifice rappelle « le vin qui tourne dans le verre, le mouvement enroulé du cep de vigne ou encore les remous de la Garonne », selon les architectes, tandis que ses reflets dorés font écho aux pierres blondes des façades bordelaises et aux reflets du fleuve. L’ancien maire de Bordeaux Alain Juppé, à l’origine du projet, avait lancé, enthousiasmé par le bâtiment insolite : « Ce sera mon Guggenheim ! » L’édifice est en effet devenu l’emblème du renouveau de la ville, le symbole de sa modernité.
 

© mamie boude - cité du vin - xtu architects
© mamie boude - cité du vin - xtu architects

Un parcours original
Son architecture et la scénographie sont le fruit d’une étroite collaboration entre deux agences parisiennes : XTU Architects, pilotée par Anouk Legendre et Nicolas Desmazières, et l’agence anglaise de scénographie Casson Mann. Pour que le contenu et le contenant soient cohérents, les scénographes ont inventé, à partir du projet scientifique et culturel élaboré par la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, un parcours sur mesure. Ainsi, dans ce lieu culturel unique au monde, le vin est-il présenté sous toutes ses dimensions civilisationnelles, patrimoniales, culturelles et universelles. Les vignobles du monde entier sont mis à l’honneur avec des expositions permanentes et temporaires, des ateliers œnoculturels, des conférences et de nombreux événements. Le parcours permanent est le cœur de l’offre et a fait toute la renommée de la Cité. Sur 3 000 mètres carrés, l’histoire mondiale du vin se découvre à travers « une expérience interactive et sensorielle » d’une durée de deux à trois heures. Il retrace de façon novatrice l’épopée de la culture de ce breuvage, qui a inspiré les hommes et façonné leur vie et leurs territoires depuis des millénaires. « Explorez le vin à travers l’histoire, la géographie, l’art, l’économie, les sciences… Touchez ! Sentez ! Goûtez ! », s’amuse Sylvie Cazes, présidente de la fondation en question. Dix-neuf sections, d’une large variété de contenus, sont à découvrir : le voyage commence avec un survol des plus beaux paysages de vignobles du monde, grâce à une projection sur trois écrans géants, suivie de l’« allée des tendances », plongée dans le XXIe siècle et les bouleversements récents du secteur concernant les chais, les étiquettes, les contenants… Le « terroir des vignerons » invite une trentaine d’entre eux à se confier, sous la forme d’interviews, puis le « buffet des sens » propose une découverte des clés de la dégustation, grâce à un parcours ludique et olfactif autour des arômes et des couleurs de cette boisson, tandis qu’« une affaire de goût » dévoile les vins préférés de certains personnages célèbres comme Voltaire, Rabelais, Mozart, Hitchcock, Churchill ou Napoléon Ier. La « galerie des civilisations », véritable voyage dans le temps, propose de découvrir l’histoire de ce nectar, de l’Antiquité à nos jours, ainsi que les routes fluviales et maritimes empruntées depuis des siècles pour le transporter. Dans cette partie historique, on comprend l’évolution du vin, né en même temps que l’agriculture, il y a huit mille ans : dévolu à un usage largement cultuel dans l’Antiquité, il deviendra un élément central de la liturgie chrétienne, un remède pour l’homme du Moyen Âge, un objet de célébration littéraire, un symbole moral dans les Pays-Bas protestants, une boisson populaire au XIXe siècle et désormais mondialisée. Les sections suivantes livrent tous les secrets de fabrication du vin, les cépages, les familles, les associations conseillées par trois grands chefs en fonction des plats, des conseils d’experts, des sommeliers... Œuvres d’art, musicales, littéraires ou cinématographiques illustrent l’isolement et la déchéance dans laquelle peut conduire l’excès de consommation : extraits de films, tableaux de Jacob Jordaens, de Van Gogh ou encore de Paula Rego… Le parcours s’achève au huitième étage, à 35 mètres de hauteur, avec une dégustation. Dans cette salle entièrement vitrée, avec son lustre composé de milliers de bouteilles, la vue sur Bordeaux est époustouflante. Le projet aura coûté 8 M€, dont une partie financée par la ville, l’autre par les collectivités, des fonds européens, le département de la Gironde, la chambre de commerce et d’industrie et des mécènes.

 

Espace consacré aux six familles de vin.© anaka - cité du vin - xtu architects
Espace consacré aux six familles de vin.
© anaka - cité du vin - xtu architects

Une programmation renouvelée
Chaque printemps, la fondation élabore, sous la direction de Marion Eybert, une grande exposition artistique autour d’une thématique spécifique liée au vin. Après « Boire avec les dieux » (voir l'article 
Boire avec les dieux de la Gazette n° 24 du 18 juin), qui explore tout l’été les mythes liés au divin nectar, la salle des expositions temporaires de 700 mètres carrés accueillera un nouvel accrochage, au printemps 2022, sur « Picasso et le vin ». Puis, en 2023, Philippe Massol, son directeur général, espère « pouvoir mettre en scène un parcours de dégustation inédit, proposant une déambulation ». Les idées ne manquent pas, mais sont parfois difficiles à mettre en place, notamment en raison du statut privé de la Cité du vin. Car si le site appartient à la ville de Bordeaux, son exploitation est indépendante. Géré et développé par la Fondation pour la culture et les civilisations du vin – reconnue d’utilité publique –, le lieu ne reçoit aucune subvention publique. Sa mission ? Sauvegarder, valoriser et transmettre cette culture millénaire au plus grand nombre. « Notre viabilité dépend de nos recettes de billetterie, des ventes à notre boutique, de la privatisation d’espaces et du mécénat pour nos projets culturels, comme les expositions temporaires », précise Philippe Massol. Depuis 2016, le succès est là, avec plus d’un million de visiteurs depuis son ouverture, et 416 000 visiteurs en 2019. Ainsi, la Cité du vin est-elle classée quatrième musée le plus visité de France, hors région parisienne, derrière le musée des Confluences à Lyon, le Louvre Lens et le Mucem à Marseille. Autre particularité : c’est un établissement à forte dimension numérique, sans collections permanentes à conserver. Mais malgré les aides de l’État, la crise sanitaire a évidemment impacté la vie et les recettes de la Cité, faute de visiteurs notamment étrangers, qui représentent près de la moitié des recettes. Philippe Massol espère que les touristes français compenseront cette absence durant l’été. Car si le vin est à consommer sans excès, la Cité est à visiter sans modération !

à voir
« Boire avec les dieux », La Cité du vin,
134, quai de Bacalan, Bordeaux (33), tél. : 05 56 16 20 20.
Jusqu’au 29 août 2021.
www.laciteduvin.com
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