Un banquet tissé de Beauvais très bien garni

Le 12 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

L’entier mobilier provenant d’une chartreuse du Valois recevait 679 803 €, joliment servis sur une table de collation aux parfums exotiques.

Manufacture royale de Beauvais, premier tiers du XVIIIe siècle, tapisserie de la tenture de l’«Histoire de l’Empereur de Chine» représentant La Collation, signée de Guy Louis Vernansal (1648-1729), 333 394 cm.
Adjugé : 147 200 

On attendait la manufacture de Beauvais (voir page 65 de la Gazette no 41 du 29 novembre) avec une pièce issue de la tenture des «Maisons royales», mais c’est avec une tapisserie de l’«Histoire de l’Empereur de Chine» qu’elle a patiemment tissé sa toile pour obtenir 147 200 €. Son histoire est connue puisque cette série de six pièces a contribué à l’épanouissement du goût pour la chinoiserie en France au XVIIIe siècle. Mais, lorsqu’elle est mise sur le métier (à plusieurs reprises entre 1684 et 1732), nous sommes encore sous le règne de Louis XIV et au XVIIe siècle, donc, aux prémices de ce nouveau style. Entre 1655 et 1657, traversant les océans, une délégation de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales se rend auprès de l’empereur de Chine, Shun Chih (1644-1661), et en rapporte une moisson de documents. Les récits de voyages se multiplient, les missionnaires revenant avec des anecdotes et les objets commençant à arriver dans les cales des navires… Un attrait pour la Chine gagne l’Europe et en regard de sa série illustrant la vie du Roi-Soleil («Histoire du Roi»), Beauvais décide de lancer une autre suite, illustrant celle de l’empereur de ce lointain pays. Guy Louis Vernansal (1648-1729), Jean-Baptiste Blin de Fontenay (1653-1715) et Jean-Baptiste Monnoyer (1636-1699), les trois peintres cartonniers, vont faire preuve d’un minutieux travail documentaire pour coller au plus juste à ce qu’ils en imaginent alors. Malgré tout, cela reste naturellement une vision rêvée du Céleste Empire, mais entrée dans l’histoire comme étant la première chinoiserie de grande ampleur. La tenture aura une renommée incroyable et sera un véritable succès commercial, mais en 1731, un rapport de la manufacture déclarera que «le dessein (sic) des Chinois qui est des plus agréables de la Manufacture est si usé qu’on y distingue presque plus rien». C’est ainsi qu’aux environs de 1742, des cartons d’une nouvelle tenture chinoise seront commandés à François Boucher. Mais ceci est une autre histoire, justement en scène actuellement sur les cimaises du musée des beaux-arts de Besançon.

Panorama (après-vente)

À griffes et à plume

Moins connu que nombre de ses compatriotes flamands du siècle d’or, le l’Anversois Carstian Luyckx (1623-1670) retenait 92 160 € avec cette toile animée de Faucons et milans (117,7 145,5 cm). Pourtant, l’œuvre de cet animalier mérite de retrouver la lumière tant elle est de qualité, comparable à celle d’un Jan Fyt (1611-1661) ou d’un Guilliam Gabron (1619-1678), auxquels elle a d’ailleurs souvent été attribuée. Seulement quatre prix le concernant sont référencés sur Artnet, et ces rapaces ont facilement agrippé la seconde place, lundi 2 décembre à Drouot, chez Ader (cabinet Turquin).

Panorama (après-vente)

Casaque rouge, toque rouge

Au Prix de Diane de juin 1964, à Chantilly, le jockey Yves Saint-Martin, en selle sur Romantica, porte les couleurs de Gabrielle Chanel. Sa casaque rouge  ornée de brassard blancs pour plaire à la Grande Demoiselle, qui l’aurait voulue blanche, à la rigueur blanche avec toque noire  et sa toque de même couleur trottaient à la vive allure de 56 320 €, lundi 2 décembre à Drouot, dans la tribune d’Ader. L’ensemble a été réalisé en satin de soie par la maison Hermès, un peu surprise de cette demande. La couturière l’a elle-même vertement expliqué à un journaliste venu spécialement l’interviewer dans le paddock : «Mais j’habille les femmes, pas les chevaux» !

lundi 02 décembre 2019 - 14:30 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Ader
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