De la Sérénissime au Paris des années 1930

Le 09 juillet 2020, par Anne Doridou-Heim

Une collection de reliures déroulait son fil rouge à travers les siècles de la bibliophilie.

La Bible qui est toute la sainte escriture, à savoir le Vieil & Nouveau Testament, Lyon, Jan de Tournes, 1561, illustrée de 169 petites gravures sur bois de Bernard Salomon et de quatre cartes bibliques, reliure parisienne à décor arabisant doré et en partie ciré d’époque.
Adjugé : 16 292 

Dans le focus consacré par la Gazette à la bibliothèque C.L., à la fois érudite et différente (voir l'article Collection C.L., aux couleurs du temps de la Gazette n° 24, page 12), un Missale romanum, habillé de deux plats en tapisserie, affichait ses visages saints. Aux petits points, il se tissait un résultat de 5 013 € et ouvrait la porte à un véritable catalogue de reliures de tous types et de toutes époques. 4 386 € saluaient celle couvrant la seule édition imprimée par les Estienne – maison parisienne du premier tiers du XVIe siècle – du De inventoribus rerum de l’humaniste italien Polydore Vergil (ou Virgile, vers 1470-1555). Il s’agissait là d’une œuvre d’Hagué (1823-1891), qui s’est rendu célèbre pour ses «reliures pastiches à décor rétrospectif» – selon le catalogue. C’est le style Renaissance qu’il a choisi ici, avec les armes du connétable de Montmorency. On notera surtout les 16 292 € pour un bel exemple de bible protestante protégée par une pièce parisienne à décor arabisant doré et en partie ciré (reproduite ci-dessus) aux remarquables entrelacs, à la fois élégants et complexes. Mais il faut dans cette petite déclinaison donner les 5 639 € d’une reliure d’orfèvrerie de la seconde moitié du XVIe siècle, évoquant celles produites à Venise et venant ici revêtir un recueil de poésies spirituelles de Gabriele Fiamma (mort en 1585). Les deux maroquins de Pierre Legrain (pour Veterum Latinorum, d’André Lambert, et Le Cabaret de la belle femme, de Roland Dorgelès), affichaient à 5 013 € une égalité parfaite. La plus haute enchère, 22 558 €, récompensait comme il se devait l’édition ornée d’une subtile illustration de François-Louis Schmied des Climats, de la comtesse de Noailles, habillée pour l’occasion d’un maroquin vert émeraude rehaussé de filets dorés de Georges Cretté. La BnF préemptait trois ouvrages, signifiant ainsi une reconnaissance institutionnelle. En premier lieu, à 2 005 €, un spécimen de reliure à la fanfare signée Jean-Georges Purgold, figure majeure du XIXe, sur une première édition elzévirienne des œuvres poétiques (Poëmata) de Gilles Ménage (1613-1692), considérée comme un bijou typographique, puis le Récit de l’initiation sexuelle et l’éducation philosophique de Thérèse, attribué à Boyer d’Argens (1 173 €), et enfin un rare exemple de reliure mobile – c’est-à-dire extensible et amovible selon un brevet déposé par un certain M. Adam en 1828 – pour 1 754 €. Pas d’acquisition de bibliothèque, cependant, pour l’Office de la semaine sainte à l’usage de la maison du Roy, à la reliure arrachée par une main experte, juste une enchère de 1 754 €… Il s’agissait pourtant d’un document unique, témoignant de l’histoire parfois mouvementée du livre !

mercredi 01 juillet 2020 - 14:30 - Live
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