Paris, port de mer par Luigi Loir

Le 03 juin 2021, par Anne Doridou-Heim

Sous le pinceau de Luigi Loir, Paris devient un port de mer et livre une version originale du célèbre «Maman les p’tits bateaux».

Luigi Loir (1845-1916), Paris, port de mer, 1885, huile sur toile, 150 301 cm.
Adjugé : 289 560 

Débordant de charme, cette peinture de Luigi Loir naviguait en chantant sur l’eau du grand bassin du jardin des Tuileries pour aller y pêcher un record du monde de 289 560 € (source : Artnet). Exposée au salon du palais des Champs-Élysées en 1885, l’année même de son exécution, la toile, titrée Paris, port de mer, montre une image panoramique et en perspective d’un lieu emblématique de la ville, là où, depuis plus de cent cinquante ans, les enfants viennent jouer avec leur nourrice et leur famille et guident leur bateau sur l’eau à l’aide d’un bâton. Le bassin a été percé par André Le Nôtre, lorsqu’en 1664 Louis XIV et Colbert ordonnèrent que le jardin soit entièrement redessiné. Avec cette lumière délicatement bleutée – fidèle à celle que l’on connaît à Paris –, c’est un morceau de choix, délivré par un peintre étant par excellence celui de la capitale et de ses habitants grâce à ses précieuses qualités d’observation. En 1889, il recevait pour récompense une médaille d’or lors de l’Exposition universelle, celle-là même qui a vu naître la tour Eiffel.

Soulages et Redon, mariage pour le meilleur

Le 03 juin 2021, par Anne Doridou-Heim

Deux artistes prophètes en leur époque, le premier collectionné par Louis-Charles Libaude et le second inattendu avec un bronze, nouaient une alliance et s’envolaient.

Pierre Soulages (né en 1919), Bronze n° 2, 1976, épreuve en bronze patiné et doré, numérotée 3/5, Blanchet fondeur, h. 66,5, l. 88 cm.
Adjugé : 685 800 €

La collection Libaude, objet d’un Événement dans la Gazette n° 18 du 7 mai dernier (voir l'article L’œil noir d’Odilon Redon, un rêveur de l’infini… page 12), voyait logiquement ses œuvres d’Odilon Redon grimper au firmament. C’était le cas en particulier de la Grappe ou Marchand de ballons (voir page de droite), un fusain absolument magnétique qui entraîne le regard loin dans les limbes. Les ballons étaient lâchés à 317 500 €, alors que Le Prophète (54 46 cm) peint sur toile émergeait dans un halo de 205 000 €, que l’impressionnant Visage cellulaire (48,5 37,5 cm), lui aussi au fusain, attrapait 120 000 € et que Le Satyre au cynique sourire (35 27 cm) empochait 70 000 €. Le second versant attendu était constitué de trois œuvres de la Polonaise Olga Boznanska (1865-1940), peintre de l’âme elle aussi et qui avait séduit Louis-Charles Libaude avec ses portraits sortis de l’ombre. Celui présumé du collectionneur, exécuté vers 1904 (108 80 cm), retenait au plus haut 75 000 €, son Étude de jeune fille en noir (69 48,5 cm) étant décrochée à 58 000 € et son Autoportrait présumé dans l’atelier (69 48,5 cm), à 55 000 €. Totalement outsider dans cette vacation, Pierre Soulages ne se laissait pas distancer et, comme cela lui arrive, le maître centenaire empochait la palme, et un record mondial pour ce type d'objet. Cette fois-ci, on le découvrait en effet sculpteur ou plus exactement «extracteur», car c’est bien le motif de l’une de ses gravures – une plaque de cuivre découpée par l’acide – qui a été arraché au papier pour prendre son indépendance dans le bronze. Modestement estimée, l’œuvre, titrée simplement Bronze n° 2, laissait jouer les mouvements de la lumière sur l’inégalité de sa surface et fixait 685 800 €. Dans un entretien en 1999, Soulages expliquait n’avoir produit que trois bronzes, entre 1975 et 1977, car il s’agissait d’«un travail assez long, chaque pièce ne pouvant être qu’une épreuve originale».

Odilon Redon (1840-1916), La Grappe ou Le Marchand de ballons, dessin au fusain et à l’estompe, 38,5 x 27,5 cm. Adjugé : 317 500 €
Odilon Redon (1840-1916), La Grappe ou Le Marchand de ballons, dessin au fusain et à l’estompe, 38,5 27,5 cm.
Adjugé : 317 500 


 

vendredi 28 mai 2021 - 15:30 - Live
Beaussant Lefèvre
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