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Une tapisserie de Tournai du XVIe siècle : impériale !

Publié le , par Sophie Reyssat
Vente le 09 décembre 2022 - 14:30 (CET) - Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200 Neuilly-sur-Seine

Ce chef-d’œuvre de raffinement a été tissé à Tournai à l’orée du XVIe siècle pour Maximilien Ier. L’apparition sur le marché de ce monument historique fera date.

Flandres, ateliers de Tournai, début du XVIe siècle, Chasses et voleries impériales... Une tapisserie de Tournai du XVIe siècle :  impériale !
Flandres, ateliers de Tournai, début du XVIe siècle, Chasses et voleries impériales de Maximilien Ier en forêt de Soignes, tapisserie en laine et soie, 3,05 10,25 mètres.
Estimation : 800 000/1 200 000 

Depuis le XIIIe siècle, les appartements d’apparat des plus puissantes familles étaient réchauffés par des tentures couvrant les murs comme les meubles, donnant ainsi l’occasion à leurs propriétaires de s’y faire représenter entourés de leur proches, avec un faste propre à éblouir les visiteurs. Maximilien Ier (1508-1519), empereur du Saint-Empire romain germanique, n’en avait pas commandé une mais trois, aux ateliers de Tournai, dont la réputation allait croissant depuis le début du XIVe siècle. Les archives mentionnent ainsi : «Un triomphe de Jules César en huit pièces, contenant 400 aulnes (carré), une histoire de gens et bêtes sauvages de 300 aulnes (carré), une chambre de chasse et de volerie de 299 aulnes (carré) moyennant la somme de 1 410 livres tournois en l’an 1510». La tapisserie présentée aujourd’hui, longue de plus de dix mètres, ne constitue qu’un dixième du dernier ensemble, presque entièrement disparu. Elle permet d’imaginer l’effet produit sur celui qui entrait dans la galerie en étant parée, immédiatement transporté en pleine nature auprès d’une compagnie des plus brillantes, dont les visages ont pu être identifiés (voir Décryptage, page 14). De même, le château de Bouchout, reconnaissable à l’horizon, permet de déterminer que la chasse se déroule ici dans la forêt de Soignes, proche de Bruxelles. Mêlant des éléments encore médiévaux – comme les semis de plantes étagés sans profondeur, typiques des «millefleurs» – et une recherche de perspective propre à la Renaissance, créée par les collines et les souches d’arbres ponctuant le paysage, cette tapisserie témoigne d’un tournant qui s’opère à l’orée du XVIe siècle. Parfaitement décrites, les tenues confirment sa datation : la superposition des vêtements amples permet à la fois de braver les températures du petit âge glaciaire sévissant alors et de montrer son opulence, proportionnelle au métrage d’un tissu chamarré, volontiers rouge et or, rehaussé de broderies et de fourrures et parachevé par des manches démesurées. Cette ostentation dans la richesse vestimentaire a sans doute conforté les auteurs d’un document de 1643, et d’un inventaire de 1698, dans leur description erronée de ce tissage, parvenu au château d’Effiat dans le Puy-de-Dôme, comme une «tapisserie des Gobelins de haulte lisse représentant la Chasse du roy François» – resté dans les mémoires pour son faste. Rendu à Maximilien mais resté en France, ce monument historique est un chef-d’œuvre européen.

vendredi 09 décembre 2022 - 14:30 (CET) - Live
Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200 Neuilly-sur-Seine
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