Pierre Dumonteil, 35 ans de passion et de curiosité

Le 04 janvier 2018, par Caroline Boudehen

Entre Paris, New York et Shanghai, ce galeriste singulier incarne un certain savoir-faire français depuis 1982.

 

Pierre Dumonteil a ouvert, avec son épouse Dothi, sa première galerie à Paris en 1982, s’est établi à New York en 1995 puis à Shanghai en 2009. Marchand d’art international, il célèbre aujourd’hui ses trente-cinq ans de métier. Un anniversaire qui correspond également à l’ouverture de son nouvel espace de 300 mètres carrés au cœur de Shanghai. Réputé pour son expertise dans le domaine de la sculpture figurative moderne et contemporaine, Pierre Dumonteil s’est affirmé autour du thème animalier, dont il a été l’un des précurseurs en France. Mais il s’est surtout engagé, depuis ses débuts, à contribuer au rayonnement d’un certain savoir-faire français dans le monde. Un attachement qui lui a valu le titre de chevalier des Arts et des Lettres en 2010.
Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir marchand d’art ?
Je suis né en 1953 à Aubusson, célèbre pour son art de la tapisserie. J’y ai grandi dans la fréquentation des maîtres lissiers et des grands artistes cartonniers, de Lurçat à Picart Le Doux en passant par Lagrange, Gilioli et même Calder. Un tel environnement a eu certainement une influence sur mon destin. Par la suite, j’ai obtenu un diplôme de second degré en droit privé, complété par un autre en histoire de l’art. En parallèle, j’ai suivi jusqu’en 1980 la formation de commissaire-priseur à l’hôtel Drouot. Mais l’envie d’être marchand a été plus forte. C’est ainsi que mon épouse Dothi et moi-même avons ouvert notre galerie, animés par notre passion pour la sculpture figurative. Nos relations d’amitié avec Rodhia et Michel Dufet-Bourdelle ainsi qu’avec Étienne Martin ne sont pas étrangères à notre projet. Cela a été le début d’une merveilleuse aventure professionnelle commune, aujourd’hui partagée avec nos enfants.
Vous avez donc ouvert votre première galerie, rue de l’Université, à Paris, en 1982, avec une ligne bien spécifique.
En effet, le premier espace est, depuis son ouverture, dédié à la promotion de la sculpture figurative moderne et contemporaine, et des objets art déco des années 1930… mais aussi des représentations de la figure animale. Personne ne s’y était jamais intéressé avant. La galerie s’est établie à l’aide d’expositions d’artistes de renom, actifs entre 1930 et 1970, tels que François Pompon, Georges-Lucien Guyot, Rembrandt Bugatti, Diego Giacometti, Charles Artus, Marcel Derny, Pablo Picasso, Armand Petersen et Joseph Czaky. Grâce à une vaste mise en réseau avec des artistes et des collectionneurs, elle est devenue la première en termes de figures animales et d’objets représentant la nature à travers le monde. C’est un thème qui me passionne, et qui a fait la spécificité de l’espace à Paris.
Et aujourd’hui, comment fonctionnez-vous ?
Le siège de Paris se concentre sur la collecte permanente d’objets, les branches de New York et de Shanghai servent quant à elles à préserver l’esprit de l’entre-deux-guerres et à promouvoir les artistes européens de cette époque auprès des publics chinois et américains… même si, depuis plus de vingt ans, la galerie se consacre aussi à la découverte et à la promotion d’artistes contemporains. Aujourd’hui, des créateurs comme Daniel Daviau, Jean-Marie Fiori, Helmut Koller, Éric Pillot, Jean-Claude Meynard, Rubén Fuentes, Hubert Le Gall et Wang Keping partagent avec leurs prédécesseurs les murs de nos trois galeries.

 

Magnificience of Art Deco (I) Manufacture de Sèvres : «Revival of the Creativity»à la galerie Dumonteil Shanghai.
Magnificience of Art Deco (I) Manufacture de Sèvres : «Revival of the Creativity»
à la galerie Dumonteil Shanghai.
PHOTO SUSAN TAN


À Shanghai, vous vous permettez également d’exposer des coups de cœur, qui ne sont pas forcément en droite ligne avec l’ADN de la galerie.
C’est vrai et je m’en réjouis. Paris a la vocation de rester près de l’image initiale, de la thématique animale et de la nature. La Chine, elle, permet une diversification, une certaine audace dans le choix de ce que l’on va montrer. C’est un public extrêmement curieux. Nous exposons en général les mêmes artistes dans nos trois espaces, mais à Shanghai, nous consacrons ponctuellement des expositions à des artistes régionaux.
Comme votre dernière exposition personnelle de Nisky…
Exactement. A priori, il n’appartient pas à la ligne de la galerie, c’est de la peinture abstraite… mais c’est un vrai coup de cœur. C’est un jeune peintre, un artiste extrêmement doué. Je crois beaucoup en lui, c’est pour ça que j’ai pris le risque de lui proposer une exposition personnelle.
Concevez-vous aussi votre espace de Shanghai comme une vitrine de l’art «français» ?
Oui, c’est une de ses vocations : faire découvrir au public chinois les artistes hexagonaux de la galerie, mais aussi le savoir-faire français. Par exemple, nous exposons des pièces de la manufacture de Sèvres, des œuvres que nous présentons aussi dans les salons asiatiques auxquels nous participons. Je suis impliqué dans la promotion et la diffusion des œuvres de Sèvres en Chine : j’organise des collaborations entre la manufacture et les artistes ou, dans certains cas, je parraine des expositions avec des institutions, dont l’University Museum and Art Gallery, à Hong Kong.
Vos collectionneurs demeurent-ils majoritairement chinois, malgré votre estampille «France» ?
Oui ! J’ai très peu de collectionneurs étrangers ou expatriés. Probablement parce que dès le départ de l’aventure à Shanghai, j’ai décidé… d’être un Chinois en Chine ! Lorsque nous y avons ouvert notre premier espace, en 2009, c’était dans un quartier en friche, où il n’était pas commun de voir des étrangers s’installer et ouvrir une galerie d’art. Nous avons su, mon équipe et moi-même, fidéliser nos collectionneurs, grâce à la confiance qu’ils placent dans mes goûts et mes choix, et aussi par le nombre restreint d’artistes que la galerie représente. Je ne spécule pas, je préfère choisir puis soutenir quelqu’un tout au long de sa carrière. Les collectionneurs me font confiance pour cette raison, je pense. Je ne multiplie pas les contrats mais je promeus la rareté de chacun des artistes qui font partie de la galerie, et ceux-ci me font confiance. Je pense très sincèrement que pour revendiquer le statut de marchand d’art, on ne peut vendre que ce que l’on aime. Ce métier devient alors plus un partage qu’un commerce.
Entretenez-vous un lien spécial avec vos collectionneurs en Chine, différent d’avec ceux du reste du monde ?
Oui, c’est indéniable. C’est un lien de confiance mais aussi d’amitié. On ne voit ça qu’ici ! Cela peut parfois prendre un certain temps, mais lorsqu’une vente se conclut, c’est deux mains qui se serrent. Et c’est aussi une personne qui reviendra à la galerie.

Le déménagement de la galerie dans ce nouvel espace, spacieux et au cœur de l’ex-concession française, a-t-il changé quelque chose ?
Oui et non. Nous sommes ravis d’avoir pu acquérir ce sublime espace. Nous pouvons y proposer des expositions temporaires et d’avoir en parallèle une salle pour montrer des objets permanents, ainsi qu’un espace réservé à la consultation de catalogues. Nos collectionneurs continuent à venir, et bien sûr, ce nouveau lieu en attire d’autres… Une anecdote à ce sujet : une personne qui vivait à proximité de notre ancienne adresse s’est finalement décidée à acheter des pièces, car notre nouvel emplacement lui a fourni la preuve de notre qualité en tant que marchand d’art !

 

PIERRE DUMONTEIL
EN 5 DATES
1953 Naissance à Aubusson
1980 Après des études d’histoire de l’art et de droit privé, il est commissaire-priseur stagiaure à Drouot.
1982 Ouvre sa première galerie, rue de l’université, Paris.
1995 Installe un espace à New York
2017 Inauguration d’une nouvelle galerie à Shangai.

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