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Montréal : le prix d’une réhabilitation

Publié le , par Vincent Noce

L’arrangement conclu entre le conseil d’administration du musée des beaux-arts de Montréal et son ancienne directrice, Nathalie Bondil, clôt un chapitre dans lequel le grotesque l’a disputé au sordide. Son congédiement avait été un coup de tonnerre tant elle en était arrivée à personnifier un lieu en pleine expansion. « Le...

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L’arrangement conclu entre le conseil d’administration du musée des beaux-arts de Montréal et son ancienne directrice, Nathalie Bondil, clôt un chapitre dans lequel le grotesque l’a disputé au sordide. Son congédiement avait été un coup de tonnerre tant elle en était arrivée à personnifier un lieu en pleine expansion. « Le musée des beaux-arts, “c’est” Nathalie Bondil », s’était exclamée Nathalie Roy, la ministre de la Culture du Québec, « estomaquée » par la brusquerie de son départ. En quatorze ans, le budget avait augmenté de 18 à 28 M€ ; le nombre de visiteurs a triplé, atteignant près de 1,2 million ; la collection est passée de 33 800 à 43 600 œuvres. Le complexe a connu trois extensions, dont un pavillon dédié à l’art-thérapie, dont elle fit son dernier cheval de bataille. L’aura du musée peut être mesurée par la hausse des adhésions à sa société d’amis, dépassant les 100 000 (pour comparaison, celle du Louvre en compte 60 000). L’institution a brillé par une série d’expositions qui ont voyagé à travers le monde, de Catherine II ou l’histoire de l’art moderne à Cuba aux premières sur Yves Saint Laurent et Jean Paul Gaultier, en passant par celles montées avec Emma Lavigne, Warhol et la musique et Yoko Ono-John Lennon. L’été 2020, le CA était disposé à renouveler le mandat de Nathalie Bondil quand son président, Michel de la Chenelière, lui a demandé ex abrupto de signer une déclaration proclamant comme parfaitement régulière la nomination récente d’une directrice de la conservation. Or, il avait outrepassé ses fonctions pour choisir une candidate, Mary Desmarais, membre d’une grande famille québécoise, qui avait été classée par le comité de sélection dernière d’une liste de quatre postulants, en raison de son manque d’expérience. Nathalie Bondil avait consenti à la nomination, mais refusé de signer ce document. Le président l’a congédiée sur le champ, prenant en main la direction du lieu.

Le conseil du musée de Montréal reconnaît que le « professionnalisme » et « l’engagement » de Nathalie Bondil n’ont en fait jamais été en cause.

Le bilan est atterrant. Le musée s’est déchiré. Deux mois plus tard, son président a dû quitter le CA. Le projet d’une aile dédiée à Jean-Paul Riopelle, porté avec la fondation Riopelle et la province, assorti de dons de 70 M€ en œuvres, a été annulé et repris par la ville de Québec. En mai, la ministre de la Culture a déposé un projet de loi pour réformer la gouvernance du musée et assurer qu’il puisse « rendre des comptes ». Ayant licencié Nathalie Bondil, le président avait prétendu qu’un audit l’aurait rendue responsable d’un « climat toxique » au sein du musée. Il est maintenant admis que c’était inexact. Ce rapport, déposé en fait huit mois plus tôt, ne disait rien de tel. L’accord à l’amiable stipule que, même s’il « avait dressé un certain nombre de recommandations afférentes au climat de travail, Mme Bondil n’était pas visée personnellement par quelque allégation de harcèlement contenue dans la plainte ». « Quoiqu’en désaccord avec son approche quant à la gestion de cette situation, le CA ne remettait pas en cause son professionnalisme et son engagement profond et sincère envers le musée. » Il prend acte de son bilan, dont « le développement majeur des collections, le rayonnement international des expositions, les expansions ainsi que le développement exceptionnel des actions éducatives, sociales, inclusives et thérapeutiques». La déclaration jette un voile pudique sur le montant de la compensation due à l’ancienne directrice, qui avait demandé 1,4 M€ de réparation au tribunal. On sait combien le monde de l’art, en Amérique du Nord et au Royaume-Uni, est miné par le coût exorbitant des procès, qui se chiffrent en centaines de milliers d’euros. L’injustice veut que les administrateurs soient couverts par leur assurance, tandis que les dirigeants des musées sont laissés à eux-mêmes. Sans parler du prix qu’a payé le musée lui-même.

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