Mesure et démesure à Shanghai

Le 04 janvier 2018, par Carole Blumenfeld

Le World Expo Museum a ouvert ses portes dans la mégalopole chinoise le 1er mai dernier. un lieu monumental, entre démonstration d’innovations technologiques et quête d’identité.

Entrée du World Expo Museum, à Shanghai.
© Caroline Boudehen

Construit sur le site originel de l’Expo 2010 de Shanghai, au bord du fleuve Huangpu, le World Expo Museum est l’unique institution au monde entièrement dédiée à l’histoire des Expositions universelles. Il est le fruit d’un accord entre le Bureau international des Expositions (BIE) et la municipalité, adopté l’année même de celle de la mégalopole chinoise. Premier musée international du pays, il a pour mission de relater la naissance, l’histoire et les thèmes de ces manifestations mondiales passées et à venir, tout en soulignant leur portée, leur valeur historique et culturelle, ainsi que leurs ambitions pour le futur.
 

Hall 4, «A World of Challenges».  
Hall 4, «A World of Challenges».
© Caroline Boudehen



Prouesses technologiques
Son dessin architectural particulier la conception du toit (The Cloud of Celebration) a remporté le premier prix lors d’une compétition nationale de modèles architecturaux en 2015 a représenté un véritable défi technique et esthétique. Débuté en 2013, l’édifice s’étend sur une surface de plus de 40 000 mètres carrés répartis sur cinq étages, comprenant un centre de documentation actuellement fermé au public , un musée et un espace d’expositions temporaires. Plus de trois mille pièces, œuvres d’art, objets, vidéos et reconstitutions de monuments présents lors des éditions de 2010 à 2015, y sont actuellement présentées. Grâce aux nombreuses et nouvelles technologies interactives qu’il propose, le World Expo Museum fournit également une expérience immersive. En suivant un fil chronologique, chaque hall du parcours permanent évoque un thème spécifique que l’on peut expérimenter au moyen d’installations multimédia offrant, dans de spectaculaires mises en scène, une reconstitution de chaque édition, depuis la première à Londres, en 1851, jusqu’à celle prévue en 2020, à Dubaï. Le centre du musée, intitulé «L’événement du siècle», est quant à lui entièrement dédié non sans une certaine démesure à l’Exposition de Shanghai. Grâce à ses prouesses technologiques associant plusieurs supports et la 3D , le spectateur est ainsi convié à se plonger d’une manière proactive dans l’atmosphère de différentes périodes, définies par les progrès de l’humanité. Méthode divertissante et ludique pour traverser les époques, mais surtout pour faciliter le cheminement à travers l’immensité du lieu. L’une des principales missions du World Expo Museum est également de constituer une collection : il recueille ainsi, sous l’égide du BIE, une sélection de pièces provenant de chaque manifestation et les présente dans l’une des ailes du bâtiment. Mais aujourd’hui, seul un aperçu de ce fonds est visible : il comprend environ 28 000 éléments, dont la majeure partie est actuellement entreposée dans des locaux dédiés et inaccessibles au visiteur, malgré les nombreux espaces vides ou fermés de l’institution.

 

Le toit du musée, The Cloud of Celebration.
Le toit du musée, The Cloud of Celebration. DR



Une plate-forme atypique
En charge également d’«éduquer le public», ou du moins de le sensibiliser à l’esprit des Expositions internationales, l’établissement a pour objectif d’établir un partenariat actif avec les ministères et les organismes éducatifs en Chine et à l’étranger. Il vise ainsi à devenir un lieu d’activité et d’échanges mondiaux, en devenant un centre de recherche. Un service prévu dans les locaux non accessibles ? Impossible de le savoir à l’heure actuelle… Officiellement, le musée souhaite mettre en place des échanges universitaires pour mener des recherches associées aux thèmes des manifestations et en publier les résultats. Excepté une série d’ouvrages académiques sur des aspects traités par Shanghai 2010 et Yeosu 2012 (Corée du Sud), ainsi que sur l’histoire générale des Expositions universelles, aucune date ni aucun projet précis ne sont officiellement confirmés. Quoi qu’il en soit, le BIE entend bien faire de l’endroit son unique centre de documentation officiel, avec une bibliothèque, une salle de conférences, un centre de recherche et un dépôt d’archives littéraires ouvert au public. Nouveau point de repère culturel dans une ville qui n’en manque pas, le World Expo Museum veut se démarquer et devenir une plate-forme d’échanges atypique. Sa volonté de créer un groupe de réflexion international autour du développement humain, en revisitant les Expositions universelles de façon transversale, attribuerait à Shanghai un rôle pionnier dans le pays. Un concept prometteur si, comme beaucoup de ses semblables, il n’est pas abandonné en chemin… Difficile, dans la capitale économique de la Chine, de résister sur le long terme à l’éclosion de projets toujours plus novateurs, à un rythme toujours plus effréné.

À savoir
Le BIE, Bureau international des Expositions, est l’organisation intergouvernementale chargée de superviser et de réglementer toutes les Expositions internationales de nature non commerciale et s’étendant sur plus de trois semaines. Aujourd’hui, quatre principaux types de manifestations sont organisées sous son égide : les Expositions universelles, les Expositions internationales spécialisées, les Expositions horticoles et la Triennale de Milan. Créée en 1928 par trente et un pays, elle compte désormais 170 États membres,  et son siège est à Paris.

À voir
World Expo Museum, 818, Mengzi Road, Huangpu District, Shanghai, Chine, tél. : +86 21 23 13 28 18
www.expo-museum.org
www.bie-paris.org
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