Mathias Ary Jan un renouvellement dans la continuité

Le 20 janvier 2017, par La Gazette Drouot

La réussite de la Biennale et la défense du SNA : Mathias Ary Jan, président récemment élu du Syndicat national des antiquaires, annonce clairement ses objectifs. Plus qu’un défi, une affirmation.

  
© Galerie Ary Jan

Créateur de la galerie qui porte son nom, spécialisée dans la peinture française et européenne de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, privilégiant l’orientalisme et le symbolisme de la Belle Époque, Mathias Ary Jan est devenu, le 22 novembre dernier, le nouveau président du Syndicat national des antiquaires, cercle ouvert aux professionnels de l’art, riche de quatre cents membres. Sa tâche  dans un contexte international difficile et à la veille de l’élection présidentielle française, qui, on le sait, se traduit toujours par une période de ralentissement du marché de l’art  est ardue. Mais cette fonction, il l’a voulue, en pleine conscience des enjeux. Fier de cette Biennale devenue le fer de lance prestigieux du syndicat, il se met à son service, avec les membres du bureau, pour renforcer son attractivité. Explications.
«Mon élection est un renouvellement dans la continuité», avez-vous déclaré. Vous inscrivez-vous dans une position très consensuelle ?
Je suis membre du syndicat depuis quinze ans, ai été trésorier sous les deux précédentes présidences, je connais donc bien le syndicat de l’intérieur et suis conscient du degré d’investissement que nécessitent mes nouvelles fonctions. Je m’y suis engagé en connaissance de cause. Je m’inscris dans la continuité de la politique mise en place par Dominique Chevalier, qui a notamment posé les bases de l’annualisation de la Biennale. Le renouveau s’incarne aujourd’hui par l’élection au Conseil d’une nouvelle génération d’antiquaires, comme Fabien Mathivet, Alexis Bordes, Benjamin Steinitz, Corinne Kevorkian, Stéphane Turisk… Ce nouveau dynamisme apporte un élan formidable et une envie de travailler dans la collégialité. Oui, je revendique donc un renouvellement dans la continuité.
La Biennale est au cœur de vos ambitions, vous en avez certainement d’autres…
J’ai en effet de nombreuses idées pour le syndicat. Beaucoup a été fait sous la précédente mandature et je souhaite continuer les actions juridiques en cours, notamment celle concernant la problématique de l’interdiction de vente des ivoires, menée par Anthony Meyer. Il est nécessaire également de reprendre des relations privilégiées avec les pouvoirs publics.
Le nouveau nom de la Biennale est désormais acté, il s’agit de Biennale Paris. Vous ne tenez pas compte de son annualité ?
Garder le nom de «Biennale» ne me paraissait pas négociable. Se priver de cette référence historique  nous sommes les organisateurs du plus ancien salon d’antiquaires, créé sous Malraux en 1956  aurait été une erreur stratégique. Le monde entier connaît l’événement sous cette appellation. C’est presque une marque de fabrique ! Nous avons décidé de lui adjoindre «Paris» pour revendiquer la place de notre capitale dans le marché de l’art. C’est le dernier endroit au monde où autant de galeries et de magasins d’antiquités ont pignon sur rue et ce, dans toutes les spécialités.
L’édition 2016 s’est terminée sur un succès en demi-teinte, notamment en raison de l’absence des Américains. Comment comptez-vous les faire revenir ?
Il faut reconnaître que nous avons cumulé les difficultés. 2016 a été une année particulièrement difficile pour tous les secteurs liés au tourisme et à la culture en France, et plus particulièrement à Paris. Rien ne nous a été épargné et nous pouvons donc être plutôt fiers de nos derniers résultats. Cependant, il faut inciter les étrangers, américains et chinois notamment, à revenir fréquenter notre salon. C’est aussi pourquoi nous avons confié la présidence de la Commission Biennale à Christopher Forbes, américain de naissance et français de cœur. Avec cet ambassadeur mondialement connu, qui s’implique très fortement dans son rôle et nous permet des contacts grâce à son immense réseau de communication mis à notre disposition, nous irons à la rencontre des collectionneurs américains et leur démontrerons qu’il faut revenir, malgré l’état d’urgence et le fait qu’ils ne soient pas assurés par leurs compagnies. Christopher Forbes nous a invités à participer, en novembre dernier à Djakarta, à la Forbes Global CEO Conference, une sorte de Davos pour l’Asie. Cela nous a offert une opportunité exceptionnelle de
discuter avec des clients asiatiques.

 

Le Grand Palais abritera la Biennale des antiquaires jusqu’en 2020.  Photo DR
Le Grand Palais abritera la Biennale des antiquaires jusqu’en 2020.
Photo DR

Les Chinois avaient eux aussi fait défaut ?
Oui, et en raison d’un événement que nous n’avions pas pris en compte, les commémorations des quarante ans de la mort de Mao Zedong… Les grands collectionneurs étaient engagés à y participer et n’ont donc pas pu faire le déplacement.
Qu’en sera-t-il de la présence des joailliers lors de la prochaine manifestation ?
Sur ce sujet, je suis pour un juste équilibre. Il y a eu des excès lors d’éditions précédentes avec trop de stands accordés, ce qui a pu donner l’impression d’une omniprésence de la joaillerie. Mais quatre maisons présentes en 2016, c’était clairement trop peu et je suis en discussion pour un retour de certaines parmi les plus prestigieuses.
2016 a été marqué également par la venue de Paris Tableau, qui vient d’annoncer l’organisation d’un salon à Bruxelles. Que va devenir ce partenariat ?
Il faut faire attention aux raccourcis hâtifs. Paris Tableau est une entité indépendante et donc totalement libre de ses décisions. L’édition belge de juin ne nous concerne pas. La décision d’annualiser la Biennale et d’importants changements au SNA, autant de signaux forts pour le prestige de cette manifestation, ont convaincu ses membres de nous rejoindre. L’idée pour nous, outre de renforcer la présence des marchands de tableaux anciens, était d’apporter du contenu à la Biennale, notamment par l’organisation d’un cycle de conférences et d’expositions exceptionnelles.
Justement, vous avez ouvert la porte à de prestigieuses institutions européennes…
La Biennale n’est pas une foire, nous sommes sur un autre positionnement. Présenter une institution internationale ou une grande collection privée apporte un supplément de prestige. Avoir fait venir des chefs-d’œuvre du musée de l’Ermitage, des pièces qui pour la plupart n’étaient jamais sorties de Russie, est une réussite éclatante pour notre syndicat. Je peux d’ores et déjà vous dire que nous aurons cette année une seule et magnifique exposition et non trois comme en 2016. Elle sera présentée aux deux extrémités de la nef et viendra dynamiser ces deux pôles.
Qu’entendez-vous exactement par ces propos ?
Par le passé, de nombreux exposants ont pu se sentir défavorisés par leur positionnement. Ce n’est pas acceptable. Où que vous soyez placé, vous devez être bien placé. J’ai donc décidé une redistribution totale du plan. Cela passe par la fermeture du salon d’honneur en mezzanine, par trois allées qui seront à l’avenir de même largeur, et non une allée centrale plus spacieuse que les autres, ainsi que par la création de ces deux pôles d’exposition. J’ai également renouvelé le mandat de Nathalie Crinière. Elle nous a beaucoup apporté, car elle a su avec un décor magnifique, qui a fait l’unanimité, laisser la place aux exposants et donner à tous l’envie de passer de l’autre côté des miroirs pour partir à la découverte des merveilles proposées.

 

À SAVOIR
Biennale Paris, du mardi 12 au lundi 18 septembre 2016 sous la nef du Grand Palais
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