Biennale Paris, version 2019

Le 22 mai 2019, par Sylvain Alliod

À moins de quatre mois de l’événement, le point sur la prochaine édition de la Biennale Paris, avec Mathias Ary Jan, président du Syndicat national des antiquaires, qui veut en faire le coup d’envoi international de la rentrée.

Christopher Forbes et Mathias Ary Jan.

Il y a un an, les pronostics allaient bon train dans le petit Landerneau du marché de l’art. Aura-t-elle lieu ou n’aura-t-elle pas lieu ? Beaucoup ne donnaient pas cher de la peau de l’édition 2018 de l’ancienne Biennale des antiquaires, devenue Biennale Paris suite à son annualisation. De longue date en perte de vitesse face à la toute puissante Tefaf Maastricht, elle était décriée par certains au sein même du Syndicat national des antiquaires, qui l’organise. Au point que le «Biennale bashing» semblait être devenu un véritable sport national… Malgré ce climat délétère, la Biennale Paris ouvrait bien ses portes le 8 septembre 2018, après un traditionnel dîner de gala, qui s’est révélé être un véritable succès. Alors quid de l’édition 2019 ? Premier point, soutenu par le président du SNA, Mathias Ary Jan, il faut savoir tourner la page : «Si l’on voulait refaire une Biennale telle qu’il y a vingt ans, on ne pourrait pas, car beaucoup des grands antiquaires en mobilier classique composant les grands décors qui faisaient la marque du salon, ont soit cessé leur activité, soit changé leurs orientations, voire sont en retrait suite à l’affaire des faux sièges de Versailles.» L’absence des grandes maisons de haute joaillerie  autre marqueur historique et par ailleurs bailleur de fonds non négligeable  avait fait couler beaucoup d’encre. Leur retour n’est pas programmé : «Ces maisons ont aujourd’hui d’autres orientations, les collections sortent plus tôt, en juillet, donc la Biennale ne peut plus être pour eux le tremplin qu’elle était. Les collections sont désormais présentées à Monaco ou en Chine en août. D’autre part, ces grandes marques n’agissent plus groupées, mais de manière indépendante avec des expositions sur mesure.» Alors, face à la perte de ces deux facteurs importants de l’identité de l’événement, comment réagit le syndicat ?
Nouveau format
«Nous nous adaptons, on peut certes regretter l’ancien modèle mais la Biennale doit continuer à capter la lumière pour qu’à la rentrée, Paris soit le rendez-vous international incontournable du monde de l’art. Nous avons donc décidé de la dynamiser autrement. Tout d’abord, en changeant de format : la Biennale avait lieu de plus en plus tôt en septembre, en raison du calendrier de l’événement Chanel au Grand Palais, ce qui posait des problèmes aux exposants en raison des vacances d’été, et de l’habitude généralement prise de salons plus courts, surtout quand ils sont organisés dans les grandes capitales. Pour les galeries étrangères, venir à Paris pour deux semaines a un coût. Nous avons donc préféré raccourcir la durée de la Biennale pour pouvoir commencer mi-septembre.» Le dîner de gala aura lieu le mercredi 11 septembre, le vernissage le jeudi 12, et l’ouverture au public durera une semaine complète, du 13 au 17. Point fort de l’édition 2018, le dîner de gala, qui n’a d’équivalent dans aucune autre manifestation de ce type, avait été organisé en partenariat avec Haliph, fondation suisse présidée par le milliardaire et collectionneur Thomas Kaplan (voir Gazette 2017 n° 12, page 12 Le marché de l'art selon Thomas Kaplan), dédiée aux monuments historiques détruits en zone de guerre. «Beaucoup de mécènes avaient fait le déplacement pour soutenir cette belle et noble cause. Au regard de ce succès, nous sommes encore davantage associés avec Haliph. Nous sommes donc deux entités à promouvoir le dîner et ainsi faire venir de grands collectionneurs du monde entier. La fondation ne s’aventurerait pas à faire un dîner de gala si la Biennale n’était pas un grand salon international.» Depuis trois ans, a par ailleurs été initiée une politique d’exposition inaugurée avec une institution, l’Ermitage, suivie par une dynastie de collectionneurs, les Barbier-Mueller, et l’année dernière un collectionneur autodidacte, Pierre-Jean Chalençon. Un pas supplémentaire est franchi puisque l’invité d’honneur sera un pays, le Barheïn : «Il va exposer sur 400 mètres carrés son histoire et ses traditions, ainsi que des artistes contemporains, afin de montrer la richesse de sa culture. Il sera par ailleurs le point de référence principal de la nouvelle scénographie.»

Les grands collectionneurs qui viennent aux réunions apportent une belle énergie pour défendre Paris et l’art de vivre à la française.

Vetting et indépendance
Nouveauté par rapport à l’année dernière, des jeunes marchands sont invités à venir exposer à la Biennale : «Hervé Aaron avait eu l’idée de créer un tremplin de ce type, et je lui rends hommage car cela avait été une très belle idée. Nous réactivons cette initiative pour une douzaine de galeries françaises et internationales, très spécialisées, qui exposeront leurs découvertes sur des espaces de dix mètres carrés. Le rôle du syndicat organisateur de la Biennale est aussi d’aider ces jeunes à rencontrer les musées et les grands collectionneurs.» Le vetting, initié l’année dernière, excluant de sa composition les membres du Conseil d’administration et les exposants, reste placé sous la présidence de Michel Maket, président du SFEP et de Frédéric Castaing, président de la CNE. «C’est une preuve d’indépendance, un travail de vérité et de transparence fait en totale liberté. Et sont à nouveau présents un laboratoire d’analyse pour l’expertise scientifique et Art Loss Register pour les provenances.» Créée il y a deux ans, la Commission Biennale reste présidée par Christopher Forbes. «Ses douze membres se sont passionnés pour le projet, qui est de reconstruire un salon. Ces grands collectionneurs qui viennent tous les mois aux réunions apportent une belle énergie pour défendre Paris et l’art de vivre à la française. Cette année, deux femmes nous ont rejoints, Judy Price, fondatrice du National Jewelry Institut, et Becca Cason Thrash, membre du bureau des American Friends of the Louvre. C’est une commission qui se développe, qui est à l’action pour soutenir la Biennale. Nous avons d’autre part mis en place cette année un comité d’honneur composé d’un tiers de collectionneurs, d’un tiers de représentants d’institutions et de musées et d’un tiers de grands décorateurs. Il est présidé par le prince Pierre d’Arenberg, mécène et collectionneur, dont la présence contribue au rayonnement de la Biennale.»
Regarder vers l’avenir
Côté scénographie, le plan mis en place l’année dernière, salué pour sa fluidité et son absence d’angles morts, est maintenu. En revanche, un nouveau prestataire intervient, Stabilo, spécialisé dans la construction de stands. «Cela va être très nouveau pour la Biennale, explique Mathias Ary Jan, les exposants vont bénéficier d’un open space adaptable à leurs desiderata, laissant par exemple la possibilité à Benjamin Steinitz de faire ses magnifiques décors de boiseries, où à Claude Bernard d’imaginer quelque chose de plus contemporain pour exposer Sam Szafran. Les exposants sont nos clients, et ils doivent être traités le mieux possible.» Enfin, le partenariat avec Maison & Objet est poursuivi, inscrivant la Biennale dans le rendez-vous international donné à Paris à la rentrée. «Nous avons la chance d’être dans la dernière capitale au monde où il y a un tel réseau de galeries et de marchands, avec le Carré rive gauche, Saint-Germain, le Marais, le faubourg Saint-Honoré, le village suisse, le quartier Drouot, les Puces… Il faut que le marché parisien apprenne à penser “collectif”, que l’événement Biennale soit un rendez-vous où tout le monde regroupe son énergie, se tourne vers l’avenir, pas le passé. La Biennale, avec tous les autres salons parisiens, doit véhiculer l’image de Paris capitale des arts.»

à voir
Biennale Paris au Grand Palais.
Du 13 au 17 septembre 2019.
www.labiennaleparis.com 
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