Maria Wiik, une finlandaise à Paris

Le 20 février 2020, par Caroline Legrand

Provenant directement de sa famille, une dizaine de tableaux de Maria Wiik permettront de redécouvrir cette artiste, méconnue en France mais célèbre dans son pays, notamment pour y avoir introduit les courants modernes.

Maria Wiik (1853-1928), Portrait de Marietta, vers 1880, toile, 54,5 47 cm.
Estimation : 10 000/12 000 

Un regard perçant qui en dit long sur la force de caractère de cette jeune fille, vêtue d’un simple foulard noué sur la tête et d’une modeste veste à carreaux rouge et noir. Plus vrai que nature, son visage au teint rosé se détache du fond sombre de ce tableau peint par Maria Wiik durant l’été 1880, dans un style encore très proche du mouvement naturaliste français. Une belle figure qui compte parmi les travaux majeurs de l’artiste finlandaise, et qui est parfaitement recensée dans les ouvrages monographiques, notamment celui de Pia Katerma (Maria Wiik, 1954, Werner Söderstrom Osakeyhtiö). Tout comme les huit autres œuvres de sa main présentées lors de cette vente, elle provient de la descendance de sa sœur Emelia, installée du côté de Tours. Cet ensemble, accompagné de sept tableaux de l’école finlandaise – dont l’un représentant trois des frères et sœurs de Maria (dont Emelia, à gauche), daté 1853 et estimé 1 000/1 500 € –, comprend plusieurs portraits. Parmi eux, l’un, de petites dimensions (17 14,3 cm, 5 000/8 000 €), figure sa nièce Elsa enfant, la fille d’Emelia qui épousera un prince perse et écrira des contes et romans sur sa vie au pays des harems ; daté vers 1886, un Autoportrait est quant à lui estimé 10 000/12 000 €. Mais s’offrent aussi des scènes de vie intimistes qui démontrent que l’artiste a su faire sienne la leçon des peintres modernes français, en témoigne son Portrait d’enfant à la couture, prisé 5 000/8 000 €.
En quête de modernité
Maria Wiik s’adonne aussi aux couleurs claires et lumineuses chères aux artistes nordiques (Garçon sur la plage, 34,5 26,5 cm, 2 000/4 000 €), une autre aquarelle, Au bureau (1 500/2 000 €), laissant à penser que, comme beaucoup de ses contemporains, elle s’est laissé séduire par les estampes japonaises. Lorsqu’elle quitte Helsinki pour Paris, en 1875, la jeune femme est avide d’apprendre. Cette fille d’architecte, notamment du bâtiment de l’université du grand-duché de Finlande, a toujours vécu dans un milieu aisé et cultivé, dans lequel les arts avaient toute leur place. Après des cours à l’École de dessin, elle entre dans l’atelier d’Adolf von Becker, puis durant une année à l’Académie des beaux-arts d’Helsinki. Mais à Paris, c’est à l’académie Julian qu’elle s’inscrit. Située rue Vivienne, cette école d’art est la seule à accepter les femmes (les Beaux-Arts les refuseront jusqu’en 1897), et où elles peuvent étudier le nu masculin. C’est là qu’elle découvre les nouveaux courants, notamment grâce aux leçons de son maître Tony Robert-Fleury. De retour dans son pays, en 1880, Maria Wiik va à son tour enseigner à l’École de dessin, tout en continuant à voyager, en Angleterre notamment, et à exposer en France. Ainsi, au Salon des artistes français en 1880, elle présente avec succès deux portraits, dont l’un de Marietta, similaire au nôtre. Une œuvre chère à la peintre, qui la conservera durant toute sa vie, marquant le point de départ d’une brillante carrière, qui la verra par la suite s’orienter, sous l’influence de Pierre Puvis de Chavannes rencontré à Paris en 1889, vers le symbolisme.

mardi 25 février 2020 - 14:00
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Rouillac
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