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Jacques Lipchitz, une sculpture cubiste sur le thème du guitariste

Publié le , par Henri Guette
Vente le 30 mai 2024 - 18:00 (CEST) - Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009
Cet article vous est offert par la rédaction de la Gazette

Repris plusieurs fois dans ses débuts parisiens, le motif de l’Homme à la guitare a été pour l’artiste d’origine lituanienne l’occasion de développer une sculpture cubiste. Une épreuve en vente aujourd’hui permet de revenir sur les recherches de ce pionnier.

Jacques Lipchitz (1891-1973), Homme à la guitare, 1920, épreuve en terre cuite, signée... Jacques Lipchitz, une sculpture cubiste sur le thème du guitariste
Jacques Lipchitz (1891-1973), Homme à la guitare, 1920, épreuve en terre cuite, signée des initiales sur la base, datée XII-20 et numérotée 4/7, h. 46,5, base 22,6 21,6 cm.
Estimation : 380 000/450 000 €
© All rights reserved - Estate of Jacques Lipchitz

C’est, à le lire, le souvenir d’une scène de rue – un marin jouant de la guitare à Majorque – qui amène Jacques Lipchitz à s’approprier le thème du musicien pour la première fois en 1914. Arrivé à Paris quelques années auparavant pour entrer aux Beaux-Arts et fuir la Lituanie, où les pogroms se multiplient, l’artiste se cherche encore. Il suit l’enseignement des méthodes académiques, apprend le modelage et travaille le plâtre et, surtout, fréquente Juan Gris, Picasso, Modigliani… La découverte des masques et de la statuaire africaine exerce alors chez les peintres une fascination qui les amène à réexaminer le rapport à la perspective, à la représentation de l’espace et des corps. Témoin des débuts du cubisme, des expérimentations de la cordée Braque - Picasso et des expérimentations en volume de ce dernier, Jacques Lipchitz a sans doute vu comment la guitare est peu à peu, à force de collage et d’assemblage de cartons, sortie du dessin en 1912. L’instrument, avec ses ombres, le jeu entre l’intérieur et l’extérieur mais également les lignes de ses cordes, a en lui-même quelque chose de sculptural. Il symbolise à la fois la musique et un mode de vie, l’ambiance du Paris des cabarets, du Bœuf sur le toit et des nuits où se retrouvent les jeunes artistes après l’atelier. Jacques Lipchitz, avec son Marin à la guitare, fait un premier essai de transposition des expérimentations cubistes. Comme il le décrira lui-même : «La plus grande révélation peut-être qui m’a entraîné dans cette direction a été l’importance de la lumière pour la sculpture. J’ai soudain découvert que le volume, dans la sculpture, est créé par la lumière et l’ombre.»

Liberté retrouvée

Dans cette œuvre où la figure humaine est très présente et immédiatement reconnaissable, le geste semble arrêté, figé sur le vif et porteur de la joie d’un moment. Voisin de Zadkine, marqué par l’art des Scythes, Lipchitz poursuit ses recherches et reprend plusieurs fois le joueur de guitare, en 1915, en 1917, toujours debout et de plus en plus déconstruit. En 1916, il signe un contrat avec le marchand Léonce Rosenberg qui lui permet de travailler avec un tailleur de pierre alors que son état de santé ne lui permet plus la taille directe. Il poursuit le sujet des instrumentistes avec un joueur de clarinette et commence à asseoir ses figures avec une version d’un Homme assis à la guitare en pierre dès 1918. L’épreuve en terre cuite, en vente aujourd’hui – et estimée 380 000/450 000 € – est datée de 1920. Cette même année, Lipchitz présente une exposition personnelle à la galerie de L’Effort moderne, avant de rompre la collaboration pour regagner sa liberté et s’affranchir des pressions du marchand des cubistes. De fait, cette sculpture marque une transition pour lui et un changement de technique. Dans cette version 1920 de l’Homme à la guitare, dont le plâtre original est conservé au musée national d’Art moderne - Centre Pompidou, Jacques Lipchitz se montre conscient de l’espace négatif et commence à en utiliser les effets. Preuve de l’importance que l’artiste lui confère dans sa production, il en fait réaliser une version en pierre reconstituée et deux éditions de sept exemplaires en bronze et en terre cuite. Authentifié par le Pr. Kosme de Barañano, cet exemplaire numéroté 4/7 est similaire à celui que l’artiste offrit à son ami Jean Cocteau. Le vide permet de suggérer des parties du corps, de créer une vibration. Les personnages à la guitare se poursuivent dans la production de l’artiste jusqu’en 1928, allant toujours plus loin dans le jeu de tensions et d’équilibre.

jeudi 30 mai 2024 - 18:00 (CEST) - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009 Paris
Giquello
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