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Le Christ en Bon Pasteur sacralisé par Murillo

Publié le , par Sophie Reyssat

Appartenant à la même collection depuis plus de 250 ans, cette toile de Murillo, maître du Siècle d’or espagnol, a orné une église de Séville en 1665.

Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682), Le Christ Bon Pasteur, huile sur toile, 165 x 112 cm.Estimation :... Le Christ en Bon Pasteur sacralisé par Murillo
Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682), Le Christ Bon Pasteur, huile sur toile, 165 112 cm.
Estimation : 300 000/400 000 €. Adjugé 641 600 €.

Comme un berger prend soin de ses bêtes […] ainsi je prendrai soin de mon troupeau […]. La bête perdue, je la chercherai », peut-on lire dans le Livre d’Ézéchiel (34,12). La parabole du Bon Pasteur symbolise avec limpidité la mission du Christ, sauveur des pécheurs qui se repentent. Bartolomé Esteban Murillo a ici choisi de le représenter enfant, afin de mettre l’accent sur la douceur et la pureté de cet ambassadeur du divin, et de susciter l’empathie des fidèles. La composition choisie par le peintre, ainsi que sa technique, renforcent l’émotion qui se dégage du sujet. Posant une main protectrice sur la tête de sa brebis, et levant les yeux en accompagnement de son geste dressant son bâton comme pour prendre son Père à témoin, le Christ est l’image même de l’intercesseur entre la terre et le ciel. Son visage irradie d’une lumière toute divine. Modelant ses traits et estompant les contours avec velouté, elle fait jaillir le Sauveur de l’obscurité en le nimbant d’une aura symbolique. Le rose pâle de sa modeste tunique, et l’or de ses cheveux, s’opposent en outre aux sombres tons bruns, gris et bleus du monde prosaïque que l’on devine à peine. À la suite du concile de Trente, en 1545, le vent de la Contre-Réforme a semé les graines d’une ferveur renouvelée, telle que l’Europe n’en n’avait pas connue depuis le Moyen Âge. Cette évocation du Bon Pasteur s’inscrit dans ce contexte. Fréquemment représenté dans les catacombes dès le IIe siècle – le Christ se tient habituellement au milieu de son troupeau pour le défendre contre un loup ravisseur ou rapporte sur ses épaules la brebis égarée –, le thème a connu une longue éclipse entre l’époque médiévale et le XVIe siècle. « L’art du peintre a parfois produit pour la conversion des âmes des effets plus grands que la parole du prêtre », analyse Francisco Pacheco dans son ouvrage El arte de la pintura, su antigüedad y grandezas, publié à Séville en 1649, alors même que Murillo réalise plusieurs œuvres pour le couvent de San Leandro. Seize ans plus tard, son Christ Bon Pasteur est choisi par le chanoine don Justino de Neve pour orner l’autel provisoire de l’église Santa María la Blanca, inaugurée après sa reconstruction. Il est alors présenté en pendant d’une autre toile montrant Saint Jean-Baptiste avec un agneau, lui aussi figuré enfant (voir page 12). De 1662 à 1665, le peintre a largement participé au décor de l’édifice religieux. Sa réputation n’est alors plus à faire auprès de ses contemporains, comme en témoigne la collection de Neve, qui comptait près de quatre-vingts tableaux du maître au moment de son décès.

mardi 28 juin 2022 - 15:00 (CEST) - Live
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