Irremplaçable Notre-Dame

Le 12 décembre 2019, par Claire Papon

Pour la 10e édition de Paris mon amour, la maison de ventes a fait les choses en grand avec cette maquette rendant hommage à ce qui demeure l’un des édifices les plus emblématiques de la capitale.

Maquette de la cathédrale Notre-Dame de Paris, bois, plâtre, terre cuite, résine, vers 1940, 248 314 140 cm. Estimation : 20 000/21 000 

Nul ne sait, semble-t-il, dans quelles circonstances cet objet a vu le jour. Pas plus le musée privé du nord de la France qui le conservait dans sa cave, que le propriétaire qui le lui a acheté il y a une dizaine d’années et s’en sépare aujourd’hui. Notre maquette, démontable et fournie avec sa boîte, affiche des proportions extrêmement généreuses et un impresssionnant réalisme. À la mesure de sa grande sœur… Des fouilles archéologiques, au XVIIIe siècle, ont révélé des vestiges d’un temple antique. Deux édifices religieux se sont succédé au fil du temps sur le site actuel : une église construite au IVe siècle, remplacée deux cents ans plus tard par une basilique à cinq nefs dédiée à saint Étienne. Malgré ses dimensions presque équivalentes à Notre-Dame, le bâtiment n’est plus adapté au nombre de fidèles, ni aux besoins de l’Église. Intronisé évêque de Paris en 1160, Maurice de Sully décide de remplacer l’ancien édifice par un bâtiment dont la majesté et la splendeur doivent égaler, sinon dépasser, le Temple de Salomon ou la Jérusalem céleste décrits par saint Jean dans L’Apocalypse. Le prélat français, célèbre jusqu’en Angleterre pour ses sermons, prévoit dès le début des travaux l’emplacement du parvis, badauds et fidèles devant s’imprégner au premier regard de la grandeur du lieu, et donc de la puissance divine. Le chantier est colossal. Pour faciliter l’accès à l’île, Louis VI ordonne la construction d’un grand pont, appelé «pont au Change», et Sully fait percer une grande artère de 6 mètres de large, rue Neuve-Notre-Dame, utile autant au chantier qu’aux processions. L’architecte, en revanche, reste anonyme. La première pierre est posée en 1163 par le pape Alexandre III, mais il faut attendre 1345 pour que la cathédrale acquière la forme qu’on lui connaissait jusqu’à il y a quelques mois : 127 mètres de long, 40 mètres de large, 33 mètres de hauteur. Plusieurs phases de construction se déroulent entre le XIIe et le XIVe siècle. Vingt et un hectares de chênaies sont engloutis pour réaliser l’une des plus imposantes charpentes de l’époque, chaque poutre provenant d’un arbre différent.
En attendant Hugo
Lieu de célébration d’événements importants pendant plusieurs siècles, l’église connaît ses heures sombres sous la Révolution. Une partie de son trésor est vendu ou pillé, des statues détruites, du mobilier et des tableaux dispersés, la flèche s’écroule. La cathédrale devient un temple de la Raison puis un entrepôt des vins de la République ! Il faut attendre le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, en 1831, pour que les Parisiens redécouvrent cet édifice et prennent conscience de la nécessité de le préserver et de le restaurer. Ce qui sera fait à partir de 1843 par Eugène Viollet-le-Duc. Notre-Dame avait rarement fait l’objet d’une telle couverture médiatique avant le terrible incendie du 15 avril dernier. Notre maquette suscite déjà la convoitise d’amateurs français. L’archevêché a été prévenu mais ne s’est pas (encore) manifesté. Les voies du Seigneur sont impénétrables…

mardi 17 décembre 2019 - 13:30 - Live
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Lucien Paris
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