Les malheurs de Paris

Le 02 juillet 2020, par Vincent Noce
Source wikipedia commons.

Dès la fin du confinement, les encombrements, la pollution et la saleté ont repris possession des rues de Paris, au moment où se jouait le second tour de l’élection municipale. Après les tentatives de suicide assez réussies du côté de la majorité présidentielle, la voie était ouverte à la reconduction d’Anne Hidalgo. Pour les amoureux du patrimoine, ce n’est pas une bonne nouvelle. Où se tourner ? De la relation que Rachida Dati entretient avec la culture, on se souvient surtout de l’appui public apporté à Aristophil, sans un mot depuis pour les 18 000 épargnants laissés sur le carreau. Quant aux Verts, ils ne tiennent pas grief au maire sortant de la destruction des serres et du jardin d’Auteuil et de son engouement pour le béton et les tours. Le dégoût de l’environnement urbain n’est pas étranger à l’exode des citadins vers les campagnes. Le discours infantile de la «végétalisation» est un leurre pitoyable visant à faire oublier les drames de l’urbanisme et de l’architecture. Le comble du ridicule est atteint par le montage d’une serre de dix-huit mètres de hauteur sur la tour Montparnasse et l’alignement d’arbres annoncé sur le pont d’Iéna, le seul souci étant, comme l’a fait remarquer Sibylle Vincendon dans Libération, que les arbres ont besoin d’espace et aussi de terre… Le bilan est peu reluisant. Il y eut la période de la culture festive (la plume de Philippe Muray nous a bien manqué), atteignant l’ignominie quand la ville s’est associée à Airbnb pour un concours couronné d’une «Night at Halloween dans les Catacombes» (oui, c’est ainsi qu’on parle désormais à la mairie) ; l’amitié sans borne pour Marcel Campion, qui maintenait sa grande roue illégalement dans l’axe des Tuileries ; l’enlaidissement encore accentué des Halles – une prouesse sans doute. Désormais, il y a la volonté de renouer avec les gratte-ciel de l’ère Pompidou, dont la tour Triangle est un symbole. Dans le même temps, il suffit de se promener dans les rues pour voir les fontaines vides jonchées de sacs-poubelles et les sculptures qui disparaissent des monuments religieux. «Aucune capitale occidentale n’offre un patrimoine religieux en si mauvais état», relève l’historien de l’architecture Alexandre Gady dans une analyse des maladies chroniques de la ville, parue dans la revue Commentaire. Comme Saint-Sulpice a été désignée temporairement cathédrale, les fidèles et touristes peuvent constater l’état désolant de ses vitraux et peintures murales. La bévue de l’annonce d’un don de 50 M€ pour la reconstruction de Notre-Dame, quand la municipalité ne parvenait même pas à dégager la quinzaine de millions promise annuellement à la restauration de ses églises, a un peu rouvert les caisses, à défaut de réveiller les consciences. Mais il faudrait plus de dix fois cette somme pour sauver ces bâtiments – et édifier une chaîne d’entreprise et d’expertise encore déficiente. Les travaux ont enfin commencé à Saint-Philippe-du-Roule, un chapeau été posé sur Saint-Vincent-de-Paul. Une seule chapelle a été restaurée à Saint-Sulpice mais les autres sont dans un état pitoyable, tout comme celles de Saint-Séverin ou Notre-Dame-de-Lorette. Des façades ont été refaites, mais les intérieurs sont laissés à l’abandon. La ville agit dans l’urgence alors que son patrimoine religieux aurait impérativement besoin d’un programme d’ensemble. Avec une dette de 5,7 Md€, avant même les effets de la crise économique et de la folie des jeux Olympiques, la marge de manœuvre est faible. En attendant la reprise des fêtes, auxquelles le Covid-19 a mis un coup d’arrêt, plantons des arbres.

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