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Deux jours de succès pour une vente «classique»

Publié le , par Christophe Provot

Deux préemptions, un record du monde et un total de plus de 3 M€… Cette vente de prestige ne décevait pas les attentes.

Mathieu Criaerd (1689-1776), époque Louis XV, commode à portes ouvrant à deux tiroirs... Deux jours de succès pour une vente «classique»
Mathieu Criaerd (1689-1776), époque Louis XV, commode à portes ouvrant à deux tiroirs et deux vantaux en placage de satiné et de bois de violette marqueté de pointes de diamants dans des croisillons, dessus de marbre brèche d’Alep, bronzes dorés ciselés, 91,5 176 67,5 cm.
Adjugé : 556 800 

Le clou de cette vacation à Drouot s’étant tenue sur deux jours était sans conteste l’importante commode à portes «à la Régence» d’époque Louis XV, estampillée Mathieu Criaerd et admirée en page 58 de la Gazette n° 22 (voir l'article Prix d’excellence pour Criaerd). Celle-ci pulvérisait l’estimation haute en s’adjugeant la bagatelle de 556 800 €. Elle signe un très bon score pour le mobilier du XVIIIe siècle, toujours recherché pour ses pièces d’exception. Du côté des tableaux anciens, outre le panneau attribué au groupe Mandyn-Huys (reproduit ci-contre), 87 040 € revenaient à des Pêcheurs relevant leurs filets (34 60 cm), petit panneau de chêne parqueté monogrammé d’Arent Arentsz dit Cabel (1585/86-vers 1635). Il ne faut pas manquer non plus les 278 809 € totalisés par un ensemble de trente-trois lots de dessins aquarellés d’oiseaux, attribués à Violante Vanni (1732-1776) et Lorenzo Lorenzi (connu de 1750 à 1780), le sommet étant atteint à 16 640 € par un hibou annoté à la plume «Ulula coccoveggia» (30,4 21 cm). Plus vrai que nature, le faisan formant terrine (h. 31, l. 71 cm) à décor polychrome au naturel issu de la fabrique strasbourgeoise de Paul Hannong vers 1749-1751, pris sur le vif en page 52 de la Gazette n° 22, prenait son essor à 87 040 €. Son comparse quasi identique (h. 30,5, l. 71 cm) le suivait de près à 84 480 €, malgré une restauration signalée à l’extrémité de la queue. Rappelons que leur provenance pourrait être le château de la Favorite à Rastatt, dans le Bade-Wurtember, un pavillon de chasse construit pour la margravine Sibylla Augusta von Baden-Baden. Les socles des pièces produites à son intention possèdent le même socle à fond blanc enrichi de fleurs en relief. Le mobilier se remarquait également avec une préemption, le musée Carnavalet emportant à 15 360 € la paire de chaises de Georges Jacob  (1739-1814) provenant de l’hôtel particulier de Beaumarchais (voir l'article Les sièges de Beaumarchais, un écrivain « heureux dans mon intérieur » de la Gazette n° 21, page 20). L’autre lot de même provenance et même modèle, composé de quatre fauteuils et deux chaises, récoltait 32 000 €. Terminons en mentionnant une tapisserie en laine et soie (475 352 cm) de la tenture des «Sept merveilles du monde antique» représentant le mausolée d’Halicarnasse avec une scène de l’histoire du roi David, et datant du milieu du XVIIe siècle. Issue de la manufacture bruxelloise de Jasper Van Brugghen, elle changeait de mur contre 57 600 €.
 

Les tableaux anciens se distinguaient avec La Tentation de saint Antoine (41,8 x 57,8 cm), panneau non daté mais attribué au groupe Mandyn
Les tableaux anciens se distinguaient avec La Tentation de saint Antoine (41,8 57,8 cm), panneau non daté mais attribué au groupe Mandyn-Huys, à savoir Jan Mandyn (1502-1560) et Pieter Huys (env. 1519-1581/84). Adjugé à 281 600 € – cinq fois l’estimation –, il décroche un nouveau record du monde (source : Artnet) pour une œuvre en tandem de ces Flamands inspirés par Jérôme Bosch. On doit à l’un et à l’autre plusieurs versions du sujet, toutes avec des variantes. Celle de la collection Hohenbuchau exposée au musée Liechtenstein à Vienne est donnée à Jan Mandyn, tout comme celle passée par la galerie Piet de Boer d’Amsterdam, tandis qu’une autre présentée en vente publique à Lille en 2011 affiche une attribution à Pieter Huys.
Le musée du Louvre préemptait à 130 560 € cette aiguière ibrik (h. 32 cm) et son bassin (diam. 54,5 cm) en tombak, dont l’estimation n’exc
Le musée du Louvre préemptait à 130 560 € cette aiguière ibrik (h. 32 cm) et son bassin (diam. 54,5 cm) en tombak, dont l’estimation n’excédait pas 30 000 €. Réalisé dans la première moitié du XIXe siècle, l’ensemble se distingue par son très rare décor dit «à pointes de diamants». Le bec verseur à tête d’animal fantastique porte la date «1236 AH» (1820) et une inscription en osmanli : «Que soit préservée son altesse, la très illustre Mihimah Sultan», sans doute la fille du sultan Mahmoud II (1808-1839). Une aiguière similaire et son bassin sont conservés dans les collections du musée des Arts turcs et islamiques d’Istanbul, avec une inscription précisant que la pièce est réservée au tombeau de la reine-mère Pertevniyal Validé Sultan.
La plus belle envolée de ces deux jours d’enchères concernait ce buste en marbre blanc (h. 76 cm avec le piédouche) d’après l’antique. Pru
La plus belle envolée de ces deux jours d’enchères concernait ce buste en marbre blanc (h. 76 cm avec le piédouche) d’après l’antique. Prudemment estimé entre 3 000 et 4 000 €, il fusait à 115 200 €. Incontestablement, les enchérisseurs avaient une identification en tête pour ce beau morceau de sculpture néoclassique à la chevelure très travaillée. Le catalogue n’évoque comme provenance qu’un simple «souvenir du Grand tour du XIXe siècle» et comme identification Oreste, le fils d’Agamemnon et de Clytemnestre, mais avec un point d’interrogation. Toutes les hypothèses sont ouvertes…
Ces deux pots à gingembre (h. 21,1 cm) affichaient la même indication que l’aiguière et le bassin ottoman préemptés par le Louvre : «décou
Ces deux pots à gingembre (h. 21,1 cm) affichaient la même indication que l’aiguière et le bassin ottoman préemptés par le Louvre : «découvert récemment dans un château de la province française». De quoi aiguillonner les appétits, lesquels se rassasiaient jusqu’à 89 600 € d’après une estimation haute de 30 000. En porcelaine de Chine à décor en bleu sous couverte et émail vert, ils possèdent tous les attributs impériaux, avec deux dragons à cinq griffes poursuivant la perle sacré et la présence au revers de la marque à six caractères en zhuanshu de Qianlong (1736-1795) pour l’un et de Jiaqing (1796-1820) pour l’autre. Il est à noter que le fond du premier est percé.
vendredi 10 juin 2022 - 13:30 (CEST) - Live
Salle 5-6 - Hôtel Drouot - 75009
Beaussant Lefèvre & Associés
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