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Collection Jean Nicolier, le triomphe de la céramique

Publié le , par Christophe Provot
Vente le 06 juillet 2022 - 14:00 (CEST) - Salle 5 - Hôtel Drouot - 75009

Les pièces de majolique, de faïence et de porcelaine, amassées par cet érudit et expert en la matière, récoltaient les plus beaux résultats. Et une très rare veilleuse en porcelaine de Sèvres surpassait toutes les attentes.

Manufacture de Sèvres, 1760. Veilleuse ou brûle-parfums en trois parties en porcelaine... Collection Jean Nicolier, le triomphe de la céramique
Manufacture de Sèvres, 1760. Veilleuse ou brûle-parfums en trois parties en porcelaine tendre, formée d’un piédestal de forme balustre de section carrée, d’une partie médiane de section octogonale munie de quatre pilastres en relief, d’un couvercle ajouré surmonté d’une poule et ses petits, marque «LL» entrelacés, lettre-date «G», marque du peintre Jean-Louis Morin, h. 23,5 cm.
Adjugé : 016 000 

Éclectique, la collection de Jean Nicolier rencontrait un franc succès et cumulait un total de 2 731 535 €. Vestige de ce qui n’avait pas été vendu le 28 mars 1995 par la maison Tajan à l’occasion de la fermeture de l’enseigne du quai Voltaire, l’ensemble dispersé à Drouot a été précieusement conservé par la famille et dévoile le goût sûr et varié de l’amateur éclairé. De nombreuses surprises ont émaillé la vacation, la première, et non des moindres, concernant cette étonnante veilleuse, ou brûle-parfums tripartite, en porcelaine de Sèvres, qui pulvérisait son estimation haute fixée à 120 000 € en s’adjugeant la bagatelle de 1 016 000 € ! D’un modèle extrêmement rare puisque seuls trois autres exemplaires sont connus – tous outre-Manche –, cet objet se distingue par son appareillage mobile interne. Celui-ci comporte un réservoir cylindrique en argent surmonté de trois tubulures obliques, qui semblent ne fonctionner que par la vaporisation de l’eau du réservoir, elle-même chauffée par le godet à huile de la veilleuse. L’hypothèse avancée – testée et approuvée par Jean Nicolier – voudrait que ce dispositif soit dévolu à la cuisson… d’un œuf à la coque ! Supposition renforcée par le surprenant couvercle orné d’une poule et de ses poussins dans son nid. L’objet se distingue également par ses riches fonds de couleurs verte et bleue, dont la juxtaposition audacieuse se retrouve sur des pièces très élaborées à partir de 1758. Toujours de Sèvres, deux très belles assiettes du «service particulier de l’Empereur», dit aussi des «Quartiers généraux», commandé par Napoléon Ier en 1807, étaient très disputées. Si la première – montrant l’enlèvement des chevaux de la basilique Saint-Marc à Venise – était acquise par le château de Fontainebleau, pour un montant non divulgué, l’autre – offrant une vue du domaine de Rambouillet depuis le lac – partait à 254 000 € (voir l'article Collection Jean Nicolier : Souverbie, Picabia, Pollès de la Gazette n° 26, page 39). Au rang de l’art moderne, la toile Le Philosophe (100 81 cm) de Francis Picabia décrochait 330 200 € (voir Gazette n° 26, page 38).

 

D’époque Kangxi, cette paire de verseuses (h. 22,5 cm) en forme de daim assis en biscuit émaillé jaune, brun et vert, l’anse simulant un b
D’époque Kangxi, cette paire de verseuses (h. 22,5 cm) en forme de daim assis en biscuit émaillé jaune, brun et vert, l’anse simulant un branchage fleuri en relief et le déversoir formé de volutes feuillagées, recueillait 86 360 € sur une estimation de 3 000/5 000. Emblème de longévité et de grâce, le mot «daim» est homophone d’«émoluments» (lu) et symbolise la prospérité ainsi que le vœu d’honneurs et d’avancement officiel. Ce rare modèle appartient à un genre d’aiguières ou de verseuses zoomorphes collectées par les Occidentaux au XVIIe et au début du XVIIIe siècle. On retrouve ainsi souvent des objets similaires en forme de carpe, d’écrevisse, de lion ou de singe tenant la pêche de longévité.
Sans conteste, la palme de l’envolée la plus spectaculaire revient à ce dessin à l’encre intitulé Architecture de fantaisie (27 x 14 cm).
Sans conteste, la palme de l’envolée la plus spectaculaire revient à ce dessin à l’encre intitulé Architecture de fantaisie (27 14 cm). Modestement estimé 200/400 €, il fusait à 17 780 €. Les enchérisseurs avaient certainement une attribution en tête pour cette feuille à la touche enlevée, là où le catalogue n’évoque qu’une «école italienne du XVIIIe siècle». Toutes les suppositions restent ouvertes…




























 

Livré entre décembre 1758 et janvier 1759 par le marchand mercier Lazare Duvaux au maréchal-duc de Richelieu, le «service de Richelieu» se
Livré entre décembre 1758 et janvier 1759 par le marchand mercier Lazare Duvaux au maréchal-duc de Richelieu, le «service de Richelieu» se caractérise par sa couleur rose distincte. Ce sucrier de Monsieur le Premier (23 11,5 cm), à décor polychrome de bouquets de fleurs et de fruits dans des cartouches en réserve, cernés de palmettes feuillagées et de rinceaux et branchages en or rehaussé de brun, provient probablement de ce service qui en comptait deux, payés chacun 240 livres. Marqué des «LL» entrelacés et de la lettre-date «E» pour 1758, il acceptait 50 800 €.
Ce plat rond en majolique (diam. 48 cm), à décor polychrome d’un buste d’homme de profil portant une coiffe ornée de plumes, obtenait 152 
Ce plat rond en majolique (diam. 48 cm), à décor polychrome d’un buste d’homme de profil portant une coiffe ornée de plumes, obtenait 152 400 €. Daté du début du XVIe siècle, vers 1610, il provient de Deruta, commune de l’Ombrie, dont la production de majoliques est attestée dès 1280. Les grands plats d’apparat de ce type, décorés uniquement sur la face et pourvus de larges ailes, sont l’emblème de la production locale, et sont donc les plus recherchés. Provenant de la collection Adda, le nôtre est reproduit dans l’ouvrage consacré à la majolique italienne rédigé par le docteur Joseph Chompret, dont la collection fut dispersée à Drouot le 13 mai dernier.
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