Ceysson & Bénétière, de Saint-Étienne à New York

Le 29 novembre 2018, par Alain Quemin

La galerie Ceysson & Bénétière, à Saint-Étienne, a connu un développement fulgurant en une douzaine d’années. Bilan et perspectives pour les deux entreprenants trentenaires.

Loïc Bénétière et François Ceysson
© CYRIL CAUVET

Créée en 2006 par trois associés – l’ancien conservateur de musée Bernard Ceysson, son fils François, ainsi que Loïc Bénétière –, la galerie s’est internationalisée dès 2008, ouvrant des antennes au Luxembourg et à New York (sur Madison Avenue) sans oublier Paris et une éphémère expérience genevoise.
Alors que la galerie s’était fait connaître sous l’appellation «Bernard Ceysson», elle se nomme désormais Ceysson & Bénétière…
Loïc Bénétière : En fait, nous avions tout d’abord un premier nom un peu compliqué, «IAC - Ceysson/Bénétière», mais, dès les premières expositions et foires, tout le monde nous demandait notre lien avec Bernard Ceysson, figure incontournable de la scène de l’art contemporain. Nous avons donc rapidement renommé la galerie plus simplement : «Bernard Ceysson», d’autant plus que la plupart des artistes qui nous ont rejoints avaient déjà collaboré avec lui quand il était directeur de musée. Notre implantation au Luxembourg a été également très liée à l’action de Bernard dans ce pays. L’an dernier, il a quitté l’actionnariat de la galerie, mais il reste très actif en tant que directeur artistique et commissaire de la plupart de nos grandes expositions. Simultanément, lorsque nous avons ouvert à New York, nos collectionneurs nous demandaient souvent qui étaient les associés. Dans ce nouveau contexte, il nous a paru plus logique de revenir à «Ceysson & Bénétière».
En douze ans, le monde des galeries et celui de l’art contemporain ont connu des changements importants. Lesquels vous semblent les plus significatifs ?
François Ceysson : Je pense à trois évolutions majeures : la multiplication et l’importance croissante des foires et, en conséquence, l’internationalisation du marché ; l’omniprésence des salles de ventes et l’accès aux résultats des enchères en ligne ; la multiplication des collectionneurs et acteurs internationaux.


 

Erik Dietman à la galerie du Luxembourg en 2017.
Erik Dietman à la galerie du Luxembourg en 2017.© RÉMY VILLAGI/COURTESY C&B

La réussite de votre galerie est très atypique pour une enseigne aussi jeune, a fortiori pour une structure créée en province. Quels éléments ont, selon vous, permis pareil succès ?
L. B. : Comme nous avons toujours plaisir à le rappeler, nous venons de Saint-Étienne, à l’instar du groupe Casino, qui a conquis la France avec ses supérettes ! Plus sérieusement, notre rapide présence à l’international, notamment au Luxembourg dès 2008, nous a permis de travailler sur plusieurs marchés en simultané et de fidéliser de très bons collectionneurs. Depuis 2010, nous développons aussi une activité aux États-Unis, et avons la chance de pouvoir accompagner une nouvelle génération d’artistes américains : Sadie Laska, Chris Hood, Spencer Sweeney, Trudy Benson, Jessy Willenbring ou Lauren Luloff. Nous avons également été présents sur les foires dès la création de la galerie.
F. C. : Notre développement a aussi été porté par la défense des artistes de supports-surfaces, leur soutien constant en salle des ventes, des publications nombreuses via notre maison d’édition, et une politique de diffusion à l’international.
Certains confrères vous reprochent une politique commerciale assez agressive, avec des remises importantes à certains clients. Que répondez-vous ?
L. B. : Je dirais plutôt que nous avons une politique de prix soutenus ! Les prix des artistes, français notamment, sont souvent bas par rapport au marché international, et nous œuvrons à inverser cette tendance. Une pièce historique de Noël Dolla, par exemple, devrait aujourd’hui être vendue aussi chère qu’une œuvre de Sol Lewitt de la même époque ! Mais il est évident que certains de nos collectionneurs fidèles, qui ont accompagné dès 2006 notre petite enseigne stéphanoise, ont parfois bénéficié de bonnes conditions pour acquérir des œuvres majeures pour leur collection… Je qualifierais cela plus de politique commerciale humaine qu’agressive.
Vous faites partie des rares galeristes qui communiquent facilement sur l’aspect financier. Comment se répartit aujourd’hui le chiffre d’affaires entre vos différents espaces ?
F. C. : La galerie réalise entre 8 et 10 M€ de CA moyen, la moitié via les espaces français de Saint-Étienne et Paris, l’autre au Luxembourg et à New York. En France, depuis trois ou quatre ans, nous vendons de mieux en mieux en province, notamment grâce à une politique d’accompagnement «sur le terrain» de collectionneurs en région. Au Luxembourg, nous avons toujours bien travaillé. Quant à la galerie new-yorkaise, elle est encore jeune, mais nous vendons bien les artistes français, principalement ceux du groupe supports/surfaces, à des collections privées et publiques américaines.


 

Exposition Bernar Venet à la galerie du Luxembourg en 2015.
Exposition Bernar Venet à la galerie du Luxembourg en 2015.© ARMAND QUETSCH/COURTESY-C&B

Quelle est la place des foires dans votre business model ? Vos implantations multiples vous rendent-elles moins dépendants de celles-ci ?
L. B. : En 2018, nous avons participé à quinze foires, dont Art Brussels, Frieze New York, Seattle Art Fair, Expo Chicago, la FIAC, Artissima, Luxembourg Art Week, Art 21 Shanghai, Abu Dhabi Art… En 2016 et 2017, nous avions également participé aux foires de Cologne, Dallas ou Rio. En 2019, nous serons de nouveau à l’Armory Show, avec un grand stand consacré à Claude Viallat.
F. C. : Ce sont aujourd’hui des événements incontournables, mais ne surévaluons pas leur rôle. Car si des collectionneurs ne fréquentent plus les galeries, d’autres, en revanche, ne mettent jamais les pieds dans les foires. Il faut donc être présent partout !
Vous vous êtes fait connaître en défendant principalement les artistes de supports-surfaces. Depuis un an, la ligne de votre galerie s’est nettement ouverte. N’est-il pas temps de reconsidérer la liste de vos artistes pour davantage de lisibilité ?
L. B. : Dès le début, nous avons voulu faire preuve d’ouverture d’esprit. Si nous restons très fidèles aux artistes proches du groupe supports-surfaces, tels que Bernard Pagès, Noël Dolla, Louis Cane, Patrick Saytour, Pierre Buraglio, et Claude Viallat, aujourd’hui, nous accueillons également d’autres pointures comme Bernar Venet, ORLAN, Mounir Fatmi ou Daniel Firman. Mais la jeune scène française est aussi importante pour nous : Aurélie Pétrel, Pugnaire & Raffini, Lionel Sabatté, Nicolas Momein, Adrien Vescovi, etc. Cette diversité n’a rien d’inédit pour les galeries internationales de renom.
Comment envisagez-vous l’expansion internationale de la galerie ?
L. B. : Plusieurs projets sont en réflexion, notamment en Asie. François aura du mal à ne pas ouvrir un nouveau lieu dans les cinq ans qui viennent !
Avez-vous d’autres projets de développement ?
F. C. : Nous travaillons à l’ouverture d’un très grand espace de 1 500 mètres carrés à Saint-Étienne, sur le modèle de notre galerie luxembourgeoise, fin 2019. Nous croyons beaucoup au développement de projets ambitieux en province. Et puis, ce serait dommage d’oublier que nous sommes stéphanois…

 

Ceysson & Bénétière
en 4 dates

2006
Création de la galerie à Saint-Étienne

2008
Ouverture d’une antenne au Luxembourg

2009
Installation à Paris, dans le quartier du Marais

2017
Inauguration de la succursale new-yorkaise
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