Becca Cason Thrash, Million Dollars Lady

Le 17 juillet 2019, par Éric Jansen

En une douzaine d’années, elle a permis de récolter plus de quinze millions de dollars pour le Louvre. La Biennale Paris lui a demandé de rejoindre sa commission, misant sur son énergie et son carnet d’adresses.


 
© Jay Tovar - Photographie pour PaperCity Magazine

C’est une évidence : les Américains ne sont pas comme nous. Ils sont exubérants, parlent toujours d’argent, rient fort, mais ils sont aussi terriblement sympathiques, enthousiastes, pragmatiques et obtiennent généralement ce qu’ils veulent. L’énergique Becca Cason Thrash n’échappe pas à la règle. Originaire de Houston, elle a épousé un homme d’affaires œuvrant dans le domaine de l’énergie. Dans leur vaste maison contemporaine, celle qui avait fait une carrière de relations publiques avant son mariage organisait de spectaculaires galas de charité au bénéfice de l’Opéra ou du ballet de la ville, jusqu’au jour où sa route a croisé celle du Louvre…
Comment votre aventure avec le Louvre a-t-elle commencé ?
Quand Henri Loyrette a demandé à Christopher Forbes de créer un groupe d’Américains pour aider le Louvre, celui-ci lui a répondu : «Je ne suis pas très bon pour recueillir de l’argent, mais laissez-moi appeler une amie à Houston. Elle peut vendre de la glace à un Esquimau» ! C’était en 2005. Christopher est venu déjeuner, nous avons beaucoup ri, et bien sûr j’ai accepté. J’ai commencé par organiser un dîner de bienfaisance dans ma maison, avec un défilé de Christian Lacroix, puis un autre à Palm Beach et un troisième à Los Angeles. En quelques années, nous avons récolté trois millions de dollars. Le moment était venu d’organiser quelque chose de plus spectaculaire. En 2008, j’ai donc lancé le premier gala «Liaisons au Louvre».
Avec un concert du groupe Duran Duran sous la pyramide…
Absolument ! Personne n’avait jamais osé une chose pareille. Le ticket était à 10 000 $.
Il n’y a pas beaucoup de Français qui acceptent de payer ce prix.
Je sais, au-dessus de 3 000 €, ça devient compliqué. Mais ce que les gens doivent comprendre, c’est que je crée un moment magique, une expérience unique, quelque chose que l’argent de tous ces milliardaires ne peut acheter. Autour de la soirée, pendant deux jours, il y a des déjeuners et des dîners dans des endroits qui ne sont pas ouverts au public. Il faut à chaque fois que je trouve comment surprendre ces personnes très privilégiées. C’est un challenge pour moi. Un jour, je dînais à côté d’un sénateur et lui ai dit combien j’aimerais organiser quelque chose au Sénat. Il m’a tout de suite répondu : «Oh là là ! Ce n’est pas possible». Finalement, j’ai pu y donner une magnifique réception… Idem au Louvre : je voulais accéder à la terrasse des appartements de Napoléon, afin que mes invités puissent prendre un verre de champagne au-dessus de la Pyramide, dans le coucher du soleil. Henri Loyrette m’a dit que je devais convaincre le conservateur en chef. J’ai déjeuné avec lui, et il a immédiatement refusé. Je lui ai alors expliqué que cette soirée allait rapporter des millions de dollars pour la restauration de ses salles, mais que je pouvais aussi décider que la galerie des antiquités gréco-romaines en avait plus besoin… Les portes se sont ouvertes. En France, toutes les négociations commencent par «Oh là là ! Ce n’est pas possible !» C’est culturel. Il faut se battre, mais finalement ça marche, et lors de la soirée, votre interlocuteur est ravi, il passe pour un héros.

 

Soirée de gala «Liaison» au Louvre, sous la pyramide, en 2011.
Soirée de gala «Liaison» au Louvre, sous la pyramide, en 2011. © David Atlan


N’est-il pas difficile de régulièrement solliciter vos amis riches ?
Non, parce que c’est toujours pour financer des projets artistiques. La philanthropie est une chose normale aux États-Unis. Mais il ne faut pas confondre fortune et générosité. La plupart des gens généreux ont souvent fait fortune par eux-mêmes et ils veulent le montrer un peu… Qu’importe, c’est gagnant/gagnant !
C’est une attitude très américaine…
Bien sûr ! Celle des Français est à l’opposé. Par exemple, il y a une vente aux enchères que j’anime toujours ; comme je connais tous les invités, je les appelle par leur prénom : « Oh ! Christine, tu ne peux pas faire une nouvelle enchère de 20 000 € ? Je suis tellement désolée, tu as des problèmes d’argent en ce moment ?» Et tout le monde hurle de rire ! It’s fun, et cela assure la réussite de la soirée. Les ventes aux enchères sont généralement tellement ennuyeuses. Mais je m’abstiens avec les Français, qui souhaitent toujours faire profil bas.
Vous avez organisé quatre événements au Louvre. Combien cela a-t-il rapporté ?
Avec le premier gala, nous avons récolté 2,3 M€. Le second, en 2011 avec Janet Jackson, a totalisé 3,2 M€, le troisième en 2013, avec Diana Ross, 2,7. Enfin, le dernier, en 2017, avec de nouveau Duran Duran, a rapporté 3,3 M€.
On comprend pourquoi la Biennale a fait appel à vous…
L’année dernière, Christopher Forbes m’a invitée au dîner inaugural et m’a proposé de rejoindre la commission, afin de faire revenir les Américains. J’ai tout d’abord refusé : je suis déjà dans sept autres boards ! Vous savez, en vingt-cinq ans, j’ai recueilli cent millions de dollars pour des charités. Et je fais tout ça bénévolement. Mais j’ai fini par accepter, parce que nous sommes quinze personnes dans la commission Biennale. Je ne suis pas seule, avec ma responsabilité et ma réputation. Je n’ai rien promis. J’ai connu la Biennale à la grande époque, c’était fabuleux. Quelle erreur d’avoir perdu les maisons de joaillerie ! Elles apportaient le glamour à l’événement. Pour le dîner, je vais envoyer une centaine invitations avec un petit mot, et si j’arrive à faire venir une vingtaine de personnes, je serai heureuse.

 

L’année dernière, quelques instants avant le dîner inaugural de la Biennale Paris.
L’année dernière, quelques instants avant le dîner inaugural de la Biennale Paris. © Luc Castel


Vous n’organiserez rien de plus ?
Non. En août 2017, un événement dramatique a mis entre parenthèse mon travail caritatif. Avec l’ouragan Harvey, notre maison de Houston a été inondée, et nous avons tout perdu. Avec mon mari, nous avons été sauvés par bateau ! Pendant un an, nous avons habité dans un appartement provisoire et nous commençons maintenant seulement à réaménager les lieux. Il a fallu tout nettoyer, désinfecter et redécorer. Ce n’est pas une mince affaire, la maison fait 1 800 mètres carrés. Cela m’a profondément déprimée, et je ne voulais plus rien faire. À la même époque, j’ai reçu un appel de Michel Picaud, qui avait formé un petit groupe de mécènes pour restaurer Notre-Dame. Il m’a demandé de l’aider… Je lui ai dit : «Avec plaisir, mais pas maintenant». Vous imaginez, c’était avant l’incendie ! Depuis, je l’ai rencontré et ai décidé de faire quelque chose pour lui. Je rentre de Mexico, où je suis en train d’organiser un voyage de trois jours, avec visites privées de musées et dîners dans de sublimes maisons. Ce sera en février 2020, au profit de son association.
Et envisagez-vous un nouveau gala pour le Louvre ?
J’avais dit à Jean-Luc Martinez que j’arrêtais, mais il m’a supplié : encore juste une fois, s’il vous plaît ! Je suis en train d’y réfléchir, et je pense organiser cette dernière édition de «Liaisons au Louvre» à Madrid ou à Rome… Toujours pour surprendre mes invités. Je ne peux pas encore leur proposer de venir à Paris. Ce programme aura lieu en septembre 2020. Si j’arrive à récolter trois millions, j’aurais réussi à obtenir pour Le Louvre près de vingt millions. Et ensuite, c’est fini, je prends ma retraite !
Oh là là ! Ce n’est pas possible !

Becca Cason Thrash
en 5 dates

2006 Premier dîner pour le Louvre dans sa maison de Houston
2008 Premier gala «Liaisons au Louvre» sous la pyramide
2011 Est faite chevalier de la Légion d’honneur en remerciement de son engagement philanthropique
2017 L’ouragan Harvey ruine sa maison et met un terme à ses soirées de gala
2020 Organise pour février un voyage caritatif à Mexico pour la restauration de Notre-Dame
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