Avec cet acrobate olmèque, l’art précolombien se met en quatre

Le 17 juin 2021, par Sophie Reyssat

Cette sculpture olmèque de belle taille figure parmi les plus anciennes représentations d’acrobates. Rare et mystérieuse, elle se trouvera dans le 5e opus de la vente d’une prestigieuse collection d’art précolombien.

Mexique, culture olmèque, Préclassique moyen, 900-400 av. J.-C. Acrobate en stéatite brune patinée, 23 26 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €, 
Adjugé : 454 180 €

Le visage est serein et pourtant, la posture est acrobatique. S’il l’on observe cette sculpture de face, l’homme, paisiblement appuyé sur ses coudes, semble même se reposer. Ses pieds touchent cependant sa tête, une souplesse dont le commun des mortels est bien incapable, avec pour seul signe d’effort le dessin de ses côtes, rendu visible par l’étirement exacerbé du corps. Ce contorsionniste est un Olmèque, nom signifiant «gens du pays du caoutchouc»… Installé le long du golfe du Mexique, ce peuple y a laissé les plus anciennes traces de civilisation. Elles remontent à 1200 avant notre ère et témoignent d’une culture alors déjà très élaborée, dotée de centres cérémoniels imposants, et rendue célèbre par ses colossales têtes en basalte de San Lorenzo, La Venta et Tres Zapotes – semble-t-il liées aux chefs –, atteignant jusqu’à trois mètres de haut et pesant pour certaines jusqu’à 40 tonnes. Sans commune mesure, cette rare effigie d’acrobate, exécutée entre 900 et 400 av. J.-C., est néanmoins de belle taille au regard des petites statuettes habituellement produites au Préclassique. Variété semi-dure, sa stéatite a pu être façonnée de manière réaliste, sculptée de traits fins et dotée d’une coiffe ornée de motifs en écailles, portée sur des cheveux aux lignes délicatement incisées. Les Olmèques ne connaissant pas le fer, la pierre a été travaillée par abrasion, pour le sciage des volumes comme pour la finition des détails – une œuvre de patience et de dextérité. En l’absence de documents écrits, nous ne pouvons qu’avoir une lecture visuelle de cette pièce, dont la signification et la fonction restent un mystère. Plusieurs hypothèses ont néamoins été avancées grâce à d’autres représentations émanant de cultures influencées par les Olmèques. Ainsi d’une céramique contemporaine de Tlatilco, trouvée dans un contexte funéraire, ou de figurations mayas ultérieures sur différents supports, où les contorsionnistes peuvent être associés au divertissement de personnages de haut rang ou évoquer des divinités. Largement répandu en Mésoamérique à la faveur des échanges entre les peuples, le motif de l’acrobate trouve ici un joyeux représentant, entré dans une collection new-yorkaise d’art précolombien parmi les plus importantes en mains privées, sur les conseils d’un éminent spécialiste, Peter David Joralemon. Il apparaît en bonne place dans le catalogue The Olmec World : Ritualand Rulership de l’exposition organisée en 1995 par l’Art Museum de l’université de Princeton, où il figurait. Cette œuvre arrive à point nommé dans l’actualité, le musée du quai Branly - Jacques Chirac présentant son exposition «Les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique», jusqu’au 3 octobre.

mardi 29 juin 2021 - 16:00 - Live
Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
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