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Allemagne, années 1920 au Centre Pompidou

Publié le , par Sophie Bernard

Le Centre Pompidou explore l’Allemagne de l’entre-deux-guerres sous le double prisme de la Nouvelle Objectivité et d’August Sander, dans la tradition de ses grandes expositions transdisciplinaires.

August Sander, Secrétaire à la Westdeutscher Rundfunk de Cologne, 1931 (détail),...  Allemagne, années 1920 au Centre Pompidou
August Sander, Secrétaire à la Westdeutscher Rundfunk de Cologne, 1931 (détail), tirage original, épreuve gélatino-argentique, 29 22 cm.
© Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Cologne/Adagp, Paris, 2022

" Allemagne/Années 1920/Nouvelle Objectivité/August Sander " : rarement titre d’exposition aura été aussi long et précis, augurant d’une grande richesse et d’une certaine complexité. Pas moins de 900 pièces ! Ce vaste projet, né de la collaboration de deux Allemands travaillant pour le Centre Pompidou – Angela Lampe, conservatrice au service de la collection moderne et Florian Ebner, conservateur et chef de service du cabinet de la photographie –, a nécessité quatre ans de travail. Son ambition est d’offrir un nouveau point de vue sur la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité), mouvement des années 1925 à 1933, dans une présentation mêlant allègrement les genres. Exposition dans l’exposition, Hommes du XXe siècle, le grand œuvre du photographe August Sander, est présenté au centre, favorisant le dialogue avec les autres expressions artistiques. À commencer par la peinture, mais aussi l’architecture, le design, le cinéma, le théâtre, la littérature et la musique. Cette plongée dans la société allemande de la République de Weimar – qui se concentre plus particulièrement sur les années 1925-1929 – s’articule en huit chapitres : « Standardisation », « Montages », « Les choses », « Persona froide », « Rationalité », « Utilité », « Transgressions », « Regard vers le bas ». Huit sections répondant au travail d’August Sander, classé à son tour en différents ensembles. Dès 1925, année de la présentation de l’exposition de Mannheim posant les fondements de la Nouvelle Objectivité, le photographe ambitionne de brosser un portrait de la société allemande à travers le visage de ses contemporains. Il détermine sept groupes et catégories socioculturels présentés distinctement dans l’exposition et enrichis de documents : « Le paysan », « L’ouvrier », « La femme », « Les États », « Les artistes », « La grande ville » et « Les derniers hommes ». Mais, ponctuellement, ces portraits au style caractéristique – frontalité et neutralité – sont montrés en vis-à-vis de peintures et de lithogravures, comme celles de Heinrich Hoerle et Franz Wilhelm Seiwert en début de parcours. D’autres correspondances sont suscitées par la scénographie. Ainsi, le classement typologique de Sander fait écho à celui de l’architecte Gerd Arntz qui, en 1927, répertorie « 12 maisons du temps », présentées en gravures. Neutralité, réalisme, fonctionnalité, utilité… l’exposition démontre que la Nouvelle Objectivité a infusé dans toute l’Allemagne, dans les arts comme dans la vie quotidienne. Le choix de mélanger les disciplines dans un parcours thématique permet de prendre la mesure de son omniprésence dans la société. Dans ce dédale où le regard est attiré, ici par des photomontages de László Moholy-Nagy, là par une lampe signée Christian Dell, le plus spectaculaire est la présentation à taille réelle d’une cuisine aménagée. Représentative de l’esprit pratique de ce temps, elle introduit le visiteur dans le quotidien d’une femme allemande moderne. À quelques mètres, un film diffusé sur un écran suspendu montre des danseuses dont les chorégraphies évoquent le taylorisme et la production en masse qui fascinent alors les Allemands. L’exposition renouvelle aussi la vision de la Nouvelle Objectivité avec des (re)découvertes, comme celles des peintres Christian Schad ou Karl Völker, présentés aux côtés de figures majeures, de George Grosz à Otto Dix et son fameux portrait rouge de la danseuse Anita Berber. La présentation est servie par une scénographie ouverte, incitant le spectateur à un parcours libre. Heureusement, car l’ensemble est dense et copieux. Une exposition à voir plutôt deux fois qu’une.

« Allemagne/Années 1920/Nouvelle Objectivité/August Sander »,
Centre Pompidou, 1, place Georges-Pompidou, Paris IVe, tél. : 01 44 78 12 33,
Jusqu’au 5 septembre 2022.
www.centrepompidou.fr
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