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A la découverte du Musée national d’Oslo

Publié le , par Frank Claustrat

Près de trois mois après son inauguration, le nouveau Musée national de Norvège, conçu par l’architecte allemand Klaus Schuwerk, fait un carton. Un million de visiteurs sont attendus avant la fin de l’année dans cet endroit magnétique, riche et ambitieux. 

Le musée national d’Art, d’Architecture et de Design de Norvège et l’ancienne gare,... A la découverte du Musée national d’Oslo
Le musée national d’Art, d’Architecture et de Design de Norvège et l’ancienne gare, devenue Centre Nobel de la Paix.
Photo Iwan Baan

C’est phénoménal. Oslo n’en finit plus de se métamorphoser, au point d’être devenue en moins de dix ans un épicentre artistique et culturel international. Ses principaux musées sont aujourd’hui rassemblés autour du port, face au fjord. Avec ses eaux étincelantes, l’environnement y est, il est vrai, spectaculaire : visiter chacune de ces institutions, c’est comme faire un pèlerinage mixant culture et nature. Il débute sur les hauteurs de la ville, avec Ekebergparken et son jardin de sculptures contemporaines, créé en 2013. À ses pieds, une tour trône dans le paysage depuis 2021. Haute de treize étages et créée par l’architecte espagnol Juan Herreros, celle-ci conserve la collection d’Edvard Munch, riche de 26 000 œuvres du peintre mondialement célèbre pour son Cri. Géant d’aluminium aux reflets irisés, le musée Munch penche la tête vers l’Opéra voisin, un bâtiment lui aussi exceptionnel, en forme d’iceberg, conçu en 2008 par l’agence Snøhetta. L’hôtel de ville de la capitale, de style fonctionnaliste et dû aux Norvégiens Arnstein Arneberg (1882-1961) et Magnus Poulsson (1881-1958), est quant à lui plus proche du nouveau Musée national, inauguré le 11 juin dernier et dessiné par Klaus Schuwerk. Véritable chef-d’œuvre, le bâtiment en schiste gris et verre marbré imaginé par l’architecte allemand est à la fois monumental et sobre. Trop, diront certains. À tort : le deuxième étage de l’édifice attire le regard tel un aimant. Ses façades éclairées, baptisées «Light Hall» et courant sur une longueur de 130 mètres, dialoguent à merveille avec l’intense lumière naturelle du Nord. Énigmatique vu de l’extérieur, le Light Hall est en réalité un espace réservé aux expositions temporaires, sur près de 2 400 mètres carrés. C’est en 2008 que le gouvernement norvégien décide d’édifier son nouveau Musée national sur le site de Vestbanetomten, donnant sur le quai d’Aker Brygge, zone portuaire parmi les plus touristiques d’Oslo. Achevé en moins de huit années, ce chantier a nécessité un total de 650 M€. Avec une superficie de 54 600 mètres carrés, dont 13 000 de surface d’exposition, il s’impose comme l’un des plus grands musées d’Europe. Pas moins de quatre-vingt-cinq salles y sont réservées aux collections, soit environ 400 000 objets. C’est la fusion de cinq institutions du pays qui explique ces chiffres impressionnants : la Galerie nationale, fondée en 1836, le musée d’Arts décoratifs et de Design, en 1876, le Riksutstillinger (1953), destiné à la production d’expositions itinérantes, le musée national d’Architecture (1975) et le musée d’Art contemporain (1988).
 

Edvard Munch (1863-1944), Le Cri, 1893, peinture sur carton, 73,5 x 91 cm,don d’Olaf Shou en 1910. Photo Borre Hostland Nasjonalmuseet
Edvard Munch (1863-1944), Le Cri, 1893, peinture sur carton, 73,5 91 cm,
don d’Olaf Shou en 1910.

Photo Borre Hostland Nasjonalmuseet

Une histoire de l'art mondial
Un hall gigantesque, dans lequel les accès aux différents services sont clairement indiqués – la plupart situés à l’avant du bâtiment, côté fjord –, accueille le visiteur. Puis le parcours permanent se déploie sur deux étages, selon un mode chronologique et thématique. Les 6 500 œuvres exposées, retraçant l’histoire de l’art mondial de l’Antiquité à nos jours, bénéficient d’un design intérieur discret, confortable, pratique – vitrines, bancs, panneaux muraux –, confié au studio florentin Guicciardini & Magni Architetti et au fabricant milanais Goppion. Le parcours, privilégiant de longues enfilades de salles, s’ouvre sur la sculpture antique puis confronte, à travers des reconstitutions d’intérieurs d’époque, arts décoratifs, peintures et sculptures, design, maquettes d’architecture, textiles et arts de la mode. Parmi les œuvres majeures du premier étage, lequel compte une trentaine de salles, figurent des bustes d’empereurs romains, la fameuse tapisserie de Baldishol, tissée entre 1040 et 1190 et découverte dans une église en bois près de Nes, dans le sud du pays, une collection d’icônes de l’école de Novgorod, de la porcelaine chinoise d’époque Ming… Le parti pris, de type universaliste, s’avère passionnant et particulièrement convaincant dans sa tentative de comparer les cultures et leurs modes de production sans imposer de hiérarchie. Sentiment patriotique oblige, il se termine néanmoins sur le travail de deux stylistes norvégiens de stature internationale : Per Spook et Peter Dundas. Au deuxième étage, cinquante-quatre salles font la part belle à d’autres trésors, dominés par la peinture et la sculpture de toutes les écoles : d’Allaert Van Everdingen à Ilya Kabakov et Sol LeWitt, en passant par les impressionnistes – Manet, Monet, Renoir, Morisot –, Picasso, Matisse et les maîtres nordiques avec Eckersberg, Zorn, Schjerfbeck. Depuis 1837, ces acquisitions d’art national et international ont été réalisées au moyen de subventions d’État, de dons et de legs d’Olaf Shou, de Christian Langaard ou de l’Association des amis du musée.
 

Harald Sohlberg (1869-1935), Nuit d’hiver dans les montagnes (Vinternatt i fjellene), 1914. Photo Borre Hostland Nasjonalmuseet
Harald Sohlberg (1869-1935), Nuit d’hiver dans les montagnes (Vinternatt i fjellene), 1914.
Photo Borre Hostland Nasjonalmuseet


Un programme riche et varié
La grande nouveauté réside ici dans la présence de l’art norvégien dans sa totalité, englobant l’expression samie – notamment John Savio, Annelise Josefsen, Máret Ánne Sara –, hier encore marginalisée. Tous les grands noms de ses enfants sont maintenant dévoilés, des romantiques Johan Christian Dahl, Peder Balke, Adolph Tidemand et Hans Gude – auteurs à quatre mains du Cortège nuptial sur le Hardangerfjord (1848) – au pleinairiste Frits Thaulow, en passant par le naturaliste Christian Krohg et sa très politique toile Albertine dans l’antichambre du médecin de police (1887). Ce regard panoramique inclut naturellement l’expressionniste Munch, le symboliste Harald Sohlberg ou la néoromantique Harriet Backer, sans oublier, des XXe et XXIe siècles, les élèves de Matisse tels Per Krohg, Axel Revold, Henrik Sørensen ou Jean Heiberg, et les artistes phares Anna-Eva Bergman, Per Inge Bjørlo, Irma Salo Jæger ainsi que l’architecte Sverre Fehn… Après l’exposition inaugurale du Light Hall, «I Call it Art», à la gloire des talents célèbres ou non vivant dans le pays, le Musée national de Norvège prévoit une impressionnante programmation mettant en valeur des artistes étrangers d’hier et d’aujourd’hui. Vont ainsi se succéder jusqu’au printemps prochain la Française Laure Prouvost, le Britannique Grayson Perry, la Franco-Américaine Louise Bourgeois, le duo italien de designers Formafantasma (Andrea Trimarchi et Simone Farresin), suivis en 2024 par la Mexicaine Frida Kahlo, l’Américain Mark Rothko et la Suédoise d’origine samie Britta Margareta Marakatt-Labba. Les artistes norvégiens ne sont pas en reste : ils bénéficient au contraire d’une politique de parité homme-femme et de visibilisation à l’étranger, dans toutes les disciplines, clairement assumée. Après «À l’est du soleil et à l’ouest de la lune» jusqu’en décembre, qui rend hommage à Erik Theodor Werenskiold et Theodor Kittelsen – illustrateurs géniaux de contes de fées traditionnels recueillis à la fin du XIXe siècle par Peter Christen Asbjørnsen et Jørgen Moe –, puis les peintres Anna-Eva Bergman, Harriet Backer et Thorvald Hellesen l’an prochain, l’année 2024 sera dévolue à Else Hagen et Anne Katrine Dolven et la suivante, notamment à l’architecte Wenche Selmer. Les moyens financiers du musée – qui n’a pas souhaité les communiquer – semblent inépuisables, car ses propositions ne s'arrêtent pas là. De septembre prochain à 2025, il faudra aussi compter sur plusieurs expositions thématiques, plus prometteuses les unes que les autres : «Piranèse et le moderne», «La Triennale d’architecture d’Oslo», «De Bruegel à Rubens», «Dragons et grumes. L’architecture autour de 1900»… Citons également «Gothique moderne», qui fera dialoguer les œuvres d’Albrecht Dürer et de Lucas Cranach l’Ancien avec celles de la sculptrice Käthe Kollwitz, d’Edvard Munch, d’Emile Nolde ou de Gallen-Kallela notamment. Un projet né de la collaboration avec le musée Ateneum d’Helsinki et l’Alte Nationalgalerie de Berlin, avec, dans le rôle de la commissaire-invitée, la professeure d’histoire de l’art à l’université de Coventry Juliet Simpson. Le temps des premiers musées de la capitale norvégienne, étriqués et inadaptés, semble bien révolu. Une ère nouvelle commence. Avec fierté, et sans complexe ni tabou.

à voir
«I Call It Art», jusqu’au 11 septembre 2022,
et «East of the Sun and West of the Moon», jusqu’au 30 décembre,
musée national d’Art, d’Architecture et de Design de Norvège,
3, Brynjulf Bulls plass, Oslo, tél. : 00 47 21 98 20 00.
www.nasjonalmuseet.no
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