La Gazette Drouot
Best of des enchères - Dessin, Tableau, Estampe (best of 2007)
Best of des enchères  
# Dessin, Tableau, Estampe 2007
 
Buffon et le roi
Louis XV lui-même a donné en 1773 à Georges-Louis Leclerc le titre et le nom de comte de Buffon, sous lequel ce dernier allait passer à la postérité. Rien d’étonnant donc à ce que les armes du souverain ornent les deux volumes de la Collection des animaux quadrupèdes, dont une planche est ici reproduite. La présence des armoiries royales sur les plats, ajoutée à l’abondante illustration de l’ouvrage, 362 figures gravées et coloriées à l’époque, ne pouvaient que précipiter les enchères, qui montaient à 18 500 € sur une estimation haute de 10 000. Ces planches étaient destinées à illustrer "Toutes les éditions des œuvres de cet auteur". Ayant étudié la médecine, la botanique et les mathématiques, Buffon a véritablement entamé sa carrière de naturaliste en 1732. En 1739, il est nommé au poste d’intendant du Jardin du roi. Il va doubler la taille de cette royale institution, mais surtout s’attacher à son grand œuvre, les trente-six volumes de l’Histoire naturelle, publié entre 1749 et 1789. Buffon est l’un des premiers à écrire des traités généraux de biologie et de géologie qui ne sont pas fondés sur la Bible, mais sur des faits d’expérience. Louis XV n’était pas le seul à le considérer, Catherine de Russie et Henri de Prusse comptant également
au rang de ses admirateurs.

Mercredi 4 juillet 2007, salle 10.
Piasa SVV. M. Lhermitte.

Devéria orientalisant
En recueillant 66 000 €, une estimation plus que doublée, ce Portrait présumé de Laure Devéria, sa sœur, emporte un record français pour Eugène Devéria et se place en deuxième position du palmarès mondial de l’artiste (source : Artnet). Il devance une huile sur toile de 1833, Portrait de Mme Jules-Antoine Droz (171 x 130 cm), vendue 245 000 F (44 350 € frais compris) le 14 mai 1995 à l’occasion des traditionnelles ventes organisées à Cheverny par Me Rouillac. Si le modèle de notre tableau est bien Laure Devéria, il s’agit d’un portrait posthume, la jeune fille étant décédée en 1838, l’année précédant l’exécution de notre toile. Devéria donne à cette œuvre une touche orientaliste, autant par la chaleur des coloris que par les détails décoratifs, comme la coupole blanche qui accroche la lumière dans le lointain. L’année du décès de sa sœur, Devéria quitte Paris, notamment en raison de l’hostilité de la critique. Il accepte une importante commande, la décoration de la cathédrale d’Avignon, tâche qu’il n’achèvera pas. Il réalise également pour l’hôtel Sabatier une toile figurant Psyché conduite à Olympe, saluée ainsi par Théophile Gautier en 1839 : "C’est une chose très rare qu’un homme fasse tout bonnement de la bonne peinture sans avoir l’ambition de changer la face de l’univers d’un coup de brosse".

Jeudi 5 juillet 2007, salle 9.
Farrando, Lemoine SVV. M. Ottavi.

Record mondial pour Ralli
Depuis quelques saisons la cote de Théodore Scaramanga Ralli, peintre d’origine grecque né à Constantinople, a le vent en poupe. Après les 56 611 € frais compris recueillis le 30 juin dernier à Elbeuf sur le Réfectoire dans un monastère grec, notre toile multipliait par neuf son estimation, autour de 25 000 €. Bataillée ferme entre des amateurs présents dans la salle et six téléphones, elle était au final acquise par un amateur étranger venu spécialement à Honfleur. Elle créait la surprise de cette vente, enregistrant aussi un record mondial pour l’artiste (source Artnet), devant La Prière avant la communion, Megara, une toile adjugée 134 400 £ à Londres, en novembre 2004. Venu à Paris en 1869, Ralli fréquente l’atelier du peintre académique Gérôme, où il côtoie d’autres jeunes peintres tels Auguste-Emile Pinchart, les Turcs Hamdy Bey et Kahlil Bey, le Russe Vassili Veretschagin ou les Américains Bridgman et Weeks. Ses premiers tableaux orientalistes, se référant à l’art de Gérôme, lui apportent le succès. Sur les conseils de son maître, il séjourne à plusieurs reprises, entre 1877 et 1885, en Grèce et en Égypte. Rapportant de nombreuses études prises sur le vif, il les transcrit dans des nus ou dans des scènes de genre, comme pour notre toile. Elle est d’ailleurs connue par une photographie prise par Resegotti vers 1894 et préemptée en 1958 par la Bibliothèque nationale de France. Elle représente Ralli travaillant cette scène dans son atelier de la rue Aumont-Thiéville, près de la porte Champerret. Faisant référence à la technique de Gérôme, la mise en page s’attarde soigneusement sur des détails historico-archéologiques. En revanche, la palette somptueuse, les effets de lumière et la composition appliquée distinguent l’art de Ralli.

Honfleur, dimanche 8 juillet 2007.
Honfleur Enchères SVV.

Impressions matinales
Cette vente totalisait pas moins de 2 758 461 € frais compris, et s’inscrivait dans la spécialité phare de cette semaine, l’art moderne. La plus haute enchère, 750 000 €, allait dans la fourchette d’estimation au tableau d’Alfred Sisley reproduit, Le Chantier de Matrat à Moret-sur-Loing. Cette toile, malgré ses qualités de lumière et de matière, avait en vain affronté à plusieurs reprises les enchères au cours des dix dernières années. L’estimation était également largement dépassée, à 130 000 €, pour une toile de Francis Picabia, Deux Nus à la fleur (73 x 60 cm), dont l’état est cependant loin d’être satisfaisant. Elle a été offerte par l’artiste à sa fille Maris Marquez Picabia Della Torres. Le 24 novembre 1990 à Drouot elle obtenait 270 000 F (54 520 € en valeur réactualisée). Le dernier résultat à six chiffres, 110 000 €, allait à une plume et encre noire d’Henri Matisse de 1941, Buste de jeune femme avec fruits (19,7 x 25,2 cm). Il a appartenu à l’ancienne collection Louis Carré. Poursuivons avec le Livre d’or de la confrérie de La Bourride, un restaurant plus ou moins clandestin, associatif et communiste, situé aux abords de la plage des Catalans, à Marseille. Il était adjugé 78 000 € sur une estimation haute de 18 000, principalement grâce à la présence d’un dessin à la plume et encre noire de Francis Picabia, La Bourride, à perte de vue sujet d’alarme (28,5 x 19 cm). Il côtoie sur la page opposée une lettre-poème datée du dimanche 13 avril 1919. Pour l’art contemporain, le sommet était atteint à 73 000 € par une huile sur toile de 1965 d’Hans Hartung, Composition.

Mercredi 27 juin 2007, salle 7. Millon & Associés SVV.
Mmes Collignon, Marzet, Ritzenthaler, M. Mostini.

Renoir, Le Corbusier et Bernard Buffet
Cette vente totalisait 2 048 858 € frais compris (83,3 % du produit), les enchères les plus importantes se concentrant dans les trente premiers lots du catalogue. Les honneurs revenaient, à 290 000 €, une estimation non atteinte, à l’huile sur toile de Pierre-Auguste Renoir reproduite, Repos sous l’arbre, Cagnes-sur-Mer. Renoir passe les douze dernières années de sa vie dans cette ville de Provence. En 1907 il s’installe au domaine des Collettes, appelé à devenir plus tard le musée Renoir. Sa période cagnoise est marquée par un retour au paysage, genre qu’il avait délaissé. Rappelons que ce maître de l’impressionnisme a remporté il y a peu, le 15 juin dernier, une autre victoire avec les 590 000 € du Portrait de Jeanne Baudot de trois quarts et de face (25 x 40,5 cm) vers 1896 vendu chez Beaussant-Lefèvre. Changement de style avec les 140 000 €, une estimation dépassée, de la gouache et collage Icône 48/54 de Le Corbusier. Elle décroche un record mondial pour une oeuvre sur papier de l’artiste architecte (source : Artnet). Estimée au plus haut 30 000 €, une peinture sur soie de Lé Phô, Les Joueurs d’échecs (62 x 47,5 cm), était propulsée à 122 000 €. Ce résultat place cette oeuvre à la sixième place mondiale du palmarès de l’artiste et à la seconde en France, ce sujet étant unique dans le top 60 de Lé Phô, dominé par les figures féminines et les fleurs. Bernard Buffet raflait quant à lui près de 500 000 € frais compris grâce à cinq toiles âprement disputées. Des Hortensias bleus (146 x 114 cm) de 1971 présentés dans un vase étaient poussés jusqu’à 132 000 €n sur une estimation haute de 55 000, une vue de La Rochelle, la tour St Nicolas, la tour de la Chaîne et la tour de la Lanterne montant à 109 000 € sur une estimation haute de 40 000.

Mercredi 27 juin 2007, salle 5-6. Piasa SVV, Hôtel des ventes de Senlis SVV. MM. Lorenceau, Picard Th., cabinet Maréchaux-Laurentin.

Des glaneuses de Millet
Cette étude au crayon noir de Jean-François Millet, bien éloignée de la manière très aboutie de ses grandes feuilles, ne recueillait toutefois pas moins de 75 000 €. L’estimation n’excédait pas 15 000 €. Ce dessin a appartenu à l’ancienne collection Bodescot, un contemporain de l’artiste, potier dans la région de Gréville, où naquit Millet, également peintre amateur à ses heures. Il traite d’un sujet fétiche de Millet, les glaneuses. La célèbre toile conservée au musée d’Orsay a été peinte en 1857. Cependant, l’artiste s’est penché sur le sujet quelques années plus tôt. L’Été, les glaneuses, une toile conservée dans une collection privée américaine, a été exécutée en 1852-1853. Alfred Feydeau l’a achetée directement à Millet avant février 1853. Elle appartient à une série des "Quatre saisons" exécutée pour ce collectionneur. Millet a réalisé de nombreux dessins pour ce tableau, dont certains figuraient à l’exposition consacrée à l’artiste au Grand Palais à Paris en 1975-1976. Un crayon noir sur papier beige alors conservé au musée du Louvre, daté de 1850-1851, est très proche de notre composition. On retrouve au premier plan nos deux glaneuses, dans la même position, et l’arrière-plan n’est pas occupé par la lisière d’un bois, mais par deux meules placées sur la gauche. Dans le tableau L’été, les glaneuses, Millet a considérablement resserré la composition : les glaneuses, au nombre de trois, sont placées de la même manière que dans le tableau de 1857 - en sens inverse de notre dessin - et l’arrière-plan est occupé par deux imposantes meules, l’une d’entre elles étant accostée d’un char à foin sur lequel s’active un homme. Notre dessin peut donc être daté de la même époque que celui du Louvre.

Vendredi 29 juin 2007, salle 2.
Piasa SVV. MM. de Bayser.

Hérold ou la cristallisation d’un record
Cette toile de Jacques Hérold de 1934 pulvérisait son estimation pour décrocher à 160 000 € un record mondial pour l’artiste (source : Artnet). Une autre toile de Jacques Hérold, peinte la même année, était présentée à la vente. Elle doublait à 35 000 € son estimation. Elle montre un mystérieux Portrait astrologique (65,5 x 54 cm). L’oeuvre a appartenu au modèle du visage figurant dans cette oeuvre, Léon Veintraub. Il est tout juste touché par la silhouette esquissée d’une mante religieuse. Le modèle est un oncle de l’artiste, le seul membre de sa famille à s’intéresser à son travail. Ce soutien n’est pas qu’intellectuel, il se révèle aussi financier. La matière de cette oeuvre se rapproche de celle des toiles d’Yves Tanguy. À cette époque les deux artistes travaillaient de concert, utilisant notamment le même pinceau, appelé queue de morue. La technique développée par Tanguy permet d’obtenir une matière mate et d’une grande finesse de texture. Notre Crystal amoureux éclipse littéralement les précédents records. D’après André Breton, Hérold possède cette "science des angles qui lie tous les coordonnées de l’espace et du temps à l’image du cristal". Le thème de la cristallisation est au centre des préoccupations d’Hérold après son arrivée en France, en 1930. Il est rejoint deux ans plus tard par son compatriote Victor Brauner, qui lui présente l’année suivante Breton. Dans un carnet d’Hérold de 1934 figurent plusieurs notes sur la cristallisation. Breton lui-même évoque ce phénomène dans son article sur la beauté convulsive paru la même année dans le n° 5 du Minotaure, texte qui sera repris dans L’Amour fou.

Mercredi 27 juin 2007, salle 7.
Millon & Associés SVV. Mme Ritzenthaler.

Hantaï, Meun et Tabula
On pourrait presque lire dans cette toile de Simon Hantaï l’empreinte d’un corps d’Yves Klein. Ces aplats bleus sont en réalité dus aux savants pliages qu’Hantaï fait subir à ses toiles. Appartenant à la série des "Meun" et datée de 1968, celle-ci était combattue à hauteur de 90 000 € sur une estimation haute de 60 000. Une autre en rose intitulée Tabula laissé (145 x 114 cm) récoltait 42 000 €, une estimation dépassée toujours. Plus tardive, elle a été réalisée en 1981, un an avant qu’Hantaï ne décide de se retirer de la scène artistique. Cet exil volontaire va durer seize années. C’est à partir de 1959 qu’il inaugure sa pratique artistique basée sur le pliage de la toile. Plusieurs séries sont identifiées par des intitulés - "Mariales", "Meun" ou "Tabula" - qui correspondent à la manière dont l’artiste plie et même quelquefois noue la toile. Les "Meun" de 1968 utilisent des plis larges qui expliquent la forme et la taille des surfaces bleues de notre toile. Les "Tabula" reposent en revanche sur des noeuds réalisés selon une trame régulière, qui souligne l’orthogonalité de l’espace de la toile. Rappelons que durant ses seize années de "silence", Hantaï a poursuivi ses explorations, dont les fruits étaient exposés en 1998 au musée national d’art moderne de Céret.

Jeudi 28 juin 2007, Drouot-Montaigne.
Eve SVV. Cabinet Perazzone - Brun.

La peinture dans tous ses états
La peinture ancienne et du XIXe était la spécialité phare de cette semaine, aussi bien dans des ventes qui lui étaient entièrement consacrées que dans des ventes généralistes.

Lundi 18 juin 2007, salle 4. Tajan SVV.
Cabinet Turquin-Mauduit-Étienne-Duchemin.
Cette vente spécialisée rapportait 422 652 € frais compris. Débutons à 17 000 €, une estimation dépassée, avec une toile attribuée à Paul De Vos (vers 1591-1678), Chien et chat dans un intérieur de cuisine (115 x 173 cm). Une Tête de Christ (30 x 20 cm) de l’école flamande vers 1550 peinte sur un panneau de chêne triplait pour sa part à 15 800 € son estimation. Elle était plus que doublée à 12 500 € pour un panneau de chêne de l’école flamande du XVIIe siècle d’un suiveur d’Abraham Govaerts, Paysage de rivière avec des bateaux (23 x 34 cm). À 10 000 €, on hésitait entre une toile de Giuseppe Della Porta dit Salviati le Jeune (1520-1570), Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste et un ange (114 x 99 cm), une reprise avec variantes de la composition de Francesco Salviati conservée au musée du Prado de Madrid, et un panneau vers 1600 de l’atelier de Jacob De Backer, La Vierge à l’Enfant et saint Jean-Baptiste (108 x 76 cm).

Lundi 18 juin 2007, salle 5-6.
Millon & Associés SVV. M. Millet.
Dans cette vente mixte, la meilleure enchère, 62 000 €, revenait à un panneau de chêne de David Teniers le Jeune (1610-1690), Personnages à l’entrée d’un village (41 x 58,5 cm). Moyennant 48 000 €, on s’offrait une paire de toiles (52 x 81 cm) de Jean-Baptiste Marie Pierre (1713 ou 1714 - 1789), Paysage à la fontaine en obélisque et Berger et son troupeau à l’entrée d’un village. Un panneau de chêne d’Arie de Vois de 1680, Pâris et la pomme d’or (27 x 24 cm), suscitait 22 000 €. Signalons encore les 13 000 €, une estimation doublée, d’un panneau du XVIIe siècle de l’école de Joos De Momer, Paysage de montagne et cavalier (63 x 98,5 cm).

Mardi 19 juin 2007, Galerie Charpentier.
Sotheby’s France SVV.
Cette vente, qui se remarquait aussi grâce à des dessins de Giovanni Domenico Tiepolo, totalisait 4 327 980 € frais compris (63 % en lots – 79,2 % en valeur). Les peintres italiens y étaient plus particulièrement honorés. Le sommet était atteint à 215 000 €, achat d’un marchand international au double de l’estimation, par une huile sur toile de 1895 de Federico Zandomeneghi à la touche impressionniste intitulée Devant la glace (41 x 22 cm). Restons en compagnie d’un peintre vénitien avec les 160 000 € obtenus au triple de l’estimation grâce à un collectionneur italien par une huile sur toile de Guglielmo Ciardi de 1878 décrivant une Jeune Femme lisant sur les bords d’une rivière (50,5 x 75 cm). Plus classique, une paire de toiles (70 x 90 cm) de Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819), Paysage arcadien et Paysage avec Diane au bain surprise par Actéon, était acquise 200 000 €, l’estimation basse, par un collectionneur européen. Elles ont été achetées en 1957 à la galerie Cailleux et ne sont pas réapparues sur le marché depuis. Provenant de la banque Hottinguer, rue de Provence à Paris, deux huiles sur toile de Francesco Foschi (1750-1805) étaient chacune poussées jusqu’à 130 000 € par un collectionneur italien.

Mardi 19 juin 2007, Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain - Le Fur - F. Tajan SVV. M. Auguier, Cabinet Turquin-Mauduit-Étienne-Duchemin.
Dans le programme classique de cette vente quelques tableaux sont à signaler. À 170 000 €, l’estimation était respectée pour une toile de François Boucher intitulée La Demeure chérie (127,5 x 109,5 cm), pouvant être datée de 1741. La maison d’un berger apparaît dans un encadrement rocaille où un amour brandit un phylactère contenant une dédicace à Mme de Tencin. Un triptyque de dévotion portable à fond or daté de 1503 (ouvert : 47 x 114 cm), travail suisse ou sud-alémanique, respectait à 120 000 € son estimation haute. Il montre la Crucifixion avec à gauche la Vierge à l’Enfant et saint Cyriaque et à droite un abbé et saint Christophe. À 95 000 €, l’estimation était doublée pour un panneau attribué à Pieter Bruegel le Jeune (1564-1638), à sujet d’une Rixe de jeu entre paysans (93 x 125,5 cm).

Mercredi 20 juin 2007, 9 avenue Matignon.
Christie’s France SVV. C’est ici, dans l’après-midi, qu’était atteint le plus haut total de la spécialité pour cette semaine, 5 413 100 € frais compris (76 % en lots – 91 % en valeur). La palme revenait à 1 350 000 €, une estimation triplée, à une huile sur toile de Claude-Joseph Vernet de 1769, une vue des environs de Reggio, en Calabre, Temple antique au bord d’un rivage au soleil couchant (99,9 x 140,5 cm). Ce tableau, après avoir appartenu au cabinet de M. de Longvilliers à Montreuil-sur-Mer, a été acquis en 1803 par le tsar Alexandre Ier pour l’Ermitage, le musée s’en étant dessaisi en 1933. À 380 000 €, l’estimation était respectée pour une huile sur toile de Michele Marieschi (1696-1743) et Gianantonio Guardi (1699-1760), Régate sur le Grand Canal à Venise, avec le palazzo Foscari et le palazzo Balbi (61,1 x 96,2 cm). Attribuée au seul Marieschi, une huile sur toile figurant Une vue du bassin de San Marco avec la piazzetta et le palais Ducale (63,8 x 99,8 cm) suscitait 180 000 €. Restons en Italie, mais avec un peintre français avec les 240 000 € d’une huile sur toile d’Hubert Robert, La Colonne de Marc Aurèle et la place Colonna à Rome illuminées (94,1 x 77,4 cm).

Mercredi 20 juin 2007, Espace Tajan. Tajan SVV.
Cabinet Turquin-Mauduit-Étienne-Duchemin.
Dans cette vente qui cumulait 4 496 146 € frais compris (75 % en valeur) était produite la plus haute enchère portée sur la peinture ancienne cette semaine, 1,9 M€. Elle était obtenue juste sous l’estimation grâce à un acheteur sud-africain pour la toile d’Hendrick Ter Brugghen reproduite, Le Reniement de Saint-Pierre. À 340 000 €, l’estimation était dépassée pour la toile d’Antoine Watteau, L’Accordée de village (60,5 x 84,5 cm). Le Caprice avec des ruines au bord d’un lac (41 x 55 cm), une toile de Francesco Guardi, respectait à 200 000 € son estimation basse. Poursuivons à 180 000 € avec un Autoportrait (53 x 43 cm) de Bartolomeo Esteban Murillo, une rareté dans la production de l’artiste. La dernière enchère à six chiffres de cette vente, 145 000 €, était prononcée sur une toile d’Antonio Zanchi (1631-1722), Tirésias aveuglé par Héra et rendu devin par Zeus (172 x 30,8,5 cm).

Vendredi 22 juin 2007, salle 5-6. Piasa SVV.
Cabinet Turquin-Mauduit-Étienne-Duchemin.
Le produit total de cette dernière vente de la semaine entièrement consacrée à la peinture ancienne et du XIXe siècle s’élevait à 1 924 736 € frais compris (88 % en valeur). 400 000 € allaient à l’estimation basse sur la nature morte de Louise Moillon reproduite. Elle est datée de 1634. Rappelons que seulement une quarantaine d’oeuvres de cette artiste sont recensées, exécutées entre 1629 et 1641. Le Portrait présumé de Mme Élisabeth Dedreux (39,9 x 31 cm) peint sur toile par Théodore Géricault récoltait 100 000 €. Peint en trompe l’oeil en camaïeu gris sur toile par Louis-Léopold Boilly, un Cadre à la vitre brisée avec un portrait de Christophe-Philippe Oberkampf, à la manière d’une gravure par L. Boilly (48 x 37 cm) se négociait 95 000 €. Plus décorative, une paire de toiles (59 x 98 cm) attribuée à Jean-Baptiste Lallemand (vers 1710-vers 1803), des vues de quais du port de Toulon animés de nombreux personnages, doublait à 88 000 € son estimation.

Miquel Barceló
Durant cette semaine où brillait plus particulièrement la peinture ancienne et du XIXe siècle la touche contemporaine était offerte dès lundi par cet acrylique sur toile de Miquel Barceló de 1986 répondant au doux titre de Venus bruta. Estimé au plus haut 80 000 €, il était poussé jusqu’à 116 000 €, prenant ainsi la cinquième place du palmarès français de l’artiste (source : Artnet). La figure humaine n’occupe pas souvent, comme ici, une place centrale dans les oeuvres de Barceló. En témoignent celles qui devancent notre toile au top 5 français. Bodegon (207 x 237 cm), une huile et collage sur toile de 1984, provoquait 750 000 € le 17 mai 2006 chez Tajan, détrônant In extremis IV (240 x 290 cm), une huile sur toile et collage de 1994 qui récoltait 1,5 MF (255 750 € en valeur réactualisée) le 15 décembre 1999 chez Briest. Après avoir privilégié une iconographie délibérément autobiographique, il élargit sa thématique et aborde les natures mortes, puis l’évocation des éléments primordiaux. Les longs séjours au Mali qu’il effectue à partir de 1988 enrichissent un peu plus son oeuvre, tant du point de vue symbolique que matériel, des éléments comme les cailloux ou l’herbe sèche intégrant la toile. Notre toile appartient à la première partie de la production de l’artiste, où la part autobiographique renvoie aussi à l’histoire de la peinture. Ne peut-on pas voir dans notre Vénus une Olympia contemporaine, Manet s’étant lui-même inspiré pour le tableau du scandale du Salon de 1865 de la Vénus d’Urbino de Titien ? Barceló réduit au minimum les aspect narratifs, soulignant toutefois de noir l’élément sous-jacent du tableau de Manet. 1986 est une date charnière à plus d’un titre dans la carrière de Barceló. En effet, pour la première fois, une galerie américaine, et non des moindres puisqu’il s’agit de celle de Léo Castelli, lui consacre une exposition monographique dans «la Mecque» de l’art contemporain, New York. Barceló vit à Paris depuis le début des années 1980. En 1982, autre date clef, il est le seul artiste espagnol à être présent à la Documenta de Kassel et fait la connaissance d’Yvon Lambert, qui l’expose dans sa galerie parisienne.

Lundi 18 juin 2007, salle 1-7.
Cornette de Saint Cyr SVV. M. Vacher.

Collection rémoise
Vingt oeuvres de la collection inaugurée par le père Jacques Laval, exposée en 1993 au musée des beaux-arts de Reims sous le titre "1930-1970, 40 ans de collection rémoise", totalisaient 1 026 673 € frais compris. À lui seul, Joseph Sima empochait 711 042 € frais compris, décrochant avec les 185 000 € de la toile de 1958 reproduite un record mondial. Le précédent a été obtenu le 17 mars dernier par la même maison de ventes avec les 71 000 € d’une huile sur toile de 1966, La Nuit limite (voir encadré page 42 de la Gazette n° 12). Ce record était d'ailleurs plusieurs fois battu lors de cette vacation, Le Vide et le vent (85 x 104 cm), une huile sur toile de 1954, partant à 126 000 €, Claire-voie (130 x 97 cm), une huile sur toile de 1961, marquant 98 000 €, les oeuvres sur papier n’étant pas en reste avec les 61 000 € d’une gouache de 1959 marouflée sur toile, Gouttes de lumière, les deux pierres (151 x 118 cm). Sima n’était pas le seul à être célébré, l’huile sur toile de Nicolas de Staël de 1947 Composition (90 x 116 cm) allant à 165 000 €.

Mardi 19 juin 2007, salle 9.
Chochon-Barré & Allardi SVV. M. Willer.

Le Parisien de Philadelphie
Un million d’euros pour la toile de Julius Leblanc Stewart reproduite, qui dit mieux ? En France, personne, puisque Sur la plage remporte le plus haut prix enregistré par l’artiste dans notre pays et le second du palmarès mondial de Stewart (source Artnet). Estimée au plus haut 300 000 €, elle permet à celui que l’on appelait "le Parisien de Philadelphie" de justifier pleinement son surnom. Le sujet n’a cependant rien de parisien. En effet, l’élégante assemblée n’est pas installée dans un salon de la plaine Monceau ou occupée à parader avenue du Bois, mais elle profite plus simplement des joies de la plage. On sait que le peintre avait l’habitude de mettre en scène les célébrités artistiques, ainsi que la haute société de son temps. Notre tableau pourrait ainsi représenter la grande Sarah Bernhardt en compagnie de Charles Haas - l’un des inspirateurs du Swann de Proust -, de Louise Abbéma et de Stewart lui-même, l’homme au canotier appuyé au dossier d’une chaise sous le parasol. Notre homme a en effet l’habitude de se portraiturer. Incontestablement, Stewart est un peintre lancé dans le monde. Et pour cause : son père, William Hood Stewart, est un richissime collectionneur qui s’installe à Paris avec sa famille après la guerre civile américaine. La collection Stewart est si réputée que nombre de personnes en visite dans la capitale française demandent à la voir. Julius profite du réseau de connaissances de son père pour devenir d’abord l’élève d’Eduardo Zamacois, avant d’intégrer en 1873 l’atelier de Jean-Léon Gérôme. Vers 1875 Stewart s’installe dans son propre atelier, non loin de celui de Raimundo de Madrazo, artiste espagnol dont la palette riche et vibrante influence durablement notre jeune peintre. Il expose pour la première fois au Salon en 1878 et, en 1883, son Portrait d’une dame est qualifié d’"oeuvre la plus sensationnelle de toutes". John Singer Sargent n’est plus le seul peintre américain à attirer l’attention de la critique !

Mardi 19 juin 2007, salle Rossini.
Rossini SVV. M. Maket.

Noir Redon
Irradiant de lumière dans le noir qui le barre et le cerne, ce visage d’Odilon Redon dépassait à 200 000 € son estimation. Le dessin rappelle celui, plus grand (64 x 65 cm), vers 1880, de la collection Henri Petiet, Visage derrière les barreaux, adjugé 5 925 900 € frais compris (896 981 € en valeur réactualisée) le 15 juin 2000 chez Piasa à Drouot. Ces deux dessins partagent des points communs - mêmes alentours insondables, même grille derrière laquelle se dessine un visage -, mais affichent aussi des différences, le visage de la feuille de la collection Petiet possédant des yeux grands ouverts, à la fois vides et interrogateurs, et étant mieux défini, puisque l’on identifie un enfant. Ce dessin détient toujours le record mondial pour les "noirs" de Redon, comme l’artiste les désignait lui-même. La période la plus féconde des "noirs" débute à son retour de la guerre franco-allemande de 1870 et s’étend jusqu’en 1895. En 1913, Mellerio cataloguait cent quatre-vingt-un exemples de ce type d’oeuvres. Selon le Dictionnaire de la peinture publié chez Larousse, " [les noirs] apparaissent comme les jalons d’une aventure spirituelle qui ont conduit l’artiste au terme de son voyage nocturne, jusqu’aux confins du conscient et de l’inconscient". La notice précise qu’ils ont permis à Redon d’exprimer ses thèmes obsessionnels : "hantise des origines, transmutations secrètes qui modifient le visage humain et dotent le monstre d’une vie morale, peur intellectuelle, vertige de l’absolu".

Mercredi 20 juin 2007, salle 4.
Delorme, Collin du Bocage SVV. Cabinet de Bayser.

Collection René Domergue
La vente de la collection René Domergue rapportait 2 198 230 € frais compris. Rappelons juste que cet ensemble est vendu à la suite du non-respect par le musée de Bordeaux d’une clause du legs fait par Domergue à cette institution. Débutons avec un petit prix, 3 000 €, réalisé par un portait du collectionneur peint à l’huile sur toile (61 x 50 cm) en 1916 par son frère, Jean-Gabriel Domergue. À l’heure où vient de s’ouvrir au musée d’Orsay une exposition autour d’Ambroise Vollard, l’un des artistes que celui-ci soutenait, Louis Valtat, totalisait 1 365 986 € frais compris en trente-huit numéros. Journaliste et critique d’art, René Domergue a également promu Valtat, qui forme en valeur comme en nombre d’oeuvres le coeur de sa collection. Le sommet était atteint à 142 000 € par l’huile sur toile vers 1899 reproduite, Près du bateau sur la plage. Peinte vers 1905, une huile sur toile contrecollée sur toile, Voiliers au port (46 x 55 cm), doublait à 120 000 € son estimation basse. L’huile sur toile vers 1903 intitulée Le Train bleu affichait 100 000 € tout ronds. L’huile sur toile qui inaugurait le feu d’artifice d’enchères porté sur Valtat, Femme à l’éventail (81,5 x 66 cm), explosait à 95 000 €. Louis Valtat n’était pas le seul à empocher des enchères à six chiffres. Othon Friesz s’octroyait ainsi 110 000 €, une estimation plus que doublée, avec une huile sur toile de 1905-1907 montrant un Paysage méditerranéen (50,5 x 61,5 cm). L’autre invité vedette de la collection Domergue était Jean Puy. En six numéros, il totalisait 170 869 € frais compris. Le résultat le plus soutenu, 46 000 €, revenait au Nu assis (105 x 75 cm) de 1902.

Jeudi 21 juin 2007, Drouot-Montaigne.
Mathias SVV, Le Roux et Morel SVV
Baron - Ribeyre & Associés SVV. Cabinet Schoeller.

L’âge d’or
Cet Âge d’or dépeint par Léopold Survage en 1936 porte bien son titre, puisque cette huile sur toile permettait à l’artiste de décrocher à 150 000 € un record français (source : Artnet). Elle détrône l’huile sur toile vers 1916 intitulée Nice (92 x 73 cm) de la collection Chantal et Guy Heytens vendue 138 000 € le 18 octobre 2005 chez Artcurial à l’hôtel Dassault. Notons la bonne tenue du prix d’une toile de 1916, également intitulée Nice (100 x 81 cm), vendue 810 000 F, soit 163 550 € en valeur réactualisée, par Catherine Charbonneaux le 8 avril 1990. La cote de Survage bénéficie sans doute depuis peu des origines russes de l’artiste, Leopold Stürzwage de son vrai nom. Il arrive en effet à Paris en 1908, où il retrouve Archipenko, avec qui il va déposer en 1920 les statuts de la nouvelle section d’or. En attendant il est l’élève de Matisse et se laisse influencer par Cézanne, puis par le cubisme. Il en fait une interprétation personnelle en utilisant des perspectives contradictoires, idée qui lui vient en observant les reflets des miroirs recouvrant une colonne à l’intérieur d’un magasin. Théorisés dans son Essai sur la synthèse plastique de l’espace et son rôle dans la peinture, paru en 1921, ces principes se retrouvent dans tout son oeuvre.

Vendredi 22 juin 2007, salle 14.
Catherine Charbonneaux SVV.

Volaire face au Vésuve
Après les 483 554 € frais compris inscrits le 27 mars dernier sur un cuivre de Jan Van Kessel, cette étude toulousaine franchit à nouveau le cap des 300 000 € pour les tableaux anciens. Cette vue nocturne du Vésuve par Pierre-Jacques Volaire recueillait en effet 332 590 € frais compris. Il s’agit d’un prix remarquable pour un artiste de renommée internationale dont l’oeuvre se fait rare en régions. Rappelons tout de même quelques enchères enregistrées ces dernières années, toutes à l’hôtel des ventes de Poitiers (Me Segeron). Ainsi le 12 décembre 2003, L’Eruption du Vésuve en 1771 depuis l’Atrio del Cavallo était adjugée 425 000 € à un collectionneur étranger, sextuplant les estimations (65 x 125 cm). Le 12 mars 2005, la même étude recueillait 200 000 € d’une autre toile de l’artiste mesurant 67,5 x 127, alors acquise par un amateur anglo-saxon. Trois mois plus tard, le 25 juin, un tableau aux dimensions plus petites, 39,7 x 81 cm, était disputé jusqu’à 100 000 €. C’est à Toulon, dans l’atelier de peinture de l’Arsenal, que Volaire fait ses classes de paysagiste auprès de son père Jacques-Auguste. Le jeune homme rencontre alors Joseph Vernet qui vient d’obtenir l’importante commande des ports français. Travaillant ensemble, les deux confrères parcourent les villes de Bordeaux, de Dieppe, de Bayonne... Mais en 1763, Volaire part seul pour l’Italie, s’établissant d’abord à Rome avant de se fixer définitivement à Naples, en 1769. Il représente des paysages, des bords de mer et des vues du Vésuve. Attendue autour de 100 000 €, notre version triplait donc ses estimations. On y lit le brillant métier de Volaire. Les splendides harmonies colorées comme les jeux de la lumière et de l’eau sont déjà d’esprit préromantique et annoncent les oeuvres de Turner.

Toulouse, mardi 19 juin 2007.
Primardeco SVV. M. Auguier.

Passions orientalistes
La cote de la peinture orientaliste semble être indexée sur le prix du baril de pétrole, ces deux jours de ventes totalisant 8 484 000 € frais compris à partir d’un cumul d’estimation basse ne dépassant pas 4 M€. On enregistrait dix résultats à six chiffres, et plusieurs records mondiaux étaient battus. Un bataillon serré d’enchérisseurs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, complété de quelques Russes, déchaînait littéralement les enchères. La preuve la plus éclatante est fournie par Étienne Dinet, qui, en deux numéros, totalisait la bagatelle de 2 974 000 € frais compris. L’huile sur toile reproduite, Vue aérienne de la palmeraie, Bou Saâda, établissait à 1 550 000 € un record mondial pour l’artiste, marquant à plus d’un titre. Il pulvérise le précédent record, 420 000 €, établi il y a seulement quelques jours chez Christie’s à Paris, le 6 juin, par une huile sur toile figurant La Fuite des baigneuses (74,2 x 69,8 cm) et permet à la maison Gros & Delettrez de reprendre le flambeau pour Dinet. L’enchère prononcée chez Christie’s détrônait en effet un record établi à 2 MF (335 240 € en valeur réactualisée) le 18 juin 2001 à Drouot par l’étude Gros & Delettrez. Il concernait en fait notre toile, la palmeraie étant identifiée en 2001 comme étant celle de Laghouat ; la localisation à Bou Saâda semble plus logique, l’artiste s’y étant définitivement installé en 1904. Le collectionneur qui la possédait a fait une belle affaire, le prix de cette oeuvre ayant augmenté de plus de 500 % en six ans. Souhaitons à son nouveau propriétaire, un collectionneur des émirats, d’avoir réalisé un placement aussi rentable. Dinet ne se contentait pas de ce résultat, une huile sur toile, Fillettes sautant à la corde (100,5 x 85 cm), décrochant dans la foulée 850 000 €. Son estimation n’en excédait pas 350 000. Ce tableau est une découverte : il n’était auparavant connu que par une gouache préparatoire. Dinet n’était pas le seul a susciter d’homériques batailles d’enchères, Rudolf Ernst marquant 500 000 € (619 600 € frais compris), une estimation triplée, pour La Cueillette des roses (81 x 63,5 cm), une huile sur panneau.

Lundi 11 et mercredi 12 juin 2007. Gros & Delettrez SVV.
Mmes David, Nataf-Goldmann, Soustiel, MM. Achdjian, Chanoit, Vallériaux.

Entre portraits et paysages
Le programme classique d’une vente qui rapportait 2 088 382 € frais compris voyait plus particulièrement briller la peinture ancienne, qui occupait, accompagnée de quelques dessins, les soixante-six premiers numéros du catalogue. Ce chapitre était dominé par les 330 000 €, une estimation quintuplée, de La Chasse de Diane de Frans Francken et Abraham Govaerts reproduite. Le panneau de chêne porte plusieurs marques : les mains d’Anvers, la tour et la marque L. S. du pannelier Lambert Staats. Les figures sont de Francken et les alentours de Govaerts. Les paysages de ce dernier ont fréquemment été peuplés de personnages exécutés par ses confrères, que ce soit Francken ou son frère Ambrosius, mais aussi Hans Jordaens ou Hendrick de Clerck. Le Frans Francken qui nous occupe, dit le Jeune, est le peintre le plus renommé de la dynastie familiale. Une toile de Louis-Gabriel Moreau (1740-1806), Temple à l’amour dans un paysage (59,5 x 87 cm), se négociait quant à elle 48 000 €, une toile de Charles Eschard de 1806, Paysans russes près d’une isba (47 x 56 cm), montant à 42 000 € sur une estimation haute de 15 000. Poursuivons par des portraits, avec la seconde enchère à six chiffres de la vente, 155 000 €, obtenus sur une estimation n’en excédant pas 12 000 pour une toile de John Michael Wright (1623-1700), Portrait de Ann Suckling of Norfolk, datée de 1672. La jeune aristocrate est représentée dans une pose désinvolte, tenant d’une main ses cheveux défaits, fixant le spectateur, prête à esquisser un sourire. Cette toile prend la deuxième place du palmarès mondial de l’artiste.

Mercredi 13 juin 2007, salle 5-6.
Thierry de Maigret SVV. M. Millet.

Guidoccio Cozzarelli
Ce panneau transposé sur toile de Guidoccio Cozzarelli, La Vierge à l’Enfant entre saint Nicolas et saint Barthélemy, respectait à 120 000 € sa fourchette d’estimation. Sur la base de données Artnet, une seule oeuvre vendue de cet artiste est répertoriée, les trois autres n’ayant pas trouvé preneur. Le 6 octobre 1995, une tempera sur panneau représentant La Fuite en Égypte (28,6 x 57,2 cm) obtenait chez Sotheby’s à New York 79 500 $ (71 545 € en valeur réactualisée). Cozzarelli est connu à Sienne surtout pour ses talents de miniaturiste. Il a fait son apprentissage et a effectué ses premiers travaux auprès de Matteo Di Giovanni (vers 1430-1495), figure majeure de la scène artistique siennoise. Cozzarelli s’est beaucoup inspiré des oeuvres de son maître, y compris dans notre tableau. Ce dernier a sans doute été exécuté assez tôt, vers 1480. Il a appartenu aux collections du baron Michel Ange Lazzaroni à Rome. En juin et juillet 1952 a été dispersé à Nice le contenu d’une fastueuse villa érigée à Nice après la Première Guerre mondiale par les barons Lazzaroni. Décrit comme une école italienne, notre tableau atteignait alors 91 650 F (1 755 € en valeur réactualisée). Le meilleur résultat, 830 000 F (15 887 € en valeur réactualisée), revenait à une école toscane du XVe siècle montrant une Vierge à l’Enfant avec saint Jean.

Vendredi 15 juin 2007, salle 1-7.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Millet.

Chapeau Renoir !
À 590 000 €, l’estimation haute de cette toile de Pierre-Auguste Renoir était frôlée. Celle-ci possède l’avantage d’être vierge de tout passage en vente, puisqu’elle provient directement de la famille du modèle, Jeanne Baudot (1877-1957). Il s’agit d’un cadeau du peintre au modèle, également son élève et la marraine de son fils Jean, futur grand maître du septième art. Fille d’un médecin chef des Chemins de fer de l’Ouest, elle est recommandée par Paul Gallimard à Renoir, qui l’accepte dans son atelier. Rappelons que Paul Gallimard - propriétaire du Théâtre des Variétés et père de Gaston Gallimard, fondateur de la maison d’édition - est bibliophile et collectionneur. Jeanne Baudot va souvent accompagner son illustre professeur dans son travail en plein air, et ce, jusque sur la Côte d’Azur. De son côté, comme le révèle notre double portrait, Renoir apprécie la jeunesse et le charme de son modèle. Dans son ouvrage paru en 1949, Jeanne relate les conditions de l’exécution du tableau vendu : "À cette époque, Renoir n’avait pas beaucoup d’amateurs. Durand-Ruel lui fit remarquer que les chapeaux se démodaient et que ses oeuvres auraient plus de succès si elles représentaient des femmes en cheveux." La réaction du maître ne se fit pas attendre : pas question de soumettre son art à des contingences commerciales. Il expérimente ici une nouvelle technique, en mélangeant dans l’esquisse de droite au vernis de l’huile d’oeillet : "Souvenez-vous de cet essai, vous qui avez plus de chance que moi d’en avoir les effets." Cinquante-trois ans plus tard, Jeanne constate que l’oeuvre n’a subi aucun changement.

Vendredi 15 juin 2007, salle 5.
Beaussant - Lefèvre SVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.

Yo Picasso !
Cette oeuvre de jeunesse de Picasso exécutée vers 1897 à Barcelone, au trait déjà puissamment affirmé, était poussée jusqu’à 700 000 €, à partir d’une estimation haute de 480 000. Ce dessin est signé en haut à gauche et daté du 25 mars 1899. Le certificat de Maya Widmaier-Picasso, daté du 12 mai 2007, qui accompagne cette feuille - une oeuvre à lui tout seul - précise que cet autoportrait est similaire à un autre daté de 1897 dont la reproduction est présente dans les archives de cette dernière. La fille de l’artiste précise : "Au dos de cette photo, mon père, Pablo Picasso, a écrit de sa main : “mon portrait“ en dessous “1897“ et encore plus bas “Barcelone“ ce qui m’incite à penser que la date “1899“ [...] est erronée et que par conséquent les deux autoportraits sont de la même année." Picasso lui-même avait authentifié ce dessin le 29 juin 1968, quand il lui avait été présenté à la galerie Louise Leiris. Bardé de toutes ses qualités, notre dessin réalise le plus haut prix enregistré à Paris par une oeuvre de Picasso depuis le début de l’année.

Vendredi 15 juin 2007, salle 6.
Digard SVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.

Iacovleff au pinacle de Cheverny
Pour cette deuxième journée de la 19e vente garden-party à la française, menée à l’orangerie du château, Alexandre Iacovleff faisait un triomphe. Les soixante-trois lots provenant de la collection Victor Tanguy engrangeaient 2 431 000 €. Ce pilote de chasse de l’armée de l’air s’était directement adressé à la soeur de l’artiste, Alexandra, pour acquérir les oeuvres de Iacovleff. Les deux hommes partageaient une passion commune pour l’aventure et les voyages. Présentés "dans leur jus" et affichant en moyenne des enchères de 38 000 €, les divers lots de cette collection étaient débattus avec ferveur par des amateurs français, mais surtout par des acheteurs russes, polonais, anglais et israéliens. Ainsi vingt-neuf oeuvres ont-elles dépassé 20 000 €. Quant à notre pièce phare, elle pulvérisait sa mise à prix, autour de 10 000 €. Disputée entre cinq enchérisseurs russes présents dans la salle et douze lignes téléphoniques, elle était au final décrochée pour un acheteur russe vivant à Monaco. Datée 1932, notre toile, dont une étude préparatoire est conservée au musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt, est un beau témoignage de la croisière jaune reprenant la route de la soie : la mort soudaine de l’initiateur de la mission, Georges Haardt, modifie le trajet de retour. Obligé de regagner la France par mer, Alexandre Iacovleff fait étape à Cao Bang où il est fasciné par les danses et les chants des sorcières tonkinoises. Faisant référence au thème de Goya, la scène est transcrite dans un beau feu d’artifice de couleurs.

Cheverny, lundi 11 juin 2007.
Ventes aux Enchères Vendôme Cheverny Paris SVV.

Hantaï et les Mariales
Durant la seconde moitié du XXe siècle, Simon Hantaï a joué en France un rôle prédominant dans la création plastique. Après avoir séjourné un an en Italie, ce peintre d’origine hongroise arrive à Paris en 1949. Fréquentant d’abord le mouvement surréaliste, il travaille le collage et le frottage. Puis, prônant l’expression directe, il se rapproche au milieu des années 50 des peintres américains tels Pollock ou Sam Francis, tous deux acteurs de l’Action painting. Hantaï développe alors une écriture automatique. Se convertissant au catholicisme, il quitte Paris, et se retire près de Fontainebleau. Il abandonne les figures et délaisse aussi la toile montée sur châssis pour utiliser "le pliage comme méthode", tel qu’il le définit lui-même. Dans une monographie parue en 1973, il explique encore à Geneviève Bonnefoi sa démarche picturale : "Comment devenir exceptionnellement banal ? Le pliage était une manière de résoudre ce problème. Le pliage ne procédait de rien. Il fallait simplement se mettre dans l’état de ceux qui n’ont encore rien vu, se mettre dans la toile". Dépourvue de châssis, la toile est ainsi pliée, froissée par des gestes à l’humble répétition comme ceux d’un pêcheur maillant son filet. Cette nouvelle technique, désacralisant la beauté de l’effet, donne naissance à plusieurs séries ; les Mariales, réalisées entre 1960 et 1962, en sont les premières illustrations.

Roubaix, lundi 11 juin 2007.
May, Duhamel & Associés, SVV.

Trois jours pour l’art des XXe et XXIe siècles
Les trois jours de ventes consacrées à l’Hôtel Dassault à l’art moderne et contemporain totalisaient 6 764 000 € frais compris (66 % en lots - 123 % des estimations basses). L’art contemporain captait 2 798 800 € frais compris (72 % en lots - 125 % des estimations basses), le secteur moderne empochant pour sa part 2 345 300 € (66 % en lots - 162 % des estimations basses), dominés par les 300 000 € de l’huile sur toile de Pavel Tchelitchew reproduite, un achat russe. Cette Petite Fille aux papillons est une commande des parents du modèle, passée en 1934. Cette oeuvre remporte un record mondial pour l’artiste (source : Artnet), le précédent ayant été marqué le 18 avril 2006 par une huile sur toile (33 x 41,3 cm) montrant deux grappes de raisin dans une coupe, adjugée 192 000 $ frais compris (154 034 € en valeur réactualisée) le 28 avril 2006 chez Sotheby’s à New York. Tchelitchew a effectué une carrière internationale sous la double étiquette de peintre et de décorateur de théâtre. Poursuivons avec une gouache de Fernand Léger de 1939, Vive la mariée (18,8 x 22,8 cm), adjugée 70 000 € sur une estimation haute de 20 000. À 45 000 €, l’estimation d’une huile sur toile de 1908 de Sonia Delaunay, Nu Paris (54 x 65 cm), était triplée. Une huile sur toile du peintre irlandais William John Leech (1881-1968), Scène de parc, soldats au repos (33 x 41 cm), pulvérisait à 44 000 € son estimation. Ensuite, une collection, celle de M. et Mme Pierre, vendue au profit de l’Institut Curie, concernait aussi bien l’art moderne que l’art chinois du XXe siècle ou l’art abstrait. Les quatre-vingt-douze oeuvres vendues cumulaient 960 000 € au marteau. Un Chinois de Paris, Chu Teh-chun, décrochait les deux meilleurs résultats de la collection, 91 000 € allant grâce à un collectionneur français à Nuances de l’aube (130 x 97 cm), une huile sur toile de 1998, et 70 000 € à une Évocation poétique (89 x 116 cm) peinte la même année. Un catalogue était consacré à l’art chinois du XXe siècle, qui totalisait 1 619 900 € frais compris (36 % en lots - 89% des estimations basses). Le sommet était atteint à 175 000 € par une huile sur toile (81 x 65 cm) de Zao Wou-ki, achat d’un professionnel européen.

Lundi 4, mardi 5 et mercredi 6 juin 2007,
Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain -Le Fur - F. Tajan SVV.

Grèce - États-Unis - France
L’art contemporain dispersé au cours de la soirée totalisait 2 844 870 € frais compris (70 % du produit total). La clientèle internationale était particulièrement présente, notamment les collectionneurs américains et européens. Les amateurs grecs étaient les acteurs de batailles d’enchères qui permettaient à des oeuvres d’artistes originaires de leur pays d’enregistrer des résultats soutenus. Alexandre Fassianos en récoltait les fruits, puisque les 90 000 € obtenus par la Femme bleue reproduite, une huile sur toile de 1986, lui permettaient de décrocher un nouveau record mondial. La cote de cet artiste est électrique, puisque le précédent record, 74 400 £ frais compris (109 449 €), a été enregistré il y a moins d’un mois, le 10 mai, par une huile sur panneau de 1976, Red Man on a Bicycle (187 x 112 cm). Le précédent record français remonte à un an. Le 9 juin, dans la collection Claude et Simone Dray dispersée à Paris chez Christie’s, une Danseuse (162,5 x 96,5 cm) à l’huile et or sur toile de 1985 obtenait 74 400 € frais compris. L’école grecque abstraite était également honorée. Jannis Spyropoulos était ainsi crédité de 75 000 €, une estimation doublée, avec une huile sur toile de 1969 intitulée L’Épisode 4 (146 x 114 cm). À 62 000 €, l’estimation était dépassée toujours pour une huile sur toile de 1957 de Theodoros Stamos (1922-1997), High Snow low Sun (137,5 x 81 cm). Quittons les côtes méditerranéennes pour celles des États-Unis avec un sévère coup de tabac d’enchères qui permettait à Smoker Banner de Tom Wesselmann d’atteindre 85 000 € à partir d’une estimation haute de 35 000. Il s’agit d’un tableau sculpture numéroté 26/30, réalisé au vinyle en couleurs sur panneau plastifié, une édition Multiples Inc, Betsy Ross Flag & Banner Co. Il montre de pulpeuses lèvres rouges tenant une cigarette fumante. Restons dans la veine pop avec les 39 000 € de Mao (91,4 x 91,4 cm), l’un des deux cent cinquante exemplaires de la sérigraphie en couleurs sur papier Beckett de 1972 d’Andy Warhol.

Mardi 5 juin 2007, Drouot-Montaigne.
Piasa SVV.

Les surprises de la promenade
Cette toile était attribuée au catalogue à Jean-Baptiste Leprince, assortie d’une estimation de 15 000 à 20 000 €, et simplement titrée Promenade. L’agitation des professionnels autour de ce tableau conduisait à préciser les choses, l’oeuvre étant finalement de Louis-Auguste Brun et le sujet rien moins qu’une promenade en calèche de la duchesse de Montmorency en compagnie de son fils Mathieu, sans doute dans la vallée de Montmorency. Ce résultat est un record, et de très loin, pour l’artiste, sa cote ayant culminé à 17 250 £ frais compris (26 600 € en valeur réactualisée ; source : Artnet) pour une toile (88 x 120 cm), un portrait équestre, peut-être le marquis de La Fayette, vendue à Londres chez Sotheby’s le 11 décembre 1996. Le sujet précis de notre tableau a été retrouvé grâce à un dessin de 1773, mais signé d’un certain Jean-Baptiste Le Brun (1769-1801), Couple dans une calèche et cavalier précédant (55,5 x 76 cm), adjugé 42 000 F (7 300 € en valeur réactualisée) le 19 mai 1999 chez Cornette de Saint Cyr. Peintre suisse formé à Genève, Louis-Auguste Brun a obtenu la protection de Victor-Amédée III à Turin, où il se trouve en 1780. L’année suivante, il est en France. On le retouve à Dampierre chez le duc de Luynes en 1782, et il entre ensuite au service de la famille royale. L’artiste a notamment réalisé un portrait de Marie-Antoinette et un portrait équestre du comte d’Artois. Il s’établit à Versoix, au bord du lac Léman, en 1790, mais reste fidèle à la reine, se chargeant lors d’une visite au temple d’une lettre pour les princes émigrés à Francfort, ce qui lui vaut d’être expulsé de France.

Vendredi 8 juin 2007, salle 4.
Ader SVV. M. Millet.

Isaac Soreau ou la vie silencieuse
La nature morte, spécialité flamande par excellence, s’avère une belle leçon de peinture pure accordant la poésie des choses à la virtuosité de l’artiste. Ce panneau provenant d’une demeure bretonne en offre un magnifique exemple. Authentifié par Fred Meijer et présenté "dans son jus", il a suscité bien des convoitises. Attendu autour de 180 000 €, il était fermement disputé entre le commerce et des collectionneurs français et étrangers, pour être au final adjugé à un acheteur anglais. La composition savante, la technique nette et précise ,ainsi que le dessin ferme des volumes, rapprochaient notre panneau d’une autre Nature morte de fruits et de fleurs, conservée à l’Ashmolean Museum d’Oxford. Appartenant à une dynastie d’artistes flamands expatriés en Allemagne pour convenance religieuse, Isaac Soreau naît à Hanau dans la Hesse. Étudiant la peinture sous la houlette de son père Daniel, il a pour condisciple l’Allemand Joachim von Sandrart et l’Alsacien Sébastien Stosskopf, qui deviendront aussi de grands spécialistes de natures mortes. Regagnant ensuite les Pays-Bas méridionaux, Isaac Soreau entre à la guilde des peintres d’Anvers comme le rappelle la marque des panneliers, visible au revers de notre panneau. La finesse picturale, les tons à la fois vifs et tendres des fleurs font référence à la peinture germanique. L’habileté de notre peintre se révèle aussi dans la répartition harmonieuse des volumes et des vides, dans l’emploi savoureux des glacis.

Brest, mardi 5 juin 2007.
Thierry-Lannon & Associés. Cabinet Turquin.

Collection L.
Pulvérisant les estimations, en trois numéros Fu Baoshi totalisait 264 000 € frais compris. 82 000 € revenaient à la peinture de 1944 reproduite, 63 000 € allant à une autre de mai 1946, Deux Lettrés dans un pavillon, un autre et deux serviteurs près d’un char tiré par un buffle (105 x 33 cm), et 60 000 € à une troisième, exécutée en juin 1946, Personnage sur le dos d’un buffle sortant d’une forêt de bambous sous la pluie (36,5 x 44 cm), sa partie supérieure étant occupée par une calligraphie en caractères archaïsants. Ces toiles proviennent de la collection de monsieur L., Lei Shido pour les Chinois, en poste à l’ambassade de France à Chongqing dans les années 1940. Il courait les galeries, ses pérégrinations artistiques étant documentées par l’abondant courrier qu’il adressait à sa femme. En décembre 1946, il écrit : "bien entendu, je me suis encore laissé attendrir (la chair est faible) et j’ai acheté deux toiles". Fu Baoshi n’était pas le seul à séduire notre collectionneur, comme en attestent les 25 000 € d’une encre et polychromie sur papier de Qi Baishi (1863-1957), Coq et sauterelle sous les liserons et bambous.

Mercredi 30 mai 2007, salle 1.
Pescheteau-Badin SVV. M. Portier.

Minimalisme nippon
Les oeuvres de Lee U-fan sont rares sur le marché, Artnet ne recensant qu’une dizaine de résultats pour cet artiste. Cette colle et pierre sur toile de 1976 de la série "From Line" décrochait à 150 000 € un record français pour l’artiste. Selon Artnet, il s’agit de sa première oeuvre adjugée en France. D’origine coréenne, Lee U-fan s’est installé au Japon en 1956 et y décroche un diplôme de philosophie. La démarche picturale qu’il développe dans les années 1960 privilégie la surface par l’intervention minimale du peintre au service de la trace. Pétri des philosophies de Kant et d’Heidegger, il revendique l’existence des choses pour elles-mêmes. C’est lui qui baptise du nom de mono ha la tendance réunissant à la fin des années 1960 des artistes qui tiennent compte de leur environnement réel et des relations entre les matériaux. Il s’agit de mettre en situation, en les modifiant le moins possible, les matériaux naturels et bidimensionnels, afin de donner le primat à l’existence primitive des choses (mono). Dans la notice consacrée à l’artiste dans le Dictionnaire de l’art moderne et contemporain (Hazan), Maoyuki Takashima écrit : "il émane de ses traces de pinceau disposées en lignes ou en signes flottants une sensation d’infini qui témoigne de l’osmose entre le corps de l’artiste et l’univers lui-même".

Vendredi 1er juin 2007, salle 1.
Massol SVV.

Sainte Famille florentine
La plus belle pièce de cette vente bourguignonne était sans conteste cette touchante scène religieuse, datant de la fin du XVIIe siècle. En dépit d’accidents et de manques, elle était bataillée avec ferveur entre divers enchérisseurs. À 300 000 €, plusieurs amateurs, notamment transalpins, étaient encore en lice. C’est d’ailleurs un grand collectionneur italien résidant à Londres qui l’a au final enlevée. Ses atouts ? Son auteur n’est autre que le peintre florentin Alessandro Rosi, dont les historiens d’art italiens redécouvrent actuellement l’oeuvre, grâce à l’importante monographie d’Elisa Acanfora. Elle lui attribue entre autres plusieurs tableaux jadis donnés au peintre Sigismond Coccapini, également architecte. Élève de Cesare Dandini, Rosi se fait à Florence au milieu du XVIIe une solide réputation dans la peinture d’histoire. Il peint deux Bacchanales pour le grand-duc de Toscane et reçoit aussi de nombreuses commandes d’oeuvres religieuses pour les couvents ainsi que pour les églises de Florence et de ses environs, tel un Saint François de Paul à la cathédrale de Prato. Notre tableau, aux beaux accents luministes, montre la Sainte Famille. Joseph et son épouse Marie, tenant l’Enfant-Jésus dans ses bras, sont représentés dans un splendide cadre baroque ; à l’arrière-plan, la coupole sert de trompe-l’oeil architectural. La somptuosité des coloris, la délicatesse des tissus soulignent encore le savoir-faire habile de Rosi, agrémenté d’une pointe d’humour... un chat facétieux, profitant de la négligence de ses maîtres, qui portent toute leur attention sur l’Enfant-Jésus, s’apprête en effet à voler quelque mets.
Dijon, samedi 14 avril 2007. Vrégille Bizouärd,
vente aux enchères SVV. Cabinet Turquin, Mauduit, Étienne.
Record pour Chabaud
Lors de ces journées de ventes à l’hôtel Martinez, un ensemble de tableaux provençaux s’est taillé la part du lion. Une belle série d’oeuvres signées Auguste Chabaud, provenant de la collection marseillaise Henry Reboul, était très disputée entre divers collectionneurs. Un amateur déboursait effectivement 59 570 € frais compris pour L’Arabe et la Moukère, un panneau orientaliste. La Femme en bleu au comptoir, une huile sur carton haute en couleur de 1909, était quant à elle disputée jusqu’à 77 441 € frais compris. Mais l’enchère la plus élevée, recueillant d’ailleurs un prix record pour Chabaud, s’est inscrite sur ce tableau. Né à Nîmes, notre peintre passe son enfance au domaine du mas de Martin à Graveson. Après des études aux beaux-arts d’Avignon, il monte à Paris, en 1899, et se lie d’amitié avec René Seyssaud. Il fréquente l’atelier de Cormon, puis les académies Jullian et Carrière. Revenu en Provence, il accomplit ensuite son service militaire avant de retrouver Paris en 1906. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, il partagera ainsi son temps entre la capitale et sa Provence natale. Comme Toulouse-Lautrec et Pascin, il aime représenter le Paris nocturne, particulièrement celui des filles de joie, des chanteuses qui fréquentent les cafés populaires à l’instar de notre tableau. Appartenant à la période la plus recherchée des collectionneurs, il illustre toute l’intensité chromatique dont l’artiste fait preuve dans son oeuvre. C’est aussi un bel exemple d’expressionnisme. De violents contrastes colorés usant généreusement des noirs accentuent enfin une mise en page au cadrage inattendu.
Cannes, dimanche 8 avril 2007.
Besch Cannes Auction SVV. M. Stammegna.
Vive le polo !
La vedette de cette seconde journée de ventes pascales à Bayeux était sans conteste ce portrait, attendu autour de 12 000 €. Ferraillé ferme entre divers enchérisseurs, il a suscité une belle joute d’enchères, gagnée au triple des estimations par une galerie anglaise. Son auteur, Bernard Boutet de Monvel, élève de son père Maurice et de Luc-Olivier Merson, commence à exposer à partir de 1903 dans divers salons. Durant la Première Guerre mondiale, il prend part aux côtés de Paul Jouve à l’expédition de Salonique, organisée en 1915. Puis, affecté par Lyautey à Fès en 1918, le peintre tombe amoureux du Maroc, où il demeure jusqu’en 1925 peignant aussi bien des vues orientales que des portraits mondains. C’est à cette veine "people" qu’appartient notre toile. Elle représente le prince Léon Radziwill (1880-1927), descendant d’une famille de boyards lituaniens et de Louise Blanc, richissime héritière du casino de Monte-Carlo. Possédant aussi sa propre écurie, il est portraituré à Bagatelle en tenue de polo, à l’ombre d’un marronnier. Tirée à l’eau-forte et éditée à deux cents exemplaires intitulés Le Joueur de Polo, cette effigie est perçue à l’époque comme l’image d’un homme moderne, à la fois sportif et élégant. Sa précision photographique en fait aussi une véritable préfiguration du courant hyperréaliste.
Bayeux, lundi 9 avril 2007.
Bayeux Enchères SVV.
Succès russes pour la France
Cette vente de tableaux modernes, russes et orientalistes se soldait par un total de produit vendu de 5 100 139 € frais compris. Plusieurs records étaient enregistrés, notamment sur Marie Vassilieff et Ivan Kliun. Appartenant autant à l’histoire de l’art moderne internationale qu’à celle de l’art russe, Vassily Kandinsky décrochait 1,3 M€, soit une estimation largement dépassée, pour le Brun dense reproduit, une huile sur panneau de 1930. Cette oeuvre pointe à la vingtième position du palmarès mondial de l’artiste, devant une huile sur panneau de la même année à la composition similaire, Diagonale (49 x 70 cm), adjugée 1 028 000 £ frais compris (1,55 M€) le 6 février 2007 chez Christie’s à Londres. Rappelons qu’il y a un peu moins d’un an, le 26 juin 2006, la SVV Claude Aguttes vendait 1 650 000 € une huile et technique mixte sur panneau de 1931 de Kandinsky, Coulant. Notre Brun dense a entre autres appartenu à Gildas Fardel, industriel et collectionneur. Ce dernier a fait donation au musée des beaux-arts de Nantes de dix oeuvres et d’un fond documentaire d’art contemporain. Grâce à cette initiative, Kandinsky est pour la première fois entré dans la collection d’un musée de province. La vente dépendant de sa succession a eu lieu du 1er au 3 décembre 1999 à Drouot (Étude Le Roux, Morel). Une aquarelle de 1931 de Kandinsky, Rectangle orné (31,5 x 35 cm) atteignait alors 930 000 F (158 565 € en valeur réactualisée). Estimée au plus haut 150 000 €, l’huile sur toile de Marie Vassiliev vers 1915 Petite fille au chat (81 x 65 cm) était poussée jusqu’à 225 000 € (278 820 € frais compris). Il s’agit du plus haut prix pour l’artiste (source : Arnet). Elle devance une huile sur toile cubo-futuriste de 1910, Femme assise (97 x 60 cm), adjugée 145 500 $ frais compris (177 550 € en valeur réactualisée) le 12 mai 2000 chez Phillips à New York. Notre toile a été exécutée au moment où l’artiste, installée à Paris depuis 1907, regagne la Russie pour participer à la fameuse exposition "0.10", dernière exposition futuriste et première exposition suprématiste. Cette oeuvre porte les traces de l’influence des avant-gardes russes. Retour à l’abstraction avec les 90 000 €, soit une estimation respectée, de Composition géométrique (60 x 42 cm), technique mixte, gouache et pastel vers 1919 d’Ivan Kliun. Cette oeuvre enregistre un record absolu pour l’artiste (source : Artnet).
Vendredi 30 mars 2007. Salle 1-7.
Claude Aguttes SVV. M. Coissard.
Succès contemporains
Au cours de ces deux jours de ventes, l’art contemporain rapportait 5 525 730 € frais compris. Un duo d’artistes, et non des moindres, Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat, remportait à quatre mains 1 M€ pour l’oeuvre reproduite, dominée par le logo de la General Electric. L’estimation haute était respectée. Rappelons que ces artistes avaient provoqué une enchère de 1,8 M€ le 17 mai 2006 chez Tajan à Paris avec Eiffel Tower (203 x 275 cm), une toile de 1985. C’est à l’initiative du Zurichois Bruno Bischofberger - galeriste attitré de Warhol à partir de 1968 - que les deux artistes ont travaillé ensemble. Les premiers fruits de ce travail sont exposés chez Bischofberger en septembre 1984, en même temps que des oeuvres coréalisées par Warhol et Francisco Clemente. La collaboration Warhol-Basquiat va se poursuivre au-delà de cette expérience initiatrice, une exposition étant organisée à New York un an plus tard à la galerie Tony Shafrazi. Le logo de General Electric de notre tableau appartient à l’univers warholien, cette compagnie occupant dans les années 1980 une place emblématique dans l’économie américaine. Le Wall Street Journal écrivait alors qu’elle était "une des plus importantes et fascinantes institutions de la société américaine du XXe siècle". Ce logo est récurrent dans les oeuvres du duo Warhol-Basquiat. Quittons l’Amérique triomphante des années 1980 pour gagner l’Italie, avec les recherches moins consuméristes de Lucio Fontana, préoccupé avant tout par les concepts d’énergie et d’espace. Une peinture à l’eau sur toile de 1960, Concetto spaziale, attesa, (92 x 73 cm), un monochrome vert fendu d’une lacération, était poussée jusqu’à 610 000 € sur une estimation haute de 450 000 €. La toile porte au dos l’annotation : "Domani vado a Lugano a parlare alla televisione Svizzera". Sur la base de données Artnet, c’est le plus haute enchère enregistrée en France par l’artiste. Intéressons-nous aux nouveaux réalistes ensuite, en commençant par Yves Klein. L’éponge bleue SE 40 (6 x 18 x 16,5 cm), vers 1960, dépassait à 125 000 € son estimation. Un projet de Christo de 1965 pour un monument dans la salle de réception de l’usine Spectrum Bergeyk en Hollande, Arbre empaqueté (52 x 123 x 12 cm), se négociait 86 000 €. Il est composé par du bois, du tissu, du plastique, un doigt de fusain et bien entendu du cordage. Enfin, pour la photographie contemporaine occidentale, un résultat est à retenir, les 135 000 € d’un triptyque (165 x 114,5 cm chaque tirage Cibachrome) d’Andres Serrano numéroté 1 sur 4, Red Pope I-III . L’estimation haute était de 100 000 €. Il s’agit d’un record mondial pour l’artiste (source : Arnet).
Samedi 31 mars 2007, dimanche 1er avril 2007. Drouot-Montaigne. Cornette de Saint Cyr. Mmes Fetre, Grinfeder, Tubiana,
M. Vacher.
La passion Rimbaud
Les deux meilleures enchères de cette vente de livres qui rapportait 1 208 711 € frais compris n’étaient pas remportées par des imprimés, mais par des dessins et par un manuscrit d’Arthur Rimbaud. 180 000 € allaient ainsi aux deux pages dessinées par un Rimbaud tout juste âgé de dix ans. Elles ont été détachées du Cahier des dix ans, le plus ancien manuscrit autographe connu de Rimbaud, dont les quatorze pages furent adjugées 240 000 F (45 130 € en valeur réactualisée) dans la vente de la collection Jacques Guérin le 20 mai 1992 à Paris (Étude Ader Tajan). Ces dessins d’une grande maturité, révèlent le regard déjà critique, voire révolté, de Rimbaud sur le monde. La rare page manuscrite autographe de l’un des poèmes de l’auteur imprimé dans Une saison en enfer (1873), "Bonne pensée du matin", respectait à 150 000 € son estimation basse. Écrite en 1872, elle a appartenu à Paul Verlaine, et son texte présente quelques variantes par rapport à la version imprimée. Une troisième version autographe, celle de Louis Forain, a été cédée 240 000 € dans la vente Pierre Berès du 20 juin 2006 (Paris, Pierre Bergé & Associés SVV). Elle a été écrite en mai 1872, alors que celle vendue l’a sans doute été un peu plus tard, en juillet. Restons dans les manuscrits, avec les 40 000 €, soit une estimation doublée, du manuscrit autographe complet (315 pages) et du tapuscrit (288 pages) du premier roman de Raymond Queneau, rédigé entre 1931 et 1933, Le Chiendent. Ils sont l’un est l’autre abondamment corrigés. L’auteur avait pour intention de traduire le Discours de la méthode en langue populaire ; "malheureusement j’ai bifurqué et j’ai écrit un roman", énoncera-t-il plus tard. Même enchère, 40 000 €, mais changement de genre et de matière, avec les deux volumes contenant les trois tomes de la première émission de l’Epitome astronomiae Copernicanae (Linz, Francfort, Johannes Planck, Godfrid Tampach, 1618-1621) de Johannes Kepler. Les reliures datent du XVIIIe siècle. Cet ouvrage forme une synthèse des recherches de Copernic, de Tycho Brahé, de Galilée et de Kepler lui-même. Le premier tome fut mis à l’index dès 1619.
Mercredi 28 mars 2007. Salle 4. Pierre Bergé & Associés SVV.
MM. Forgeot, Laucournet, de Proyart.
Éloge de l'infiniment petit
Ce tableau d’une grande délicatesse a été le point de mire des quatre ventes toulousaines organisées par l’étude Primardéco. Attendu entre 100 000 et 150 000 €, il a suscité la convoitise de nombreux enchérisseurs français et étrangers, présents dans la salle et au téléphone. Ses atouts ? Outre ses annotations, il peut être rapproché d’un autre tableau à la composition semblable de la collection Fritz Lugt, aujourd’hui conservé à l’Institut néerlandais. La mode des cabinets de curiosités et des chambres des merveilles a fourni aux artistes des ressources iconographiques inépuisables. Dès la fin du XVIe siècle, certains peintres, comme l’Anversois Georg Hoefnagel, réalisent de minuscules études de fleurs, de fruits, d’insectes qui constituent de véritables planches de zoologie, de botanique et d’entomologie. Transposant la technique minutieuse de la miniature à la peinture de chevalet, ces peintres rendent hommage à l’infiniment petit. Ils rappellent aussi que le premier recueil florilège a été imprimé chez Plantin à Anvers et que le microscope vient d’être inventé à Middleberg. C’est dans ce contexte que l’on doit replacer les oeuvres du peintre anversois Jan Van Kessel. À la suite d’Hoefnagel et de Bruegel de Velours, il peint au milieu du XVIIe siècle de menus tableaux au moyen d’un pinceau d’une finesse exquise. Avec une brillante technique, il détaille la moindre particularité d’un fruit, d’une fleur ou d’un insecte à l’exemple de notre cuivre, mariant avec bonheur naturalisme et abstraction décorative.
Toulouse, mardi 27 mars 2007.
Primardéco. M. Auguier.
Impression printanière
Cette vente où dominait l’art moderne totalisait 4 016 000 € frais compris. L’invité d’honneur était Claude Monet, qui, en cinq numéros, totalisait 2 128 946 € frais compris. La meilleure enchère, 1,1 M€, s’inscrivait sur la toile de 1879 reproduite, La Seine à Lavacourt, estimée au plus haut 700 000 €. Rappelons que cette oeuvre est l’étude préparatoire du tableau conservé dans la collection de la fondation Helen Clay Frick, à Pittsburgh. Elle est également proche d’un tableau de 1880 conservé au musée de Dallas. La toile vendue possède un pedigree imposant, suivi depuis son achat par Richard Peabody de Boston. Elle est passée deux fois en vente à Paris. En pleine période spéculative, elle obtenait 3 560 000 F (757 500 € en valeur réactualisée) le 24 novembre 1988 chez Ader-Picard-Tajan et 2,3 MF (416 737 € en valeur réactualisée) le 25 mars 1994, au creux de la vague du marché de l’art moderne, chez Millon-Robert. Treize ans plus tard, elle triple ce résultat. L’autre enchère à six chiffres recueillie par Monet, 480 000 €, s’affichait sur une toile vers 1878, Sous-bois, effets de soleil (55 x 45,5 cm). Elle possède également un pedigree suivi. Elle a été achetée à l’artiste par Georges de Bellio en janvier 1879. Elle est également passée deux fois en vente à Paris, la dernière le 25 mars 1994 chez Millon-Robert, où elle était cédée 2,3 MF (416 700 € en valeur réactualisée). Les trois autres oeuvres de Monet adjugées résultent de colères de l’artiste livrées à l’encontre de ses toiles de la série des "Nymphéas", trouées à coups de pied ou lacérées au couteau. Des fragments ont été sauvés par sa belle-fille Blanche Hoschedé Monet et par son second fils, Michel. Deux études de nymphéas, intitulées Vibrations sur bassin (fragment), allaient à 52 000 € pour l’une (30 x 25 cm) et à 50 000 € pour l’autre (20 x 20 cm). La troisième toile, Nymphéas (fragment) (23,5 x 23,5 cm), se négociait 36 000 €. Voilà un an, la même maison de ventes adjugeait 65 000 €, soit huit fois l’estimation, Étude de nymphéas (21,5 x 49,8 cm), résultant d’une colère de Monet. La toile d’Henri Lebasque Sainte Maxime, le goûter des enfants (126 x 153 cm) partait quant à elle à 400 000 €, soit une estimation dépassée. Un dessin de Marc Chagall, Peintre amoureux et scène du veau d’or, remportait 75 000 €. La vivacité des échanges portés sur État céleste (38 x 46 cm) permettait à cette toile de 1930 de Victor Brauner de tripler à 47 000 € son estimation. Elle a appartenu à l’ancienne collection Léon Veintraub, l’oncle de Jacques Hérold, peintre né dans le même village roumain que Brauner. Terminons avec Diego Giacometti, dont cinq oeuvres étaient sous les feux de la rampe. Elles totalisaient 318 475 € frais compris. La palme revenait à 100 000 € à une Table, feuilles, deux oiseaux, une coupe et grenouilles (diam. 94 cm), à piètement en bronze à patine brun-vert soutenant une dalle de verre. Il s’agit d’une fonte d’édition ancienne.
Lundi 19 mars 2007. Salle 1. Millon & Associés SVV.
Mmes Collignon, Marzet, Ritzenthaler, MM. Mostini, Schoeller.
Pleins feux sur le dessin
Salon du dessin oblige, la spécialité était à l’honneur, cinq ventes lui étant exclusivement consacrées cumulant 5,47 M€. À drouot, le mercredi 21 mars, la vente orchestrée par la maison Tajan récoltait 733 954 € frais compris, les dessins modernes étant les plus courus. La palme revenait à 29 000 €, soit une estimation basse frôlée, à une huile sur papier de Fernand Léger, Les Cinq Tournesols (71 x 60 cm). Sonia Delaunay ensuite, avec les 26 000 € d’une Robe simultanée (34 x 22 cm) de 1913 à l’aquarelle sur papier. Estimé au plus haut 7 000 €, un pastel et crayon sur papier de 1963 de Pablo Picasso, Le Petit Bijou (3 x 11 cm), était, en dépit de sa taille, propulsé à 25 000 €. Représentant un voilier à la coque rose échoué sur une plage, il est dédicacé à Pic, photographe et ami du maître. Deux résultats concernent des gouaches et traits de crayon sur papier de Georges Valmier. Une Femme au collier (26 x 20 cm) de 1930 culminait à 22 000 €, un Marin et bateaux (25 x 21 cm) de 1928, avec un collage, montant pour sa part à 19 000 €. Un Nu assis (30 x 22,5 cm) diaphane d’Amedeo Modigliani, au crayon sur papier, se négociait 20 500 €. Pour les dessins anciens, un seul résultat à cinq chiffres est à noter, les 15 000 €, soit une estimation dépassée, d’un crayon noir attribué à Giambattista Piazetta, Nu de dos tenant un drap (56 x 36 cm).
Mercredi 21 mars 2007. Salle 4. Tajan SVV. MM. de Bayser.

Le lendemain, toujours à Drouot, l'étude Piasa totalisait 465 492 € frais compris (77% du produit vendu). La meilleure enchère s’inscrivait à 36 000 € sur Études de vases (25,2 x 38,5 cm) à la plume, encre brune, lavis brun et crayon noir de Giandomenico Tiepolo. Son père, Giambattista, a réalisé des études similaires, conservées à Trieste, sans doutes copiées par le fils. À 18 000 €, l’estimation était dépassée toujours pour une plume, encre brune et lavis brun de Marco Ricci (1676-1729), Paysage animé (36,5 x 53 cm). À 15 000 €, elle était respectée à la limite haute pour la plume et encre brune sur trait de crayon particulièrement fouillée de Francesco Fontebasso (1709-1769) montrant Le Déluge (47,2 x 33,5 cm). Pour légèrement plus, 16 000 €, on emportait une Allégorie pour le Prince de la Paix (24,5 x 21,5 cm) de Gabriel-Jacques de Saint-Aubin (1724-1780), tracée à la plume, encre brune, lavis brun et gris, aquarelle et rehauts de gouache blanche sur papier bleu passé. Elle a appartenu aux frères Goncourt, qui l’ont payée 31 francs en 1867. Dans la vente de leur collection en 1897, elle atteignait 265 francs (900 € en valeur réactualisée).
Jeudi 22 mars 2007. Salle 9. Piasa SVV. MM. de Bayser.

Le fait que la vente de Christie's France soit délestée de son lot phare – le dessin de Goya, Hutiles trabajos, classé trésor national – ne l’empêchait cependant pas de totaliser 3 654 040 € frais compris (96 % en valeur). Deux cent quarante et un lots trouvaient preneur, à commencer par un pastel sur toile d’Eva Gonzalès (1849-1883), modèle et unique élève d’Alfred Stevens, qui décrochait à 440 000 € un record mondial pour l’artiste. Il représente, avec une touche impressionniste, une Femme en rose (46,3 x 38,5 cm), en réalité la soeur de l’artiste, Jeanne. Restons dans la même mouvance avec les 130 000 €, soit une estimation triplée, d’un pastel ovale (44 x 37,5 cm) de Mary Cassatt figurant sa petite fille Sara. À 100 000 €, elle était quintuplée pour une mine de plomb de Picasso, Femme de profil (17,4 x 11,4 cm). Pour les dessins anciens, un record était obtenu à 220 000 € pour une feuille d’Alexandre-François Desportes, une étude de Quatre chatons (32 x 50 cm) à l’huile sur papier brun clair. À 200 000 €, l’estimation était doublée pour une craie noire et blanche et estompe sur papier brun clair de François Boucher, Jeune fille assise, vue de dos (48 x 30,7 cm). L’estimation était ensuite respectée à 110 000 € pour une craie noire et blanche d’Eustache Le Sueur, Saint Protais (41,6 x 24,3 cm), esquisse préparatoire à un tableau de 1653 conservé au Louvre, Saint Gervais et saint Protais amenés devant Astasius, refusant de sacrifier à Jupiter.
Jeudi 22 mars 2007. 9, avenue Matignon. Christie’s France SVV.

Passons au vendredi 23 mars, avec cette vente qui récoltait 482 727 € frais compris. Elle était dominée par les 128 000 € du dessin de Francesco Guardi reproduit, estimé au plus haut 40 000 €. Rappelons que ce paysage de fantaisie est inspiré des environs de Valsagna, où la famille de l’artiste possèdait des propriétés. La facture de ce dessin – étude préparatoire pour un tableau – est caractéristique de la dernière manière de Guardi. Estimée 12 000 €, une Étude pour l’Apothéose de Napoléon pour le plafond de l’hôtel de ville de Paris (39 x 24,5 cm) à la pierre noire de Jean-Auguste Dominique Ingres était combattue jusqu’à 55 000 €. Une bande de papier avec Reprise du bras a été collée par l’artiste en haut à droite. Le décor du plafond a disparu dans un incendie en 1871. Ce dessin a appartenu au marchand Étienne-François Haro, également élève d’Ingres et de son rival, Delacroix. Deux dessins de Charles-Joseph Natoire, à la pierre noire, plume et encre brune, lavis brun et rehauts blancs sur papier bleu, récoltaient, vendus ensemble, 20 000 €. L’un, daté de 1755, montre un Paysage aux ruines d’une église, avec cavalier et troupeau de chèvres, des environs de Rome (28 x 46 cm), l’autre (23 x 38 cm) figure des Bergers et troupeaux à l’entrée d’un village des environs de Rome .
Vendredi 23 mars 2007. Salle 6. Thierry de Maigret SVV. M. Millet.

La semaine du dessin se terminait, côté enchères, rue Rossini, où l'on enregistrait 136 803 € frais compris, la meilleure enchère revenait à une sanguine attribuée à Marcantonio Franceschini (1648-1729), Projet de frontispice aux armes d’un cardinal (29,5 x 43 cm), qui fusait à 28 500 € sur une estimation haute de 1 500. Juste auparavant, partie d’une estimation approchante, une plume et encre brune avec lavis brun de Domenico Piola (1627-1703), Le Repos de la Sainte Famille (41 x 28,5 cm), atteignait 8 500 €. Un Autoportrait au chevalet d’Alexandre Gabriel Decamps (1803-1860), crayon noir avec rehauts blancs sur papier beige, était poussé jusqu’à 7 200 €. Ce dessin a fait l’objet d’une gravure.
Samedi 24 mars 2007. Salle Rossini. Rossini SVV. MM. de Bayser.
Hendrick Bloemaert mythologique
Les accidents annoncés dans la description du catalogue ne freinaient en rien les ardeurs des enchérisseurs, qui poussaient jusqu’à 95 000 € cette toile d’Hendrick Bloemaert montrant Vertumne et Pomone. Elle était estimée au plus haut 70 000 €. Cette oeuvre prend la deuxième place du palmarès mondial de l’artiste (source : Artnet). Rappelons que Vertumne, dieu du vin, tombe amoureux de la nymphe, et, pour la séduire, prend plusieurs apparences, dont celle d’une vieille femme, comme sur notre tableau. Le thème mythologique de Vertumne et Pomone est très courant dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle. Bloemaert en est un éminent représentant. Il est l’élève et le fils aîné d’Abraham Bloemaert (1564-1651). Ce dernier est un artiste prolifique qui a excellé aussi bien dans le domaine de la peinture que dans celui du dessin, ses feuilles se trouvant dans tous les grands cabinets de dessins du monde. Son fils va faire le voyage à Rome en 1627, puis s’installer à Utrecht. Il devient doyen de la gilde en 1643 et se rend célèbre pour ses scènes mythologiques, inspirées de Gerrit Van Honthorst (1590-1656). Hendrick, outre les sujets mythologiques, va peindre des portraits et des scènes de genre. Il ne s’arrête pas aux seuls arts graphiques, mais embrasse également la poésie. En 1656, il a traduit le Pastor fido de Giovanni Battista Guarini et, en 1670, il a fait paraître Annibal, le vaillant général.
Mercredi 21 mars 2007. Salle 5.
Delorme - Collin du Bocage SVV. M. Millet.
Bilal : le sacre !
On se souvient de la stupeur créée voilà tout juste six ans, le 24 mars 2001, par le résultat – 1 086 497 F frais compris (179 185 € en valeur réactualisée) – enregistré par la planche à l’encre noire de Franquin pour le Nid des marsupilamis (Paris, étude Tajan, voir Gazette 2001 no 13, page 51). La bestiole sautillante criant «houba houba» est en passe d’être détrônée par l’univers plus sombre d’un autre auteur, Enki Bilal. Les trente-deux dessins proposés dans une vente qui totalisait 1 734 833 € frais compris représentent à eux seuls, avec 1,3 M€ totalisé, plus des trois quarts de ce produit. L’estimation globale de ces feuilles était tout simplement quadruplée. Ce n’était pas mentir de dire que cette dispersion, la première du genre pour Bilal, était attendue. Les oeuvres de ce créateur culte de la bande dessinée sont rarissimes sur le marché. Place aux enchères, avec, pour débuter, les 150 000 € de Bleu sang (eux), le dessin reproduit représentant Nikopol et Jill Bioskop enlacés. Il était estimé 35 000 €. L’ouvrage Bleu sang est sorti aux éditions Christian Desbois en 1994. Sept cents sérigraphies de cette toile accompagnaient les exemplaires du tirage de tête de l’album. Appoline (28 x 28 cm) faisait plus que décupler à 92 000 € son estimation. Elle est exécutée aux acryliques de couleur, pastels gras et encre de Chine. Il s’agit au départ d’un dessin du concept Transit utilisé pour la couverture du roman de Dan Franck, Appoline (Le Seuil, 1997). Un autre couple enlacé, un acrylique, pastel et mine de plomb (34 x 28 cm) réalisé pour la couverture du catalogue Visioni di fine millenio (Hazard Edizioni, 1998), fusait à 52 000 €. Le même résultat s’affichait sur une encre de Chine et gouache (32 x 40 cm) exécutée pour la couverture du livre L’État des Stocks (Éditions Futuropolis, 1986). On y voit un jeune homme transportant une caisse emballée sur son dos, devant une assemblée plutôt patibulaire. Une encre de Chine, gouache et pastel (39 x 30 cm) effectuée pour le recueil collectif Dessous fripons (Éditions Humanoïdes Associés, 1991) récoltait 50 000 €. Le dessin montre une jeune femme recroquevillée dans une baignoire, un oiseau la survolant, un string dans ses griffes.
Samedi 24 mars 2007. Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial -Briest - Poulain - Le Fur - F. Tajan SVV. M. Leroy.
Guitariste espagnole
La surprise est venue de ce tableau signé Francis Picabia. Attendue autour de 20 000 €, cette charmante Espagnole a effectivement déclenché l’enthousiasme des enchérisseurs. Un amateur étranger l’enlevait au final au quadruple des estimations au profit d’un collectionneur israélien. Francis Marie Martinez de Picabia naquit à Paris d’une mère française et d’un père aristocrate espagnol, en poste à l’ambassade de Cuba. D’abord influencé par les impressionnistes, notre artiste, un brin dandy, réalise en 1909 l’une des premières oeuvres abstraites de l’histoire de la peinture : une aquarelle intitulée Caoutchouc. Devenu cubiste, il rejoint en 1911-1912 le groupe de Puteaux qui se réunit dans le studio de Jacques Villon. Homme de tous les courants novateurs, Picabia a en effet toujours refusé de s’enfermer dans un seul type d’expression. Ainsi, au cours des années 20, la parodie moderniste s’accompagne-t-elle d’une critique de l’ingrisme : Picabia travestit sournoisement Madame Marcotte de Sainte-Marie et La Belle Zélie en Espagnoles de pacotille. Faisant toujours référence à cette série, il les introduit encore dans son travail sur les transparences. Le public applaudit ce retour à la figure, au beau métier et à l’académisme dont notre huile sur carton est un bel exemple.
Chambéry, lundi 19 mars 2007.
Hôtel des ventes de Chambéry SVV.
De Dreux et lord Seymour
Lors de cette vente normande, l’art du XIXe siècle a franchi en vainqueur la ligne d’arrivée de la course aux enchères. Un amateur se portait acquéreur à 150 000 € du tableau signé Alfred Sisley représentant Le Parc de Sèvres, vers 1877. Attendue autour de 100 000 €, notre spectaculaire scène de cheval, emportée au double des estimations par un grand collectionneur européen, le devançait donc largement. Excellent connaisseur de l’anatomie du cheval, son auteur, Alfred de Dreux, a entièrement axé son oeuvre sur l’animal, le traitant avec cette élégance glacée propre aux spécialistes anglais du genre. Élève de Théodore Géricault, un intime de la famille, notre artiste entre ensuite dans l’atelier de Cogniet qui l’encourage à travailler la peinture d’histoire. Peine perdue ! Alfred de Dreux préfère de loin les thèmes relevant du monde hippique : réalisée à l’âge de 21 ans, sa toile Intérieur d’écurie lui vaut un beau succès. Neuf ans plus tard, il commence sa fameuse série des Portraits de chevaux qu’il choisit en connaisseur ; il prend pour modèle les plus belles bêtes qu’il immortalise comme le très célèbre Tamerlan, le cheval fougueux d’Abd el-Kader. Il s’agit ici de la jument Campagnarde, portraiturée avec son maître lord Seymour. Cet Anglais vivant en France loge à Paris dans un hôtel particulier, proche des Grands Boulevards, dont le rez-de-chaussée, le Café de Paris, accueille une foule mondaine et sportive. Mais son véritable hobby est l’équitation. Grâce à son immense fortune, lord Seymour a contribué à la construction du champ de courses d’Auteuil.
Saint-Valery-en-Caux, samedi 24 mars 2007. Roquigny SVV. Cabinet Brame et Lorenceau, cabinet Turquin.
Joseph Sima
La cote de Josef Sima est décidément en pleine ébullition. Cette toile de 1966 remporte à 71 000 € le plus haut prix relevé pour l’artiste par l’une de ses oeuvres de l’après-guerre. L’estimation de cette Nuit limite n’excédait pas 25 000 €. Ce résultat fait suite au record mondial, 200 000 €, décroché à Paris chez Christie’s la semaine dernière sur un Paysage avec le triangle (145 x 97 cm), une toile de 1932. Pour les oeuvres de l’après-guerre, à la fin 2006 une huile et encre sur toile (65 x 81 cm) de 1967 se contentait de 30 000 € chez Christie’s à Paris (5 décembre), tandis qu’à Saint-Germain-en-Laye une toile de 1962 atteignait 50 000 € (17 décembre Alain Schmitz - Frédéric Laurent SVV). C’est à partir de 1960 que cet artiste d’origine tchèque s’oriente vers une peinture quasi monochrome, traversée par des formes géométriques. Il arrive à Paris en 1921, en tant que correspondant du groupe Devetsil, collectif d’artistes tchèques, notamment marqué par le constructivisme, qui oeuvre aussi bien dans le champ de la littérature que dans ceux de l’architecture ou des arts graphiques. Sima réalise des illustrations pour des publications tchèques et françaises. Il va dès 1922 se rapprocher de L’Esprit Nouveau d’Ozenfant et de Le Corbusier puis côtoyer les surréalistes. Il publie aussi dans son pays des poésies et des articles. En 1927, il fait partie des fondateurs du groupe Le Grand Jeu et il crée sept ans plus tard le groupe des surréalistes de Tchécoslovaquie.
Vendredi 16 mars 2007. Salle 6.
Chochon-Barré & Allardi SVV. M. Willer.
Une foire à la ferraille à la Belle Epoque
Cette gouache qui décrit une foire à la ferraille à la Belle Époque fut l’un des pôles d’attraction de cette vente niçoise. Espérée entre 15 000 et 18 000 €, elle a déclenché une vive bataille entre divers enchérisseurs pour être finalement décrochée par un amateur étranger. Né à Göritz en Autriche, aujourd’hui Nova Gorica en Slovénie, Luigi Loir étudie la peinture à l’école des beaux-arts de Parme, avant de se fixer en 1863 à Paris, où il fréquente l’atelier du peintre décorateur Pastelot. Ses premiers envois aux salons parisiens sont des souvenirs de Parme ainsi que des vues de Dieppe et de Rouen. Notre artiste se spécialise ensuite dans les paysages d’Ile-de-France. Dans les années 1865-1869 apparaissent ses premières compositions décrivant la banlieue parisienne, Asnières, Neuilly, Puteaux, Boulogne... Comme ses confrères impressionnistes, il traduit avec une belle sensibilité les effets de lumière selon les heures du jour. Après la guerre de 1870, Loir se consacre aux paysages de la capitale. Représentés avec beaucoup d’exactitude, ils lui vaudront le titre de peintre officiel des boulevards parisiens. Inaugurant cette série, notre gouache dépeint une manifestation populaire, la foire à la ferraille. Envahie par de nombreux marchands de bric-à-brac, de vieux vêtements et de ferraille, l’ancienne foire aux jambons, qui se tenait depuis 1840 boulevard Bourdon, est transfèré dans un lieu plus vaste, le boulevard Richard-Lenoir, proche de la Bastille. Avec un sens poétique de l’atmosphère, notre peintre représente les nombreux badauds, se pressant auprès des éventaires chamarrés et bien achalandés. Depuis quelques saisons, la cote de Loir connaît une belle ascension, comme en témoignaient déjà le 9 novembre dernier les 43 000 € prononcés sur le 14 juillet, bord de Marne, à Toulouse (Hervé Chassaing SVV).
Nice, samedi 17 mars 2007.
Hôtel des ventes de Nice Riviéra SVV.
Cabinet Ottavi-Pacitti, M. Marc Ottavi.
Antoni Clavé, peintre abstrait
L’art abstrait a pris la tête des enchères lors de cette vente lilloise. Ainsi, une époustouflante gouache d’Alexander Calder, Blue and white spiral de 1971, était décrochée à 43 000 €, dépassant largement ses estimations. Un amateur déboursait 21 000 € pour enlever Opus 77 L, 1976, une toile de Gérard Schneider, figure majeure des abstraits lyriques de l’école de Paris. Espérée autour de 15 000 €, une surprenante sculpture lumineuse, réalisée par Vassilakis Takis, était encore disputée jusqu’à 23 000 €. Quant à notre toile, évaluée autour de 70 000 €, elle décrochait le prix le plus élevé de la vente. Emportée par un particulier français, elle illustre l’art d’Antoni Clavé. Né à Barcelone, celui-ci débute comme apprenti peintre en bâtiment chez Tolosa. Attiré par le côté manuel du métier, il apprend à manier avec brio les brosses, le faux bois... Arrivé à Paris en 1939 comme réfugié, il décide de se consacrer définitivement à la peinture et à la sculpture sur les conseils de Vuillard et surtout de Picasso, rencontré en 1944. Sa spontanéité devant la toile et son sens de la couleur l’incitent naturellement à une figuration baroque. Antoni Clavé use aussi de matériaux inhabituels tels des bouts d’étoffes, des tissus qu’il intègre à la toile. Vers 1960, il peint surtout des compositions de grandes dimensions, spécialement des natures mortes, dans lesquelles dominent les bleu nuit, à l’instar de notre tableau.
Lille, samedi 17 mars 2007.
Mercier et Cie SVV.
Cabinet Ottavi-Pacitti, M. Marc Ottavi.
Record argentin
Cette toile de Benito Quinquela Martín (1890-1977), Vue présumée du port de Buenos Aires, remportait à 58 000 € un record mondial pour l’artiste (source : Artnet). Le précédent, 46 000 $ frais compris (49 890 € en valeur réactualisée), a été enregistré le 23 novembre 1999 chez Sotheby’s New York par une huile sur toile de 1946, Puente La Boca (49,5 x 59 cm), représentant également un port. Il s’agit du port de La Boca, à Buenos Aires. Les sujets portuaires occupent huit places dans le top ten de l’artiste. L’oeuvre qui arrive maintenant en troisième position, exécutée en 1961 sur masonite, Buque illuminado (60 x 70 cm), montre un port industriel en pleine activité. Elle a été adjugée 27 200 $ frais compris (31 920 € en valeur réactualisée) le 1er juin 2000 toujours à New York chez Sotheby’s. Quinquela Martín est l’un des peintres argentins les plus populaires. Toute sa vie, il s’est révélé très attaché au quartier de La Boca, où il a été élevé et où il a appris à peindre et à dessiner. Les ports qu’il peint, très souvent celui de La Boca, sont toujours grouillants de vie, la gamme colorée qu’il applique allant de teintes sourdes comme dans le tableau vendu cette semaine à des couleurs éclatantes, les coques de navires pouvant à l’occasion devenir rouge incandescent. Ces tons vifs se retrouvent rue Caminito à La Boca, le Montmartre de Buenos Aires. Pour peindre leur maison, les habitants récupéraient à l’origine la peinture utilisée pour les navires.
Vendredi 9 mars 2007. Salle 6.
Drouot Estimations SVV. M. Chanoit.
Ziem bat Hilverdink !
Pour inaugurer son nouvel hôtel des ventes, l’étude Blouët proposait une palette de tableaux, qui offraient des vues magnifiques de villes européennes. Venise a conquis la première place avec ce panneau, évalué autour de 18 000 €, et devançait Amsterdam, représentée avec deux sites célèbres. Attendue autour de 18 000 €, La Maison de Rembrandt qu’a peinte au XIXe le maître flamand Edouard-Alexander Hilverdink obtenait 32 000 €. Son pendant, mettant en scène le canal du Singel avec la fameuse Tour de la Monnaie, multipliait par deux ses estimations pour être décroché à 33 000 €. Notre panneau vénitien, acquis par un collectionneur français, doublait aussi son évaluation. Ses principaux atouts ? Il bénéficie d’abord d’un solide pedigree : la famille du vendeur l’avait directement acquis à la galerie Lorenceau, à Vichy. Quant à son auteur, Félix Ziem (1821-1911), né à Beaune en Bourgogne, il voyage d’abord en Europe et en Russie, mais c’est la cité des Doges qui décide de son avenir. Notre peintre, coloriste prodigieux, y est effectivement fasciné par les jeux de lumières. Il loue alors un topo qu’il transforme durant trois ans en atelier accumulant les études sur la ville et ses environs. Y faisant ensuite des séjours quasi annuels, Venise devient son port d’attache, lui valant son surnom de "peintre de l’Adriatique". Ses nombreuses vues très enlevées transcrivent souvent des palais vénitiens, peints à contre-jour, à l’exemple de notre panneau : il expose d’ailleurs l’un des endroits les plus couramment reproduits dans les guides touristiques, la célébrissime place San Marco et le palais des Doges...
Mayenne, dimanche 11 mars 2007. Pascal Blouët SVV. Cabinet Perazzone-Brun.
Georges Mathieu
La vedette de cette vente d’art contemporain était sans conteste Sayed Haider Raza dont Le Bindu, une toile de 1981, remportait 105 600 €. Dans ce palmarès, Georges Mathieu raflait la deuxième place avec ce tableau. Objet d’une lutte acharnée entre divers amateurs présents dans la salle, il a été au final gagné par un enchérisseur italien, au-delà de la fourchette des estimations (35 000/40 000 €). Né à Boulogne-sur-Mer, Georges Mathieu réalise ses premières peintures en 1941, alors qu’il enseigne l’anglais au lycée de Douai. Face à l’abstraction géométrique, froide et théorisée, il lance le concept d’abstraction lyrique, dont il devient le promoteur en 1947 organisant l’exposition "L’Imaginaire", au palais du Luxembourg à Paris. Fondant une nouvelle peinture en rupture avec le classicisme, il fait exploser un chaos de coulures, de giclures à même le tube sur des fresques épiques, titrées Incantation, Acognition, Exorcisme... Surnommé "premier calligraphe occidental" par André Malraux, il crée un nouveau langage fondé sur l’art gestuel, proche d’un Jackson Pollock, son alter ego outre-Atlantique. Au début des années 50, notre peintre réalise encore ses premières peintures tachistes. Après un séjour en Italie, il opère d’ailleurs un rapprochement entre la Gestalt théorie et l’abstraction lyrique. Enchaînant les signes sur la toile avant même qu’ils n’aient un sens, il en retient la rapidité d’exécution comme l’illustre cette toile aux couleurs chatoyantes.
Marseille, samedi 3 mars 2007.
Damien Leclere maison de vente aux enchères SVV. Mme Le Chanjour.
Un orientaliste algérien
L'orientalisme a le vent en poupe, les récentes ventes françaises l'ont confirmé. Si Alfred Dabat n'est pas encore un habitué des vacations spécialisées, les collectionneurs n'ont pas manqué de saluer son talent. En dépit de quelques accidents, les estimations ont été pulvérisées pour cet important tableau orientaliste. Ferraillé ferme entre divers enchérisseurs, il a été au final décroché par un amateur étranger. Rappelons qu'Alfred Dabat, né à Blida en Algérie, a connu dès son vivant un immense succès pour la hardiesse de ses coloris et une science innée de la composition. Sa Danseuse rouge, acquise par l’État, est d’ailleurs aujourd’hui exposée sur les cimaises du musée d’Orsay, à Paris.
Roubaix, lundi 19 février 2007.
May, Duhamel & Associés SVV.
Utrillo et Montmartre
Dans une vente intitulée "Paris-Montparnasse", la meilleure enchère obligeait à franchir la Seine pour rallier un autre centre artistique de la capitale, Montmartre. 134 000 € s’affichaient en effet sur l’huile sur toile de Maurice Utrillo reproduite, montrant le Moulin de la Galette. Les Debray étaient meuniers à Montmartre de père en fils. En 1814, une escarmouche transforme en héros le fils de l’un des quatre frères Debray, tous massacrés à cette occasion par les troupes russes. Invalide, ne buvant que du lait, le jeune homme transforme sous la Restauration son moulin, le Blute-Fin, en guinguette. L’ouvrage tire son nom actuel de la galette fabriquée par la famille, en fait un petit pain de seigle. Le caractère pittoresque du Moulin, sa clientèle populaire et sa proximité avec les ateliers situés en contrebas en font un lieu fréquenté par les artistes. Il est notamment immortalisé par Renoir et Toulouse-Lautrec, dont l’un des modèles, Suzanne Valadon, donnera naissance à Maurice Utrillo, peintre par excellence de Montmartre. Le Moulin de la Galette fut l’un de ses sujets de prédilection. Sur la base de données Artnet, pas moins de deux cent quatre-vingts toiles et dessins figurant le célèbre cabaret sont recensés. La palissade orange visible sur notre tableau se retrouve sur nombre de ses oeuvres. Dans la vente de la collection Heytens chez Artcurial le 18 octobre 2005, une petite toile (27 x 35 cm) la montrant, exécutée vers 1939-1940, réalisait 55 000 €. Une autre toile (46 x 55 cm) où elle apparaît sous la neige décrochait quant à elle 600 000 F (102 300 € en valeur réactualisée) le 24 juin 1999 chez Tajan.
Dimanche 25 février 2007. Villa Modigliani.
Étude Galateau SVV. M. Schoeller.
Louis Floutier a le vent en poupe !
Le point fort de cette vente biarrote était la mise aux enchères d’une dizaine de tableaux signés Louis Floutier. L’artiste bénéficie actuellement du regain d’intérêt pour la peinture basque. Ainsi notre peintre, un élève de Cormon, a-t-il vu en dix ans sa cote multiplier par neuf. Provenant d’un bar réputé de Saint-Jean-de-Luz, les tableaux ont été bataillés ferme, à l’exemple de notre panneau. Doublant ses estimations (20 000/30 000 €), il était décroché par un amateur de peinture basque. Comme Ramiro Arrue, Paul Floutier célèbre dans son oeuvre cette région et tout spécialement les environs de Saint-Jean-de-Luz, où il est décédé. D’autres grands formats ont aussi doublé leur estimation comme une Ferme entourée d’arbres en fleurs dans la perspective de la Rhune. Estimée autour de 20 000 €, elle atteignait 35 000 €. Un autre panneau, Le Bouvier dans la perspective de la Rhune, la devançait à 37 000 €. Cette même enchère couronnait Les Meules de fougères à l’automne, un tableau qui illustre bien les talents de coloriste de notre artiste. Une Vue de Sainte-Barbe d’une tonnelle fleurie à Ciboure suscitait encore une enchère de 25 000 €. Enfin, un dernier grand format représentant une Ferme sur les flancs de la Rhune, était disputé jusqu’à 30 000 €. Ces superbes paysages, construits par plans savamment architecturés, sont peints par juxtaposition de tons purs ou à peine mélangés. Les petits formats, d’environ 50 x 80 cm, ont rencontré un même succès à l’instar de Ferme à Sare; adjugé 38 000 €, il triplait donc largement son estimation (autour de 10 000 €). Au final, cette dispersion se révèle une belle publicité pour des vacances au Pays basque !
Biarritz, dimanche 25 février 2007.
Biarritz Enchères SVV.
Biegas, peintre sphérique
Pour le second volet des ventes lyonnaises, consacré aux tableaux anciens et modernes, l’une des surprises est venue de ce nu aux couleurs éclatantes. Son auteur, Boleslas Biegas, à la fois peintre, sculpteur, musicien et écrivain, a fait l’objet d’une importante rétrospective en 1992, à Paris, au Trianon de Bagatelle. Né à Koziezin, en Pologne, il expose dès 1896 une belle série de sculptures chez un libraire de Cracovie avant de s’initier dans cette ville à la peinture sur huile. Dès cette époque, il fait fi de l’académisme pour s’orienter vers de nouveaux concepts artistiques et philosophiques. Au début du XXe siècle, notre artiste obtient une bourse qui lui permet de poursuivre sa formation à Paris. En 1903, il présente dans les salons de la revue La Plume un buste intitulé Dieu. Après être retourné en Pologne, il s’installe définitivement à Paris et se consacre, au début des années 20, presque exclusivement à la peinture. Évaluée autour de 20 000 €, notre toile a provoqué la convoitise des enchérisseurs, pour être finalement décrochée par un amateur étranger au double des estimations.
Lyon, lundi 19 février 2007.
Anaf Arts Auction SVV. Mme Bernaerts.
Plaisirs d’hiver !
La peinture flamande a été l’un des pôles d’attraction de cette vente normande. Un Paysage panoramique fantastique attribué à Lucas Gassel et peint sur panneau était disputé jusqu’à 18 000 €. Les estimations ont également triplé pour une Vierge à l’Enfant sur fond de draperie. Ce panneau flamand, vers 1550, dû à un suiveur de Jean Gossart était enlevé à 8 500 €. Quant à nos Patineurs sur une rivière, dont on connaît une autre version signée et datée 1625, ils portaient au dos une ancienne attribution à Klaes Molenaer. Quadruplant les estimations, (6 000/7 000 €), le panneau rend hommage au sport hivernal pratiqué par les Hollandais : le patinage. Durant les semaines où lacs et canaux sont gelés, ces derniers ne quittent plus leurs patins. À La Haye, les jeunes nobles organisent même des courses de traîneaux sur les canaux proches du palais. Son auteur, Esaias Van de Velde, considéré comme l’un des fondateurs de la peinture de genre hollandaise, appartient à une célèbre famille de peintres. Au XVIIe, celle-ci se fait une spécialité dans d’impressionnantes scènes hivernales ainsi que dans des marines au beau rendu réaliste. Né à Amsterdam à la fin du siècle, Esaias a pour frère le mariniste Willem I le Vieux. Élève de Gillis Van Coninxloo, on retrouve notre artiste en 1618 membre de la guilde de La Haye, où il se fixe définitivement. Devenu peintre de la cour des princes Maurice et Frédéric-Henri de Nassau, il les représente dans des portraits teintés de caravagisme. Toutefois les paysages, à l’exemple de notre panneau où se lit une répartition habile des personnages, lui assurent son succès. Une netteté du style s’y allie à une exécution soignée, transcrite dans des tonalités dorées, tout en nuances.
Évreux, dimanche 11 février 2007.
Thion Enchères SVV. Cabinet Turquin.
Paul Jenkins
Cet acrylique sur toile de 1961 de Paul Jenkins, Phenomena - Heaven under, triplait à 31 000 € son estimation haute. Il s’agit du meilleur résultat enregistré en Europe pour cet artiste américain (source : Artnet). Le plus haut score, 23 595 € frais compris, avait été obtenu en Italie chez Pandolfini Casa d’Aste en novembre dernier sur Phenomena, Tiger at the Gate (127 x 153 cm), une huile sur toile de 1982. Elle occupait jusque-là le dixième rang mondial. Dans ce top ten, la majorité des résultats, dont le record mondial de 55 000 $, 60 900 € en valeur réactualisée, de Phenomena Maize Bringer (197,5 x 157,5 cm), réalisés chez Christie’s New York le 7 mai 1990, ont été atteints au moment de la vague spéculative de la fin des années 1980 et au début de la décennie suivante. Depuis peu, la cote de Jenkins reprend de la vigueur, la meilleure enchère, 33 600 $ frais compris (24 450 €) s’étant affichée à New York chez Christie’s en septembre dernier sur Phenomena blue Wind Sock/Anatomy of a Cloud (188 x 180,3 cm), un acrylique sur toile de 1977. La toile vendue, peinte à Paris, marque le plus haut résultat récent pour une oeuvre de l’artiste. Élève de Yasuo Kuniyoshi (1893-1953) à l’Art Students League de New York, Jenkins y rencontre notamment Mark Rothko. Il embrasse l’expressionnisme abstrait, en étant plus particulièrement marqué par Jackson Pollock et par Mark Tobey. Sa première exposition personnelle a lieu à Paris en 1954, son arrivée en France datant de l’année précédente.
Jeudi 1er février. Espace Tajan.
Tajan SVV.
6,1 M€ pour la collection Lévy !
En 1976, Pierre Lévy (1907-2002), grand mécène ayant fait fortune dans le textile, donna les trois quarts de sa collection au musée de Troyes. Le dernier pan vient d’être livré aux enchères, durant trois jours et à nouveau dans sa ville. Cette vente n’a pas manqué de faire l’évènement : 900 lots dispersés, plus de 1 500 appels téléphoniques et 3 500 visiteurs lors des expositions ! 2 000 personnes étaient présentes lors des vacations et 600 acheteurs – tant particuliers que marchands – ont enchéri... Au total, la succession Pierre Lévy se solde par un réel succès, enregistrant un produit de 6,1 M€ frais compris. Une somme tout à fait digne de figurer aux côtés de celles des grandes collections dispersées à Paris en 2006. Hormis deux invendus, les adjudications ont au moins triplé les estimations basses, recueillant 10 enchères au-delà de 100 000 € et 78 au-dessus de 10 000... La palme des enchères, soit 480 000 € au marteau, revient aux Régates de Raoul Dufy. Cette huile sur toile de 1935 signée, dédicacée au dos "à Pierre et à madame Denise Lévy" et re-datée 1944, était évaluée autour de 170 000 €. Les estimations ont encore triplé pour une toile de Kees Van Dongen, Deauville au casino, adjugée 330 000 € (voir photo). Également signée Van Dongen, une autre toile montrant Deux jeunes filles sur la plage, (41 x 33 cm), quadruplait les estimations pour être décrochée à 210 000 €. Au chapitre des ouvrages illustrés, une édition originale du célèbre Jazz d’Henri Matisse (Paris, 1947, in-folio en feuilles), espérée autour de 120 000 €, était disputée jusqu’à 230 000 €. Retour aux tableaux grâce à un collectionneur provençal qui emportait, à 185 000 €, le Paysage vers 1865 (28 x 35 cm) de Paul Cézanne. Provenant de la collection Ambroise Vollard et achetée en 1941 par Pierre Lévy, cette toile était attendue autour de 80 000 €. On enregistrait ensuite de très bons résultats pour des pièces d’archéologie méditerranéenne, à l’exemple des 170 000 € obtenus par une tête monumentale en granite de style égyptien, évaluée autour de 8 000 € ! Un amateur n’hésitait pas non plus à pousser les enchères jusqu’à 160 000 € pour enlever une tête de divinité féminine en marbre, représentant sans doute Aphrodite. Elle affichait une estimation autour de 30 000 €. Au total, cette collection, il est vrai fort bien médiatisée, fit donc mieux que tripler l’estimation globale prudemment avancée autour de 1,8 M€. Preuve, s’il en était besoin, qu’on peut vendre aussi bien en régions qu’à Paris !
Troyes. Vendredi 2, samedi 3 et dimanche 4 février.
Mes Boisseau -Pomez. Mmes Collignon, Sevestre-Barbé, MM. Bodin, Courvoisier, de Louvencourt, Portier, Roudillon, Cabinet Turquin, Mauduit, Étienne, M. Portier.
Calder fait un carton
La tapisserie d’Alexandre Calder reproduite, Les Passoires, créait la surprise dans cette vente en décuplant à 60 000 € son estimation. Il s’agit d’un record mondial pour une tapisserie de l’artiste (source : Artnet), le plus haut résultat, 84 000 $ frais compris (71 700 €), s’étant affiché en décembre 2005 à Chicago chez Wright, mais sur une suite de quatorze tapisseries ! Pour une tapisserie de Calder vendue seule, le précédent plus haut prix revenait au sixième exemplaire du modèle vendu à Drouot, adjugé 31 070 $ frais compris (25 100 €) à New York, chez Christie’s en septembre 2003. Lorsque Olivier Pinton succède à Jean Pinton au début des années 1960, le célèbre atelier d’Aubusson a déjà l’habitude de collaborer avec des artistes. En effet, Jean Pinton avait persuadé Fernand Léger de lui confier une gouache à tisser, et l’atelier avait ensuite travaillé avec Le Corbusier, Oscar Dominguez ou encore Emiliano Di Cavalcanti. Olivier Pinton va poursuivre cette tradition, notamment avec Calder, qu’il rencontre dans son atelier de Saché, sur les bords de l’Indre. L’artiste s’est installé là en 1953, séduit par l’endroit après une visite à un ami sculpteur, Jean Davidson. La cote moyenne des tapisseries de Calder tissées chez Pinton varie ces dernières années entre 10 000 et 20 000 €. L’ouvrage vendu à Drouot établit un nouvel étalon pour les oeuvres tissées de ce grand maître du XXe siècle.
Lundi 22 janvier 2007. Salle 10.
Pescheteau-Badin SVV. M. Vidal.
Pêche miraculeuse
Cette réduction de l’un des panneaux réalisés par Jean Dunand pour le fumoir des première classe du Normandie doublait pratiquement à 37 000 € son estimation. On ne présente plus le fameux paquebot, lancé en 1935. L’ensemble du décor mural du fumoir est confié au créateur. Le thème choisi étant "Les jeux et joies de l’homme", Dunand conçoit cinq compositions, qui sont sculptées en léger bas relief : La Pêche, Les Sports, La Conquête du cheval, Les Vendanges et La Chasse. Chacune est haute de 6 m et large de 5,80 m, à l’exception de La Chasse, ornant la porte séparant le fumoir du grand salon, qui atteint 8 m de largeur. Outre ces 235 m2 de laque sculptée polychrome, l’atelier de Dunand réalise également les 1 200 m2 de laque or qui unifient ce monumental ensemble. Dunand a lui-même sculpté tout le décor, le lent et précieux travail de laquage étant réalisé par la centaine d’ouvriers travaillant pour l’occasion dans son atelier. Face au succès de ce décor, l’artiste a produit des réductions des panneaux. Un exemplaire de La Conquête du cheval (62 x 57 cm) marquait ainsi 34 000 € le 26 mai 2005 chez Sotheby’s à Paris. Dunand a aussi repris des fragments de plus grande taille que les réductions, plus recherchés. Un panneau (120 x 80 cm) reprenant un détail de La Chasse allait à 85 000 € chez Sotheby’s à Paris le 14 décembre dernier et un autre (170,5 x 101,8 cm) d’une partie de la même composition obtenait 70 000 € le 19 mai 2005 chez Christie’s à Paris.
Vendredi 26 janvier 2007. Salle 10.
Camard & Associés SVV. M. Camard.
Foujita illustrateur
Les livres sur Paris ont été l’un des points forts de cette vente stéphanoise. On dispersait une collection d’ouvrages qu’un pharmacien bibliophile avait réunie durant les années 1950. Les estimations étaient dépassées pour Paris Rive Gauche comportant des illustrations de Vlaminck, emporté à 2 550 €. Le fameux livre de Jean Vertex, Le Village inspiré, qu’a préfacé Marcel Aymé et qu’a illustré Maurice Utrillo, doublait son évaluation pour être disputé jusqu’à 15 500 €. Mais la vedette était sans conteste ce superbe ouvrage, un classique de la littérature parisienne au milieu du XXe siècle. Fortement bataillé entre divers bibliophiles au téléphone, il a été au final adjugé à un amateur japonais au-delà des estimations (25 000/30 000 €). Son illustrateur, le peintre Léonard Foujita, né à Tokyo en 1886, arrive à Paris en 1913, où il va devenir l’un des principaux acteurs de l’école de Paris, côtoyant Picasso, Apollinaire, Rivera, Salmon, Derain, etc. Dessinateur d’une rare souplesse, il commence à graver à partir de 1918. Comme ses peintures, les gravures représentent des femmes, des chats ainsi que des enfants : ce sont en 1929 Les Enfants, auxquels succède l’année suivante une suite de dix eaux-fortes titrée Les Chats. Ami des écrivains Kipling et Héron de Villefosse, Foujita illustre aussi leurs ouvrages. Tel est le cas de notre recueil, qui présente son émouvant autoportrait. Dès son arrivée à Paris, Foujita, qui s’est défini lui-même comme Japonais, petit et myope, se portraiture sous toutes les coutures : sa femme Youki rapporte dans ses mémoires comment il faisait vendre en un temps record tous les oeufs de la crémière de la rue Lepic en dessinant sur chacun un petit autoportrait qu’il signait !
Saint-Etienne, jeudi 25 janvier 2007.
Hôtel des ventes du Marais SVV. M. Lardanchet.
Guitry par Gard
La vente de la collection Jacques Lorcey, où brillait plus particulièrement la personnalité de Sacha Guitry, était dominée par les 9 500 € de cette huile sur toile de 1942 de Léon Gard portraiturant l’auteur. De cette date jusqu’à la mort de Guitry, elle a été accrochée au-dessus de sa table de travail ; celle-ci est représentée avec, à sa gauche, un bouquet de fleurs, un ensemble de cadres à photos, deux bronzes de Rodin, une main et une tête de Balzac, sans oublier un buste d’Alfred de Musset en marbre. Gard a d’abord réalisé pour Guitry, à la manière de Toulouse-Lautrec, un portrait de la comédienne Jeanne Fusier-Gir interprétant le rôle de Julie Bielle-en-Bois dans la comédie N’écoutez pas, Mesdames, une pièce créée en 1942. La rencontre entre l’artiste et l’auteur eut lieu cette même année, Gard ayant restauré un portrait de femme du XVIIIe siècle appartenant à Guitry. Plus tard, Gard portraiturera également à deux reprises la dernière épouse de l’auteur, Lana Marconi. Le 6 avril 2005, l’un de ces portraits était adjugé 1 650 € à Drouot chez Beaussant - Lefèvre. Il s’agit du plus haut résultat enregistré par l’artiste sur la base de données Artnet. Guitry et Lana Marconi se sont rencontrés en 1945 et se sont mariés en 1949. Pour revenir à notre portrait, sachez que Guitry le préférait à celui exécuté par Van Dongen.
Mardi 16 et mercredi 17 janvier 2007. Salle 6.
Brissonneau SVV. M. Martin.
Les trophées grecs de Choiseul-Gouffier
Lors de cette vente, les arts graphiques ont pris la tête des enchères avec cette aquarelle, présentant un superbe panorama du port de Constantinople où l’on reconnaît les coupoles de Sainte-Sophie et de Saint-Irénée. Attendue entre 6 000 et 8 000 €, elle a déclenché une joute d’enchères, gagnée par un amateur étranger au quintuple des estimations. À la suite du peintre Van Mour, d’autres artistes voyagent au cours du XVIIIe siècle en Orient. Tel est le cas de Jean-Baptiste Hilaire, un élève du peintre messin Jean-Baptiste Leprince. Notre peintre part pour la Grèce avant de se rendre en Turquie et séjourne notamment au Bosphore, en compagnie du comte de Choiseul-Gouffier à qui il fournit l’essentiel des planches de son Voyage pittoresque de la Grèce. Le premier volume paraît en 1782 et vaut à Choiseul-Gouffier sa nomination au titre d’ambassadeur de France auprès de la Porte. L’inspiration exotique de notre artiste se retrouve aussi dans toute une série de costumes orientaux gravée par Langlois et Malbeste. Aucun détail de la vie au Levant n’échappe à Hilaire et notre aquarelle raconte les tribulations des trophées d’archéologie grecque. Le nouvel ambassadeur à Constantinople (1784-1792) charge Fauvel, consul de France à Athènes, d’acheter en Troade et en Attique des antiquités grecques. Expédiées à Constantinople, elles sont répertoriées pour être ensuite envoyées en France comme l’illustre cette aquarelle dessinée en 1789. Nous sommes au début de la Révolution et Choiseul-Gouffier est dans l’obligation d’émigrer à Saint-Pétersbourg. Arrivées en caisses à Marseille, les antiquités sont donc saisies comme bien d’émigré. L’une d’entre elles, la fameuse Frise des Panathénées sculptée en marbre vers 440 avant J.-C., va devenir l’un des fleurons du musée du Louvre.
Alençon, dimanche 21 janvier 2007.
Orne Enchères SVV.
Pour le Dansmuseet de Stockholm
Ce beau portrait a gagné la course aux enchères des oeuvres graphiques. Estimé autour de 2 500 €, il a suscité une vive bataille entre divers amateurs. À 10 000 €, restaient en lice un maître de ballet français, plusieurs institutions officielles, des académies européennes de danse ainsi que des collectionneurs russes. Le Dansmuseet de Stockholm l’a finalement décroché. Notre portrait ira donc rejoindre ses collections, possédant également une poupée-marionnette de Rolf de Maré, confectionnée par Marie Vassilieff. Née à Smolensk en Russie et formée à Saint-Pétersbourg, elle s’établit à Paris en 1905 où elle fréquente les cercles artistiques de l’avant-garde parisienne, côtoyant Picasso, Foujita, Braque, Juan Gris... Quatre ans plus tard, elle fonde l’académie Vassilieff, qui va devenir le lieu de rendez-vous des artistes de Montparnasse. Active durant la Première Guerre mondiale, cette académie maintient au cours des années folles sa situation privilégiée de vitrine culturelle. On pouvait par exemple y rencontrer Rolf de Maré, fondateur du Dansmuseet. Ce mécène d’origine suédoise crée à Paris, en 1920, avec le danseur chorégraphe Jean Börlin, les ballets suédois. Extraordinaire champ d’expérimentation, ils embrassent tous les mouvements artistiques de l’époque. Pour ses décors, Rolf de Maré fait appel à des peintres d’avant-garde comme Giorgio de Chirico, Picabia ou Fernand Léger, scellant ainsi l’alliance de la scène chorégraphique et de la révolution artistique.
Vendôme, lundi 15 janvier 2007.
Vente aux enchères Vendôme Cheverny Paris SVV.
Pontoy le Marocain
Lors de cette vente provençale, la peinture orientaliste était portée au pinacle avec cette scène de genre marocaine, présentant au dos un envoi de l’artiste, le peintre Henri-Jean Pontoy. Adjugée au double des estimations, elle fait maintenant le bonheur d’un collectionneur. Espérée autour de 15 000 €, une autre toile de l’artiste représentant les Remparts d’une ville marocaine était également poussée jusqu’à 35 000 € au marteau. Depuis quelques saisons, les oeuvres orientalistes du peintre ont vraiment le vent en poupe. On se souvient des 35 542 € frais compris déboursés le 8 octobre dernier à Elbeuf pour emporter une toile montrant des Porteuses d’eau devant la casbah d’Amezrou, près de Taroudant. Huit jours plus tard, une gouache dessinant un Profil de femme africaine, réalisée en 1947 lors d’un séjour en Guinée effectué en compagnie de Jacques Majorelle, était disputée à Paris jusqu’à 25 270 € frais compris (Deburaux & Associés SVV). Peu de temps après, le 19 de ce même mois d’octobre, un amateur faisait grimper les enchères jusqu’à 144 000 € frais compris pour décrocher chez Sotheby’s Paris un record mondial avec des Lavandières à Tiznit (Maroc). Enfin, le 7 décembre, il fallait encore compter 135 654 € frais compris pour enlever des Porteuses d’eau au bord d’un oued, vendues par la maison de vente Tajan (81,5 x 151 cm). La lumière du Maghreb, les paysages grandioses du Maroc ont charmé Henri-Jean Pontoy, d’origine champenoise. Le peintre est né à Reims. Il exposera régulièrement ses tableaux à la nationale des Beaux-Arts. Dans les années 30, il effectua un long séjour dans la vallée d’Ouarzazate, dans l’Anti-Atlas avant de s’installer à Fès. Il participera à la ville artistique du pays en exposant aux côtés des artistes marocains. Sans succomber aux effets faciles, ses tableaux marocains séduisent les amateurs par leurs couleurs, auréolées d’une belle lumière tamisée.
Arles, samedi 13 janvier 2007.
Holz-Artles Enchères SVV.
Cocorico !
Édouard Pignon a pris la tête des enchères avec ce spectaculaire combat de coqs. Attendu autour de 15 000 €, celui-ci était donc disputé au-delà de la fourchette haute des estimations. Né à Bully, dans le Pas-de-Calais, notre peintre s’installe à Paris en 1927. Il se lie alors d’amitié avec son confrère Georges Dayez. Profitant d’une période d’inactivité, Pignon se fait embaucher dans l’atelier de lithographies pour cartes postales dirigé par le père de Dayez. Protégé par Picasso et soutenu par André Lhote, Pignon fait en 1939 sa première exposition personnelle préfacée par Marcel Gromaire. Six ans plus tard, il est l’un des membres fondateurs du Salon de mai, qui désormais exposera les oeuvres des peintres de la nouvelle école de Paris. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Pignon effectue un long séjour à Ostende (1945-1946), à l’origine d’une série jouant sur la symphonie des gris. Ces oeuvres, qui représentent des mâtures, des cordages, des voilures, s’avèrent aujourd’hui les plus appréciées des amateurs. Elles sont talonnées par les tableaux révélant des nus et ceux affichant des combats de coqs. À la fin des années 50, notre peintre se rend effectivement deux fois par semaine dans le Nord pour observer et dessiner d’après nature des combats de coqs, qui attirent une foule de badauds. Il en rapporte de nombreuses études aux formes très expressives qui lui servent de canevas pour peindre des huiles à l’exemple de notre toile. Provenant de la galerie parisienne Patrice Trigano, elle a d’ailleurs été présentée durant l’été 1973 en Roumanie au musée de Aria-Galati, lors d’une rétrospective consacrée aux oeuvres de Pignon.
Douai, lundi 8 janvier 2007.
Patrick Declerck SVV.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp