La Gazette Drouot
Best of des enchères - Dessin, Tableau, Estampe (best of 2005)
Best of des enchères  
# Dessin, Tableau, Estampe 2005 (#1)
 
Le matin selon Sisley
Prix dans la fourchette des estimations pour ce superbe tableau impressionniste dont l’authenticité a été confirmée par le comité Sisley. Figurant sous le numéro 571dans le catalogue raisonné de l’œuvre peint d’Alfred Sisley, réalisé sous la direction de François Daulte, il a fait partie des collections Durand Ruel et Bryce à Toronto et à Ottowa. Il sera inclus dans la nouvelle édition de ce même catalogue raisonné actuellement en préparation à la galerie Brame et Lorenceau. La campagne de l’Île-de-France offre à Alfred Sisley ses thèmes de prédilection : de petits villages et les bords de la Seine ou de l’Oise qu’il intègre dans des œuvres équilibrées qu’animent les mouvements du ciel et les vibrations de l’eau, son élément favori.
Pontoise, 12 juin 2005.
Enchères M.S.A, SVV. Mme Royer.
Emilio Boggio, paysagiste de renom
Enchère dans la fourchette des estimations pour ce beau tableau impressionniste. Il a fait le sujet d’un encadré à la page 39 du n° 19 de la Gazette, sous le titre " Boggio au fil des saisons ". Rappelons que durant l’hiver 2004, le musée d’Art et d’Histoire Louis Senlecq, à l’Isle-Adam, a consacré une importante rétrospective à cet artiste d’origine vénézuélienne.
L’Isle-Adam, 22 mai 2005.
Liladam enchères, SVV
Piranèse en gloire
En 4 numéros, Piranèse cumulait 264.515 euros frais compris. Très attendus, les 2 volumes des vues de Rome de Piranèse doublaient à 120.000 euros leur estimation basse. Ils contiennent 135 planches, 7 étant signalées manquantes par rapport au recollement effectué par Arthur M. Hind. Ce résultat se situe parmi les meilleurs enregistrés pour cette série (source Artnet). En mai 1997, 2 volumes contenant 127 planches étaient adjugés 680 000 F (115.240 euros en valeur réactualisée) à Drouot (étude Laurin, Guilloux, Buffetaud). En juillet 1992, à Londres, 2 volumes comprenant 112 planches allaient à 60 500 £ frais compris (109.114 euros en valeur réactualisée, Christie’s). Les 2 volumes vendus cette semaine figuraient dans un petit catalogue qui ouvrait une vente plus importante (voir compte-rendu page 61). Toujours de Piranèse, les 4 volumes de Le Antichita Romane ... (Rome, Di Angelo Rotilj,, Bouchard & Gravier, 1756) montaient à 56.000 euros. Ils contiennent 217 planches gravées d’après Piranèse et Buonamici. Les 2 volumes des Vasi Candelabri. Cippi Sarcofagi. Tripodi ... (vers 1768-1778), riches de 102 planches, étaient emportés à 19.500 euros. Ces planches, d’abord vendues séparément, ont été progressivement réunies en volume, leur nombre variant. À partir de 1798, elles font l’objet d’une édition réunissant 118 gravures.
Vendredi 10 juin 2005. Salle 2. Cabinet V.A.E.P.
Marie-Françoise Robert SVV. M. Meaudre.
Le sentiment de la nature
Du côté de la peinture ancienne, l’école française de la fin du XVIIIe siècle était bien représentée. Elle rayonnait grâce à la toile à 91.000 euros d’un de ses plus illustres représentants, Hubert Robert, qui s’inspire pour son paysage à la cascade avec un feu d’artifice des jardins de Tivoli. Lacroix de Marseille, moins célèbre et récemment redécouvert, ne récolte pour sa part pas moins de 80.000 euros pour sa présentation d’un Paysage au torrent, lui aussi d’inspiration italienne.
Vendredi 10 juin 2005.
Salle 1-7. Thierry de Maigret SVV. M. Millet.
Variations modernes à succès
Pas moins de 2.737.193 euros frais compris étaient récoltés par cette vente. Déjà remarquée à Drouot le 25 mars dernier avec les 100.000 euros, une estimation quintuplée, du Portrait de madame G. (Wapler Mica SVV), Tamara de Lempicka obtenait cette fois-ci 135.000 euros, une estimation doublée, d’un Portrait de danseuse russe. Au modelé puissant, caractéristique de l’artiste, cette toile associe un sujet rappelant ses origines. Fille d’un avocat polonais aisé, Tamara de Lempicka s’est installé à Saint-Pétersbourg en 1914 pour étudier la peinture avant d’en être chassée par la révolution russe. Elle se réfugie à Paris où elle reçoit les enseignements d’André Lhote et de Maurice Denis. La capitale est alors encore régulièrement secouée par l’audace et la magie des ballets russes de Diaghilev. La plus haute enchère ne venait pas de là où on l’attendait. La toile de John-Leslie Breck (1860-1899) de 1890, Les Coquelicots (51 x 67 cm), s’envolait à 650.000 euros à partir d’une estimation haute n’en excédant pas 30.000. Il s’agit d’un record mondial pour l’artiste, loin devant le plus haut prix enregistré (source Artnet) de 270 000 $ (340.726 euros en valeur réactualisée), recueilli en novembre 2000 par Flower Garden at Annisquam (72,6 x 123 cm), une huile sur toile qui était plus chèrement estimée (Christie’s New York). Ce peintre américain fait partie des premiers artistes à former la colonie américaine de Giverny en 1887. Il retourne à Boston en 1890 et, fort de l’exemple de Monet, exerce une forte influence sur l’impression-nisme américain.
Mercredi 8 juin 2005
Salle 1-7. Claude Aguttes SVV. M. Coissard.
L’atelier de Picasso
Cette toile de la fin de la vie de Picasso frôlait à 380.000 euros son estimation basse. Le thème de l’atelier et du modèle, récurrent dans l’œuvre du créateur, suit les multiples variations stylistiques qui ont marqué la carrière de l’un des artistes les plus protéiformes du XXe siècle. Le premier tableau sur ce sujet date de 1914 et les derniers dessins de 1971. Celui qui était présenté aux enchères résume le thème à des éléments signifiés de la manière la plus simple possible. Sur la droite figure la toile vierge sur son chevalet, tandis que dans la partie gauche se tient le modèle assis, jambes croisées, dans un siège. Une huile sur toile (38 x 46 cm) de la même année, 1965, adjugée 654 400 $ frais compris (507.799 euros) le 4 mai dernier (Sotheby’s New York), offre une composition similaire, mais inversée, plus lisible. Le siège, probablement en bois doré, a une forme plus précise et le modèle sourit. En février 2002, toujours peinte en 1965, une toile (46 x 54,5 cm) de composition similaire, mais encore plus fouillée, produisait 630 500 £ frais compris (1.031.088 euros). Elle occupe la quatrième position du palmarès des tableaux à sujet d’atelier de Picasso (source Artnet). Le sommet en la matière était atteint à 3 525 750 $ frais compris (4.451.674 euros en valeur réactualisée) par un Atelier (89 x 116 cm) foisonnant peint en 1956, vendu le 9 novembre 2000 (Sotheby’s New York). Rappelons qu’un dessin (28,5 x 40,5 cm) montrant l’atelier de Dora Maar était adjugé à Paris le 27 octobre 1998 à l’occasion de la mythique dispersion de la succession de cette compagne de Picasso. Il récoltait 550 000 F (92.565 euros en valeur réactualisée) et se place en vingt-et-unième position au palmarès des sujets d’atelier de Pablo Picasso.
Mercredi 8 juin 2005.
Espace Tajan. Tajan SVV.
Un intérieur au charme classique
La collection d’une famille aristocratique faisait un parcours sans faute, les 500 lots proposés trouvant tous preneurs pour un total de 1.812.488 euros frais compris. À 72.000 euros, dans la fourchette basse de l’estimation, un record mondial était obtenu pour une oeuvre de Jacques Albert Senave, une Vue de la Seine, du pont Louis XVI et de la place Royale de 1791. Le plus haut prix enregistré pour cet artiste (source Artprice), de 210 000 F (35.590 euros en valeur réactualisée), se portait en décembre 1997 sur Le Théâtre au village (73,5 x 93 cm), une huile sur toile de 1924, adjugée à Lille (étude Mercier & Cie). Une pendule squelette d’époque Louis XVI en émail or et argent sur fond bleu, à la monture en bronze ciselé et doré et au socle en marbre rouge griotte, atteignait 70.000 euros (H. 47 cm). Le cadran principal est surmonté d’un plus petit indiquant les phases de la Lune, lui-même sommé d’un aigle.
Mercredi 1er juin 2005.
9, avenue Matignon. Christie’s France.
La collection Gheerbrant à la une !
Les deux jours de vente consacrés à la dispersion des multiples de la collection Gheerbrandt totalisaient 1.589.170 euros frais compris. Rappelons que Jacqueline et Bernard Gheerbrant sont les fondateurs de la librairie La Hune, autant dire les gardiens de tout un pan de la mémoire intellectuelle et artistique du Saint-Germain-des-Prés de l’après-guerre. L’esprit des clubs de Saint-Germain-des-Prés, un cocktail de Boris Vian, de Miles Davis et de Juliette Gréco, était respecté grâce à la plus forte enchère : les 195.000 euros recueillis par Jazz ([Paris], Tériade éditeur, [1947]) d’Henri Matisse, riche de 20 pochoirs, dont 15 sur doubles pages, rythmés par la couleur (reproduit dans l’encadré susnommé). Il s’agit d’un des 250 exemplaires sur vélin d’Arches. Bernard Gheerbrant l’avait acheté au moment de l’exposition de lancement, à la galerie Bérès, en 1947-1948. Jean Dubuffet faisait également l’objet de vives batailles d’enchères. Une estimation triplée, 75.000 euros, allait ainsi à Nez carotte, 1962, une lithographie en 4 couleurs de 1961, un Personnage au costume rouge (65,3 x 48,8 cm), montant pour sa part à 29.000 euros.
Mardi 31 mai 2005, mercredi 1er juin.
Paris. Calmels-Cohen. Mme Milsztein.
Un pas de danse de Degas
Un des sujets favoris d’Edgar Degas, comme de ses collectionneurs, une Danseuse, exécutait au fusain et à la craie blanche un pas de deux qui la conduisait à 73.000 euros au-dessus de son estimation de 50.000 euros. L’année 2001 avait été à Paris particulièrement riche en oeuvres sur papier de Degas illustrant le thème de la danse. Le 26 avril, un fusain et pastel réalisé vers 1900, figurant un Groupe de danseuses, (55,5 x 67 cm) était propulsé à 2,4 M d'euros (380.664 euros en valeur réactualisée, étude Baron, Ribeyre, étude Le Roux Morel). Le pastel, par la possibilité qu’il donne à l’artiste de saisir au mieux la fugacité des mouvements en créant rapidement des effets moelleux et vaporeux, est un des mediums dans lequel Degas a excellé. Le 18 mai à Drouot, une simple Étude de jambes (45 x 29 cm ), un fusain rehaussé de blanc sur papier bleu, à travers lequel l’artiste tentait de traduire le mouvement grâce à des hachures, montait à 825.000 F (130.854 euros en valeur réactualisée, étude Beaussant-Lefèvre). Le 22 juin, à l’Hôtel Dassault, un fusain sur papier beige montrant Deux Danseuses (110 x 81 cm) face à face esquissant un pas de deux partait à 950 000 F (150.680 euros en valeur réactualisée, étude Briest). Le 14 décembre à Drouot, Deux Danseuses de profil (29,5 x 19,5 cm), un dessin au crayon gras, était disputé à hauteur de 320 000 F (50.755 euros) en valeur réactualisée, Groupe Piasa).
Vendredi 27 mai 2005.
Paris. Brissonneau. Mme Maréchaux-Laurentin.
Paris, New York et ailleurs
Ces deux jours de vente dédiés à l’art d’après-guerre totalisaient 3.843.427 euros frais compris, 2.679.220 euros revenant à la première journée qui se proposait de faire le pont entre Paris et New York. Ce dernier montant constitue le plus important réalisé par la maison Tajan pour une vente d’art contemporain. Les honneurs revenaient de ce côté de l’Atlantique à Serge Poliakoff, qui obtenait 300.000 euros pour une Composition de 1951. À 58.000 euros, la fourchette estimative se voyait respectée pour l’Erreur confidentielle (97 x 162 cm) de Georges Mathieu, une huile sur toile réalisée vers 1956 et dédicacée au critique d’art Michel Tapié, grand défenseur de l’art informel. Le noir profond, traversé de stries noir plus clair, marron et blanches, d’une Peinture (135 x 65 cm) de 2002 de Pierre Soulages, un diptyque à l’acrylique sur toile, attirait 64.000 euros.
La métropole américaine brillait grâce au 270.000 euros, une estimation largement dépassée, d’un acrylique et encre sérigraphique sur toile d’Andy Warhol de 1975, représentant une des reines des élégances parisiennes, Hélène Rochas (102 x 102 cm). À 240.000 euros, estimation basse respectée pour Small Nude with Lamp (112,5 x 127,5 cm), une huile sur toile découpée, exécutée vers 1977-1980 par Tom Wesselmann. Wanderers (61 x 91,5 cm), un acrylique sur toile de 1986 de Robert Motherwell présentant trois aplats noirs sur fond bleu, partait à 92.000 euros.
Mercredi 25, jeudi 26 mai 2005.
Espace Tajan. Tajan.
Impressions modernes
Les 133 lots vendus en fin de journée totalisaient
4.317.980 euros frais compris (87 % en lots, 95 % en valeur). Un combat d’enchères avait pour objet une vue de Moret-sur-Loing, une huile sur toile de 1892 d’Alfred Sisley, propulsée à 1.250.000 euros sur une estimation haute de 500.000. Cette toile a été vendue à Drouot le 25 mai 1932 pour 36 000 F (19.873 euros en valeur réactualisée). Le record pour cet artiste (source Artnet) concerne aussi une toile ayant pour sujet le Loing, Sisley s’installant définitivement à Moret-sur-Loing en 1889. En novembre 1988, en pleine période spéculative, Bord du Loing à Saint-Mammès (54,6 x 74 cm) décrochait 3 630 000 $ frais compris (4.463.527 euros en valeur réactualisée, Christie’s New York). Sisley, comme Monet, aimait peindre des séries afin de saisir les variations de lumière sur un même sujet. Le Pont de Moret au soleil couchant (60 x 73 cm) de 1892 obtenait 1 430 000 $ frais compris en novembre 1989 (1.783.655 euros en valeur réactualisée, Christie’s New York). Toujours peint en 1892, Le Pont de Moret au soleil (60,1 x 80,9 cm) se négociait 1 375 000 $ frais compris en mai 1988 (1.578.495 euros en valeur réactualisée, Sotheby’s New York).
Mardi 24 mai 2005.
Paris. Christie’s France.
Morgat par Maufra
Estimée entre 20.000 et 29.000 euros, cette toile, dont les couleurs annoncent le courant fauve, a été exposée en 1978 lors de la rétrospective Maufra, organisée par la galerie Art Mel à Paris. Datée 1900, elle est l’oeuvre d’un artiste d’origine nantaise, qui appartient à la deuxième génération des impressionnistes. Destiné par sa famille à une carrière commerciale, Maufra se rend à Londres pour un stage professionnel. Là, il est profondément ébloui par les Turner exposés à la National Gallery. La lecture du Chef-d’Oeuvre inconnu d’Honoré de Balzac et l’ascendant de Paul Gauguin, rencontré par hasard dans une auberge de Pont-Aven, vont ensuite influencer son avenir artistique, si bien qu’un jour de 1890, il renonce définitivement au négoce. La Bretagne l’attire irrésistiblement et il passe trois ans à sillonner et contempler les rivages de la Manche et de l’Atlantique. En 1892, le peintre parcourt ainsi la région de Quimperlé, l’île de Bréhat, les contrées de Lorient et de Paimpol ; deux ans plus tard, il fait toute la côte entre Saint-Michel-en-Grève et Plougasnou. Il en rapporte de nombreux tableaux, dont les titres évoquent les ports bretons et la côte atlantique. Admirateur des estampes japonaises, Maxime Maufra grave aussi des eaux-fortes. La première, La Mer, exécutée en 1893, met en scène une énorme vague déferlante, bel hommage à Hiroshige.
Brest, 15 mai 2005
Thierry-Lannon et Associés.
L’orientalisme, de Gérôme à Dinet
Vif succès pour l’orientalisme ce mercredi après-midi, qui recueillait 3.957.830 euros frais compris, représentant 71 % des lots vendus en nombre et 90 % en valeur. De belles envolées d’enchères se portaient sur des tableaux, deux records étant battus et des résultats à 6 chiffres s’inscrivant par 9 fois. La majorité des enchérisseurs étaient étrangers, les Américains et les Marocains fournissant le gros du bataillon. Place à la meilleure enchère de cette semaine parisienne avec les 320.000 euros des Baigneuses de Jean-Léon Gérôme, peintes vers 1889. Elles étaient estimées au plus haut 300.000 euros. À leur suite, une huile sur panneau réalisée par le même artiste en1872, une Dispute d’Arabes (28,5 x 21,5 cm), dépassait à 180.000 euros son estimation dans les même proportions. Record battu, et de loin, pour Étienne Dinet, avec les 260.000 euros de l’huile sur toile reproduite, Baigneuses dans l’oued, le massage. Cette oeuvre vient détrôner la Sortie de l’école coranique (81 x 100 cm), qui détenait un record à 850.000 F (145.600 euros en valeur réactualisée) depuis décembre 1995 (Paris, étude Gros & Delettrez). Une autre toile d’Étienne Dinet (65 x 81 cm), des Fillettes de Bou-Saada dansant, s’installe à la troisième place du palmarès de l’artiste en obtenant 110.000 euros sur une estimation haute de 80.000.
Mercredi 11 mai 2005
Espace Tajan. Tajan. M. Arcache.
Attribué à Simon Vouet
Achat étranger pour ce splendide dessin. Évaluée autour de 12.000 euros, cette magnifique pierre noire est une étude pour une tapisserie, qui compose la tenture de l’Ancien Testament. À son retour d’Italie, en 1627, Simon Vouet la réalise pour Louis XIII. Pour l’anecdote, ce dessinateur virtuose apprend aussi au roi l’art de manier le pastel.
Tours, 2 mai 2005
Hôtel des ventes Giraudeau. M. Millet.
Miniatures chrétiennes
En pleine période gothique, Paris assure un rôle artistique et historique de premier plan en attirant de nombreux miniaturistes étrangers. Ils viennent surtout des régions de la Gueldre, de la Meuse et du Bas-Rhin. Ces artistes septentrionaux sont déjà tournés vers l’observation de la vie dans ses manifestations spécifiques et éphémères. Avec la complexité croissante des éléments scéniques qu’ils introduisent dans leurs miniatures, ils redécouvrent aussi peu à peu la notion de paysage. À partir du XVe siècle, tous ces artistes échangent progressivement leurs savoirs, ce qui enrichira considérablement la tradition de la miniature française issue de Jean Pucelle. En représentant des oeuvres d’inspirations variées, ils annoncent l’extraordinaire essor de la production provinciale, qui a lieu au siècle suivant. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer ces deux miniatures. Estimées autour de 8.000 euros, elles ont fait partie de la collection Hennion, conservateur du musée des Beaux-Arts de Tours entre 1920 et 1947. Ces deux oeuvres ont déclenché une bataille d’enchères entre des particuliers français et étrangers, pour être finalement gagnées au quintuple de leur évaluation par un collectionneur étranger. Elles illustrent deux scènes extraites du Nouveau Testament et liées à l’enfance du Christ. Les beaux encadrements, qui sertissent les miniatures, présentent des motifs architecturaux, ainsi que de pittoresques ornements décoratifs ; ceux-ci, d’un naturalisme étonnant, expriment encore tout le symbolisme religieux des scènes. Dans le souci d’occuper tout l’espace de la feuille, le miniaturiste multiplie à profusion les animaux et les personnages, dont il dessine avec soin les détails des costumes. Outre des qualités graphique et plastique évidentes, ces deux compositions ont été peintes dans d’éclatantes couleurs, qui ont gardé jusqu’à aujourd’hui toute leur fraîcheur.
Tours, 2 mai 2005
Hôtel des ventes Giraudeau. M. Millet.
Tableau champêtre
Jusque vers 1775, Jean Pillement poursuit une brillante carrière d’ornemaniste, qui lui apporte un renom international. Auparavant, cet élève de Daniel Sarrabat à Lyon était monté à Paris, où il poursuivait sa formation à la manufacture des Gobelins. Devenu un virtuose dans l’art de la décoration, il a ensuite travaillé aussi bien en France qu’en Russie, au Portugal ou encore en Angleterre. À partir de 1750, on le trouve à Londres et, en 1766, il est encore appelé à Varsovie pour embellir, dans le style chinois, le cabinet de travail du roi Stanislas-Auguste. Ses oeuvres ornementales, qui ont été éditées en 1776 à Paris, seront fréquemment reprises, aussi bien par les ébénistes que par les manufactures de soie et d’indienne. Peintre de la reine Marie-Antoinette, Jean Pillement va, au cours des trois décennies suivantes, représenter essentiellement des paysages. Jean Pillement compose surtout des paysages animés, le plus souvent imaginaires. Ils contiennent parfois des souvenirs de sites qu’il a vus au cours de ses nombreux voyages. Des accessoires divers y sont agencés en un décor spectaculaire comme dans cette toile, évaluée autour de 6.000 euros.
Vannes, 30 avril 2005
Jack-Philippe Ruellan. M. Millet.
Dans la baie de Marseille
Les calanques et les rochers, ainsi que les vues du port de Marseille, ont offert au peintre Jean-Baptiste Olive une réputation d’artiste international. Comme ses compatriotes Honoré Daumier et Alfred Casile, il est né à Marseille, dans le quartier Saint-Martin aujourd’hui disparu, appelé communément " le Panier ". Fils d’un marchand de vins marseillais, il entre bientôt comme apprenti chez un décorateur. Selon Alauzen, dans son Dictionnaire des peintres de Provence, sa première oeuvre concerne l’art populaire, puisqu’il peint une enseigne de charcuterie ! Il poursuit sa formation chez Gustave Julien, appelé par ses contemporains le peintre des tempêtes, qui va déterminer sa vocation de paysagiste. Fidèle à l’héritage de l’école de Barbizon, Jean-Baptiste Olive transcrit avec une grande authenticité la nature qui lui est familière. Vers 1882, il se fixe à Paris, mais le peintre conserve toutefois un atelier sur la Canebière, où il revient régulièrement. Car les alentours de Marseille et,plus généralement la Provence lui fournissent la plupart de ses sujets. Il est d’ailleurs souvent l’hôte, dans cette région, de son ami et protecteur N. Mazet.
Les marines très enlevées et les paysages marseillais, que Jean-Baptiste Olive peint éclatants de lumière, reçoivent un accueil chaleureux et lui apportent rapidement le succès. Il obtient, par exemple, au Salon de 1886 une médaille pour Coup de mistral dans l’anse du Prado à Marseille et pour Épave de “ La Navarre ” aux Fourques de Carri, près de Marseille. Une matière luxuriante, des effets de lumière proches des impressionnistes, des mises en scènes habiles caractérisent l’art de Jean-Baptiste Olive comme l’illustre aussi cette toile, estimée autour de 15.000 euros et achetée par un collectionneur français.
Marseille, 30 avril 2005
Prado Falque Enchères.
Eisenschitz en Provence
Estimation triplée pour ce superbe panorama provençal. Selon les experts, il enregistre aussi un prix record pour Willy Eisenschitz. D’origine viennoise, le jeune homme gagne Paris afin d’y perfectionner ses études artistiques. Là, il rejoint son oncle, Otto Eisenschitz, amateur d’art éclairé et également beau-frère du philosophe Bergson. Willy, grand admirateur de Paul Cézanne est bien sûr influencé par les formes géométrisées du cubisme et peint déjà quelques paysages bien articulés.
Pour des raisons de santé, Willy Eisenschitz doit vivre en montagne et séjourne à Dieulefit, dans la Drôme, qu’il quitte toutefois en 1927 pour s’établir La Valette-du-Var, à proximité de Toulon. Le peintre fréquente la communauté littéraire et artistique qui anime dans ces années 30 Toulon et Sanary. Sa maison, installée dans un ancien couvent de Minimes, devient vite le point de ralliement de cette sympathique société. Naturalisé français en 1935, Eisenschitz est l’ami d’écrivains, tels Aldus Huxley et bien sûr, Jean Giono, dont il illustre d’ailleurs plusieurs livres. Un peu boudés jusque dans les années 1990, les paysages de Willy Eisenschitz sont aujourd’hui bien appréciés. En témoigne encore les 25.000 euros payés sur Village de Provence, également présenté à cette vente.
Fontvieille, 1er mai 2005. Aubagne Enchères.
Cabinet Baille Beauvois.
De la flore à la mythologie…
Dès les premiers voyages en Amérique, en Asie et le long des côtes africaines, les explorateurs rapportent des spécimens de plantes, qui, pour la plupart, seront adaptés aux climats européens. Par ailleurs, les progrès de la pensée scientifique amènent les premiers classements de plantes avec une description des fleurs, du feuillage, des racines... À l’origine, les catalogues de plantes étaient présentés à l’occasion de foires comme celle de Francfort au XVIIe siècle et étaient diffusés à travers toute l’Europe. Des graveurs renommés, tel Jean-Théodore de Bry, étaient appelés à fournir des illustrations exactes. Avec son frère, cet artisan travaillait aux côtés de son père, Théodore de Bry, lui-même formé par son père orfèvre, dans l’officine de gravure et d’édition d’ouvrages précieux fondée à Francfort en 1594. En 1612 paraît son Florilegium novum..., qui connaîtra de multiples rééditions. Une partie de ses planches sont reprises dans l’Anthologia magna, sive Florilegium novum & absolutum..., recueil publié à Francfort en 1626, un exemplaire de la première édition ayant été adjugé 20 500 €. Ce même souci d’exactitude se décèle dans les 90 planches gravées, presque toutes coloriées à la main, du Panthéon égyptien. Collection des personnages mythologiques de l’ancienne Égypte d’après les monuments , accompagné d’un texte de Champollion (Paris, 1823-1825). Cet exemplaire de M. Raoul-Rochette, conservateur du cabinet des antiquités de la Bibliothèque royale était emporté contre 4 000 €. Enfin, pour 6 100 €, on pouvait acquérir le grand in-folio de la Galerie de Versailles, illustré de 52 planches, dont 23 doubles, d’après Le Brun.
Jeudi 28 avril 2005
Neuilly-sur-Seine. Claude Aguttes. M. de Broglie.
Trois jours de fête
Les trois jours de vente de mi-saison à l’hôtel Dassault attiraient un public international des plus actif, 70 % des lots étant emportés par des étrangers. Le total s’établissait à 2,88 millins d'euros frais compris répartis entre l’art moderne, 1.435.295 euros (62 % des lots, 100 % des estimations basses), l’art contemporain, 1.087.641 euros (72 % des lots, 104 % des estimations) et les estampes, 363.194 euros (77 % des lots, 126 % des estimations).La meilleure enchère, 58.000 euros, se portait au triple de l’estimation sur une huile sur panneau d’Adolphe Monticelli, Le Bal masqué, séduisant un collectionneur monégasque. Un engouement similaire attendait à 52.000 euros une huile sur toile de Nicolas Alexandrovitch Tarkhoff de 1915, Madame Tarkhoff et sa Fille Hortensia (92 x 73 cm), un achat du marché russe. À 48.000 euros, estimation basse frôlée en revanche pour une épreuve en bronze à patine verte, numérotée 2/4, de la Grande Vénus de Milo aux tiroirs (H. 114 cm) de 1964 de Salvador Dali. Il s’agit d’une fonte à la cire perdue de Valsuani. La peinture indienne était à nouveau à l’honneur à Paris avec Sayed Haider Raza. 42.000 euros, à partir d’estimations nettement inférieures, allaient indifféremment à une huile sur toile de 1964, Sapina I (65 x 54 cm), et à une huile sur toile de 1956, Calvaire breton (55 x 33 cm). Le 7 décembre dernier, des Maisons (80 x 40 cm) de cet artiste obtenaient 43 000 € à Drouot-Montaigne (Massol SVV).
Du lundi 25 au mercredi 27 avril 2005
Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain - Le Fur . Mme Milsztein.
Jules Chéret au pinacle
Décrites séparément dans le catalogue avec une estimation unitaire n’excédant pas 6.000 euros, 4 gouaches marouflées sur toile de Jules Chéret étaient finalement réunies moyennant la coquette somme de 145.000 euros. Il s’agit d’un achat français effectué contre une clientèle américaine très pugnace. Cette suite présente une Pantomine, Pierrot et Colombine, La Comédie, La Musique et la Danse. Le résultat enregistré est, dans l’absolu, le plus important relevé (source Artnet) pour Jules Chéret. Chacune de ces allégories des arts vivants recueillait 43.500 euros, frais compris. Le plus haut prix français revenait jusqu’alors à un pastel de 1894, Le Bal masqué (106 x 80 cm), adjugé 33.000 euros au marteau le 12 mars 2003 à Drouot (Libert SVV). Il appartenait à la collection Albouy-Moore. Sur le plan international, le record revenait à 57.500 $ frais compris (61.480 euros en valeur réactualisée) à une toile, elle aussi exécutée en 1894, Folies-Bergère/L’Arc en ciel (79,7 x 128,2 cm). Elle était adjugée le 14 novembre 1999 (Poster Auctions International). La cote de Chéret est actuellement dynamique. Le 20 mars dernier à Drouot, un pastel de 1910, Le Carnaval (117 x 67 cm) doublait à 22.000 euros son estimation (Calmels-Cohen SVV).
Vendredi 22 avril 2005.
Paris. Bailly-Pommery & Voutier Associés. Mme Ritzenthaler.
Le port d’Alger
Cette huile sur toile d’Albert Marquet montrant L’Arrière-Port de l’Agha de la capitale algéroise frôlait, à 90.000 €, son estimation basse. Elle a été achetée directement à l’artiste à Alger par Gaston Chebat en 1944. On la retrouve, toujours à Alger, dans la collection Lucien Garcia. En avril 1989, elle était présentée à Paris à Drouot-Montaigne, mais ne trouvait pas preneur. Le port d’Alger constitue un des sujets de prédilection d’Albert Marquet, qui occupait un atelier tout près de la pension Venot, sa première résidence algéroise. C’est en janvier 1920 qu’il débarque dans la cité, accueilli par le collectionneur Louis Meley. L’artiste y rencontre celle qui deviendra sa femme, Marcelle Martinet. Précisons que sa découverte de l’art musulman s’était produite en 1910, lors d’une exposition à Munich, qu’il visita en compagnie d’Henri Matisse. Selon ses propres termes, il en ressortit « ébloui et très impressionné », et fut amené à faire la navette pendant près de 25 années entre la France et l’Algérie,
Mardi 19 avril 2005.
Salle Rossini. Rossini SVV. M. Maket.
Ecole brugeoise
Au XVe siècle, Bruges, alors le centre commercial le plus dynamique d’Europe, joue un rôle prédominant auprès des autres villes flamandes comme Bruxelles, Gand et Louvain, cité universitaire. À Bruges, divers mécènes, particulièrement des marchands italiens, attirent des artistes étrangers comme Gérard David, originaire de Gouda. Dernier grand peintre de l’école brugeoise du XVe siècle, Gérard David pose un regard humaniste sur les êtres et les choses. Il a une grande influence sur la formation d’Adrien Isenbrant (vers 1490-1551). Portraitiste, celui-ci est également l’auteur de nombreux tableaux religieux. Les historiens de l’art lui reconnaissent une Vierge des Sept Douleurs, conservée dans l’église Notre-Dame de Bruges. À la tête d’un important atelier, Isenbrant réalise aussi plusieurs triptyques, représentant des scènes religieuses tirées du Nouveau Testament.
Granville, 17 avril 2005
Fattori & Rois SVV. M. Millet.
Les Kasbahs de Majorelle
Les estimations ont doublé pour ce somptueux recueil, réalisé par le peintre Jacques Majorelle. Fils du célèbre ébéniste de l’école de Nancy, il découvre, à 31 ans, la lumière exceptionnelle du Maroc. Devenu amoureux du Sud-Marocain, il ne cesse dès lors de le décrire dans des tableaux très construits, composés de puissants contrastes et de volumes architecturés. Ces oeuvres orientalistes rencontrent rapidement un succès tel que Jacques Majorelle accepte d’éditer un livre d’art qui reproduira ses tableaux. C’est chose faite en octobre 1930 avec Les Kasbahs de l’Atlas. Tiré à 500 exemplaires, le recueil reproduit en quadrichromie des dessins et des peintures que Jacques Majorelle a, pour la plupart, réalisés entre 1927 et 1930. L’ouvrage, qui s’adresse autant aux bibliophiles qu’aux amateurs du Maroc berbère, comporte une préface de Lyautey et une introduction de Pierre Mac Orlan. Cet exemplaire des Kasbahs de l’Atlas, présenté dans son emboîtage original, a fortement attisé les convoitises, pour être finalement acquis par un bibliophile parisien.
Nice, 19 avril 2005.
Boisgirard Provence Côte d’Azur SVV. M. Rometti.
Pastorales bolognaises
Malgré quelques restaurations, ces toiles décoratives ont presque quadruplé leurs estimations (20.000 à 22.000 €), pour être emportées par un collectionneur italien. Les experts les rapprochent d’une oeuvre au sujet identique. De même format, elle est conservée à la Galleria Nazionale de Parme et porte le monogramme LCMVF, ce qui signifie Luigi Crespi, Minozzi, Vitali fecerunt. Cette inscription révèle une collaboration évidente entre trois peintres qui se chargent chacun de certains éléments du tableau. Pour les paysages, c’est Bernardino Minozzi (1699-1769), un peintre bolognais, spécialisé dans les représentations de batailles et d’architectures. Les figures de personnages sont de la main de Luigi Crespi (1665-1747), un autre Bolognais, qui doit son succès à des tableaux religieux. Quant à Candido Vitali, né également à Bologne, il s’est fait une belle réputation en représentant de luxuriantes natures mortes, mêlant à profusion oiseaux, fruits et fleurs. Ce sont donc Bernardino Minozzi, Luigi Crespi et, bien sûr, Candido Vitali qui auraient peint ensemble ces charmantes pastorales, exprimant de beaux accents élégiaques.
Troyes, 24 avril 2005
Pomez-Boisseau SVV. Cabinet Turquin, Mauduit et Etienne.
Une collection à 1,8 million d'euros
Constituée autour de l’école de Paris de l’après-guerre, la collection d’un couple d’amateurs totalisait en soirée 1.854.480 euros frais compris en 42 lots (93 % en nombre, 97 % en valeur). C’est cependant le groupe Cobra qui remportait les deux meilleures enchères : 180.000 euros pour la toile d’Asger Jorn, Flexions et Réflexions, et 145.000 euros pour Animals (97 x 129,5 cm), une huile sur toile de 1953. Entrée en fanfare du nouveau réalisme ensuite avec, à 140.000 euros, une estimation doublée pour La Secrétaire renvoyée (89 x 116 x 15 cm) d’Arman de 1963, une " Colère " de l’artiste qui a fait éclater une machine à écrire sur un panneau de bois peint en rouge. Il en était de même à 135.000 euros pour un Vase de fleurs (100 x 81 cm) de Jean Fautrier, une huile sur toile de 1929. L’abstraction reprenait ensuite ses droits. Les noirs denses de Peinture 8 avril 1987 162 x 114 cm) de Pierre Soulages entraînaient 88.000 euros. Juste avant, et haute en couleur, une huile sur toile de Maurice Estève de 1982, Fabora (73 x 92 cm), produisait 78.000 euros. Cette oeuvre a été acquise à la vente de la succession Olga Carré à l’hôtel Dassault en décembre 2002 pour 75.000 euros.
Jeudi 14 avril 2005
9, avenue Matignon. Christie’s France.
Rembrandt et Basan
Cet ensemble de gravures de Rembrandt portant l’adresse de Basan à Paris était poussé jusqu’à 85. 000 euros, à partir d’une estimation de 35.000. C’est en 1786 que Pierre-François Basan achète dans la vente aux enchères de la collection de son confrère Watelet un ensemble de 83 cuivres de Rembrandt. Il procède à leur impression, cette série s’intégrant dans L’Oeuvre de Basan, des albums reproduisant les oeuvres de grand maîtres hollandais, flamands, français, italiens et allemands. Certains cuivres de Rembrandt ont été retouchés par Auguste Jean, un " restaurateur " travaillant pour Basan. Ces planches présentent donc un état différent. Le recueil initial, édité vers 1790, comporte 85 estampes. Celui qui était vendu en propose en tout 116, mais seules 68 sont considérées comme originales. Le Recueil... a été tiré plusieurs fois par la suite, le tirage vendu cette semaine ayant été effectué vers 1850.
Jeudi 14 avril 2005
Paris. Piasa. Mme Bonafous-Murat.
Van Gogh en noir et blanc
Voilà une photographie qui, a priori, n’a pas grand chose pour elle : elle est de la taille d’un négatif, dans un état loin d’être parfait, la reproduction ci-dessus ayant été retouchée informatiquement pour la rendre plus lisible, et elle est anonyme. Et pourtant, elle a été adjugée 12.000 euros, au quadruple de son estimation basse. On peut se demander pourquoi. Regardons- la d’un peu plus près. Le personnage qui y figure avec sa blouse, son chapeau et son bâton de pèlerin est écrasé par le soleil de midi. De son visage à peine visible, on distingue tout juste une barbe et des moustaches. Son identité ? Une inscription au dos de la photographie donne la réponse. Il s’agit de Van Gogh, alors à Arles. Celui qui s’est si minutieusement et impitoyablement décrit à travers ses autoportraits est ici saisi par l’oeil d’un appareil photographique. La gloire du peintre rejaillit sur cet infime morceau de papier qui décroche cette belle enchère.Une photographie anonyme peut en effet atteindre un prix élevé. Si le sujet en vaut la peine. Ainsi, en mai 2001 à Drouot (étude Libert & Castor), un portrait de Sigmund Freud pris par un photographe anonyme remportait 120 000 F (19.034 euros en valeur réactualisée). Sans doute unique, ce rare portrait non officiel du psychanalyste est daté de 1933. On le voit en vacances en Autriche avec ses chows-chows. La vente André Breton en avril 2003 était riche en clichés non signés chèrement payés : 1.600 euros pour une photo d’identité de Breton en militaire en 1918, 10.000 euros pour celle de Guillaume Apollinaire en miliatire, blessé à la tête (8,6 x 5,6 cm), 17.000 euros pour celle d’Antonin Artaud dans le Juif errant (1926). Quant aux Photomaton montrant la bande surréaliste déchaînée, vendus en 13 lots, ils totalisaient 137.500 euros. Peu importe la signature, pourvu qu’on ait le sujet.
Mercredi 6 avril 2005
Paris. Beaussant, Lefèvre.M. Richard.
Vuillard, le nabi
À 118.000 euros, estimation basse frôlée pour cette petite huile sur carton d’Édouard Vuillard à la provenance irréprochable : le prince Antoine Bibesco, modèle du Saint-Loup de Proust. Au format intime de cette oeuvre répond un sujet qui l’est tout autant. Il témoigne de la maîtrise de l’artiste dans les compositions en hauteur dont il est coutumier. Datée de 1899-1904, cette toile appartient à cette période charnière où Vuillard va peu à peu abandonner sa manière nabie, ce qui n’est pas encore le cas ici, pour se tourner vers un réalisme plus précis et plus minutieux, qui aura la faveur du Tout-Paris, des Bernheim-Jeune à la comtesse de Polignac, en passant par les Noailles.
Vendredi 8 avril 2005
Paris. Piasa. Mme Maréchaux-Laurentin.
Attribué à Van Dyck
Cet Ecce Homo, attribué au grand Anton Van Dyck, était combattu jusqu’à 65.000 euros, sur une estimation haute de 25.000. Il est présenté dans un étonnant cadre en bois sculpté italien du XVIIe siècle en bois redoré. La cote des tableaux attribués à Van Dyck varie dans une large fourchette (source Artnet), depuis les 500.000 shillings autrichiens (43.525 euros en valeur réactualisée) d’un Saint Jérôme, une toile (89 x 66,5 cm) adjugée à Vienne (Dorotheum) le 4 novembre 1992, jusqu’aux 133 500 £ (179.496 euros en valeur réactualisée) d’un Portrait de dame (marquise Balbi) (33 x 27 cm) sur papier marouflé sur panneau, vendu le 12 juin 1996 chez Sotheby’s. Signalons encore lors de la même vente les 210 500 £ (283.030 euros en valeur réactualisée) d’une huile sur toile qui est donnée à l’atelier de Van Dyck mais illustre un sujet des plus désirables : l’Autoportrait de l’artiste avec un tournesol (58,5 x 72,5 cm). Ces deux dernières toiles faisaient partie de la vente du contenu des appartements de la marquise de Bristol à Ickworth House dans le Suffolk. Le record absolu pour une oeuvre de Van Dyck, 3 140 750 $ (3,57 millions d'euros), a été obtenu le 24 janvier 2002 chez Sotheby’s New York par l’Apôtre Pierre (62,2 x 49,5 cm) peint sur toile. Il était au numéro suivant poursuivi à 2 095 750 $ (2,38 millions d'euros) par l’Apôtre Thomas (62,5 x 49,5 cm). Ces deux oeuvres font partie de la série Böhler, composée d’un ensemble de 13 toiles figurant le Christ et ses apôtres. Cette série, réalisée à la fin de la période anversoise de l’artiste, tient son nom du marchand munichois Julius Bölher, qui l’a dispersée.
Mercredi 6 avril 2005
Paris. Damien Libert.
Louis Jouvet ovationné
L’évocation de Louis Jouvet à travers le contenu d’une partie de sa bibliothèque, accompagnée de quelques souvenirs provenant d’une de ses filles, Élisa, et d’une petite-fille du comédien, totalisait 401 128 euros frais compris, soit 93,54 % du produit total. La collaboration avec Jean Bérard était célébrée notamment par une série de projets de décors qui, en 23 numéros, totalisaient 86.850 euros au marteau. L’ensemble était surplombé par les 41 000 euros du projet de décor reproduit, un record pour un projet de décor de l’artiste. Il a été réalisé en 1945 pour La Folle de Chaillot de Jean Giraudoux, décédé l’année précédente. La pièce est créée par Jouvet le 19 décembre, le comédien assurant la mise en scène et le rôle du chiffonnier, Bérard étant en charge des décors et des costumes. Un Portrait de Louis Jouvet à sa table de travail (40 x 29 cm), une oeuvre à l’encre de Chine et au lavis, toujours pas Bérard, atteignait 8.200 euros. Réalisé par Minazzoli (1896-1973), un moulage mortuaire en plâtre de la main droite de Louis Jouvet, daté de 1951, était propulsé à 12.200 euros sur une estimation haute de 150.
Vendredi 1e avril 2005
Paris, Livres. Piasa, M. Courvoisier.
Un Lebasque automnal
Henri Lebasque affichait cette semaine une forme resplendissante, 112.000 euros, sur une estimation inférieure de 12.000 euros, se portant sur une des ses huiles sur toile réalisées vers 1902-1905, Deux Fillettes en automne sur un chemin le long d’un rivière, et 73.000 euros, sur une estimation de 60 .000, allant à Sainte Maxime, fillette sur un banc, une huile sur toile de 1914 adjugée le vendredi 1er avril à Drouot en salle 7 sous le marteau de maître Blanchet. La cote de Lebasque avait flambé à la fin des années 1980, une huile sur toile vers 1900, Madame Vian assise dans un parc (129,5 x 126,4 cm) ayant atteint 907 500 $ frais compris (1.114.210 euros en valeur réactualisée) en mai 1988 à New York (Sotheby’s). Comme beaucoup d’autres artistes ayant souffert de cette surcote spéculative, Lebasque retrouve depuis peu des niveaux d’enchères élevés. Ainsi, en novembre 2004, La Sieste (89 x 116 cm), une huile sur toile, décrochait 534 400 $ frais compris (415.229 euros) chez Sotheby’s New York. L’oeuvre présente il est vrai sous ce titre une femme nue étendue dans un intérieur près d’une fenêtre donnant sur un bassin auprès duquel joue une fillette. On est là bien loin des couleurs automnales du tableau reproduit ou de la fraîcheur enfantine de celui qui était adjugé vendredi. Rappelons qu’en mai 2002, un autre nu, Le Lever (92 x 95 cm), avait déclenché les passions à Paris, en partant pour la bagatelle de 617.282 euros frais compris. 6 des 10 tableaux inscrits au top 10 de l’artiste (source Artnet) sont des nus.
Jeudi 31 mars 2005
Espace Tajan, Tajan, Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
De Tamara de Lempicka à Roman Opalka
Cette vente totalisant 545.911 euros frais compris se distinguait notamment par les 100.000 euros obtenus au quintuple de l’estimation basse par le Portrait de madame G. de Tamara de Lempicka, peint vers 1930 . Ce résultat correspond à la cote internationale de cette artiste d’origine polonaise. En novembre 1995, un portrait comparable au Voile vert (46 x 33 cm) suscitait 107 000 $ (89.500 euros en valeur réactualisée) chez Christie’s New York. Le record pour cette artiste a été décroché en mai 2004 chez Christie’s New York au double du précédent, à 4 599 500 $ frais compris (3,87 millions d'euros), par une toile de 1929, Portrait de Mrs Bush (122,3 x 66 cm). Il s’agit là d’un de ses grands portraits aux lignes angulaires se détachant sur un fond de gratte-ciel, qui ont fait la renommée de l’artiste. Changement radical de style avec à 80.000 euros un artiste en quête d’infini, Roman Opalka, lui aussi d’origine polonaise. Cette enchère récompense la série de chiffres allant de 3 945 739 à 3 970 846, peints en dégradé de blanc sur fond gris à l’acrylique sur toile (196 x 135 cm) en 1986. Pour les manuscrits surréalistes, retenons les 24.000 euros d’une correspondance intime de Max Jacob à René Dulsou, "une des plus durables passions de sa vie" selon Pierre Andreu. L’ensemble écrit entre 1932 et 1934 comprend 27 lettres et 2 poèmes autographes, l’un comportant des dessins. Signalons aussi les 1. 900 euros d’une lettre de 3 pages de Clovis Trouille à Jean Galtier-Boissière, illustrée de dessins. Une oeuvre de cet artiste, "réfugié dans la peinture, mon seul moyen d’évasion", avait défrayé la chronique au moment de la vente Breton. Une Religieuse italienne fumant la cigarette avait ainsi décroché 240.000 euros.
Vendredi 25 mars 2005
Paris, Wapler Mica. MM. Bodin, Chanoit.
Art académique et art abstrait
Cette journée de vente consacrée au dessin, à la peinture et à la sculpture constituait le deuxième volet d’un catalogue qui totalisait 2.139.584 euros frais compris. La première partie, réservée aux arts décoratifs du XXe siècle, engrangeait mercredi 3 mars la moitié de ce total, un lustre en fer forgé de Brandt occupant à 42.000 euros la meilleure place . La palme revenait aujourd’hui à une toile de William Bouguereau, peinte en 1900, Portrait de madame Olry-Roederer, vendue 115.000 euros, dans son estimation. Si Bouguereau est habitué aux enchères millionnaires, c’est pour les sujets qui ont fait sa gloire de son vivant. Ainsi, son record s’établit à 3 526 000 $ frais compris (4,1 millions d'euros en valeur réactualisée) recueillis en mai 2000 par une allégorie de La Charité (196 x 117 cm), vendue chez Christie’s New York. Les portraits, de surcroît en pied, sont des raretés, pas un ne figurant par exemple au top 100 de l’artiste (source Artnet). Victor Olry était un collectionneur chevronné, et fortuné, de l’artiste puisqu’il possédait La Nuit (1883), une Baigneuse accroupie (1884), Biblis (1884) ou encore L’Amour et Psychée (1899). Il a sans doute commandé ce portrait après son mariage avec Mathilde Mitre. Avec son frère Léon, il était à la tête des champagnes Roederer.
Vendredi 25 mars 2005
Paris, Millon & Associés. Mmes Marzet, Ritzenthaler, MM. Millet, Mostini, Schoeller.
Foujita et les chats
Le fleuron de cette vente, riche en bons résultats, était cette huile sur toile de Foujita de 1950, présentant une Jeune Fille au chaton. Estimée 60. 000 euros, elle était propulsée à 106.000 euros. C’est en 1949 que ce peintre d’origine japonaise s’installe définitivement à Paris. Son attrait pour l’enfance se mêle ici à sa prédilection pour les chats, un leitmotiv dans l’oeuvre de l’artiste. Une toile de 1950 représentant une Jeune Fille portant un chat (40,5 x 26,5 cm), avait, en pleine folie spéculative, atteint 165 millions de yens frais compris (1,11 millions d'euros en valeur réactualisée) à Tokyo en avril 1990 (Sotheby’s). En novembre 1988, une Jeune Femme allongée au chat (49 x 60 cm) de 1939 avait suscité 742 500 $ frais compris (911.627 euros en valeur réactualisée) à New York chez Sotheby’s. La même année, un Autoportrait au chat (64,8 x 50,5 cm) de 1930 engrangeait 616 000 $ frais compris (756.312 euros en valeur réactualisée, Christie’s New York). La cote de Foujita est depuis revenue à plus de mesure. Par exemple en mai 2003, une Maternité au chat (55,3 x 33 cm) de 1959 était vendue 220 800 $ frais compris (193.243 euros) chez Sotheby’s New York. Le résultat parisien de cette semaine s’inscrit dans la moyenne relevée pour une oeuvre de cette taille. Un joli présent à faire puisqu’elle porte au dos la mention " Foujita, Noël 1950, Paris ".
Dimanche 20 mars 2005
Paris, Calmels-Cohen.
Succès pour les dessins
Ce sont 366.230 euros frais compris qui étaient ici générés, représentant 77 % du produit total. La meilleure enchère revenait à 72.000 euros au double de l’estimation à Jan Lievens, auteur d’un Paysage avec pâtres et troupeaux d’ovins et bovins paissant sous les arbres. Ce dessin à la plume de roseau et à l’encre brune a appartenu à la collection Marquet de Vasselot, dont il porte le cachet. Ami de jeunesse de Rembrandt, mais aussi influencé par Rubens, la présence de troncs d’arbres tortueux aux contre-jours étranges est l’une des signatures de l’artiste. Le plus haut prix relevé en France pour cet artiste (source Artnet) est de 480 000 F (83.640 euros en valeur réactualisée) obtenus en octobre 1994 chez Tajan par un Paysage boisé avec un chemin (22,5 x 38 cm). Le dessin au crayon noir et à l’estompe d’Eugène Delacroix, Cavalier désarçonné et Cheval (21 x 26 cm), respectait à 20.000 euros son estimation basse. Un dessin aux trois crayons de Charles de La Fosse (1636-1716), Étude de femme agenouillée, reprise du buste (39 x 20,2 cm), triplait à 18.500 euros son estimation. S’en allant à 15.000 euros, un dessin recto verso à la plume et à l’encre brunes ainsi qu’au lavis de sanguine de Claude Gillot (1673-1722), Huit Personnages de la commedia dell’arte (14,9 x 18,7 cm), était également vivement désiré. Il porte les cachets des collections Richardson junior et Paulme. Une Vue du port de Marseille (26 x 71 cm) de Jacques Rigaud (1681-1754), un dessin à la plume et à l’encre noires, atteignait quant à elle 18.500 euros. À 7.500 euros, estimation toujours dépassée pour Le Repas chez Simmon, projet de décor (37,8 x 48,8 cm), un dessin au crayon noir, à l’estompe et à la craie blanche sur papier beige de Francesco Monti (1685-1768).
Vendredi 18 mars 2005, Paris, Piasa, M. de Bayser
Manet, le va-t-en-guerre
Les camaïeux de cette esquisse du grand Manet doublaient à 400.000 euros leur estimation. Si la plupart des peintres qualifiés d’impressionnistes en 1874 allèrent se réfugier à Londres durant la Guerre franco-prussienne et la Commune qui s’ensuivit, Manet, lui, resta à Paris. Comme il était habitué à lutter contre les tenants de l’académisme et les attaques virulentes des critiques, ce soubresaut de l’histoire ne pouvait lui faire peur ! Alors qu’il servait sous le grade de lieutenant dans la garde nationale en décembre 1870, il donna cette esquisse à l’un de ses compagnons d’armes, monsieur Lambert. Le pendant de cette oeuvre, le Petit Montrouge a été offert "à mon ami H. Charlet" le 28 décembre 1870. Celle-ci est maintenant conservée au musée national de Cardiff. Manet peignait alors entre ses heures de service. Les couleurs éteintes de notre esquisse s’expliquent en raison de la rudesse de l’hiver qui sévissait alors. Le ciel semble aussi bien encrassé par la fumée des locomotives toutes proches que par celles qui s’échappent des maisons d’habitation. Le résultat obtenu à Drouot s’inscrit parmi les 40 plus importants relevés sur la basse Artnet. Il voisine avec les 385 000 $ frais compris (381.209 euros en valeur réactualisée) obtenus en mai 1992 par une Jeune Fille au chapeau marron (55,3 x 34,9 cm), un pastel sur toile de 1882 (Christie’s New York), ou les 352 000 $ frais compris (457.776 euros en valeur réactualisée) d’une esquisse sur toile de 1882 elle aussi, une Jeune Femme dans la verdure (130,8 x 100,3 cm), vendue chez Christie’s New York en mai 1987.
Mercredi 16 mars 2005
Paris, Renaud-Giquello & Associés. MM. Schoeller.
Manzana-Pissarro en grâce
Les 125 lots, dépendant de la succession de Marie-Louise Pissarro adjugés au début de cette vente, totalisaient 519.100 euros frais compris. Les honneurs revenaient à Georges Manzana-Pissaro, le fils de Camille Pissarro enregistrant pour ses oeuvres une série d’enchères prononcées très au-dessus des estimations. Les pièces vendues dessinent le portrait d’un artiste s’attachant à une définition totale des arts, de la peinture au mobilier, en passant par la verrerie. Suivant d’abord les traces de Gauguin, il sculpta un buffet qui se voyait disputé à hauteur de 45.000 euros sur une estimation haute 10 fois moindre. Le meuble comportant 2 portes et 2 tiroirs en ceinture est orné sur ses panneaux de femmes nues et d’oiseaux, la structure du buffet se parant de motifs de feuillage stylisé auxquels se mêlent des animaux. Cette veine exotique se retrouve dans d’autres oeuvres, à commencer par l’Enfant aux dindons, crédité de 42.000 euros. Le plus haut prix relevé pour l’artiste sur la base Artnet est de 29 900 $ (28.354 euros en valeur réactualisée) décrochés en février 1997 chez Sotheby’s New York par une toile dans le style impressionniste, Élégante dans un jardin (54 x 64,8 cm). En avril 1989, à Paris, un Conte d’Orient (89 x 116 cm) plus proche de l’Enfant aux dindons, une toile sur fond or, obtenait 140 000 F (27.650 euros en valeur réactualisée).
Mercredi 9 mars 2005
Paris, Claude Aguttes. M. Coissard.
Hommage à la terre occitane
Estimation basse doublée pour cette sobre composition au brou de noix peinte par Pierre Soulages au début des années 50. C’est à cette époque que l’artiste, né en 1919 à Rodez, reprend les bois noirs et bruns de son enfance, travaillés dans une peinture informelle. Un jour, une amie de sa soeur demande au jeune Soulages ce qu’il est en train de dessiner à l’encre sur une feuille blanche. Alors âgé de 8 ans, il répond : " un paysage de neige. Surprise ! un paysage de neige à l’encre noire ! " et le garçonnet de persister : " ce que je voulais faire avec mon encre, c’était rendre le blanc du papier encore plus blanc, plus lumineux, comme la neige ". Pierre Soulages représente ces beaux bruns, ses noirs éclatants sans code de lecture, juste pour être vus. Sur ce thème, le musée d’Orsay a proposé jusqu’au 23 janvier 2005 une exposition remarquable, Correspondances. Pierre Soulages/Gustave Legray, qui souligne les lignes de force entre la manière de voir des deux artistes. Nous retrouvons dans cette belle composition la quête de la lumière au moyen de couleurs foncées monochromes. Ces tonalités brun sombre réfléchissent la lumière, la modulent, la creusent en d’insondables profondeurs. Elles font aussi jaillir des rythmes et des tensions, évoquant les textures géologiques de la terre occitane. Depuis janvier 2004, Pierre Soulages a le projet de faire un don conséquent à Rodez, sa ville natale. Cet Espace Soulages, rassemblera aussi bien les gravures que les études pour les vitraux de l’abbaye de Conques en Aveyron, ainsi que les tableaux les plus significatifs de l’artiste et une belle série d’oeuvres sur papier.
Rodez, 6 mars 2005, Hôtel des ventes du Rouergue
Pascal Falabrègues, Cabinet Maréchaux.
Constructions Vieira da Silva
Un amateur a multiplié par cinq les estimations (5. 000 à 6.000 euros) pour enlever cette délicate aquarelle, signée de Maria Elena Vieira da Silva, une des fondatrices de l’école de Paris. D’origine portugaise, elle vient à Paris pour étudier en 1928-1929, à l’académie de la Grande Chaumière. Elle ne quittera plus la France, hormis un voyage au Brésil, où elle séjourne, de 1940 à 1947 en compagnie de son mari, le peintre Arpad Szenes. D’abord figurative, sa manière évolue au milieu des années 1930 vers le style qui l’a rendra mondialement célèbre, un style en forme de patchwork réduisant la réalité en perspectives et en carreaux. Peu de temps après, elle accueille d’ailleurs dans son atelier un jeune peintre, dont les premières oeuvres traduiront cette influence : Nicolas de Staël. Au cours des années 1950, Maria Elena Vieira da Silva, proche de l’abstraction lyrique, est reconnue avec Hartung et Poliakoff comme une artiste de premier plan. En créant un espace, Vieira da Silva donne à voir autre chose que la seule peinture : « Oui, mes toiles peuvent ressembler à de l’architecture. Je me suis toujours sentie un peu faible et la peinture est une manière de me construire moi-même, en produisant mon tableau », avoue-t-elle. Maria Vieira da Silva fait effectivement naître sous son pinceau un monde magique, bâti à partir de lignes et de petites unités colorées, qui s’enchevêtrent en édifiant des espaces labyrinthiques. Cette démarche artistique s’accentue à partir des années 1970, comme l’illustre cette aquarelle gouachée peinte au moment où le musée d’Art moderne de la ville de Paris consacrait à l’artiste une importante rétrospective. Présentant un subtil décor de damiers, fait de petites géométries, elle joue avec bonheur de l’harmonie entre les blancs grisés et les gris laiteux.
Marseille, 26 février 2005
Marseille Enchères Provence. Me de Dianous.
Bonnard par l’affiche
Estimée au plus haut 7.000 euros, cette affiche de Pierre Bonnard pour La Revue blanche, une des plus connues, atteignait 12.600 euros. Selon l’expert de la vente, Françoise Lepeuve, il s’agit d’un record mondial pour cette affiche. Le 30 avril dernier, à New York, Sotheby’s en vendait un exemplaire 5 040 $ frais compris (4.207 euros). Cette affiche lithographiée a été imprimée à Paris en 1894 par Edward Ancourt. Bonnard traduit ici l’esprit de la Belle Époque avec cette élégante tenant un prospectus pour la Revue blanche devant un étalage ou un mur d’affiches uniquement occupé par le titre de la revue. Un gavroche à l’air goguenard se faufile, dynamisant ainsi la composition. Avec l’homme en haut-de-forme se tenant de dos, les trois personnages sont confondus dans un grand aplat noir qui forme leurs vêtements. "Le nabi japonard", comme l’appelait ses amis, tire ici les leçons de ses études des estampes japonaises : composition en deux dimensions et simplification des éléments pour n’en retenir que l’essentiel. Rappelons que la Revue blanche a été fondée en 1889 par les trois frères Natanson et que les nabis illustreront nombre de textes de Marcel Proust, de Paul Claudel, de Jules Renard et de tant d’autres qui y seront publiés. Misia Godebska (1872-1950), la femme de Thadee Natanson, aurait pu servir de modèle à Bonnard pour notre affiche. Elle a à la fois été la muse et la protectrice du groupe d’artistes de la Revue blanche. Elle est ensuite devenue la femme du peintre catalan José Maria Sert.
Vendredi 25 février 2005
Paris, David Kahn et Associés Mme Lepeuve.
Collection Snegaroff : 1,3 millions d'euros
Au cours des deux jours de vente d’art moderne et contemporain organisés à l’hôtel Dassault, qui totalisaient 3,16 millions d'euros, l’ancienne collection de l’imprimeur Dimitri Snegaroff remportait tous les suffrages. Les 60 lots vendus recueillaient
1.322.164 euros frais compris, représentant 194 % des estimations basses. Seuls 6 invendus sont à déplorer. Le commerce international bataillait ferme pour le compte de collectionneurs russes en s’opposant à des collectionneurs et des marchands français. Le résultat le plus soutenu, 110.000 euros, était engagé par un collectionneur d’origine russe sur la Rue de village de Boris Grigoriev. Cette huile sur toile a sans doute été exécutée vers 1911, au moment de l’arrivée de cet artiste moscovite à Paris. Le record pour cet artiste, 588 000 £ frais compris (845.678 euros) a été enregistré le 1er décembre dernier à Londres chez Sotheby’s par une huile sur toile de 1919, Femme en haut-de-forme (71 x 65,5 cm). Si Victor Brauner, d’origine roumaine, n’est pas russe, cela n’empêchait pas son huile sur toile de 1950, Noémie (46 x 38 cm), d’atteindre 88.000 euros sur une estimation haute de 60 000, achat d’un collectionneur français. Yves Tanguy déclenchait quant à lui 75.000 euros avec, sur une estimation haute de 50 000, une gouache surréaliste (7 x 20 cm) de 1933 dédicacée à Snegaroff. Rappelons que ce dernier a été l’imprimeur de nombreux livres et revues surréalistes.
Mardi 22, mercredi 23 février 2005.
Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain - Le Fur.
Maqbool Fida Husain
Les enchérisseurs se sont âprement disputés cette huile sur toile de Maqbool Fida Husain, qui, d’une estimation haute de 15.000 euros, passait à 72.000 euros sous les applaudissements du public. Cet artiste, avec Ram Kumar, Naravan Shridar et Akbar Padamsee avait vu sa cote confirmée à l’occasion d’une vente organisée à Hong-Kong le 25 avril 2004 par Christie’s. Elle poursuit son inexorable ascension de Paris à New York. En septembre dernier, c’est là qu’a été enregistré le plus haut prix recueilli par la base Artnet pour cet artiste : 153 100 $ frais compris (124.918 euros) obtenus par un acrylique sur toile de 1981, The Arrival of Fifth (138,4 x 238,8 cm). Il montre 5 chevaux et un homme. Les sessions new-yorkaises de septembre, traditionnellement consacrées à l’art indien, voient régulièrement le nom de Maqbool récompensé. En 2003, Bulls (99,1 x 99,1 cm), une huile sur toile de 1961 engrangeait 107 500 $ (96.224 euros) frais compris et Mother Theresa (171 x 345 cm), un triptyque, 95 600 $ frais compris (85.532 euros). Adjugée à Drouot, l’huile sur toile montrant des soeurs prend ainsi la troisième place du palmarès en euros de l’artiste et la seconde en dollars (11 530 $). Rappelons que Maqbool s’illustre avec le même succès dans le domaine des arts plastique que dans celui du cinéma. En 1967, il a ainsi remporté l’Ours d’or à Berlin. Il est sans doute l’artiste indien le plus célèbre. La femme tient une place importante dans son œuvre, que ce soit les déesses du panthéon indien, soeur Theresa ou Indira Gandhi. Dans les années 1990, ses déesses nues ont failli servir de prétexte à une véritable guerre civile entre musulmans et hindouistes. Les gentilles sœurs vendues à Paris inspirent plus à la paix...
Vendredi 11 février 2005
Paris, Catherine Charbonneaux.
Dali illustrant Lautréamont
Il fallait tout simplement multiplier par 5 l’estimation pour espérer emporter, à 75.000 euros, Les Chants de Maldoror de Lautréamont, illustrés par Dali. Sur les 210 exemplaires sur arches initialement prévus, seulement la moitié ont été composés. Portant le numéro 14, celui qui était vendu est l’un des 40 exemplaires accompagnés de la suite des 44 planches avec les remarques à la pointe-sèche en plus des 44 héliogravures. Il réalise un score des plus soutenus, l’exemplaire de la bibliothèque Rosabianca et Albert Skira, éditeur de l’ouvrage, ayant obtenu en mai 1999 chez Christie’s Genève 113 500 FS frais compris (76.220 euros en valeur réactualisée), le plus haut prix enregistré sur la base de données Artnet. En novembre 1996, celui de la bibliothèque Henri Paricot, numéroté 36/40, partait à Paris à 310 000 F au marteau (52.075 euros en valeur réactualisée, étude Poulain & Le Fur). La même année, au mois de mars, l’exemplaire de la bibliothèque du libraire parisien Alexandre Loewy, numéroté 21/40, avait suscité 290 000 F au marteau (48.715 euros en valeur réactualisée, étude Loudmer). C’est à l’initiative de Picasso que l’illustration des Chants de Maldoror est confiée à Dali. Il s’agit de la première commande de ce type faite à l’artiste, qui va créer un véritable univers dans lequel il puisera tout au long de sa vie. C’est ainsi la première fois qu’apparaît la citation de l’Angélus de Millet, véritable leitmotiv dalinien.
Mercredi 9 février 2005, Paris
Calmels-Cohen, Mme Milsztein.
Un Caputo record
Les enchérisseurs italiens présents au téléphone poussaient jusqu’à 45.000 euros cette toile d’Ulysse Caputo, figurant la loge élégamment occupée d’un théâtre. Elle est située à Paris. Il s’agit du plus haut prix relevé (source Artnet) pour cet artiste. Le précédent record s’était inscrit à 17 625 £ frais compris (28.983 euros) à Londres chez Christie’s en avril 2000 sur At the Dressing Table (100,3 x 73,7 cm). L’Italie, l’Angleterre et la principauté monégasque constituent le terrain de chasse privilégié des amateurs de Caputo. En France, il faut remonter à novembre 1988 pour trouver 70 000 F (14.325 euros en valeur réactualisée) inscrits sur un Portrait de madame Caputo (116 x 89 cm, Drouot, études Rieunier- Bailly Pommery et Renaud), revendu l’année suivante avec un peu moins de succès par Arcole, chose étonnante en ces années de folles spéculations : 66 000 F (13.035 euros en valeur réactualisée). Maria Caputo est la fille de l’éditeur italien et collectionneur Angelo Sommaruga. Né à Naples, Ulysse Capito arrive en France en 1900. Ce représentant de l’école impressionniste italienne a auparavant étudié dans sa ville natale sous les ordres de Domenico Morelli, puis a travaillé dans l’atelier du peintre d’histoire et portraitiste Gaetano Esposito. Dès 1901, il expose au Salon des artistes français. Il est médaillé d’or en 1909. Il travaille ensuite entre la France, Naples et Rome. Il meurt à Paris en 1948. L’un de ses fils, Gildo, est devenu l’une des figures importantes de la scène artistique parisienne en dirigeant avec Myriam Prévot, après la Seconde Guerre mondiale, la Galerie de France. Jacques Villon, Bazaine, Estève, Manessier, Zoran Music et Hartung entre autres y étaient défendus, bien loin des élégantes d’Ulysse Caputo !
Mercredi 9 février 2005, Paris
Millon & Associés. Mme Ritzenthaler, M. Millet.
Un Devéria pour le musée de Pau
Eugène Devéria est aujourd’hui beaucoup moins connu que son frère aîné l’illustrateur, Achille Devéria (1800-1857). Élève du peintre Girodet, il remporte pourtant un succès éclatant avec une Naissance d’Henri IV, présentée au Salon de 1827, un tableau qui marque le triomphe de l’art romantique en peinture. Voisinant avec le fameux Sardanapale de Delacroix, ce touchant tableau d’histoire de France aux beaux coloris brillants évoque l’art épique d’un Rubens. Il vaut à Eugène Devéria une gloire immédiate. Outre des scènes de genre, souvent reproduites à l’eau-forte et en lithographie par son frère Achille, Eugène Devéria participe également au renouveau de la peinture religieuse en France. À partir de 1838, il réalise de nombreux tableaux religieux et peint pour la chapelle de la Vierge, à la cathédrale Notre-Dame-des-Doms à Avignon. Ce décor a été étudié par Rodolphe Rapetti dans le Bulletin de la Société d’Histoire de l’Art français, (1984). Par ses couleurs et par sa composition spatiale, il s’oppose aux décorations religieuses réalisées par les élèves d’Ingres. Ces cinq esquisses, qui décrivent des scènes du Nouveau Testament, sont des études pour des décorations destinées à l’église de Saint-Léonard de Fougères. Quoi qu’Eugène Devéria ne soit pas originaire de Pau, le peintre y fait cependant de fréquents séjours. Le musée des Beaux-Arts de la ville a déjà acheté en juin 2003, chez Sotheby’s, une toile signée d’Eugène Devéria, Marguerite d’Anjou, reine d’Angleterre, protégeant son fils Édouard, pendant la guerre civile. Le musée de Pau pose cette fois son dévolu sur ces esquisses, conservées jusqu’à présent par une famille tourangelle. Elles seront présentées lors de l’exposition, Eugène Devéria : peintre d’histoire, organisée à Pau, de la fin novembre 2005 à février 2006.
Vendôme, 6 février 2005
Vente aux Enchères Vendôme Cheverny Paris.
Faisons bonne chère !
Les possibilités décoratives et expressives de la peinture animalière s’épanouissent au cours de la seconde moitié du XVIIe et durant la première moitié du siècle suivant. À la manufacture de tapisseries des Gobelins, des artistes flamands comme Boel et Bernaerts acclimatent l’art d’un Franz Snyders ou d’un Jan Fyt. Poursuivant la tradition nordique, ils représentent dans leurs oeuvres textiles des trophées de chasse. Parallèlement, le développement de l’histoire naturelle et un goût nouveau pour l’exotisme enrichissent le répertoire des artistes. Ces derniers multiplient les études d’après nature, d’une grande vivacité. Bernaerts, puis Desportes sont des peintres officiels des chasses royales suivis, au XVIIIe, par Jean-Baptiste Oudry (1686-1755). Instruit dans cette tradition flamande du beau métier réaliste, cet élève de Largillière devient le spécialiste des sujets de chasse. Oudry est aussi l’auteur de somptueuses natures mortes de fruits, de fleurs, de gibiers et d’argenterie. Il travaille par exemple pour les résidences royales et invente de pittoresques dessus de porte, des panneaux décoratifs reproduisant les Fables de La Fontaine pour le cabinet du Dauphin au château de Versailles. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer cet imposant buffet de victuailles, dressé à la flamande. Un éclairage théâtral fait ressortir la profusion jaillissante des formes. Les fruits et les animaux sont juxtaposés dans un désordre ornemental et dynamique. Le gibier à plume, aux vifs coloris, est mis en valeur par le marbre poli de la fontaine, tandis que les fruits font éclater leurs chaudes couleurs. Cette composition, destinée à une pièce de réception, pratique encore avec brio tout l’art du trompe-l’œil... sans doute pour mieux appâter les sens des invités !
Rouen, 6 février 2005
Denesle et Frémaux Le Jeune Art Enchères, Cabinet Turquin, Mauduit et Étienne.
André marchand, le retour en grâce
Pas moins de 19 numéros des oeuvres d’André Marchand sur les 21 inscrits dans le catalogue de cette vente trouvaient preneurs pour un total de 96. 261 euros frais compris. La palme revenait à 13.000 euros, une estimation triplée, à une huile sur toile de 1935, La Paysanne et son fils (reproduite). Pour le Portrait de madame Seligman (114 x 146 cm), une huile sur toile, il fallait également à 10.000 euros tripler l’estimation. D’une facture plus analytique, Vies silencieuses aux cerises (81 x 100 cm), une nature morte exécutée à l’huile sur toile, atteignait 7. 500 euros. Pour les oeuvres abstraites, 5.000 euros revenaient à une huile sur toile de 1956, Lumière de l’étang (97 x 130 cm). La Paysanne et son fils permet à André Marchand de retrouver la cote qui était la sienne à la fin des années 1980. Le plus haut prix relevé a été atteint en avril 1989 à Drouot-Montaigne par une Jeune Fille au tapis bleu (100 x 81 cm), adjugée 180.000 F (35.550 euros en valeur réactualisée, étude Ader-Picard Tajan). En juin 1990, une oeuvre sur carton, Les Trois Pommes (45 x 55 cm), atteignait 131.000 F (25.030 euros en valeur réactualisée, Drouot, étude Couturier & Nicolaÿ). Un peu plus d’un an plus tard, en novembre 1991, la cote de cette oeuvre tombait à 23.000 F (4.260 euros en valeur réactualisée, Drouot-Montaigne, étude Binoche & Godeau). La crise était passée par là.
Lundi 31 janvier 2005
Tajan, Mme Sevestre-Barbé. M. de Louvencourt.
Pour la duchesse de Berry
Appelé par ses contemporains le Raphaël des roses, Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) débute dans l’atelier de son père Charles, avant de gagner celui du peintre Gérard Van Spaendock, notamment chargé du Recueil des vélins du Muséum d’histoire naturelle. Là, il décide de ne plus peindre les fleurs à la gouache, mais de se servir de la technique de l’aquarelle. Ses oeuvres florales y gagnent en fraîcheur et en transparence. Très admirées, elles assurent rapidement à Pierre-Joseph Redouté un succès immédiat. Ses aquarelles originales sont d’ailleurs reproduites à l’aquatinte en couleurs. À la fin de sa vie, Redouté adoptera également la lithographie, un nouveau procédé d’impression. Sous la Restauration, il devient le professeur de la duchesse de Berry à qui cet album est d’ailleurs dédié. Estimé de 3.000 à 4.000 euros, le recueil présente plusieurs modèles de roses, dont la culture est alors en plein essor. Ces roses voisinent avec d’autres fleurs comme des iris, des narcisses, des tulipes et bien sûr des lis, un superbe bouquet emporté au final par le commerce.
Chartres, 6 février 2005
Galerie de Chartres, MM. Portheault et Gilliard.
Signé Rebeyrolle
Achat d’un collectionneur français pour cette nature morte, évaluée de 18.000 à 20.000 euros. Elle est signée Paul Rebeyrolle, un peintre contemporain né en 1926, à Eymoutiers, en Haute- Vienne. À Limoges, le jeune homme s’initie d’abord à l’émail, donc au dessin et à la couleur, puis, après la Seconde Guerre mondiale, monte à Paris pour s’installer dans un atelier à la Ruche de Montparnasse. Là, il apprend beaucoup des artistes modernes et contemporains : Van Gogh, Picasso et les cubistes. Il fréquente également le musée du Louvre. Là, Paul Rebeyrolle tombe sous le charme des couleurs des artistes vénitiens. Il découvre avec un égal bonheur les natures mortes peintes par les Flamands et les Hollandais. Paul Rebeyrolle définit d’ailleurs cette première période comme muséale. En 1949, il adhère au manifeste de l’Homme-Témoin, que lance le peintre Bernard Lorjou. Pour gagner sa vie, le jeune artiste décore aussi les abattoirs de La Villette. Paul Rebeyrolle, profondément marqué par l’exposition de Soutine en 1945, devient de fait le chef de file de la jeune peinture figurative. Il obtiendra d’ailleurs, en 1950, le prix de la Jeune Peinture chez Drouand-David. Jouant sur la forme et la couleur, Paul Rebeyrolle s’intéresse aux animaux qu’il pare d’une vêture allégorique : crapauds, grenouilles, chouettes sont l’expression illusoire d’une métaphore humaine. C’est surtout la fameuse série des Truites, peintes en 1955, la même année que notre nature morte à la belle pâte onctueuse et large. Dans des harmonies allant des gris chauds aux noirs profonds, Paul Rebeyrolle mêle sans vergogne table, pendule et moulin à café. À l’exemple de cette toile, l’art de Rebeyrolle appartient aux oeuvres qui ont retravaillé les notions de réalisme, d’abstraction en combinant la peinture, aux choses de la vie...
Rouen, 30 janvier 2005
Wemaëre-de Beaupuis Enchères. M. Willer.
Les funérailles d’un prince
Estimé de 8.000 à 10.000 euros, cet important ouvrage, provenant de la bibliothèque de M. Aerts, a été fort disputé par plusieurs collectionneurs : il s’agit de l’un des monuments de la bibliophilie lorraine, d’ailleurs considéré par beaucoup d’historiens comme le plus beau livre lorrain. Aux premiers lustres du XVIIe siècle, Nancy est un véritable foyer d’art ; la ville attire de nombreux artistes flamands, français et italiens. Les cérémonies et les fêtes y sont alors très fréquentes. Elles témoignent d’une vie de cour brillante que les malheurs de la guerre de Trente Ans vont compromettre : carrousels, combats, entrées de souverains et bien sûr pompes funèbres s’y succèdent et rivalisent d’apprêts artistiques grandioses. La plus célèbre est la pompe funèbre organisée lors du décès du duc Charles III de Lorraine (1545-1608). Elle fut ensuite dessinée par le peintre Claude de la Ruelle et gravée par l’artiste strasbourgeois Frédéric Brentel.Ces gravures rendent compte de l’impressionnant cortège, des religieux, des métiers y prenant part et aussi des diverses décorations éphémères, mises en place en plusieurs lieux de la ville. Par leur solennité imposante, toutes ces manifestations illustrent que la pompe funèbre d’un duc de Lorraine était, aux temps modernes, l’une des plus grandioses cérémonies d’Europe : le prince entendait faire étalage avec éclat du rang occupé par la maison de Lorraine face à deux grandes puissances rivales, la France et le Saint Empire romain germanique. Selon certains historiens d’art, le célèbre graveur Jacques Callot se serait d’ailleurs initié à l’art de l’eau-forte, au moment de la publication de cet ouvrage, sous la houlette de Frédéric Brentel.
29 et 30 janvier 2005
Nancy, Éric Hertz, M. Vedrenne.
Lacroix a une pêche d’enfer !
Au dire des experts, ce tableau enregistre un prix record. Il a été acquis par un particulier français, qui n’a pas hésité pour l’emporter à multiplier par quatre les estimations. Au cours de la seconde moitié du XVIIIe, les paysagistes français sont profondément marqués par le voyage en Italie et le séjour romain : Joseph Vernet, qui passera près de vingt ans en Italie, peint pour une clientèle internationale. Ses sujets ? Des vues de Rome ou de Naples, mais, surtout, de nombreuses marines qui deviennent sa spécialité. C’est dans ce contexte italien qu’il faut replacer les débuts de Charles Grenier de la Croix, dit Lacroix de Marseille, actif vers 1754-1782 et qui fut à ses débuts d’ailleurs, l’élève de Joseph Vernet. Nous le retrouvons à Rome, en 1754. Il travaille alors sous le nom de Della Croce. Tout au long de sa carrière, Lacroix de Marseille va rester fidèle à l’observation des vues pittoresques italiennes ; dans maintes compositions de fantaisie, il réemploie par exemple la masse imposante du château Saint-Ange. Aux leçons héritées de Joseph Vernet, il faut également ajouter l’influence des paysagistes italiens comme Francesco Zucarrelli ou Marco Ricci. Ceux-ci attachent alors une grande importance aux figures. Les personnages, la description très attirante de la vie côtière, la lumière, les reflets dans l’eau sont les composantes indissociables d’une atmosphère irréelle et charmante. Nous décelons encore dans cette toile l’un des artifices de Lacroix de Marseille : au premier plan, le peintre dispose généralement un grand arbre au tronc ténu et tortueux. Ainsi, il introduit dans la composition un élément de déséquilibre, aussi fantaisiste que pittoresque. Quant aux jeux de lumière et d’eau, ils transcrivent déjà des effets préromantiques.
23 janvier 2005
Évreux, Alliance Enchères, François Thion, Cabinet Turquin, Mauduit, Étienne, Duchemin.
Le triptyque, un leitmotiv chez Bacon
Estimées de 15.000 à 20.000 euros, ces trois lithographies, présentées sous la forme d’un triptyque, sont l’oeuvre de Francis Bacon, reconnu par les historiens d’art comme l’un des peintres majeurs du XXe siècle. Les notions de trois et de triptyque pour crier la non-communication des êtres et des choses sont des leitmotive dans l’oeuvre créatrice de Francis Bacon, à qui le musée Maillol, à Paris, a rendu hommage, durant l’été 2004, lors d’une exposition intitulée, Francis Bacon, le sacré et le profane. Dans certains de ses tableaux, Bacon divise par exemple le fond en trois parties. Rappelons qu’un triptyque est défini comme un ouvrage de peinture, composé d’un panneau central et de deux volets mobiles, susceptibles de se rabattre sur le panneau en le recouvrant complètement. Ce procédé artistique a été souvent employé par les artistes du Moyen Âge et de la Renaissance et notamment par les Primitifs flamands. Après avoir travaillé comme architecte d’intérieur et comme designer de mobilier, Francis Bacon se consacre entièrement à la peinture, à partir des années 1944-1945. Autodidacte, pétri de références en philosophie et en histoire de l’art, il achève alors Trois études de figure au pied d’une Crucifixion, commencées quelques années plus tôt. Ce premier triptyque marque aux yeux de Bacon le véritable début de sa création artistique. Exposé en avril 1945 à la Lefebvre Gallery de Londres, ce tableau est acquis par Éric Hall qui en fait don, en 1953, à la Tate Gallery. Symbole de la mort et de la souffrance, ce triptyque, dont chaque panneau mesure 145x128 cm, représente encore l’idée que le corps humain n’est que viande. En 1988, Francis Bacon refait ce triptyque, précisément titrée Second Version of Tryptich 1944. Cette nouvelle interprétation apporte une vision plus adoucie de la Crucifixion. En voici une autre version, cette fois-ci exécutée selon la technique lithographique.
Dimanche 16 janvier 2005
Ban-Saint-Martin, Hôtel des ventes de Metz, Cabinet Lazzarini.
Portrait de George Sand
Évalué autour de 4.000 euros, ce tableau représente George Sand, dont 2004 vient de célébrer le bicentenaire de la naissance. Il est signé Charles Edouard de Beaumont qui doit son renom à son talent d’aquarelliste ; en 1879, il est d’ailleurs nommé président de la Société des aquarellistes. S’inspirant de documents d’époque, Charles Edouard de Beaumont portraiture George Sand s’adonnant à des travaux féminins de décoration : adolescente, elle apprend l’art de décorer les ouvrages en bois peints et vernis, surnommés bois de Spa ou encore jolités, au couvent des augustines anglaises à Paris. Le portrait est daté 1832, l’année même où Aurore Dupin fait paraître son premier roman Indiana sous le pseudonyme de George Sand. Il lui vaut un succès immédiat ainsi qu’une collaboration régulière à La Revue des Deux Mondes. Sur le tableau, George Sand arbore un charmant bracelet gourmette offert par le pianiste Frédéric Chopin, l’un de ses plus célèbres amants et dont le bijou original est conservé à Valldemossa. Cette œuvre a suscité une bataille d’enchères entre plusieurs musées, dont ceux de Varsovie et de Valldemossa-Majorque, pour être finalement enlevé par un particulier français. Ce beau portrait romantique s’avère aujourd’hui un superbe témoignage du violon d’Ingres de l’écrivain !
16 janvier 2005
Vendôme, Ventes aux enchères Vendôme Cheverny Paris.
Au bon hôtel du Cheval Blanc
Les estimations ont été dépassées pour ce tableau, signé par Henri de Saint-Delis, le frère cadet du peintre René de Saint-Delis. Les œuvres d’Henri sont d’ailleurs plus cotées que celles de ce denier, car une grande partie de ses tableaux ont été détruits dans l’incendie de son atelier au Havre, pendant la Seconde Guerre mondiale.Ami d’enfance d’Othon Friesz, Henri de Saint-Delis reçoit au Havre les leçons de Lhuilier. Là, il a pour condisciples Georges Braque et Raoul Dufy. Monté à Paris, il fréquente l’atelier du peintre Jean-Paul Laurens. Les œuvres de cette première période sont très influencées par les postimpressionnistes pointillistes. Vers 1905, Henri de Saint-Delis doit toutefois quitter la Normandie pour des raisons de santé. Il est contraint de séjourner à Leysin, en Suisse, durant quatorze ans. Le peintre transcrit des vues de montagnes, des chemins enneigés et des barques sur des lacs. Lors de cette deuxième période, les compositions du peintre gagnent en épaisseur : la matière est plus solide, le dessin s’avère plus cerné et les éléments représentés apparaissent plus architecturés. Les tableaux de cette époque sont encore caractérisés par des arabesques bien charpentées. En 1920, Henri de Saint-Delis regagne la France et s’installe à Honfleur. Dorénavant, le peintre ne cessera de représenter des vues de la Côte de Grâce, aussi bien des marines que des paysages de la campagne normande. Ici, il met en scène l’un des lieux les plus renommés d’Honfleur, l’hôtel du Cheval Blanc. Datant du XVe siècle, cet hôtel offre aujourd’hui encore une vue imprenable aux touristes : face au port, il est situé à l’entrée du vieux bassin, qui accueille d’anciens gréements et de nombreux bateaux de plaisance.
1er janvier 2005
Honfleur, Honfleur Enchères
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp