La Gazette Drouot
Best of des enchères - Bibliophilie
Best of des enchères Bibliophilie 2009
 
Belle marquise...
taient ici dispersées la bibliothèque du critique littéraire Gabriel Bounoure et d'autres provenances. Pour ses dernières, un résultat doit plus particulièrement être souligné. Une édition originale avec envoi autographe de l'auteur, Le Lys dans la vallée de Balzac, était la proie d'une belle joute d'enchères, qui la conduisait à 220 000 euros. Concentrons-nous ensuite sur la bibliothèque Bounoure. Notre critique étant spécialiste de la poésie, pas étonnant d'y trouver René Char, tout d'abord représenté à 17 000 euros, une estimation dépassée, par l'un des 21 exemplaires sur madagascar de l'édition originale de d'Arsenal ([L'Isle-sur-Sorgue], Méridiens, 1929), dédicacé par l'auteur au critique. Naturellement suivaient, à 14 000 euros, 21 lettres du poète à Gabriel Bounoure s'étendant de 1947 à 1966, accompagnées de 14 brouillons de lettres du critique à Char et de deux manuscrits et tapuscrits d'articles. Cette correspondance plonge au coeur de l'activité poétique et de l'amitié entre les deux hommes. Ils abordent notamment les thèmes de l'inspiration, de la condition de l'homme et des polémiques. Une autre enchère de 17 000 euros résonnait, prononcée sur l'un des 15 exemplaires sur japon, le seul tirage à compter une eau-forte d'André Masson, de Sueur de sang (éditions des Cahiers libres, 1933), dePierre Jean Jouve. Il porte une dédicace de l'auteur à Bounoure et son estimation n'excédait pas 10 000 euros. La correspondance de Jouve au critique, 30 lettres s'étendant sur près de quarante années, totalisait 12 000 euros. Là aussi sont joints des brouillons de lettres ainsi que le manuscrit de la critique de Ténèbres (1965). La correspondance entre 1952 et 1969 – 98 lettres – d'Edmond Jabès à Bounoure se négociait 14 500 euros. On y trouve aussi bien trace de la demande d'une lettre pour sa naturalisation – l'écrivain est égyptien – que de belles envolées littéraires : «Je ne veux plus revivre le passé, pour moi tout est fini. Je ne garde que la mémoire d'un désert illimité où je puisais ma perte et ma mort (...) Je me sens fils du sable comme on est enfant du terroir, de la pluie ou du vent et même fils du vent, du sable qui est partout. Écrire ne serait-il pas la vaine tentative de retrouver cette parole de poussière aveuglante ?» Pour revenir aux chiffres, citons encore les 13 500 euros d'une correspondance inédite de Jean Paulhan à son critique de poésie, partant de 1928 jusqu'en 1963, soit 74 lettres et 9 cartes postales, représentant 169 pages. En effet, parmi toutes les revues auxquelles Bounoure a participé, c'est la N.R.F. qui a reçu le plus d'articles. En revanche, la correspondance de Max Jacob à Gabriel Bounoure, ayant fait l'objet d'un encadré page 38 de la Gazette n° 43, ne trouvait pas preneur.

Mercredi 16 décembre 2009 - Hôtel Marcel-Dassault
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan, SVV

Un original de Froissart
Un résultat se détachait ici nettement, les 96 000 euros d'un manuscrit des années 1397-1400, la version originale de l'Istoire du voiage de Jehan de Bourgogne en Turquie de Jehan Froissart . Une feuille de parchemin écrite en latin à l'encre brune le vendredi 5 novembre 1277 récoltait, accompagnée de quatre sceaux l'ayant scellée, 10 000 euros. Elle traite de la collecte de la dîme affectée au secours de la Terre Sainte, dans les provinces de Trèves, Mayence et Salzbourg. Ce document est intéressant du point de vue de l'histoire des monnaies et des équivalences entre le marc d'argent de Trèves, les livres de cette même ville, les marcs d'Aix, la livre fortium, les estrelins et les gros tournois. Trois préemptions étaient réalisées. Retenons celle faite à 5 500 euros par les archives départementales de Charente et les archives municipale d'Angoulême sur quatre volumes manuscrits rédigés en 1782, 1784, 1789 et 1802 par Louis Desbrandes, ancien maire d'Angoulême. Inédits, ils concernent bien entendu l'histoire de la cité et de ses environs. La thématique des voyages était dignement représentée, à 31 500 euros, par un recueil de cartes des XVIe-XVIIesiècles, Plans des places-fortes maritimes des Pouilles. La reliure d'époque en vélin contient 14 planches doubles et 8 planches simples de plans maritimes et ceux de 19 forteresses de la région. Ils témoignent de l'effort défensif de cette partie d'Italie, qui a permis au XVIe siècle de mettre en échec l'expansion de l'Empire ottoman. Changeons de domaine avec les 15 000 euros d'un exemplaire relié d'époque en veau marbré de l'Histoire naturelle et raisonnée des différents oiseaux qui habitaient le globe... (Paris, Chez Desnos, 1773-1774) de John Johnston, illustré de 85 estampes finement coloriées à l'époque, représentant près de 900 espèces différentes. La première partie est consacrée aux oiseaux de la ménagerie du roi à Versailles et la seconde partie à l'ouvrage de Johnston. Ce dernier est l'auteur des 62 planches l'illustrant, celles de la première partie étant gravées par Nicolas Robert. À 12 000 euros, partons en compagnie de Noël-Jacques Lefébure-Duruflé en Excursion sur les côtes et dans les ports de Normandie (Paris, Ostervald, [1823-1825]) avec un exemplaire sur grand papier d'Inde illustré de 40 planches à l'aquatinte coloriées à la main...

Mardi 22 décembre 2009 - Drouot-Montaigne
Lafon Castandet - Maison de Ventes, SVV

De la bibliothèque Jean Bloch
Certains passionnés vendent pour pouvoir mieux acheter. Le bibliophile Jean Bloch, acteur incontournable du marché du livre, est de ceux-ci. Il a opéré une sélection serrée de 70 ouvrages, dont 52 trouvaient preneur, pour un total de 1 304 738 € frais compris. Elle a pour particularité d’associer de grands livres illustrés modernes aux figures majeures de la reliure du XXe siècle, notre amateur exigeant ayant pris soin de s’attacher le plus possible aux reliures contemporaines à la parution du livre qu’elles magnifient. La preuve par l’objet avec les 65 000 €, estimation dépassée, recueillis par l’exemplaire reproduit de La Chasse de Kaa de Kipling illustré par Paul Jouve, l’un des 60 exemplaires hors commerce sur japon impérial réservés à l’artiste. Sa reliure intègre une spectaculaire laque de Jean Dunand à la coquille d’œuf, exécutée en 1930 - l’année de parution du livre - et représentant un inquiétant python dessiné par Jouve lui-même. Cette laque est le pendant de celle qui recouvre l’exemplaire du Pélerin d’Angkor, de Pierre Loti, de l’ancienne collection Lignel. Elle a été exécutée dans un format plus modeste par Dunand, toujours en 1930, d’après un dessin de Jouve représentant un éléphant sacré. L’habillage est également de Semet et Plumelle. Si la reliure de l’un des 270 exemplaires sur vélin d’Arches du Jazz (Paris, Tériade, 1947) de Matisse, adjugé 140 000 €, n’est pas contemporaine de l’ouvrage, elle a en revanche été imaginée en 1983 par Renée Haas, qui réserve ses talents pour quelques collectionneurs seulement. Réalisée par Renaud Vernier et Claude Ribal, la reliure en box mosaïqué de couleurs vives dessine la lettre "Z" en intégrant des cercles au décor géométrique et dynamique. Rappelons que les vingt planches au pochoir composant cet ouvrage phare du XXe siècle ont été réalisées d’après les collages et découpages de Matisse. Ambroise Vollard commençait son aventure éditoriale en 1900 avec Parallèlement, de Paul Verlaine, illustré par Pierre Bonnard de 109 lithographies. L’un des 30 exemplaires sur chine empochait ce jour 60 000 €, une estimation dépassée. La reliure en maroquin gris à jeu de cercles concentriques en or et palladium est signée de Pierre Legrain. Pas plus de dix exemplaires reliés par ce dernier sont répertoriés. Le nôtre, qui ne fait pas partie des 10 premiers avec la suite supplémentaire des illustrations, est en outre truffé de la couverture et de la page de titre avec la mention "Imprimerie nationale", du feuillet de privilège, du second état de la page de titre et de la lithographie originale supplémentaire se substituant au feuillet de privilège...
Jeudi 10 décembre 2009, Drouot-Montaigne.
Pierre Bergé & Associés SVV. MM. Meaudre.
Munich 1910
Trois volumes grand in-folio en feuilles sous chemise cartonnée, avec 257 planches. Tirage limité à 430 exemplaires, celui-ci étant le premier des 400 numérotés en chiffres arabes, édition originale. Une bonne documentation peut valoir de l’or. La preuve avec les 58 000 € recueillis par ce catalogue d’une exposition d’art de l’Islam, organisée à Munich en 1910. Son estimation n’excédait pas 15 000 €. Il figurait dans la vente de la bibliothèque d’art islamique de M.D. Zargar. L’ouvrage est d’une extrême rareté, ayant été tiré à seulement 430 exemplaires. Il concerne la plus grande exposition d’objets d’art de l’Islam jamais réunis en Occident. Elle est la deuxième organisée en Europe, après celle de Paris en 1903 au pavillon Marsan, au musée des Arts décoratifs. Sous la férule de Friedrich Sarre, conservateur du Kaiser Museum à Berlin, et avec la collaboration des plus grands spécialistes de l’époque, cette manifestation a rassemblé, outre des objets des principaux musées allemands, des pièces des premiers grands collectionneurs d’art musulman de l’époque. Plus de huit comptes-rendus ont été rédigés par des orientalistes et elle a même attiré des visiteurs arabes, dont Aly Bahgat Bey.
Jeudi 10 décembre 2009, salle 12 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. M. Ghozzi.
Voyage égyptien
10 volumes in-8o de texte, un volume grand in-8o de 161 portraits et 2 atlas in-4o oblong, demi-maroquin rouge à grain long d’époque au chiffre couronné de l’impératrice Marie-Louise. Les impeccables reliures rouges recouvrant cette collection complète des treize volumes de l’Histoire scientifique et militaire de l’expédition française en Égypte... ne sont pas totalement étrangères aux 63 000 € recueillis, sur une estimation qui ne dépassait pas 25 000 €. Le chiffre couronné qui orne les plats est en effet celui de l’impératrice Marie-Louise, la seconde épouse de Napoléon. Pas étonnant non plus de retrouver dans nos ouvrages l’ex-libris de la collection Calvin Bullock. Consacrée à la période de l’Empire, celle-ci était dispersée à Londres le 8 mai 1985. Marie-Louise ne pouvait qu’être intéressée par la relation de l’expédition d’Égypte, menée par son époux quand il n’était encore que Bonaparte. Cette publication vient compléter la Description de l’Égypte parue entre 1809 et 1826, tout en se voulant plus exacte et exhaustive. L’iconographie – 480 planches – est en grande partie due à Vivant Denon, qui a gravé lui-même ses compositions, les 161 portraits tirés sur chine appliqué étant de Dutertre.
Lundi 7 et mardi 8 décembre 2009, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Forgeot.
Pas de spleen pour Baudelaire
Attendue avec impatience par les baudelairiens les plus férus, la dispersion du fonds Aupick-Ancelle tenait ses promesses, et même bien plus, en recueillant 4,05 M€ frais compris. Rappelons que les 176 lots décrits ont été transmis de génération en génération, de Charles Baudelaire lui-même à sa mère, Mme Caroline Dufays, veuve Aupick, ensuite au notaire et ami de celle-ci, Narcisse Ancelle, puis à ses descendants . Six résultats à six chiffres étaient prononcés et quarante-sept à cinq chiffres. Un record mondial était enregistré, à 620 000 €, pour un exemplaire de l’édition originale des Fleurs du mal, celui reproduit, portant la dédicace autographe suivante du poète "à N. Ancelle, témoignage d’amitié". Il possède la particularité de contenir six corrections marginales au crayon de la main de l’auteur, la plus significative portant sur un des vers du "Reniement de saint Pierre" où le "c" de "cieux" a été remplacé par le "D" majuscule des "Dieux" . L’exemplaire du précédent record, 510 000 €, pour Les Fleurs du mal – celui de la bibliothèque Pierre Leroy, vendu à Paris en juin 2007 –, ne comportait que trois corrections. En outre, pour notre exemplaire, le notaire a porté quelques annotations qui expriment son intérêt pour certains vers, les poèmes frappés d’interdiction étant indiqués par la mention "Condamné", avec une erreur pour le poème "Le vampire". Deux livres de Baudelaire offerts par lui à sa mère - des dédicaces autographes en attestent - provoquaient une véritable tempête d’enchères. Estimé au plus haut 25 000 €, un exemplaire de l’édition originale des Paradis artificiels (Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1860), relié en demi-basane olive, était propulsé à 300 000 €. Estimé dix fois moins, l’un des 500 exemplaires de l’édition originale de Théophile Gautier. Notice littéraire précédée d’une lettre de Victor Hugo (Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1859) explosait à 220 000 €. Il possède la même reliure que Les Paradis artificiels. Cet ouvrage reproduit un article, légèrement modifié, publié dans l’Artiste du 13 mars 1859. Pour les autographes du poète, un record mondial était atteint à 180 000 € pour la fameuse "lettre du suicide" de sept pages et demie, datée du 30 juin 1845 et adressée à Narcisse Ancelle. Rappelons que la tentative de suicide du poète maudit fait suite à la décision maternelle et du conseil de famille, doté d’un conseil judiciaire, de tempérer ses dépenses. Narcisse Ancelle, notaire de la famille, avait signalé l’année précédente que le jeune homme avait déjà dilapidé la moitié de la fortune héritée de son père. Baudelaire écrit cependant "mes dettes n’ont jamais été un chagrin", précisant "je me tue parce que je ne puis plus vivre, que la fatigue de m’endormir et de me réveiller me sont insupportables, je me tue parce que je suis inutile aux autres et dangereux à moi-même"...
Mardi 1er décembre 2009, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. Cabinet Vallériaux. MM. Candillier, Lescop de Moÿ.
Bibliothèque Couppel du Lude
Le salon Rohan de l’hôtel du Louvre accueillait la dispersion de la bibliothèque du vicomte Jacques Couppel du Lude. Le succès était au rendez-vous, pas moins de 4 631 819 € frais compris étant récoltés. Rappelons que Jacques Couppel du Lude avait hérité de cet ensemble – qu’il a soigneusement conservé – de Pierre Foullon, son parrain. Cet industriel a constitué sa bibliothèque entre les années 1920 et 1965 auprès des grands libraires de la rive droite ainsi qu’en ventes publiques. Pas moins de 92 % des 260 lots décrits au catalogue trouvaient preneur. Sur les sept enchères qui franchissaient la barre des 100 000 €, six le faisait très au-dessus des estimations. Par ailleurs, 75 résultats à cinq chiffres étaient prononcés. Ouvrons le feu avec les 210 000 € obtenus, sur une estimation haute de 40 000, par l’exemplaire reproduit, joliment relié à l’époque, de La Pucelle d’Orléans de Voltaire. Cette édition de 1774 sur papier de Hollande contient la suite complète des vingt dessins originaux d’Hubert-François Bourguignon Gravelot réalisés pour l’édition originale de 1762, avec le dessin de Clément Pierre Marillier illustrant le chant supplémentaire, le vingt et unième, que contient notre édition. Ces sulfureux poèmes de Voltaire, traitant de manière ironique et érotique l’épopée de Jeanne d’Arc, ont fait scandale à l’époque, d’autant plus qu’entrepris vers 1730 ils ont été piratés et réécrits avec force détails graveleux dans des versions publiées dès 1755. Poursuivons à 160 000 €, estimation haute doublée, avec l’un des 12 exemplaires en grand papier vélin de format in-4o avec l’épître à l’adresse de l’Assemblée nationale des cinq volumes du Nouveau Testament en latin et français traduit par Sacy (Paris, Imprimerie de Didot le jeune, Saugrain, 1793-1798) illustré par Moreau le jeune et contenant la suite complète des 112 dessins de celui-ci, exécutés à la plume et au sépia. Ils sont joints aux trois états des figures : à l’eau-forte (sauf 6), avant la lettre (29 doubles) et avec la lettre (sauf 30). Les reliure en maroquin vert à long grain, au dos richement orné et mosaïqué, sont de Jean-Claude Bozerian qui a signé son ouvrage et daté de l’an III. À 140 000 € – estimation triplée –, ce sont 118 dessins du peintre, poète et graveur vénitien Pietro Antonio Novelli qui enrichissaient les deux volumes de l’un des 200 exemplaires sur vélin La Gerusalemme liberata (Paris, Didot l’aîné, 1784-1786) du Tasse. Ils ont servi à illustrer une édition vénitienne de 1760-1761 de cet ouvrage, 19 d’entre eux étant inédits. Quatre pages manuscrites du Tasse et de son entourage viennent parfaire cet ensemble, relié par Henry Walter à Londres en maroquin bleu nuit à long grain. Quittons le domaine des volumes accompagnés de leurs dessins pour nous intéresser aux livres du XVIe siècle richement reliés. Estimée 40 000 €, la foisonnante parure en veau fauve à décor « à répétition » aux armes du comte Pierre-Ernest de Mansfeld, recouvrant Le Fort inexpugnable de l’honneur du sexe femenin (Paris, Jean d’Allyer, 1555), était propulsée à 150 000 €. Cette provenance est de la plus extrême rareté, le seul autre volume répertorié étant chez Paul Getty junior. Pas plus de 22 reliures aux armes du comte sont aujourd’hui recensées. Elles ont été réalisées dans des ateliers parisiens durant sa captivité à Vincennes en 1555-1556.
Lundi 23 novembre 2009, Hôtel du Louvre, Alde SVV. Mme Bonafous-Murat, MM. de Bayser, Courvoisier.
Roger Parry
Cet exemplaire de l’édition de luxe du recueil de poèmes de Léon-Paul Fargue, Banalité, suscitait 30 000 €. L’édition de 1930 se différencie de l’originale de 1928 par le fait qu’elle est illustrée par Roger Parry. Il a réalisé 16 photographies, certaines reproduisant des dessins d’un de ses amis, Fabien Loris. L’initiative de la rencontre entre un poète symboliste et un jeune graphiste revient à André Malraux, alors directeur artistique chez Gallimard. Parry ne pratique la photographie que depuis un an, mais il travaille avec Maurice Tabard. Ensemble, ils expérimentent des procédés alternatifs, inspirés des travaux de Man Ray, comme la surimpression. Les montages photographiques que Parry réalise pour notre ouvrage sont si réussis qu’ils lancent sa carrière. Il va par ailleurs exceller dans les relations entre mise en image et mise en pages. Après la guerre, il se consacre presque exclusivement à l’édition des écrits et collections sur l’art d’André Malraux. Notre exemplaire de Banalité est l’un des 35 sur japon impérial, accompagné de 16 photogrammes en épreuve aux sels d’argent contrecollés sur papier.
Mercredi 25 novembre 2009, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Bakker.
De Louis XIV à Stendhal
Nouveau succès pour les manuscrits et autographes, les meilleures enchères de cette vente, qui totalisait 930 944 € frais compris, s’inscrivant dans cette spécialité. Deux enchères à six chiffres étaient frappées, et on en comptait quatorze à cinq chiffres. À tout seigneur tout honneur, les écrivains et les poètes étaient plébiscités. Stendhal empochait pas moins de 140 000 €, une estimation dépassée pour une correspondance, quatorze lettres adressées à l’une de ses plus sincères et plus fidèles amies, Sophie Duvaucel. Elles sont rédigées pendant que l’écrivain termine Le Rouge et le Noir et s’attelle à Lucien Leuwen, une oeuvre qui restera inachevée. Pour le premier roman, écrit en moins d’un an et publié en novembre 1830, Stendhal se livre à une brillante analyse psychologique et sociale de Julien Sorel, soulignant combien il est représentatif des arrivistes politiques de son temps. Il évoque également son ancienne amante, Alberte de Rubempré, dont il s’est inspiré pour dépeindre la fière Mathilde de La Mole. À ce propos, trois lettres contiennent de courts récits percutants, notamment l’un concernant de grandes dames écrasant, au bal, les autres invités de leur mépris de caste. 40 000 € étaient nécessaires pour consulter le contrat d’édition, ses avenants et les certificats de dépôt du manuscrit des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, soit cinq pièces dont l’une signée de l’auteur, avec une correspondance de dix lettres à son éditeur, Henri-Louis Delloye. Le contrat date de 1836, mais des aléas économiques repousseront l’édition à 1848 en feuilleton, dans le journal La Presse, appartenant à Émile de Girardin. L’autre enchère à six chiffres, 120 000 €, concerne un manuscrit, les 83 feuillets du Grand Bal du printemps, l’un des plus beaux recueils de poésie de Jacques Prévert, accompagné d’un exemplaire de l’édition originale (1951) avec un envoi autographe à André Breton, signé du photographe Izis. C’est à la demande de l’éditeur suisse Albert Mermoud que le poète accepte de collaborer avec Izis. Prévert choisit des clichés montrant les rues et les gens de Paris. Le manuscrit comprend 41 des 51 pièces imprimées dont le poème dédicatoire à Izis, une quinzaine de variantes rendant en outre compte des aménagements opérés. Le célèbre poème "Étranges étrangers" figure ainsi en trois rédactions successives.
Vendredi 13 novembre 2009, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Nicolas.
Dites-le avec des fleurs
Introduite en Europe en 1739, la plante dite camélia est ainsi appelée en souvenir du père jésuite Joseph Camelli, un botaniste qui a visité la Chine et le Japon. Passionné d’horticulture, l’abbé Laurent Berlèse cultive plus de 800 fleurs durant la première moitié du XIXe siècle. Notre religieux eut l’idée de lancer une souscription auprès des amateurs qui visitaient ses serres pour réaliser un précieux recueil : reproduisant les nombreuses variétés, il apparaît autant comme un ouvrage d’art qu’un traité scientifique. En dépit d’un troisième tome manquant, notre spécimen était vivement débattu entre le commerce international et divers bibliophiles. Au final, il va rejoindre la bibliothèque d’un client anglais, désireux de mieux connaître la fleur favorite de la courtisane Marie Duplessis, alias «la dame aux camélias» ! Cette étude lyonnaise dispersait aussi une importante collection d’images religieuses : 1 000 € s’inscrivaient par exemple sur une réunion de plus de 200 pièces des XVIIe, XVIIIe et XIXe ; rassemblées sous chemises transparentes dans un classeur, elles désignent les diverses passions de l’homme. On notait encore 5 200 € sur une collection d’environ 110 pièces réunissant des canivets pointillés, des tissus, des images bristol, imprimées sur vélin et parchemin, également XVIIIe, XIXe et XXe.
Lyon, jeudi 29 octobre 2009.
Étienne de Baecque SVV. M. Ajasse.
Bonnes feuilles italiennes
Le point fort de cette vente marseillaise était ce magnifique album amicorum composé de dessins d’artistes qui ont effectué le fameux tour d’Italie durant la première moitié du XIXe siècle. Il illustre la diversité de l’iconographie, des méthodes de travail et des formes d’expression nationales propres à chaque artiste. Bien conservés, les dessins avaient appartenu à Teresa Barzellotti, fille de l’artiste Pietro Benvenuti qui forma plusieurs générations de peintres. Diverses et variées, certaines pièces avaient été offertes à titre amical à Teresa Barzellotti, d’autres avaient été données par des artistes reçus à Florence dans le palais familial des Benvenuti ou dans leur villa de San Domenico. Les feuilles, proposées en excellent état de fraîcheur, aiguisaient l’appétit de nombreux collectionneurs avertis, des institutions officielles et du commerce international. Imprégnés de l’esprit du "Grand Tour", les dessins étaient d’abord vivement disputés par des collectionneurs européens, notamment des particuliers italiens, anglais, allemands, portugais. Très présents également, les musées achetaient plusieurs pièces. Parmi les six préemptions faites par le département des Arts graphiques du Louvre, on compte un dessin de Pietro Benvenuti (1769-1844). Réalisé à la plume et encre noire, lavis brun et rehauts blancs, il représente une Vestale allumant le feu sacré devant les trois Parques, excellent exemple de sujets chers à l’école néoclassique. François-Xavier Fabre portraiture Bélisaire âgé et aveugle, soutenu par un jeune garçon. Ce dessin, réalisé probablement vers 1799, est une œuvre originale, selon madame Laure Pellicer. Empreinte d’une solennité classique, la composition joue du contraste entre les tonalités sombres et l’éclat des rehauts de blanc, apportant à la scène une dimension monumentale. Espéré autour de 2 500 €, il quintuplait finalement les estimations pour entrer dans les collections du musée Fabre à Montpellier. Ce chef-d’oeuvre de l’esthétique néoclassique ira rejoindre les quelque centaines de tableaux et dessins de notre artiste qui y sont conservés.
Marseille, samedi 31 octobre 2009. Damien Leclere Maison
de ventes aux enchères SVV.
La madeleine de Proust
À épisode littéraire exceptionnel, un résultat à la hauteur... Soit 40 000 € prononcés au quadruple de l’estimation pour une page manuscrite de Marcel Proust, rien de moins que le manuscrit de travail d’une première version du fameux passage sur la résurrection du passé, provoquée par la dégustation d’"un de ces gâteaux courts et dodus appelés petites madeleines". L’extrait part de "la vieille maison..." pour courir jusqu’à la fin du chapitre, le premier de Du côté de chez Swann. La page extraite provient probablement du cahier 21 du fonds Proust de la Bibliothèque nationale. Elle donne la fin manquante du texte de l’esquisse XIV rédigée en 1909. Le passage est assez proche de la version définitive. Il présente des ratures et corrections avec des variantes, et notamment deux premières rédactions biffées de la phrase sur les fleurs du jardin et le parc de Swann, avant l’introduction avec le jeu des papiers japonais. Ce document a appartenu à la nièce de l’auteur, Suzy Mante-Proust, qui l’offrit au poète et journaliste Derek Patmore. Il a ensuite appartenu à la bibliophile Wendy Rintoul, qui l’a vendu en décembre 1992 chez Sotheby’s dans la dispersion réalisée au profit de la London Library.
Mardi 20 octobre 2009, salle Rossini.
Alde SVV. M. Bodin.
Rareté juridique
Seulement 41 feuillets, mais du XIIIe siècle et par l’un des plus grands juristes de son temps, Pierre de Fontaines, contenus de surcroît dans une reliure du XIVe siècle ! L' intérêt de ce codex était confirmé par les enchères, 250 000 € étant prononcés sur une estimation haute de 200 000. Il s’agit sans doute de l’exemplaire original du texte de Fontaines. Tous les autres datent en effet, pour les plus anciens connus, d’après 1280-1300, et donc réalisés d’après notre texte. Celui-ci est destiné à l’instruction du futur Philippe III le Hardi, deuxième fils de Louis IX, plus connu sous le nom de Saint Louis. Le souverain a la volonté d’unifier les écrits juridiques de son royaume. Notre texte, datant au plus tard de 1265-1268, est contemporain de la commande royale, ordonnée en 1258. Il possède la particularité de ne pas être rédigé en latin, mais en dialecte picard. Il réalise la synthèse entre le droit romain et les coutumes locales, celles du Vermandois. La présentation est didactique, faite de courtes questions et de leurs réponses.
Vendredi 16 octobre 2009, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Lafon SVV. M. de Coligny.
Proust, une correspondance intime
Imaginez que l’on redécouvre une correspondance de Proust, considérée par les spécialistes comme disparue durant l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce qui est arrivé avec celle adressée par lui à Clément de Maugny, retrouvée dans les greniers du château familial en Haute-Savoie. Proust rencontre le comte à Paris chez les Ludres, mais fera vraiment connaissance avec lui lors de ses séjours sur les rives du lac Léman. Devenu l’un de ses plus proches amis, il apparaît que l’aristocrate aurait été le premier inspirateur du personnage de Saint-Loup pour sa Recherche... En 1899, il reçoit de l’écrivain un exemplaire des Plaisirs et les Jours avec cette dédicace : "Notre vie a été si affectueusement mêlée pendant ces deux mois que vous avez sur les pensées et les imaginations de mes années passées comme un droit rétrospectif ". Le rôle de confident de Maugny est attesté par la correspondance vendue qui, en 35 numéros, totalisait 390 875 € frais compris. La meilleure enchère, 60 000 €, allait aux cinq pages reproduites, composant le manuscrit autographe vers 1918-1919 de la "lettre-préface" pour le recueil de caricatures de Rita de Maugny, intitulé Au royaume du bistouri, paru à Genève en 1919. Rita Bussé épouse le comte de Maugny en 1902. Elle développe un talent de caricaturiste acerbe, qu’elle utilisera durant la guerre, alors qu’elle est infirmière, pour croquer le milieu médical. 22 500 € allaient ensuite aux sept pages d’une lettre de 1920 à Clément, concernant la promotion de l’album de la comtesse. La lettre est aussi intime et évoque la vie de l’écrivain : "je vis couché et ne mange pas, mais de temps en temps je me lève pour qu’on fasse ma chambre et alors je vais au Ritz parce qu’ayant des troubles de la parole il m’est très pénible de dîner chez des amis". À 19 000 €, nous retrouvons les dessins de Rita et la recherche d’un éditeur, évoqués dans une lettre de huit pages vers 1917. L’auteur y relate ses relations avec la presse, le Figaro notamment. Se révélant conseiller financier auprès de son ami dans une lettre de onze pages, l’écrivain générait 17 000 €. Il est imbattable sur les taux de crédit !
Mercredi 14 octobre 2009, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Brissonneau SVV. M. Martin.
Rareté vernienne
La seconde partie de la collection vernienne de Richard Kakou récoltait 291 319 € frais compris. La palme revenait cette fois-ci à 32 000 € au cartonnage polychrome « à la sphère dorée » de ce Mathias Sandorf. Les experts de la vente le qualifient de mythique, celui-ci ayant fait l’objet d’une diffusion accidentelle, et particulièrement restreinte. Quelques dizaines d’exemplaires auraient été produits et seulement six sont répertoriés actuellement, le dernier ayant été découvert il y a quelques mois. Lancé en 1885, ce roman est le moins diffusé des « trois géants polychromes », ses concurrents plus chanceux étant Les Enfants du capitaine Grant et L’Ile mystérieuse. L’apparition de ce cartonnage « à la sphère dorée » remonte aux étrennes 1894-1895. Mathias Sandorf recevait habituellement un habillage « à la bannière » ou aux « dos à l’ancre ». La gestion très serrée de ses stocks par Hetzel – tant pour les imprimés que pour les couvertures – pourrait expliquer qu’il ait été obligé en 1898 d’utiliser « la sphère dorée » pour des exemplaires de ce titre. En effet, les « bannières » sont épuisées suite à l’abandon de ce cartonnage, et les « dos à l’ancre » alors en rupture. Nécessité fait loi !
Dimanche 18 octobre 2009, salle 9 - Drouot-Richelieu. Cabinet V.A.E.P. 
Marie-Françoise Robert & Franck Baille SVV. MM.  Embs, Mellot.
Sans équivalent !
La formule de la notice du catalogue - "Précieux volume dont on chercherait vainement l’équivalent" - n’était pas usurpée, puisque ce livre était poussé jusqu’à 66 000 €, bien loin des 15 000 € de son estimation haute. Il s’agit d’un exemplaire de la seconde édition de La Théologie naturelle de Raymond Sebon traduite par Montaigne. Outre l’importance du texte, considéré comme une clé essentielle des Essais, notre livre a l’avantage de provenir de la bibliothèque de Louise de Lorraine (1553-1601), reine de France. Ernest Quentin-Bauchart (1830-1909), auteur des Femmes bibliophiles de France, ne relève que six volumes ayant appartenu à la souveraine, l’un conservé à la Bibliothèque nationale, deux à la Bibliothèque royale de Bruxelles, les trois autres ayant fait leur apparition dans des ventes au XIXe siècle. Le chiffre couronné figurant sur notre reliure - deux lambdas tête-bêche sur un "H" - est connu pour être l’un de ceux de son époux, Henri III de France. On retrouve cette marque sur certaines reliures du monarque, mais également sur les emblèmes de l’ordre du Saint-Esprit, fondé par lui le 31 décembre 1578.
Mardi 6 octobre 2009, salle Rossini.
Alde SVV. M. Courvoisier.
 
Bilal : succès postapocalyptique
La vente des dessins originaux de l’album Animal’z d’Enki Bilal constituait une première, couronnée par un produit vendu de 974 735 € frais compris (75 % des lots vendus). En effet, c’est la première fois que 350 dessins d’un même artiste et provenant d’un seul ouvrage - l’album est sorti le 11 mars dernier chez Casterman - prenaient ensemble le chemin des enchères. La maison de ventes indique que les bédéphiles n’étaient pas les seuls sur les rangs, puisque des collectionneurs de dessins anciens ou contemporains figurent parmi les acquéreurs. Mieux encore, la moitié des acheteurs ne sont pas des habitués des salles des ventes. Incontestablement, l’univers postapocalyptique de Bilal exerce un fort pouvoir d’attraction ! Pour cet album, l’auteur a abandonné la peinture pour le crayon gras rehaussé de pastel sur papier gris-bleu. Une quinzaine d’enchères seulement s’inscrivaient sous la barre des 1 000 €. Les adjudications culminaient avec les 29 000 € de la planche reproduite, le premier lot du catalogue, puisqu’il s’agit de la couverture de l’album. Cette aventure traite notamment de l’hybridation entre l’homme et l’animal, mise au point par l’un des protagonistes, Ferdinand Owles. Sept résultats se situent dans une fourchette comprise entre 10 000 et 15 000 €. Ce dernier prix concerne la feuille (27,8 x 36,2 cm) de la première case de la page 26, montrant Kim Owles, la fille de Ferdinand, allongée sur le pont d’un bateau, lisant en écoutant les informations de Radio-Filtre, distillées par un petit robot volant. Moyennant 13 500 €, on découvre un autre personnage féminin de l’histoire, Ana Pozzano, étendue sur un divan et se faisant servir un rafraîchissement par Omar, un « domorobot drone », lui aussi volant et adoptant la forme d’un crustacé. Cette scène (26 x 40 cm) occupe la case B de la page 9. Vous l’aurez compris, les enchères les plus soutenues concernent des moments-clés d’Animal’z, une "fiction conjecturale en étroite résonance avec les convulsions et les névroses collectives de notre présent", comme l’indique l’éditeur de l’album. Que dire de plus ?
Samedi 19 septembre 2009. Hôtel Marcel-Dassault, Artcurial -
Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Leroy.
 
Fables par Oudry
En dépit du troisième tome manquant, les Fables, proposées en bel état, étaient l’un des pôles d’attraction de cette vente champenoise. Espérées autour de 1 000 €, elles quadruplaient finalement les estimations et entraient dans la collection d’un client français. Élève de Nicolas de Largillière, Jean-Baptiste Oudry se spécialise rapidement dans les natures mortes et les tableaux animaliers : notre artiste dessine ainsi, entre 1729 et 1734, les fameuses Fables de Jean de La Fontaine, en représentant des animaux anthropomorphes. Peintre de la manufacture royale de tapisserie de Beauvais, Oudry travaille aux illustrations, le soir, à ses heures perdues, comme il l’a fait précédemment pour le Roman comique de Scarron. Au milieu du XVIIIe siècle, il les vend à Montenault, réparties en albums. Cet amateur d’art les fait aussitôt redessiner par Cochin qui les adapte à la gravure. Notre prestigieuse édition en quatre volumes sort ainsi des presses parisiennes entre 1755 et 1760. Très fidèle au texte, l’interprétation d’Oudry allie avec brio la surréalité des mythes au naturalisme des tableaux. Figurant les animaux avec une finesse inégalée, notre artiste représente les instants les plus significatifs des Fables. Tel est le cas de notre exemple illustrant Le Renard et la Cigogne : Le renard "se réjouissait à l’odeur de la viande mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande. On servit, pour l’embarrasser, en un vase à long col et d’étroite embouchure. Le bec de la cigogne y pouvait bien passer ; mais le museau du sire était d’autre mesure. Il lui fallut à jeun retourner au logis, honteux comme un renard qu’une poule aurait pris, serrant la queue, et portant bas l’oreille. Trompeurs, c’est pour vous que j’écris ; attendez-vous à la pareille."
Troyes, vendredi 18 septembre 2009.
Boisseau-Pomez SVV. M. Lardanchet.
 
Procès des Estienne
Estimé 5 000 €, cet exemplaire d’un ouvrage considéré comme l’un des jalons de l’histoire de la médecine était poussé jusqu’à 8 000 €. Il s’agit de la première édition en français de La Dissection des parties du corps humain... de Charles Estienne, parue un an après l’édition originale en latin, chez le même imprimeur. L’ouvrage aurait pu paraître sept ans plus tôt, avant celui d’André Vésale sur le même sujet - publié en 1543 -, si un procès entre Charles Estienne et Étienne de la Rivière, chirurgien doué en dessin, n’en avait repoussé la publication. André Vésale, qui a travaillé à Paris avec Charles Estienne, s’est inspiré du travail de ce dernier pour réaliser son De Corporis fabrica. Pour illustrer son livre, Charles Estienne puise dans le fonds de son beau-père, l’imprimeur Simon de Colines, et réutilise divers bois gravés. Cependant, ceux de l’illustration anatomique, les plus importants puisqu’ils servent à la démonstration, sont de la main d’Estienne de la Rivière. Ce chirurgien et dessinateur a commencé leur gravure vers 1530. Charles Estienne, troisième fils du célèbre imprimeur Henri Estienne, a été reçu docteur en 1542.
Mercredi 8 juillet 2009, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Kapandji - Morhange SVV.
 
Demandes de congé...

Le luxueux écrin concocté par le relieur du roi d’Angleterre George V, Rivière & Son, est révélateur de l’estime accordée par son commanditaire aux pièces autographes qu’il était appelé à contenir. Les grandes armes, le "N" couronné, le semis d’abeille et, in fine, une miniature sur ivoire ne laissent aucun doute sur la figure historique concernée : Napoléon Ier. L’ensemble était valorisé à hauteur de 35 000 €. Les 49 pièces contenues dans la reliure sont des rapports adressés à l’Empereur par le maréchal Berthier, Napoléon ayant dans la plupart des cas écrit en marge ou en tête des documents "accordé", suivi de son paraphe, "Np". Ces documents concernent des demandes de congé pour infirmité, blessure de guerre ou affaires familiales. Ils portent tous le cachet de la collection Crawford. Celle-ci fut constituée par Alexander Crawford Lindsay (1812-1880) et son fils James Ludovic Lindsay (1847-1913), respectivement 25e et 26e comtes de Crawford. En 1900, en raison de difficultés financières, les manuscrits concernant la Révolution française et la période napoléonienne sont vendus en majorité à Mrs Rylands, le reliquat étant dispersé aux enchères par le 27e comte de Crawford.

Mercredi 17 juin 2009, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Saggiori.
 
Feuilles de jade

Estimé pas plus de 40 000 €, cet album chinois était poussé jusqu’à 172 000 €. Ce précieux objet est composé de quatre pages en néphrite céladon gravé et doré, couverture et coffret en zitan, le titre étant incrusté d’argent. Datant du règne de Qianlong, il contient des enseignements de Bouddha. Sous le règne de cet empereur, la production de livres en jade connaît un développement sans précédent. Qianlong apprécie au plus haut point ce matériau, très abondant à l’époque, que se soit de la jadéite importée de Birmanie ou de la néphrite extraite du Xinjiang, conquis en 1760. L’empereur entend également transmettre ses écrits aux générations futures. La plupart de ces ouvrages reproduiront donc ses poèmes. Suivant l’exemple de son grand-père, l’empereur Kangxi, Qianlong copiera aussi des textes bouddhistes à l’occasion de fêtes religieuses, laïques ou d’évènements particuliers. Comme ses poèmes, les copies réalisées par Qianlong sont ensuite gravées dans le jade par les ateliers impériaux, mais aussi par d’autres moins prestigieux, dépendant de diverses administrations, parmi lesquelles celle du sel.

Mardi 9 juin 2009, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV, Hôtel des ventes de la Haute-Marne SVV. M. Portier T.
 
René Berthier - Guillaume Apollinaire

La parole des poètes peut valoir de l’or. La preuve avec les 429 900 € au marteau réalisés en 21 numéros par des documents concernant Guillaume Apollinaire et René Berthier. Cet ensemble provient du fonds de ce dernier. Apollinaire l’évoque ainsi dans son ouvrage Le Flâneur des deux rives : "Dans le dépôt d’artillerie où j’achevais mes ‘classes’, mon lit était près de celui d’un brigadier poète, René Berthier, qui fit partie à Toulon du groupe littéraire des Facettes. J’ai lu de ses poèmes et, à mon avis, il est un des meilleurs poètes de sa génération. Il est maintenant sous-lieutenant d’artillerie. Ce poète est encore un savant de premier ordre dont les inventions utiles à l’humanité ne se comptent plus." La meilleure enchère, 210 000 €, revenait au quadruple de l’estimation à l’un des 25 exemplaires de la Case d’Armons, l’ouvrage d’Apollinaire reproduit. Il comporte un envoi autographe de l’auteur à Berthier daté du 21 juin 1915 et quelques corrections à la plume, vraisemblablement de Berthier, une ou deux autres étant de la main d’Apollinaire. Enfin, deux poèmes, "1915" et "Carte postale", écrits sur les deux faces d’un feuillet orné d’une carte postale contrecollée sont en partie autographes. Comprenant 21 poèmes appelés à composer l’une des six parties de Calligrammes, publié en avril 1918, Case d’Armons a été imprimé sur le front par Apollinaire et ses compagnons de batterie. Imprimé avec les mêmes ressources, un exemplaire du journal de la 45e batterie, Tranchman’Echo – Journal mondain paraissant à chaque cuite du rédacteur était poussé jusqu’à 35 000 €. Le feuillet quadrillé est imprimé recto verso avec des colonnes et rubriques laissées vides, la colonne centrale du recto portant l’indication "N° 3 tout particulièrement visé par la censure".

Mercredi 3 juin 2009, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Alain Castor - Laurent Hara SVV. M. Poulain.
 
Pour Verdun

La bibliothèque de la Ville de Verdun préemptait logiquement, à 72 000 €, ce manuscrit de 57 feuillets vers 1220. Il s’agit en effet d’un pontifical de l’évêque de Verdun Jehant d’Aspremont, réalisé dans la cité lorraine par des scribes, rubricateurs, correcteurs et enlumineurs locaux qui ont fait oeuvre commune et unique. Le contenu - un recueil d’homélies et de rituels d’ordination - indique qu’il était sans doute destiné aux ordinations données dans les abbayes du diocèse par l’évêque. Ces cérémonies se tenaient lors des grandes fêtes annuelles - d’où la présence des homélies correspondant à ces dernières. Jehan n’a pas été seul à utiliser ce document, comme en témoignent les armoiries qui jalonnent l’ouvrage, cela jusqu’au XVe siècle. Les pages reproduites portent à droite l’identification manuscrite des armoiries Aspremont, faites par Jehan de Sarrebruche, évêque de 1404 à 1420, lequel a fait dessiner en regard les siennes. Notre pontifical, riche d’enseignement sur l’histoire du diocèse, constitue un élément d’étude important pour les manuscrits de la région mosane.

Vendredi 29 mai, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Lafon SVV. M. Roch de Coligny.
 
Amour métallique
Ce livre tiré à 101 exemplaires constitue un bon exemple d’oeuvre d’art totale à l’italienne, récompensée par une adjudication de 24 000 €, une estimation décuplée. L’Anguria Lirica est un livre futuriste, considéré comme l’un des ouvrages phares de ce mouvement. Ces 21 pages sont imprimées sur du fer blanc, une expérience réalisée avec la collaboration d’un fabricant de boîtes de conserve de Savone, la firme Nosenzo, dans l’idée de conférer au livre une plus grande matérialité et de tendre vers l’esthétique de la machine, chère au futuriste. Si Marinetti - un des pères fondateurs du futurisme - a écrit la préface et Bruno Munari, réalisé les 11 illustrations, le véritable maître d’oeuvre de l’objet est Tullio d’Albisola, dont un portrait par Diulgheroff figure en bonne place, immortalisé dans le métal. Albisola est non seulement l’auteur des vers du poème, mais aussi de la maquette et du graphisme. Il joue de la loi des contrastes, le titre - "la pastèque lyrique" – semblant a priori bien éloigné de l’univers machinique. Il s’agit d’une histoire d’amour tranchante, décrite comme la pénétration à travers la peau acide du fruit, de sa chair juteuse jusqu’aux pépins. Elle se conclut par le dépit amoureux, froid comme du métal, provoqué par la satiété, le dernier chapitre étant intitulé "P", soit "urine" en italien familier.
Mercredi 3 juin 2009, Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. Mme Milsztein.
 
Giuseppe Campani

C’est à partir de la Renaissance, notamment avec les grandes conquêtes, que le besoin de disposer d’instruments de mesure du temps de plus en plus précis s’est fait ressentir. Cela jusqu’à nos jours, déclenchant des passions, comme celle de l’industriel milanais Giuseppe Brusa, dont la bibliothèque était dispersée. C’est à un autre Giuseppe que revenaient les honneurs de la meilleure enchère de cet ensemble, 19 000 €, obtenus au double de l’estimation pour un exemplaire de son Discorso. Giuseppe Campani est un opticien et astronome italien qui développe avec son frère Matteo des objectifs permettant de faire des avancées notables dans l’observation astronomique. Le temps étant également un élément important de cette science, Campani se penche sur le problème, produisant ainsi son Discorso, l’un des ouvrages d’horlogerie les plus rares. L’auteur y décrit notamment la réalisation d’une pendule à balancier, cela indépendamment des travaux que conduit le célèbre Christian Huygens au même moment, en 1658-1659. Ce dernier en fera une application pratique dans son Horlogium Oscillatorium, publié en 1673 et dédié à Louis XIV. Si Campani n’aura pas la même postérité horlogère, ses objectifs permettront à Jean-Dominique Cassini de découvrir en 1675 la nature non homogène de l’anneau de Saturne.

Mardi 26 mai 2009, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval SVV. M. Turner.
 
De Breton à Michaux
Ces deux jours de ventes consacrés aux avant-gardes du XXe siècle totalisaient au marteau 609 440 €. La nébuleuse surréaliste attirait les enchères les plus élevées, la palme revenant légitimement à son chef de file, André Breton. 50 000 € s’affichaient en effet sur le recueil de dix manuscrits du maître contenus dans la reliure de Daniel Mercher reproduite, également l’objet d’un encadré page 45 de la Gazette n° 19. Rappelons que l’ensemble de ces textes, excepté «À l’oeil nu», ont été rédigés pour des catalogues d’exposition puis repris dans les deux éditions du Surréalisme et la peinture de 1945 et 1965, sauf la préface pour la jeune artiste algérienne Baya. Un exemple de la collaboration surréaliste d’André Breton avec Salvador Dalí était salué à hauteur de 8 000 €. Rédigée vers 1933, la page orange recouverte par Breton de son écriture régulière et serrée fait appel au concept de la paranoïa-critique inventé par Dalí. Quittons les livres et manuscrits. Une huile sur toile (37,5 x 55,5 cm) de 1956 de la compagne d’Hans Bellmer, Unica Zürn, s’octroyait 23 000 €. Reproduite en couverture de l’édition des lettres de l’artiste à Ruth Henry, cette huile sur fond de tempera avec grattage est représentative de son étrange univers, ici dominé par une créature fantastique.
Lundi 18 et mardi 19 mai 2009, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche Renaud Giquello SVV. M. Oterelo.
   
Par Redouté
Pierre-Joseph Redouté n’a décidément pas usurpé son titre de «Raphaël des fleurs», puisque la brassée de 169 roses de son ouvrage de référence libérait un parfum envoûtant, humé à hauteur de 180 000 €, une estimation respectée. L’exemplaire ainsi honoré est une première édition, complète de la suite définitive en couleurs des illustrations, accompagnée d’un second état noir de celles-ci, tiré sur papier ocre. Rappelons que l’ouvrage, publié en 30 livraisons, l’a été en deux versions, un état en couleurs ou alors deux états, noir et couleurs. Un tirage en grand in-folio a également été réalisé, mais en seulement cinq exemplaires, avec un état en noir et un autre en couleurs. On ne présente plus Redouté (voir page 5 de la Gazette n° 16 dont des Rosa noisettiana ornaient la couverture), qui laisse dans son ombre l’auteur du texte accompagnant ses planches, le botaniste Claude Antoine Thory. La renommée de l’ouvrage tient à la fidélité, à la précision et à la qualité des reproductions. L’artiste a pour cela usé d’une technique acquise lors d’un voyage à Londres en 1797, la gravure au point. De son côté, Firmin-Didot a réalisé l’impression en un seul passage, une unique plaque comportant toutes les couleurs.
Mardi 12 mai 2009, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. M. Lhermitte.
Rabelais, Racine et Austerlitz
Le total de cette vente de livres s’établissait à 1 062 261 € frais compris, les taux - 91,71 % en lots et 97,36 % en valeur - laissant entrevoir de belles envolées. 12 enchères à cinq chiffres et une à six chiffres étaient prononcées. À 101 000 €, l’estimation était pulvérisée pour l’exemplaire reproduit de la seconde édition collective réunissant les quatre livres que compose l’oeuvre de Rabelais publiée de son vivant. La première édition collective avait été publiée l’année de la mort de l’écrivain. Cette seconde édition, postérieure de trois ans, est imprimée en petits caractères ronds et nets, proches de ceux qu’utilisait Jean de Tournes. Notre exemplaire était inconnu, 13 autres seulement étant recensés par Screech et Rawles. Le Cinquièsme Livre - connu par trois états différents, l’Isle sonnante (1562), l’édition de 1564 et un manuscrit non autographe - est sans doute une supercherie d’éditeur ayant voulu faire passer comme l’achèvement du travail de Rabelais des brouillons des livres précédents et des notes de lecture. Pantagruel est publié pour la première fois en 1532 et Gargantua, en 1534. En 1542, l’auteur réunit ses deux ouvrages en les présentant dans l’ordre chronologique de la fiction - Gargantua est le père de Pantagruel - et ajoute en 1546 un Tiers Livre. En 1552, un an avant sa mort, paraît le Quart Livre des faictz et dictz héroïques du bon Pantagruel - dont quelques chapitres avaient été publiés en 1548 -, accompagné d’une version du Tiers Livre, "reveu, et corrigé par l’Autheur sus la censure antique". Quittons Rabelais pour Racine, avec les 80 400 €, nouvelle estimation pulvérisée, de la rare édition originale de sa dernière pièce, Athalie (Paris, Denys Thierry, 1691). À sa suite, un exemplaire de l’édition originale d’Esther (Paris, Denys Thierry, 1689) était poussé jusqu’à 52 200 €. Ces deux exemplaires ont la particularité d’être uniformément et luxueusement reliés d’époque, en maroquin grenat à encadrement à la Du Seuil, dorés sur les plats, et de posséder, reliés à leur suite, les morceaux composés par Jean-Baptiste Moreau pour les intermèdes musicaux de chacune des pièces. Pour les manuscrits, la palme revenait à 47 000 €, estimation dépassée toujours, aux 41 pages du général-baron Louis-Auguste-François Mariage, dit Mériage - alors adjudant-commandant - contant la bataille d’Austerlitz. Cet officier de l’état-major de Soult les a datées du 10 janvier 1806 à Vienne. Rappelons que ce dernier commandait le coeur du dispositif de Napoléon, chargé de prendre d’assaut le plateau du Pratzen puis d’écraser au sud les colonnes de Kamenski, en tenaille avec les troupes de Davout. Mériage a également dessiné un plan détaillé des opérations, avec positions et mouvements de troupes. Contenues dans 28 étuis-boîtes en demi-maroquin vert vers 1820, les 183 cartes gravées sur cuivre composant la Carte générale et particulière de la France (1756-1789) de César-François Cassini enregistraient 33 000 €.
Mercredi 13 mai 2009, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Nicolas.
Une bibliothèque illustrée et reliée
Nouveau succès pour les livres, avec les 1 586 564 € frais compris recueillis par la bibliothèque d’un amateur, riche de nombreux ouvrages illustrés luxueusement reliés. Pas moins de 25 enchères à cinq chiffres étaient prononcées, la barre des 100 000 € étant franchie par deux fois. Les estimations étaient littéralement balayées. La preuve avec les 125 000 € obtenus, sur une estimation cinq fois moindre, par cet exemplaire de l'Histoire de la princesse Boudour, l’un des 20 numérotés sur japon, un tirage unique. Vous aurez reconnu la main de François-Louis Schmied exerçant ses talents sur un ouvrage traduit par Joseph-Charles Mardrus, "musulman de naissance et Parisien par accident comme se définit celui qui, sur les encouragements de Mallarmé, donne entre 1898 et 1904 une version à forte connotation érotique des Mille et une nuits. Notre exemplaire, qui a appartenu au parfumeur Léon Givaudan, comporte 18 compositions et de nombreuses ornementations de Schmied. Ce dernier est également l’auteur de la maquette de la reliure et de la plaque en laque, exécutée par Jean Dunand. 35 000 € allaient à l’un des 55 exemplaires sur vélin de Montual des Eaux-Fortes originales pour des textes de Buffon (Paris, Martin Fabiani, 1942) de Picasso, relié par Paul Bonnet en 1944 en maroquin havane mosaïqué, à décor irradiant doré. Rappelons que l’ouvrage contient 31 eaux-fortes. Changement radical d’univers, maintenant, avec les 33 000 € d’un des livres les plus représentatifs du pop art et du mouvement cobra, le 1 ¢ Life (Berne, Kornfeld, 1964), fruit de la collaboration de Walasse Ting et Sam Francis. Les 61 poèmes qu’il contient sont accompagnés par 62 lithographies, dont 36 sur double page, signées Alechinsky, Appel, Warhol, Indiana, etc. Il s’agit d’un des 20 exemplaires réservés à Paris, sur les 100 du tirage de luxe sur papier de Rives, relié par Georges Leroux en box vert marbré souligné de fils de plastique avec les lettres du titre mosaïquées. La seconde enchère à six chiffres, 102 000 €, s’inscrivait sur la maquette originale des Fables de La Fontaine illustrées par Paul Jouve, avec les épreuves d’essai de l’ouvrage publié par Gonin en 1929. Réalisée sur papier du Japon, elle comporte les épreuves contrecollées du texte imprimé sur vélin et les 66 aquarelles originales de Jouve, dont 22 à pleine page correspondant aux 13 planches hors texte publiées - la différence s’expliquant par les deux variantes proposées pour 9 d’entre-elles. Les nombreuses ornementations sont dues à Schmied.
Vendredi 15 mai 2009. Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial-Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Blaizot.
Pour Jehanne Raoulin
À 40 000 €, l’estimation était plus que doublée pour ces Heures à l’usage de Pariscomposées vers 1510, le portrait de la donatrice, une certaine Jehanne Raoulin, étant plus tardif d’une dizaine d’années. Elle est représentée en prière devant un oratoire. Cette miniature est due, avec cinq autres grandes, à un artiste proche du maître des Entrées parisiennes. Les six grandes miniatures restantes et les seize petites sont données au maître de Philippe de Gueldre. Il tient son nom de La Vie du Christ de Ludolphe de Saxe, peinte en 1506 pour la duchesse de Lorraine, Philippe de Gueldre, seconde femme du duc René II. L’ensemble de son oeuvre se situe dans la première décennie du XVIe siècle. Il se caractérise par sa facture précise, son dessin très fin des visages ainsi que l’intensité de ses couleurs. Ce peintre connaîtra un vif succès, travaillant pour Louis XII à son Anabase traduite de Xénophon, pour le cardinal George d’Amboise, Premier ministre, ainsi que pour le libraire Antoine Vérard. Par l’entremise de ce dernier, il peindra des manuscrits et des imprimés destinés à la mère de François Ier, Louise de Savoie.
Vendredi 15 mai 2009, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Oger - Semont SVV. M. Siegelbaum.
Les secrets de l’empire du Milieu
Les livres de voyages se taillaient la part du roi lors de cette vente d’ouvrages anciens provenant de trois bibliothèques normandes. Ainsi, le Voyage autour du monde entrepris par ordre du roi éxécuté sur les corvettes de S.M. L’Uranie et La Physicienne pendant les années 1817, 1818, 1819 et 1820 par Freycinet, annoncé autour de 2 300 €, obtenait-il 7 300 €. Quant à notre encyclopédie chinoise, espérée autour de 7 000 €, elle enregistrait la plus haute enchère. Après une belle bataille d’enchères, elle rejoint la bibliothèque d’un grand amateur français. Ses atouts ? Il s’agit d’abord d’une magnifique édition originale du plus spectaculaire recueil français consacré à la Chine ; elle est aussi habillée d’une reliure d’époque, décorée aux plats d’armoiries de famille. C’est en 1708 que la Compagnie de Jésus chargea le père Jean-Baptiste Du Halde, géographe et professeur au collège de Paris, de recueillir, d’ordonner et de publier les lettres écrites par les missionnaires jésuites en Chine. Contenant diverses traductions de textes chinois, cette vaste entreprise encyclopédique aura une influence considérable sur la société européenne du XVIIIe. Le recueil révèle par exemple l’habileté technique des artistes chinois à créer de splendides papiers peints, enseigne aussi aux manufacturiers européens les secrets de fabrication de la porcelaine chinoise ; on y apprend encore l’élevage des vers à soie. Tirée à part, la planche à soie sera d’ailleurs publiée jusqu’au début du XIXe. Outre un tableau géographique extrêmement détaillé de la Chine, elle relate encore le voyage du navigateur Vitus Béring et constitue donc la première description de l’Alaska. Largement diffusée et traduite en anglais dès 1738, notre encyclopédie est à l’origine de l’engouement pour la Chine qui s’empare alors des arts décoratifs européens. Dessinés d’après les gravures de l’ouvrage, pagodes et pavillons chinois orneront les panneaux de moult meubles Louis XV.
Bayeux, samedi 9 mai 2009.
Bayeux Enchères SVV. M. Guillebaud.
Succession Jean Marais
Salle comble pour la succession de Jean Marais, et des résultats à la hauteur de cet engouement puisque la quasi-totalité des lots trouvaient preneur, cela pour un total de 1 960 000 € frais compris. Ce montant s’établit au quadruple du cumul des estimations basses. Jean Marais a formé avec un autre Jean – poète et artiste – un couple mythique. Pas étonnant non plus que la présence de Cocteau se soit fait sentir de manière si prégnante, à travers ses multiples créations ou sa simple image. Logiquement pour ce poète, c’est à sa prose adressée à son amant puis ami qu’allait l’enchère la plus soutenue, 240 000 €. Elle concerne pas moins de 511 lettres à «mon Jeannot» – dont quelques-unes sont ici reproduites –, couvrant vingt-cinq ans d’amitié, jusqu’à la mort de Cocteau. Les 25 missives de l’année de leur rencontre – 1938 – sont les plus passionnées : «La bêtise des amoureux est immense, végétale, animale, astrale. Que faire ? Comment te faire comprendre que je n’existe plus en dehors de toi.» On croise les amis – notamment Francine Weisweiller, Coco Chanel ou Christian Bérard – et l’on suit le comédien dans ses pérégrinations, entre tournées théâtrales et plateaux de cinéma. Cet ensemble, estimé pas plus de 50 000 €, a été acquis par Alexandre Allard pour l’hôtel Royal Monceau – en ce moment en travaux – en hommage aux liens privilégiés de Cocteau avec cet hôtel. Ce jeune collectionneur poussait également jusqu’à 7 000 € le moulage en bronze doré des mains du poète, l’épreuve no 1b de 1949, faisant partie des trois exemplaires hors musée qui constituent l’édition originale de cette œuvre. Pour les autographes de Cocteau, signalons également les 10 000 € de 20 poèmes inédits évoquant Jean Marais, l’amour et la jeunesse éternelle.
Lundi 27 avril 2009, salle 1-7 - Drouot-Richelieu. Fraysse & Associés SVV. Mmes Maréchaux, Maréchaux-Laurentin, Petitot, MM. Lacroix, de Sevin, Stetten, cabinet Turquin.
Mythique !
James Joyce a le don de passionner les foules. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller chaque année à Dublin le 16 juin pour assister, en compagnie de passionnés venus du monde entier, au Bloomsday. On pouvait aussi aller à Drouot, où l’un des 750 exemplaires sur papier faits à la main de l’édition originale de l’oeuvre à l’origine de ces festivités, Ulysses, outrepassait largement, à 32 000 €, son estimation. Il faut dire que l’objet est mythique, ses quelque 800 pages retraçant 24 heures de la vie de Leopold Bloom en parodiant L’Odyssée d’Homère sont littéralement inclassables. Épopée, reportage, essai, farce, drame, traité de cosmographie, Ulysses est tout cela, et plus encore. Au fil de l’histoire, les styles se succèdent, la ponctuation saute, les mots clés disparaissent. Pas étonnant non plus que la publication d’un tel monument ait posé quelque problème. À Paris, Adrienne Monnier et Valéry Larbaud accueillent Joyce et lui présentent Sylvia Beach, une Anglaise qui a ouvert en 1919 la librairie Shakespeare and Company, rue de l’Odéon. Elle publie le roman au mois de février 1922. La censure anglo-saxonne sera impitoyable, aiguillonnée par les "horreurs" qui parsèment le livre. L’édition française ne verra le jour qu’en 1929, non pas tant à cause de la censure que des difficultés posées par sa traduction. Elle sera finalement menée à bien par Auguste Morel, Stuart Gilbert, et un certain Valéry Larbaud.
Jeudi 30 avril 2009, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Binoche Renaud Giquello SVV. M. Courvoisier.
Bibliothèque Jean Guyot
Dans cette vente de livres enrichie de quelques autographes, une provenance se détachait nettement, la bibliothèque de Jean Guyot, artisan de la construction européenne et financier d’affaires décédé en 2006. Les honneurs revenaient à 86 000 € à l’un des 12 exemplaires sur vergé de Hollande de l’édition originale de Du côté de chez Swann de Marcel Proust, relié en 1960 par Paul Bonet (voir photo). Il comporte un envoi autographe à "ma chère petite demoiselle Suzette", la fille du peintre Madeleine Lemaire, auteur de l’illustration du premier livre de Proust, Les Plaisirs et les Jours. Un exemplaire sur papier vélin fort Deluz de cet ouvrage (Paris Calmann-Lévy), à la reliure d’époque aux armes de la maison de Savoie, captait, deux numéros plus tôt, 10 000 €. Suzette inspirera à Proust le personnage de Gilberte Swann et sa mère, celui de Mme Verdurin. L’exemplaire d’Anatole France du premier mille, avec une longue dédicace de Proust, d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs (Paris, N.R.F., 30 novembre 1918) se négociait 40 000 €. Quittons le roman pour la poésie, avec les 72 000 € de l’exemplaire de Victor Hugo de l’édition originale des Paradis artificiels. Opium et haschisch (Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1860) de Charles Baudelaire. Le faux-titre porte un envoi autographe de l’auteur à Hugo "en témoignage d’admiration et de dévouement". La reliure en maroquin vert est de Mercier. George Sand était également à l’honneur, 65 000 € étant remportés - au-dessus de l’estimation - par son dessin à la plume et encre brune montrant de profil et côte à côte Frédéric Chopin et Eugène Delacroix. Il est daté du 2 juillet 1840 et situé à Saint-Gratien. Elle participait alors à une partie de campagne chez Astolphe de Custine. Offert par Sand à Alfred de Musset, un exemplaire de l’édition originale de son roman Lélia (Paris, Henri Dupuy, L. Tenré, 1833) atteignait 45 000 €. Il comporte deux dédicaces aux tons très différents, l’une familière, "À monsieur mon gamin d’Alfred", l’autre plus formelle, "À monsieur, monsieur le vicom[te] Alfred de Musset hommage dévoué de son respectueux serviteur George Sand".
Mercredi 29 avril 2009, salle 7 - Drouot-Richelieu. Mathias SVV, Baron - Ribeyre & Associés SVV, Farrando - Lemoine SVV. Mme Lamort, M. Galantaris.
Triple record pour Verne - Hetzel
Un nouveau succès est à porter au crédit du duo Jules Verne - Pierre-Jules Hetzel avec les 587 851 € frais compris récoltés par cette vente, les 123 lots décris au catalogue trouvant tous preneur. Pas moins de trois records mondiaux étaient battus, dont l’un absolu pour un livre de Jules Verne. Les amateurs ont eu le dernier mot, tranchant à 80 000 € en faveur de la percaline rouge du cartonnage personnalisé de notre Ile mystérieuse plutôt que celle, vert sapin, de l’exemplaire de la collection Richard Kakou vendu 68 000 € la semaine dernière. Rappelons que la guerre faisait rage autour de ces deux exemplaires, similaires à l’exception de leur couleur. Seulement deux autres spécimens avec cette reliure d’essai de Charles Magnier pour la première édition illustrée de L’Ile mystérieuse sont répertoriés. Pour la sortie de cet ouvrage, Hetzel avait mis en concurrence ses trois relieurs. Engel et Lenègre ont privilégié l’utilisation d’éléments de décors relatifs aux ouvrages déjà parus, Magnier préférant une «plaque-vitrine» évocatrice de l’oeuvre en cours. Il reprend les illustrations d’Auguste Souze des pages 8 et 65, montrant l’échouage du ballon et le retour de Cyrus Smith parmi les siens après son naufrage. Le deuxième record de la vente concerne un cartonnage «calatrava», également dit «aux fleurs de lys». Il recouvre un volume simple, Le Docteur Ox (1877). Le troisième et dernier record a été prononcé à 23 000 € pour un cartonnage «à la grenade». Il s’agit d’une reliure d’essai grenat, non commercialisée, pour un exemplaire de la première édition illustrée d’Hector Servadac (1877).
Lundi 6 avril 2009, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Pierre Cardin Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV. M. Roethel, Mme Verron-Roethel.
Suite de Marmion
Nouveau succès pour les livres d’heures avec les 84 000 € de cet exemplaire à l’usage de Rome, réalisé à Valenciennes vers 1480-1490, dans la suite de l’atelier de Simon Marmion. Ce dernier, surnommé le "prince de l’enluminure", se fixe à Valenciennes vers 1458. Quatre ans auparavant, il a reçu la protection du duc Philippe III de Bourgogne. Il travaille également pour Charles II le Chauve et Marguerite d’York, réalisant pour cette dernière sa Vision de Tondal, conservée au Getty Museum de Los Angeles. La douce palette du décor de ce manuscrit se retrouve dans notre livre. Rédigé en latin, avec quelques passages en français, ce dernier est orné de vingt-huit peintures, quinze grandes étant inscrites dans des encadrements décoratifs tous différents, et treize plus petites (3,5 x 3 cm) représentant des saints, comprises dans les bordures. Le décor de la bordure de la grande peinture représentant Le Christ au jardin des Oliviers contient six petites grisailles circulaires illustrant les épisodes du chemin de croix, technique que l’on retrouve dans cinq livres d’heures enluminés par Simon Marmion. Quant aux bordures, elles sont comparables à celles de deux livres d’heures de la suite de Marmion, l’un d’entre eux réalisé par le maître d’Antoine Rolin.
Mercredi 1er avril 2009 salle 2 - Drouot-Richelieu.
Rieunier & Associés. M. Galantaris.
Collection Kakou, premier round
La première partie de la collection de Richard Kakou de livres de Jules Verne édités par Hetzel tenait toutes ses promesses en totalisant 495 383 € frais compris. La chasse aux cartonnages les plus rares réalisée durant vingt-cinq années par notre amateur se révélait payante. Décrit par les experts dans la préface au ton lyrique comme "une comète que vous ne reverrez plus", ce volume de L’Ile mystérieuse sanglé dans son cartonnage «personnalisé» vert sapin, réalisait un record mondial pour Jules Verne en récoltant 68 000 €, à partir d’une estimation haute de 25 000. Rappelons qu’il semble que pour l’édition illustrée de L’Ile mystérieuse, Pierre-Jules Hetzel ait choisi de mettre en concurrence ses trois principaux relieurs, Lenègre, Engel et Magnier. Il a retenu les projets de deux premiers ; "la bannière" pour Lenègre et "les deux éléphants" pour Engel, mais pas celui de Charles Magnier, le cartonnage de notre volume. Le relieur avait choisi d’utiliser une des illustrations d’Auguste Souze, peut-être sur la suggestion d’Hetzel lui-même. En tout cas, ce choix ne sera pas retenu. On ne sait pas si ce volume est un exemplaire d’essai ou d’édition en petite série. Quatre spécimens seulement sont répertoriés, trois en percaline rouge ou havane, le nôtre étant le seul à être vert. Un nouvel épisode de l’aventure de ces rarissimes exemplaires sera écrit la semaine prochaine avec le résultat d’un exemplaire rouge à Drouot. Un autre record était marqué, à 38 000 €, pour un exemplaire du Docteur Ox (1876) à cartonnage "aux fleurs de lys". L’estimation ne dépassait pas 6 000 €. Comme le précédent volume, l’ensemble est quasi neuf. La percaline à gros grain est de couleur havane et la frappe des ors est très fraîche. Ce type de plat à semis de quartefeuilles fleurdelisées était destiné au marché belge. Retrouvons une percaline vert sapin, mais clair, pour un volume double, De la Terre à la Lune / Autour de la Lune (1886), qui à 15 000 € décuplait son estimation. Ce résultat s’explique par la rareté des volumes doubles de ces deux aventures qui se suivent, mais surtout, bien entendu, par son cartonnage "au monde solaire", sans doute le plus rare pour ce titre, précise le catalogue. Ce volume double était en effet également commercialisé avec un cartonnage "aux deux éléphants". Le cartonnage de Lenègre "à la bannière" violette sur fond vert foncé du volume double Les Indes noires / Le Chancelor (1877) s’envolait à 13 000 €. Rappelons qu’il s’agit de l’ultime volume double dans un cartonnage de ce type.
Samedi 4 avril 2009 salle 9 - Drouot-Richelieu. Cabinet V.A.E.P. Marie-Françoise Robert & Franck Baille SVV. MM. Embs, Mellot.
Marx a la cote !
En ses temps troublés où le dogme libéral capitaliste semble montrer quelques-unes de ses limites, trois écrits de Karl Marx totalisaient benoîtement 62 580 € frais compris, sur un cumul d’estimation haute n’excédant pas 11 000 €. Le plus combattu, 25 000 €, était la page autographe reproduite, une rare addition au manuscrit du Capital dans la partie intitulée «De la marchandise et la monnaie». Dans ce passage, Marx compare la valeur de vingt mètres de toile à celle d’un habit, afin de mesurer la valeur du travail : «Mais les deux marchandises dont la qualité égale, l’essence identique est ainsi affirmée, n’y jouent pas le même rôle.» Les deux autres documents sont des lettres envoyées par l’auteur de Das Kapital à son traducteur français, Joseph Roy, peut-être en 1872. Dans celle d’une page et demie, adjugée 13 500 €, il copie le paragraphe d’un contrat de traduction : "L’auteur se réserve le choix du traducteur, en lui attribuant une rémunération de cinq centimes à quatre centimes par lignes, et au maximum une rétribution de quinze cents francs pour la traduction de l’ouvrage..." Qui a dit "Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme" ? L’autre lettre, vendue 12 000 €, annonce l’envoi du premier chapitre et de la préface. Marx craint que son écriture ne soit pas lisible... preuve à l’appui !
Lundi 23 mars 2009, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. M. Bodin.
La nébuleuse surréaliste en pleine forme
Le produit total de cette vente consacrée au surréalisme s’établissait à 821 647 € frais compris. À 46 000 €, l’estimation était dépassée pour l’un des 136 exemplaires sur vélin Crève-Coeur de l’édition originale des célèbres Jeux de la poupée d’Hans Bellmer (voir photo), accompagnés de textes de Paul Eluard. Le poète en a signé tous les exemplaires. Le nôtre est complet de la rare bande rose d’annonce. Rappelons que ce livre entièrement conçu par Bellmer est illustré de 15 photographies originales de l’artiste, toutes coloriées par ses soins. Restons en compagnie d’Hans Bellmer et ses poupées, avec les 12 000 €, une estimation doublée, d’un exemplaire de l’unique plaquette originale de La Poupée. Album unique (Paris, 1960), réalisée pour Georges Hugnet et accompagnée d’une carte autographe de Jacques Coursault à Hugnet. Elle comporte les 14 photographies originales de Bellmer de la poupée, montrée à la galerie Daniel Cordier en 1960 à l’occasion de l’exposition "E.R.O.S". Le mannequin porte le visage de l’auteur et peintre allemand Unica Zurn, compagne de Bellmer. Le premier plat de la plaquette est en carton gris barré d’une doublure de dentelle noire, une fenêtre permettant de voir une des photographies. L’un des 40 exemplaires sur Montval à toutes marges de L’Air de l’eau (Paris, Cahiers d’art, 1934) d’André Breton respectait à 34 000 € son estimation. La reliure en veau fauve mosaïqué de box de teintes pastel est de Paul Bonet. Cet exemplaire possède un envoi de l’auteur au professeur Millot, daté de 1953, accompagné de deux vers d’un poème du recueil. Véritable "chouchou" d’André Breton, le poète et boxeur Arthur Cravan était célébré à 17 000 € grâce aux 6 fascicules formant la collection complète de la revue pré-dadaïste Maintenant (avril 1912 - mars-avril 1915). Elle était entièrement rédigée par Cravan, qui la vendait lui-même dans une voiture des quatre-saisons. Breton considère le quatrième numéro de la revue comme le chef-d’oeuvre de l’humour appliqué à la critique d’art.
Vendredi 27 mars 2009, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche Renaud Giquello SVV. M. Oterelo.
BD : Franquin, Peyo, Morris, Rosinski...
Le marché de la bande dessinée fait une nouvelle fois la preuve de son dynamisme avec les 1 142 588 € frais compris réalisés par cette vente de planches originales, organisée en duplex avec Bruxelles. C’est Franquin qui montait sur la plus haute marche du podium grâce aux 40 000 € décrochés par la planche reproduite, utilisée page 18 de l’album Lagaffe nous gâte. Publié en 1970 chez Dupuis, il est le huitième titre de la série où vibrionne le roi des anti-héros. Les onomatopées rugissantes proférées par Gaston dans notre planche sont réalisées au feutre. Restons à 22 000 € en compagnie de Franquin, qui avec l’aide de Peyo réalisait à l’encre de Chine l’annonce publicitaire de la première édition de La Source des dieux, un album des aventures de Johan et Pirlouit. Les deux héros dessinés par Peyo se tiennent sur un exemplaire du journal Spirou, dessiné par Franquin, comportant trois strips d’une aventure de Spirou et Fantasio. Direction le Far West, ensuite, avec Morris. Une encre de Chine et encres de couleur exécutée pour la pochette du 45 tours Lucky Band (1980, Busy Music) doublait, à 21 000 €, son estimation. Elle montre les Dalton et Rantanplan dansant en ligne en face à face avec Ma Dalton, deux danseuses de saloon, un cow-boy et un chat. À 20 000 €, l’estimation était dépassée toujours, cette fois-ci pour l’encre de Chine et encres de couleur de la pochette du 33 tours de Lucky Band (1973, Busy Music), figurant Lucky Luke jouant du banjo avec un orchestre installé sur une estrade dans une grange. Après le Far West, la Rome antique, créditée de 20 000 € grâce à un dessin de Jacques Martin aux encres de couleur sur carton. Il s’agit d’une composition promotionnelle réalisée à l’occasion de la sortie de l’album chez Casterman en 1967 des aventures d’Alix Le Dernier Spartiate. Le jeune Gaulois, chaînes rompues et glaive brisé, fait face à des soldats romains. Intéressons-nous maintenant à quelques outsiders de l’univers de la bande dessinée, qui créaient la surprise. Débutons avec Edmond-François Calvo (1892-1957), surnommé "le Walt Disney français". Estimé au plus haut 8 000 €, un dessin à la gouache et encres de couleur, une planche inédite de l’album Les Aventures de Rosalie (G.P. Éditions, 1946), grimpait à 14 000 €. Rosalie, un tacot joliment personnalisé, est retapée par des outils humanisés. Calvo va donner ses lettres de noblesse au genre animalier et, par son humour et son talent, influencera notamment Uderzo. À 10 000 €, l’estimation était quintuplée pour un crayon-pastel de Lorenzo Mattotti (né en 1954), une illustration pour un conte érotique dans Amica (1998) reprise en couverture du magazine 9eArt numéro neuf de 2003. Ce dessin témoigne des recherches graphiques effectuées par Mattotti, qui s’impose comme un dessinateur particulièrement innovant.
Samedi 21 mars 2009, Drouot-Montaigne. Millon & Associés SVV, Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV. MM. Breyne, Huberty.
Hypnotique !
Ces quatorze pages manuscrites au caractère expérimental, rédigées par trois acteurs de ce qu’on n’appelait pas encore le surréalisme, montaient à 61 000 €. En 1922 et 1923, Breton, Desnos et Péret se livrent à l’écriture d’une pièce de théâtre s’inspirant de l’expérience du sommeil hypnotique. Jamais jouée, elle paraîtra cependant en 1923 dans le numéro 9 de la revue Littérature sous le titre Comme il fait beau ! Elle est basée sur les propos relevés par André breton au cours des sommeils de Robert Desnos et Benjamin Péret. Breton ajoute à cette transcription des inventions de son cru, se faisant ainsi le plus gros contributeur à notre ouvrage, avec sept pages manuscrites. Deux sont rédigées en tandem par Breton et Desnos, deux autres pages étant de ce dernier. Le reliquat, trois pages, est dactylographié avec quelques corrections et ajouts de la main de Breton, avec pour titre La Grande Ode au silexame. Comportant en outre quelques corrections et variantes, le manuscrit, dédié, sous son titre, à Max Ernst, a servi à l’impression du texte définitif. C’est René Crevel qui initiera Breton - il le rencontre en 1921 - et ses amis au sommeil hypnotique, jouant ainsi un rôle fondamental dans la naissance du surréalisme.
Samedi 7 mars 2009, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Pierre Cardin Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV. M. Oterelo.
Apollinaire amoureux de Madeleine
Précurseur du surréalisme, l’écrivain Guillaume Apollinaire s’est engagé en 1914 dans l’armée française. Au printemps suivant, il combat sur le front de Champagne entretenant une abondante correspondance avec ses amis et ses dulcinées. En dépit des vicissitudes de la guerre, il rédige aussi la troisième partie des Calligrammes, sous la forme d’une plaquette titrée Case d’Armons – terme militaire désignant un casier contenant les affaires personnelles du soldat. Elle comporte vingt et un poèmes écrits sur vingt-quatre feuillets confectionnés à l’aide du papier du Tranchman’ Echo, le journal de la 45e batterie. Les poèmes multigraphiés à la gélatine et à l’encre violette sont numérotés manuellement à l’encre rouge. Des feuillets pliés du Bulletin des armées de la République servent encore à réaliser les gardes. Le tirage de Case d’Armons est "achevé à la batterie de tir devant l’ennemi, 38e régiment d’artillerie, 6e batterie, le 17 juin 1915 par les maréchaux des logis Badard et Berthier". Quelques poèmes concernent bien sûr la vie militaire et les combats tels Saillant, Guerre ou De la batterie de tir. D’autres évoquent aussi l’amour d’Apollinaire pour Madeleine Pagès aux yeux pers et aux longs cheveux noirs, rencontrée en janvier 1915 dans un train lors d’une permission dans le Midi. Trois mois après, le poète envoyait de Champagne sa première carte à Mlle Pagès ; leurs lettres prennent vite un tour fort tendre. Après les aveux, s’épanouit une relation épistolaire fondée sur le mythe du coup de foudre et de l’amour idéal : "Madeleine ce qui n’est pas à l’amour est autant de perdu. Vos photos sur mon coeur. Madeleine votre nom comme une rose incertaine, rose des vents ou du rosier." Ainsi, notre poème est-il adressé à celle que Guillaume appelait encore sa "petite fée" dans une lettre datée du 16 août 1915 : "Je vous écris sous la tente dans une belle forêt de pins, de genévriers, d’euphorbe verruquée, de sapins et de mousse. Je n’ai rien d’autre à ma disposition que cette carte militaire. Je vous y envoie toute mon âme. Désolé que votre nom dans Case d’Armons vous ait choquée. Je voulais qu’il en restât trace dans mon oeuvre, une trace visible, car il y en aura d’autres traces, mais plus de celles qui peuvent commémorer les débuts de notre commerce. Vous avez raison, ce livre est à vous." Malheureusement, avec l’éloignement, les conditions de vie extrêmes et surtout une blessure au front, Apollinaire délaissera la jeune fille et le mariage sera annulé. Les vingt-cinq exemplaires de Case d’Armons, dédicacés aux proches du poète, sont uniques, à l’instar de notre spécimen. Il est dédié au poète Jean Royère, fondateur du journal La Phalange et chantre du musicisme. Espéré autour de 40 000 €, il était débattu avec ardeur entre la salle et le téléphone. À 70 000 € étaient encore lice quelques bibliophiles face au commerce international. Au final, il rejoint la collection d’un client français
Roubaix, lundi 9 février 2009.
May, Duhamel & Associés SVV. M. Giard.
Napoléon, le duc de Berry et Albert Ier de Monaco
Nouveau succès pour les autographes, manuscrits et autres documents historiques, avec les 825 500 € frais compris - 97 % du produit vendu - récoltés par cette vente. Les institutions étaient sur les rangs, pas moins de dix-sept préemptions étant prononcées, au profit des Archives de France, de la bibliothèque de l’Arsenal, des archives de la Haute-Corse, de celles de la Corse du Sud, du Muséum d’histoire naturelle, et même de l’État monégasque. Ce dernier se portait acquéreur, moyennant 6 000 € - une estimation quintuplée -,d’une lettre de 4 pages d’Albert Ier de Monaco du 2 février 1898 à Flora Singer. Il s’agit d’une réflexion sur l’état de la France alors que débute la campagne pour la révision du procès de Dreyfus. Est jointe une lettre de Flora Singer à un directeur de journal proposant de publier le courrier princier, et une note expliquant pourquoi il ne fut pas rendu public. L’essentiel des résultats les plus soutenus concernait Napoléon Ier. La palme revenait pour 100 000 € à la lettre reproduite, entièrement de la main de l’Empereur et envoyée à Joséphine le 21 juillet 1804. Il l’a écrite au château de Pont-de-Briques, une gentilhommière située à 6 km au sud de Boulogne. Notre lettre se rapporte aux évènements qui se sont déroulés le 21 juillet entre minuit et cinq heures du matin. Napoléon est resté sur la plage du Portel pour aider au sauvetage d’une canonnière, qu’une tempête avait jetée sur les rochers de l’Heurt. Lors du sauvetage, l’Empereur était dans la mer jusqu’à la ceinture : "Je me suis couché avec la sensation dun reve romanesque ou épique situation qui eut pu me faire penser que jétois tout seul si la fatigue de ce corps trempé navoit laissé dautre besoin que dormir." Du même auteur -alors qu’il n’était encore que général -, une autre lettre manuscrite respectait à 30 000 € son estimation haute. Inédite, cette missive d’une page et demie du 14 thermidor an III (le 1er août 1795) est adressée de Paris à un certain Rey, sans doute le fils d’un contre-révolutionnaire du Midi. Bonaparte s’est fait mettre en congé en attendant le travail de réorganisation des états-majors et la sortie du général François Aubry de ses fonctions au Comité militaire. Il y fait part de la stratégie qu’il met en place, de mouvements militaires et de la vie parisienne. À 25 000 €, l’estimation était dépassée pour le précieux manuscrit calligraphié en lettres d’or du Serment de l’Empereur, conservé dans un luxueux portefeuille en maroquin. Une lettre de Joseph Fouché du 23 avril 1814 triplait à 12 000 € son estimation. Le ministre de la Police y suggère à Napoléon, en route pour l’île d’Elbe, de quitter l’Europe. Elle est également transmise à Talleyrand. Est reliée à sa suite une note autographe de ce dernier, en réponse à Fouché, et une autre note autographe, du comte de Blacas d’Aulps, confident et ami de Louis XVIII. Cette dernière contient une liste d’arrestations donnée le 15 mars 1815, sur laquelle on peut lire les noms de partisans de Napoléon - dont Fouché.
Vendredi 13 février 2009, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV, M. Bodin.
Choiseul-Gouffier un hellène réputé
Les récits de voyages en plusieurs volumes et illustrés de moult planches connaissent un immense succès dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ils étaient vendus par souscription, généralement commandités ou directement entrepris par des amateurs aux goûts précis. Il s’agit souvent d’archéologues et de voyageurs, comme le comte de Choiseul-Gouffier. En 1776, ce diplomate français embarque pour la Grèce à bord de la frégate Atalante, commandée par le marquis de Chabert, un féru d’astronomie. Les visites ? Le sud du Péloponnèse, les Cyclades et d’autres îles de la mer Égée, puis l’Asie Mineure. Choiseul-Gouffier s’était aussi entouré d’artistes, tel Jean-Baptiste Hilaire, un peintre lorrain. Plein d’une vision romantique de la Grèce moderne, le comte souhaite mieux appréhender les auteurs antiques sur place. Ainsi, texte en main, il veut davantage saisir «les beautés différentes des tableaux tracés par Homère, en contemplant les mêmes paysages que le poète antique a eus sous les yeux". Néanmoins, outre les visées esthétiques, la politique joue un certain rôle : l’un des buts de l’entreprise est aussi d’expliquer les rivalités et les enjeux qui se nouent alors en mer Égée entre l’empire ottoman et la Russie impériale. Dès son retour en 1782, Choiseul-Gouffier publie le premier volume du Voyage, qui remporte aussitôt un immense succès. Nommé ambassadeur à Constantinople de 1784 à 1791, le comte en profitera pour approfondir sa découverte de la Grèce. Il est d’ailleurs aujourd’hui considéré en France comme le véritable artisan du renouveau des travaux sur l’hellénisme. Les deuxième et troisième parties du Voyage furent éditées en 1809 et en 1822. Présenté complet, notre exemplaire était proposé en parfait état de conservation : les propriétaires successifs l’avaient mis au-dessus d’un piano ; le considérant comme une relique, ils interdisaient aux enfants de le feuilleter ! De quoi aiguiser encore la passion des bibliophiles, pour être adjugé largement au double des estimations à un grand amateur français.
Vendôme, lundi 2 février 2009.
Vente aux enchères Vendôme Cheverny Paris SVV.
Éloge de la botanique
À 16 000 €, l’estimation était triplée pour ce recueil de manuscrits des botanistes Antoine, Bernard et Laurent de Jussieu. Les documents avaient été offerts par le fils de ce dernier - et petit-neveu des deux autres - au physiologiste Pierre Flourens, qui a rédigé, lu à l’Académie des sciences et fait publier en 1847 les Éloges historiques des Jussieu. Cette famille a marqué de son empreinte la botanique française. On doit notamment à Antoine de Jussieu la création du Muséum national d’histoire naturelle et une classification des plantes en fonction du nombre de cotylédons. Présentées hors catalogue, des archives sur la ville de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe empochaient 4 500 €. À 3 000 €, l’estimation était triplée pour une lettre d’une page et demie adressée le 24 février 1835 par la duchesse de Berry au baron Adolphe de Bourgoing, concernant les droits de son fils, Henri V : "Aujourd’hui il n’est plus question de la conquête du trône mais bien de la défense des droits d’Henri V qu’on cherche à lui ravir."
Vendredi 23 janvier 2009, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Daguerre SVV. M. Bodin.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp