La Gazette Drouot
Une toile de Nicolau Facchinetti
À PARIS / Dépaysement garanti

C’est au peintre italien Nicolau Facchinetti que l’on doit ce paysage de la baie de Rio de Janeiro, où il s’installe à l’âge de 25 ans. Le Brésil, entre topographie et poésie.

Il fallait tout le talent de cet artiste originaire d’Italie pour rendre un tel panorama sur une si petite surface ! C’est bien simple : quand les Portugais découvrent cette baie, le 1er janvier 1502, ils la baptisent Rio de Janeiro («fleuve de janvier») car ils pensent avoir trouvé l’embouchure d’un fleuve. «La Baie de Guanabara excède en splendeur tout ce que les Européens peuvent voir dans leur propre pays», s’enflamme Charles Darwin en 1823. Rochers, îles et îlots surgissent de la mer en un merveilleux désordre, au milieu duquel trône majestueusement le Pain de Sucre, sous l’œil du Christ rédempteur du haut de la colline du Corcovado. 380 kilomètres carrés qui s’offrent au regard et à la découverte du promeneur ou de l’artiste. C’est depuis la plage de Flamengo, au sud de la ville, que Nicolau Facchinetti choisit de représenter la baie mythique, sous un ciel clair et limpide. Né à Trévise, arrivé au Brésil en 1849, le peintre n’en repartira plus, n’hésitant jamais à prendre des risques pour trouver le point de vue idéal de ses panoramas. Muni de sa feuille de papier, il saisit sur le vif mais avec une extrême précision des paysages, qu’il décalque ensuite au fusain dans son atelier, sur des toiles de format restreint ; minutieux à l’extrême, il repasse au crayon, peint et repeint, mesure au compas, soigne les formes, les contours et les moindres arêtes, dégrade au blaireau et termine à l’aide d’une fine plume d’acier… Une méticulosité qui ne l’empêche pas de restituer avec un parfait naturel les couleurs et la lumière de son pays d’adoption. Attaché au vérisme italien de la peinture de paysage, et à ceux que l’on nomme les macchiaioli (ou tachistes) dont la gloire sera quelque peu éclipsée par les impressionnistes, Facchinetti traduit le plus fidèlement possible la réalité topographique du site, autant que l’atmosphère qui s’en dégage. Ses tableaux sont structurés en trois plans : le premier avec des tons sombres et des arbres, le deuxième où le paysage partage l’espace avec quelques habitations – parfois la propriété du commanditaire –, le dernier étant réservé à l’immensité du ciel, aux effets de brume matinale ou crépusculaire. Toujours précis, il va même jusqu’à tracer au dos de ses tableaux de longues inscriptions en portugais. «Entrée de Guanabara, vue de la plage Flamengo. Tableau peint d’après nature, lumière du soir, de janvier à février 1900. Commande du Dr Antonia Roxo de Rodriguez. Inscription de l’auteur N. Facchinetti», peut-on lire au dos du nôtre, exécuté quelques mois avant sa mort. Soulignons d’ailleurs une présence inhabituelle, celle de l’artiste au premier plan, à gauche. Arrivé dans le pays à vingt-cinq ans, il devint très rapidement le peintre de paysages de la famille impériale brésilienne et d’une bonne partie de la haute société. Ses œuvres ornaient salons et cabinets, remémorant des lieux appréciés des acheteurs quand elles ne sont pas offertes en cadeau à d’autres. Émerveillé par cette nature, Facchinetti a su faire partager ses sensations.
Que demander de plus ?

Nicolau Antonio Facchinetti
(1824-1900), Rio de Janeiro : entrée de la baie de Guanabara, vue de la plage Flamengo, huile sur panneau, 20 x 40,5 cm.

QUAND ?
Jeudi 31 mars 2016

OÙ ?
Salle 9 - Drouot-Richelieu.
Drouot Estimations SVV. Cabinet Chanoit. Vente collégiale.

COMBIEN ?
Estimation : 20 000 / 30 000 euros.

La Gazette Drouot n° 12 du vendredi 25 mars 2016 - Claire Papon


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