La Gazette Drouot
Un service en porcelaine de Meissen
Un secret révélé

Encore dans son écrin, un service en porcelaine de Meissen nous rappelle les premières heures de l’invention de cette technique en Europe...

Imaginez-vous tourner la clé dans la serrure en ferronnerie, soulever le couvercle de ce mystérieux coffret et découvrir, délicatement lové dans son velours vert orné de galons dorés, un service complet en porcelaine de Meissen d’une fraîcheur rare... D’autant que ces délicats objets auront bientôt trois cents ans. Précieusement conservé par de fins collectionneurs, cet ensemble symbolise à lui seul l’histoire de la porcelaine en Europe. Ce pour quoi les céramistes et les scientifiques des plus grandes manufactures ont travaillé sans relâche, en premier lieu l’Allemand Johann Friedrich Böttger (1682-1719).
Ce chimiste se livrait à la quête de la pierre philosophale quand l’électeur de Saxe, Auguste le Fort, lui proposa un défi tout aussi fou : trouver la composition de la porcelaine dure, gardée secrète par les chinois depuis des siècles. Enfermé dans l’Albrechtsburg, château fort de Meissen, Böttger découvre en 1708 avec le physicien Ehrenfried Walther Von Tschirnhaus l’usage du kaolin. Cette argile réfractaire blanche est l’élément indispensable à la confection de la porcelaine. Si les chinois la puisent dans les gisements de Jingdezhen depuis le VIIe siècle de notre ère, il fallut attendre le début du XVIIIe siècle pour que les Européens découvrent cet ingrédient essentiel de la formule de “l’or blanc”, tout d’abord dans la mine d’Aue, non loin de Dresde, puis dans celle de Saint-Yrieix-la-Perche, près de Limoges. Le mélange de quartz, feldspath, argile “à pipe” et kaolin est cuit à plus de 1 200 °C, afin d’obtenir une matière extrêmement résistante et uniformément blanche. Böttger informe rapidement Auguste le Fort de sa découverte, qui la fait breveter et ouvre dès 1710 une manufacture, qui demeure aujourd’hui encore une référence. Quant aux décors, appliqués à la main et fixés par une dernière cuisson, ils se tourneront logiquement vers l’Extrême-Orient, à l’image de notre service orné de superbes chinoiseries à rapprocher de dessins, réunis dans le Codex Schulz conservé à Leipzig, attribués à Johann Gregor Höroldt (1696-1775). En avril 1720, ce peintre sur porcelaine actif à Vienne arrive à Meissen, avec pour mission de renouveler les décors. Usant d’une palette haute en couleur, il travaille sur les très prisées chinoiseries. On retrouve sa main dans les nombreux personnages présents sur nos pièces, s’adonnant à la cérémonie du thé, discutant ou jouant de la musique, dans le naturalisme des charmants animaux et autres insectes.
Ce décor s’inscrit dans des réserves quadrilobées sur fond partiellement lustré, dit “Böttger”, encore cernées de dentelles dorées et arabesques carmin. Un masque de grotesque vient souligner la fantaisie sous le bec de la théière couverte, à monture en vermeil. Que demander de plus ? Une signature, peut-être ? Sachez donc que la marque du doreur figure au revers de toutes les pièces, tandis que des épées dorées se croisent sous la verseuse, la marque “KPM” accompagnée des épées croisées en bleu se trouvant sous la théière et le sucrier. Une sacrée histoire pour tous les amoureux de la spécialité !

meissen

Meissen, vers 1720-1730.
Service en porcelaine dure à décor polychrome de scènes chinoises animées, poinçons d’Augsbourg
du XVIIIe siècle pour le vermeil,
verseuse h. 19, théière h. 11, coffret 23,5 x 55 x 35 cm.

QUAND ?
Dimanche 30 mars 2014

OÙ ?
Lyon, Hôtel des ventes Lyon-Presqu’île.
Bérard - Péron - Schintgen SVV

COMBIEN ?
Estimation : 30 000/40 000 euros
Frais compris : 246 000 euros.

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La Gazette Drouot n°11 du vendredi 21 mars 2014- Caroline Legrand


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