La Gazette Drouot
Un décor peint de Luc-Olivier Merson
Toute une époque !
En 1898 est inauguré le nouvel Opéra-Comique. Chef d’orchestre des décors peints,
Luc-Olivier Merson s’est inspiré des grands répertoires du passé. Un réjouissant ballet...
Si la France médiévale s’était couverte d’un blanc manteau d’églises, dans les dernières décennies du XIXe siècle, ce sont les édifices publics qui essaiment à travers le pays : mairies, palais de justice, musées, théâtres, universités... Ainsi des peintres, tels Jean-Paul Laurens, Puvis de Chavannes, et Luc-Oliver Merson, bénéficient de commandes de peintures pour les salles de fêtes, les plafonds... et même les escaliers. Dès son premier envoi de la Villa Médicis, Saint Edmond, roi d’Angleterre et martyr, exposé en 1871, Luc-Olivier Merson se dirige vers la peinture d’histoire, avec – signe des temps –, un goût certain pour le Moyen Âge.
En 1874, il reçoit ses premières commandes de l’État, parmi lesquelles un diptyque pour orner la galerie Saint-Louis de la Cour de cassation, au palais de justice de Paris, des mosaïques pour des églises et pour le tombeau de Pasteur, ainsi que des cartons de tapisseries... Mais sa collaboration la plus aboutie est certainement le décor pour le nouvel Opéra-Comique, l’ancien ayant été détruit par un incendie en 1887. Pour ce chantier, l’État choisit en 1893 l’architecte Louis Bernier, grand prix de Rome appartenant au réseau de relations que le peintre a nouées à la Villa Médicis. Un atout vu les délais imposés, les deux hommes n’ayant aucun mal à travailler en étroite collaboration. Les décors – dont le programme a été décidé par l’inspecteur des Beaux-Arts, Charles Yriarte –, doivent être livrés pour l’été 1898. En février de l’année précédente, est proposée à notre peintre la somme de 25 000 francs pour trois peintures devant orner l’escalier Marivaux. Il accepte l’offre dès le lendemain et indique que les esquisses sont déjà prêtes ! Depuis un an déjà, il travaillait de concert avec Bernier et Yriarte sur deux sujets : Le Char de Thepsis et Un Mystère au Moyen Âge. Merson jouit d’une certaine liberté dans le choix de son iconographie, dans la mesure où il respecte la thématique choisie. Il situe donc La Poésie dans l’Antiquité et La Musique au Moyen Âge, et retient pour le plafond L’Hymne, l’Élégie et la Chanson.
Adjugé 3 098 euros frais compris.
Luc-Olivier Merson (1846-1920), La Musique au Moyen Âge, aquarelle, 35 x 60 cm.
Vendredi 30 mars 2012, salle 6 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30. Thierry de Maigret SVV. M. Millet.
Trois oeuvres de conception différente, comme un condensé de ses talents. Le paysage vivement coloré tient la place principale de la scène antique ; l’art de la fresque, inspiré des primitifs italiens, se déploie pour la musique médiévale, et l’on retrouve enfin le brio technique des drapés voletants et de la perspective des allégories, héritage direct du Baroque. À son habitude, le peintre multiplie les études, des dessins – conservés au musée d’Orsay, aux musées de Picardie, à Amiens, et Anne de Beaujeu, à Moulins –, et des esquisses à l’aquarelle et à l’huile. Pour La Musique au Moyen Âge, la symbolique est rapidement trouvée : dans un jardin, un maître de musique assis, jouant d’une sorte de petite viole de gambe près d’un parterre de fleurs – sous le regard de l’Inspiration, figure féminine vêtue de blanc –, dirige un concert, les chanteurs et musiciens étant répartis de part et d’autre.
Dans certaines études, les jeunes gens sont placés dans un palais, dans un parc, comme ici, ou autour d’une fontaine ; cette dernière version sera finalement retenue. Rien n’est laissé au hasard, partant de la figure nue, l’artiste ajoute les drapés, un geste, un pli. Le résultat ? Cette vision poétique et harmonieuse, à l’unisson du sujet, soutenue par une palette que l’on pourrait qualifier de préraphaélite. Dans le tableau définitif, les robes bleues, roses et vertes des jeunes chanteuses agenouillées, semblant tout droit sorties d’une tapisserie flamande, émaillent la scène. Les verts acides sont égayés de rouge franc, la robe du maître de musique, d’un prune profond, faisant écho aux tons sourds des musiciens.
La Gazette Drouot n° 12 - 23 mars 2012 - Anne Foster


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