La Gazette Drouot
Relief de sarcophage en marbre romain
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Les héros ne meurent jamais
Qui ne connaît Hercule ? Le voici en vedette d’une vente d’archéologie,
accomplissant cinq de ses exploits. Le travail, n’est-ce pas, c’est la santé !

Adjugé 684 105 € frais compris
(540 000 € sans frais)
Art romain, fin du IIe siècle apr. J.-C. Relief de sarcophage en marbre sur le thème des travaux d’Hercule,
97 x 169 cm (détail).
Vendredi 27 novembre 2009, salle 4 - Drouot-Richelieu
Boisgirard et Associés SVV. Mme Kevorkian.

Un modèle très proche du nôtre est visible aux Offices, à Florence, d’autres, comparables, sont conservés au Louvre, dans les jardins de Boboli, à Florence également, ou au palais Corsini, à Rome. Propriété, au XIXe siècle, d’un diplomate français en poste en Espagne, notre marbre fut très probablement l’objet d’une commande d’une grande maison et s’intégrait dans un ensemble illustrant les douze travaux du fameux héros grec. Un sacré morceau de sculpture d’époque romaine, sur lequel souffle encore l’esprit hellénistique ! Un auteur inspiré, un thème parmi les plus prisés, que demander de plus...
L’histoire de notre héros commence par une belle journée ensoleillée quand Zeus, à l’insu de son épouse Héra, s’unit à la belle Alcmène, qu’il a séduite en se faisant passer pour Amphitryon, le fiancé parti guerroyer. Trois saisons plus tard, Alcmène met au monde des jumeaux : l’un, nommé Iphiclès, est le fils d’Amphitryon, l’autre, baptisé Alkeidès, est celui de Zeus. Le bambin n’est encore qu’au berceau quand il accomplit son premier exploit, étouffant de ses mains deux serpents déposés dans son couffin par Héra. Cet acte de bravoure lui vaut son nom d’Héraklès, "celui à qui Héra donne la gloire". Curieux surnom, dont on ignore s’il fut du goût de cette dernière ! À dix-huit ans et de taille respectable, plus de deux mètres, notre jeune homme s’illustre dans les activités sportives et militaires, plus que dans celles de l’esprit ou dans le domaine des arts.
La raison des douze épreuves ? Il doit expier les meurtres de son épouse Mégare, de ses fils et de deux de ses neveux, commis dans une crise de démence, bien sûr insufflée par la chère Héra... Cinq de ses exploits sont visibles sur notre marbre. Le premier relate son combat avec le lion de Némée, en Argolide, qui terrorise la région et dévore ses habitants. Au terme d’une lutte acharnée, Heraklès étouffe le félin dans sa tanière, revêt sa dépouille telle une armure invulnérable. Pour sa deuxième épreuve, le voici aux prises avec un monstre des marais de Lerne, près d’Argos, se nourrissant de chair humaine ; la bête, au venin si toxique que son haleine et son odeur suffisent à empoisonner les mortels, est une hydre au corps de crustacé, affublée de plusieurs dizaines de têtes, dont l’une est immortelle. Il en faut plus pour décourager notre héros, qui en viendra à bout en brûlant les têtes au fur et à mesure qu’il les tranche, pour qu’elles ne se régénèrent point. Il suffisait d’y penser ! Pour son troisième exploit, Heraklès doit faire face à un animal tout aussi extraordinaire : une biche tachetée, dotée de cornes d’or et de sabots d’airain ; rapide comme l’éclair, elle appartient à l’attelage de la déesse chasseresse, Artémis. Autant dire qu’il n’est pas question de la blesser, encore moins de la tuer, mais seulement de la capturer. Une gageure... Relevée par notre homme, qui, ne pouvant l’approcher, vaincra le divin cervidé à l’usure, après une traque d’une année jusqu’aux limites du monde connu.
Rien ne sert de courir, dit le proverbe. Profitant d’une halte de la biche de Cérynie au bord d’un fleuve, Heraklès l’immobilise d’une flèche, sans qu’une goutte de sang ne soit versée. La poursuite sera tout aussi effrénée quand il s’agira de capturer le sanglier géant d’Erymanthe, en Arcadie, et d’exterminer de gigantesques échassiers aux plumes de bronze, terrorisant la cité de Stymphale de leurs ailes, leur bec et leurs serres d’airain. À cinquante-deux ans et après maintes pérégrinations, Heraklès peut enfin banqueter à la table des dieux de l’Olympe et jouir d’un repos bien mérité aux côtés de son épouse Hébé, qu’Héra lui a donnée en guise de réconciliation. Et pour l’heure, il se contente de surveiller les affaires des hommes depuis sa constellation...
Claire Papon
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