La Gazette Drouot
Un vase de Émile Gallé
EN RÉGIONS / Rose patriotique

Virtuosité technique et délicatesse du décor caractérisent ce vase fleuri de l’imagination d’Émile Gallé.
Une pièce d’exception à cueillir prochainement

Il existe moins d’une dizaine de vases de ce type. L’objet illustre toute l’audace technique d’Émile Gallé, mais aussi son imagination sans cesse exaltée par la nature. Appartenant à la pleine période de maturité du verrier, juste après l’exposition universelle de 1900 qui vit son triomphe, cette oeuvre s’accompagne de plus d’une petite histoire comme on les aime. C’est en effet en 1901 que Gallé invente le premier vase de ce type. Le commanditaire ? La Société centrale d’horticulture de Nancy, qui désire l’offrir à son premier président, Léon Simon.
Passionné de nature depuis son enfance en Lorraine et stimulé par le japonisme ambiant, Gallé pioche une nouvelle fois dans le répertoire végétal pour choisir son décor principal : la rose. Mais pas n’importe quelle espèce, la millénaire «Rosa Gallica», sobre et résistante, pouvant pousser dans n’importe quel sol et arborant une couleur soutenue, dite aussi «rose de France». Un choix et un nom qui résonnent d’autant que Léon Simon est un amoureux de cette fleur à laquelle il consacra un ouvrage, un temps président de la Société des rosiéristes français, mais aussi un Messin d’origine. Il quitta sa ville natale suite à l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par l’Allemagne, après la guerre de 1870. La rose de France, particulièrement présente à Metz, deviendra un symbole patriotique ! Par la suite, Émile Gallé réalisera quelques variantes sur ce modèle, mais aucune série de dépassera la dizaine d’exemplaires. Conservé dans la même collection depuis une trentaine d’années, notre vase n’affiche aucun défaut, aucune fêlure...
À l’aube du XXe siècle, Émile Gallé est au sommet de sa gloire. Il maîtrise désormais parfaitement les techniques du verre, certaines ayant été mises au point et brevetées par ses propres soins, qui devaient révolutionner ce domaine. Parmi elles, l’application à chaud du décor. Très délicate en raison des risques de choc thermique, celle-ci consiste à poser à chaud le décor, élément par élément, sur le corps déjà froid du vase. Émile Gallé en déposa le brevet en 1898. Avant d’en arriver là, la verrerie a été soufflée et façonnée à chaud, et non moulée comme les pièces industrielles, puis un premier décor, de bocage en fond, est réalisé à la meule en transparence – autre preuve de la finesse de la couche de verre. Grâce à l’application à chaud du décor en relief (soit ici une branche de rosier en vert violet, les feuilles vert amande, beige-rose et vert pâle) puis de la fleur en haut relief, rose vif et transparent, l’ensemble se détache sur le fond vert pâle ; un travail parachevé à la meule et à la roue. La touche finale ?
La signature japonisante d’Émile Gallé. Une marque dessinée par le maître verrier et appliquée uniquement d’après ses directives, variant en fonction de la forme et du décor. En hauteur, avec ses lignes sinueuses, celle de notre vase épouse la forme évasée du flanc et tente d’atteindre la rose. Un nouvel hymne à la nature !

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Émile Gallé (1846-1904), vase Rose de France, vers 1900,
en verre multicouche vert pâle à décor appliqué à chaud,
sculpté à la meule et à la roue,
h. 14 cm.

QUAND ?
Dimanche 27 mars 2016



OÙ ?
Cannes, Besch Cannes Auction SVV


COMBIEN ?
Estimation : 40 000/60 000 euros

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Détail
La Gazette Drouot n° 11 du vendredi 18 mars 2016- Caroline Legrand


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