La Gazette Drouot
Le Paris de Moï Ver
À PARIS / Moï Ver

Relativement méconnu, ce plasticien a été à la pointe de l’avant-garde photographique de l’entre-deux-guerres, donnant de Paris une vision aussi kaléidoscopique qu’explosive.

Le Paris de Moï Ver est une référence incontournable de l’histoire de la photographie. Pour autant, il est moins connu que le Paris de nuit de Brassaï, publié par Charles Peignot en 1932, ou le Paris vu par André Kertész paru aux Éditions d’histoire et d’art, en 1934. Notre ouvrage les précède, puisqu’il voit le jour en 1931, succédant au 100 x Paris (1929) de Germaine Krull. Il faut dire que durant l’entre-deux guerres la Ville lumière fascine. Point d’ancrage
de nombreuses révolutions artistiques, elle permettra, sous l’impulsion de photographes étrangers l’ayant choisi comme terre d’accueil, un renouvellement du domaine photographique. Là où Brassaï et Kertész offrent une vision de la capitale – certes différente, mais relativement classique dans la manière – Moï Ver en donne une traduction trépidante, dynamique, kaléidoscopique. Il fragmente, superpose, colle et agrandit les images, rappelant les montages ébouriffants de Marcel L’Herbier, notamment pour L’Argent, chef-d’oeuvre de 1928. Comme le cinéaste, Moï Ver appartient résolument à l’avant-garde. Son Paris est d’ailleurs préfacé par Fernand Léger, dont il a suivi les cours à l’Académie moderne après son arrivée en France, à l’automne 1928. D’origine lituanienne, il a étudié la peinture à Vilnius avant de partir au Bauhaus suivre les cours de Josef Albers, Paul Klee, Vassily Kandinsky et Hinnerk Scheper. Au sein de la célèbre école, il dévore l’ouvrage de Laszlo Moholy-Nagy, Malerei, Fotografie, Film (1925), s’intéresse à l’oeuvre d’un des maîtres du constructivisme, El Lissitzky, découvre les films d’Eisenstein et les photomontages de John Heartfield. Il délaisse alors la peinture pour s’orienter vers la photographie, et file profiter de l’ébullition créative parisienne. Là, il s’inscrit à l’École technique de photographie et de cinématographie de la rue de Vaugirard, tout en arpentant le Louvre pour copier les grands maîtres. Il écrit à son père qu’il en apprend plus en un jour à Paris qu’en un an à Dessau... Devenu dès 1929 photographe professionnel, Moï Ver n’oublie cependant pas les leçons du Bauhaus. Il retourne à Vilnius faire un reportage sur le quartier juif, publié en 1931 en Suisse, aux éditions Orell Füssli. Il s’attaque ensuite à son Paris frénétique. L’ouvrage est édité, à mille exemplaires numérotés, par Jeanne Walter, la première épouse de l’architecte Jean Walter ; ce dernier, ayant fait fortune dans l’exploitation minière au Maroc, finance son activité d’éditrice. Le dernier projet de Ver, Ci-Contre, ne sera jamais publié. Cent dix tirages destinés à cet ouvrage étaient exposés fin 2012 à la fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, constituant la première rétrospective consacrée à l’artiste en France. Moses Vorobeichic, de son vrai nom, s’est successivement fait appelé Moï Ver, Moï Wer et Moshe Raviv à partir de son installation en Palestine, en 1934. Il poursuivra là une carrière de photographe dans une veine plus classique, avant de revenir à la peinture au début des années 1950 et fonder une colonie d’artistes. Un créateur aussi trépidant que son Paris des années 30 !

photographie

Moï Ver (1904-1995),
Paris 80 photographies de Moï Ver.
Introduction de Fernand Léger,
éditions Jeanne Walter, Paris, 1931, photographies, photomontages et surimpressions en héliogravure,
in-4°, tirage limité à 1 000 ex.

QUAND ?
Jeudi 25 avri 2013.

OÙ ?
Salle des ventes Favart.
Ader SVV. M. Romand.

COMBIEN ?
Estimation : 20 000/25 000 euros.

La Gazette Drouot n° 15 -18 avril 2013 - Sylvain Alliod


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