La Gazette Drouot
Secaux imp�riaux chinois
La marque des grands

On ne s’en lasse pas : d’est en ouest, les sceaux impériaux chinois enflamment le marché, comme bientôt ce cachet inscrit d’un poème de l’empereur artiste Qianlong.

La tradition sigillaire a la vie dure en Chine. Aujourd’hui encore, parmi les souvenirs rapportés par les touristes se placent en bonne position les petites boîtes contenant l’encre rouge, accompagnées de leurs très décoratifs sceaux. Conçus à l’époque des Royaumes Combattants (480-221 av. J.-C.) pour valider le contrôle de la circulation des biens, ceux-ci demeurent en ce vingt-et-unième siècle une signature officielle. Leur utilisation s’est au fil des siècles codifiée et les collectionneurs ne s’y trompent pas. Le sceau peut être de taille plus ou moins grande, de forme ronde, carrée ou rectangulaire, et réalisé dans des matières variées, plus ou moins précieuses, du bois au jade, la stéatite, louée pour sa facilité de taille, étant souvent privilégiée. Bref, cet art fut porté à son apogée dans l’empire du Milieu, notamment sous la dynastie Ming, où le sceau devient partie intégrante des calligraphies et des peintures. Le petit objet va de nouveau provoquer force remous dans une salle des ventes, la tempête étant annoncée cette fois-ci du côté de la Bretagne. Haut d’une dizaine de centimètres, notre sceau reprend au revers une inscription poétique de l’empereur en personne, que l’on retrouve dans son ouvrage dédié à l’étude de la calligraphie. S’inspirant d’un verset célèbre du poète Tao Qian (365-427 apr. J.-C.), Qianlong écrit en zhuanshu “Yi Jing Miao Kan Hui” – que l’on peut ainsi traduire : “Je perçois l’essence de la vie d’ermite, cependant c’est au-delà de mes paroles”. Les vers impériaux se poursuivent avec l’émouvante évocation de la joie à pratiquer la calligraphie, mais également l’observation de la nature.
S’explique ainsi le délicat décor ciselé en bas-relief de notre sceau, montrant des lettrés se promenant dans un paysage de montagnes. Ce cachet aurait été utilisé pour marquer les peintures et calligraphies religieuses de la collection personnelle de Qianlong. En témoignent certaines oeuvres parvenues jusqu’à nous qui arborent fièrement cette inscription, notamment Le Sal [arbre] de longévité peint par Qianlong et conservé à Lhassa, une tapisserie en Kesi consacrée au bouddha, visible au musée chinois de l’impératrice Eugénie du château de Fontainebleau, et un Paon faisant la roue, tableau de Giuseppe Castiglione désormais au musée de la Cité interdite de Taipei. Grand lettré et collectionneur d’art, l’empereur Qianlong cumulait les qualités d’un grand guerrier et d’un artiste accompli. Il pratiqua avec persévérance la poésie, la peinture et la calligraphie. Curieux de l’histoire de l’art chinois, cet empereur mandchou commandita de nombreux travaux encyclopédiques, afin de conserver la trace de toutes les connaissances et de toutes les créations de la Chine depuis ses origines. Il créa de plus en son palais une immense collection d’art. Qianlong possédait plus de 1 800 cachets, dont 700 seraient aujourd’hui perdus et 1 000 conservés au musée de la Cité Interdite. Ce qui laisse une petite marge de manoeuvre pour les collectionneurs en quête d’un souvenir impérial !

cachet

Chine, époque Qianlong (1736-1795). Cachet en stéatite claire, à décor sculpté en bas-relief de lettrés dans un paysage montagneux, h. 9,3, l. 4,2 cm.

QUAND ?
Dimanche 24 novembre 2013

OÙ ?
Saint-Brieuc.
Armor enchères SVV. Cabinet Portier.

COMBIEN ?
Estimation : 200 000/300 000 euros

cachet
La Gazette Drouot n° 39 - 15 novembre 2013 - Caroline Legrand


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