La Gazette Drouot
L’amour de Saint-Gaudens
À PARIS / L’amour de Saint-Gaudens

Amor Caritas, dont une version fut acquise par le musée du Luxembourg en 1899, est considérée comme
une pièce majeure de la sculpture américaine. C’est aussi une histoire intime.

Son nom résonne bien français, et pour cause : son père, cordonnier, est né à Aspet (Haute-Garonne), village à quinze kilomètres de Saint-Gaudens, qui lui fournit son patronyme. Pourtant, Augustus a vu le jour à Dublin, ville natale de sa mère, et, six mois après, la famille émigre aux États-Unis, s’installant à New York.
Le jeune homme entre comme apprenti chez un coupeur de camée, tout en suivant des cours à la National Academy of Design, fondée en 1825 par des artistes américains pour promouvoir l’étude des beaux-arts dans leur pays. En 1867, à 19 ans, Augustus part pour Paris. Parlant français couramment, d’un caractère enjoué, séducteur, il se lie avec des artistes et des per­sonnes fortunées, qui vont lui commander des oeuvres.
Trois ans après, il s’installe à Rome, où il se marie avec Augusta Fisher Homer, d’une vieille famille de Boston. Il réalise une statue en marbre, Hiawatha, pour un ancien gouverneur de l’État de New York, certain que cette oeuvre «émerveillera le monde et assurera mon futur». Malgré cette fanfaronnade, Augustus Saint-Gaudens poursuit l’étude des grands sculpteurs italiens de la Renaissance, en particulier Donatello. Pour assurer le quotidien, il réalise de nombreux bustes et portraits, jusqu’à ce qu’il obtienne la commande du mémorial de David Glasgow Farragut, premier amiral de la Marine américaine et héros de la guerre de Sécession.
Le monument, dont le piédestal a été dessiné par l’architecte Stanford White, est un immense succès. Le sculpteur peut retourner à New York en 1880, où il prend comme modèle Albertina Hultgren, née en Suède en 1861 et plus connue sous le nom de Davida Johnson Clark. Elle devient rapidement sa maîtresse et lui donne un fils, Louis, en 1889. Augustus installe un atelier dans sa propriété à Cornish, dans le New Hampshire, qu’il baptise Aspet. Davida prête ses traits pour des oeuvres majeures, comme Diana, une statue installée au sommet du Madison Square Garden building, démoli en 1925, dont un exemplaire est visible au Metropolitan Museum. Elle inspire aussi le visage d’Amor Caritas, figure funéraire de l’ange ailé récurrente dans l’oeuvre de Saint-Gaudens, qui reçut de nombreuses commandes de monuments funéraires publics, notamment des héros de la guerre de Sécession, dont témoigne le mémorial du colonel Robert Gould Shaw pour Boston.
Notons que Shaw était à la tête d’un régiment de soldats afro-américains. Son monument combine haut et bas reliefs et montre avec beaucoup d’humanité et de compas­sion ces hommes. Le visage grave de Davida sied parfaitement à ce sujet évoquant la charité et l’amour chrétien, souligné par le symbole des fleurs de passiflore rappelant les instruments de la Passion (les vrilles pour la flagellation, les filets en cercle pour la couronne d’épines…). Le vêtement souple, ceinturé lui aussi par des fleurs de la passion, est à la fois un hommage à Donatello et une évocation de l’art nouveau. Plusieurs exemplaires et réductions furent fondus de cette image de son modèle, qui devait mourir trois ans après son amant.

sculpture

Augustus Saint-Gaudens (1848-1907),
Amor Caritas, 1898, épreuve en bronze à patine brune réalisée du vivant de l’artiste,
102,5 x 44 x 8 cm.

QUAND ?
Mercredi 24 juin 2015

OÙ ?
Salle 1 - Drouot-Richelieu.
Drouot Estimations SVV. M. Chanoit.


COMBIEN ?
Estimation : 70 000/90 000 euros.

sculpture
Détail
La Gazette Drouot n° 24 du vendredi 19 juin 2015 - Anne Foster


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