La Gazette Drouot
Un portrait de Richelieu
Richelieu, maître de l’univers

Philippe de Champaigne, portraitiste du ministre de Louis XIII, a laissé un modèle suivi par de nombreux peintres. Un culte du héros bien entretenu.

Depuis les empereurs romains, on n’avait plus vu une telle représentation de puissance. Fait d’importance, il s’agit en outre d’un cardinal, premier ministre du royaume de France. Seul artiste autorisé à représenter Richelieu en habits sacerdotaux, Philippe de Champaigne avait mis au point un portrait en pied, qui connut beaucoup de succès ; il a par exemple choisi de peindre Louis XIII en homme de guerre, une formule reprise par Le Brun, Van Loo et Rigaud. Le cardinal de Richelieu pouvait se permettre de se faire figurer en égal d’un roi. N’était-il pas un des personnages les plus importants d’Europe, et même d’Amérique du Nord, où il favorisa le développement et le peuplement des provinces canadiennes ? Craint, haï même, il laisse à sa mort, en 1642, un royaume puissant et le trône des Bourbons bien établi. Sa nièce, la duchesse d’Aiguillon, et son petit-neveu, Armand Louis de Vignerot du Plessis, deuxième duc de Richelieu, continuent de célébrer le culte du grand homme. Dans les années 1655-1665, le duc fait aménager une bibliothèque dans son château du Poitou et commande à Poussin Les Saisons. Fit-il alors réaliser ce portrait du cardinal par Charles-Alphonse Dufresnoy, élève de Simon Vouet et proche de Poussin ? On ne peut l’affirmer. L’iconographie est ici particulière. Pour celui qui affirmait “Quand une fois j’ai pris ma résolution, je vais droit au but et renverse tout de ma robe rouge”, l’artiste s’inspire du tableau (et ses variantes) de Philippe de Champaigne, mais place son modèle devant une grotte, dans un paysage où l’on voit un lion, un léopard et un serpent qui s’éloignent du puissant Richelieu, drapé dans les plis pourpres de son manteau et montrant de la main sa barrette cardinalice. Dans les autres portraits, les paysages qui servent de fond indiquent une victoire, une circonstance politique avantageuse de la vie de Richelieu. Le ministre tout puissant est mort depuis plus de vingt ans quand Dufresnoy choisit de l’évoquer d’une manière plus universelle, allégorique bien sûr, régnant sur le monde animal. Le peintre peut puiser dans le recueil de Cesare Ripa, publié en français en 1643, qui devait “servir aux poètes, peintres et sculpteurs, pour représenter les vertus, les vices, les sentiments et les passions humaines”. Le lion peut symboliser aussi bien la force et la justice que la magnificence et la générosité, le léopard servir d’allégorie de la stratégie militaire ou politique. Une référence à l’héraldique n’est pas non plus exclue : le léopard, insigne des rois d’Angleterre, et le lion des monarques espagnols désigneraient les victoires de la France sous le magister de Richelieu. Cette double lecture de symboles animaliers, positifs et négatifs, est à l’image d’un homme qui se vouait à une carrière militaire avant d’être obligé de rentrer dans les ordres pour conserver les bénéfices de l’évêché de Luçon. Frêle de constitution, les traits sévères, ce personnage affichait une prestance toute princière dans ses robes cardinalices.
cassas

Charles-Alphonse Dufresnoy (1611-1668),
Portrait allégorique du cardinal de Richelieu inspirant le respect aux animaux, huile sur toile, 110 x 80 cm.

QUAND ?
Lundi 24 juin 2013


OÙ ?
Salle 14 - Drouot-Richelieu.
Artemisia SVV. M. Kerspern.


COMBIEN ?
Frais compris 71 404 euros

La Gazette Drouot n° 24 - 21 juin 2013-Anne Foster


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