La Gazette Drouot
Maquette du paquebot France
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Appelez-moi France...
Il y a cinquante ans à Saint-Nazaire, le 11 mai 1960, l’ultime fleuron de la French Line épousait la mer.
Un anniversaire célébré aux enchères à l’échelle 1/100e.

Adjugée 28 000 euros au marteau.
Maquette du paquebot France à l’échelle 1/100e, 1965,
bois, long. 316 cm ; présentée sur socle sous vitrine, h. 171 cm.
Lundi 24 mai 2010, Hôtel Marcel-Dassault,
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Dworczak.

Ne cherchez pas ! Impossible de trouver une maquette équivalente du dernier grand transatlantique français. Cette commande spéciale, pour un particulier ayant appartenu aux hautes instances de la Compagnie générale transatlantique, nécessita d’ailleurs 300 000 F (367 800 euros en valeur réactualisée) en 1965. Le France – le vrai – a quant à lui coûté 404 MF cinq ans plus tôt, soit 595 840 000 euros. Ce qui équivaut au bas mot à deux Airbus A 380, plus rapides mais nettement moins glamour. Revenons plutôt à notre maquette, qui a nécessité sept mille heures de travail, sur cinq ans. Sa construction a donc duré plus longtemps que celle du paquebot : quatre ans, un mois et treize jours exactement. La première tôle fut posée le 7 octobre 1957. Le 11 mai 1960, salué par le général de Gaulle, "Le paquebot France est lancé. Il va épouser la mer".
Le modèle réduit du symbole maritime de la grandeur et de l’excellence nationale des trente glorieuses ne se contente pas de reproduire les lignes du navire. Il abonde en effet d’une foule de détails. Passons sur les rampes de sécurité et autres escaliers, pour nous attarder sur la représentation du mobilier – ah ! les parasols sixties de la terrasse du pont véranda ! – et des passagers. Penchez-vous sur la verrière du court de tennis, un match s’y déroule. Sur le pont-promenade couvert, admirez les élégantes, pressant le pas pour se préparer pour un cocktail. D’autres se prélassent au bord de la piscine couverte...
On vous l’avait dit, rien à voir avec un vol transatlantique, ficelé sur un fauteuil face à un plateau-repas exsangue et un écran de télévision de quelques centimètres. L’avion provoquera pourtant la mort des grands transatlantiques. Plus rapide, il est moins cher pour les passagers et assure la rentabilité des compagnies aériennes. En 1952, lorsque Jean-Paul Ricard, ingénieur en chef de la Compagnie générale transatlantique et futur concepteur du France, défend dans une revue spécialisée le projet d’un grand paquebot rapide, Boeing lance le programme du premier grand jet à réaction commercial, le futur 707. Lors du lancement du paquebot, 850 000 passagers traversent l’Atlantique en bateau, 200 000 de plus qu’en 1950. Mais, l’arrivée sur le marché du 707, inauguré par Pan Am en 1958, va rapidement changer la donne... Pour l’heure, France est un symbole national, chef-d’oeuvre technique qui assure à trente et un noeuds de moyenne et avec une régularité de métronome la traversée Le Havre-New York. Inutile toutefois de penser ravir le ruban bleu – qui récompense la traversée le plus rapide – à l’United State : le paquebot américain l’a remporté en 1952 à trente-cinq noeuds et demi de moyenne. La puissance de ses machines – secret militaire – est estimée à 260 000 chevaux, 100 000 de plus que France. Par contre, transat oblige, le Français remporte incontestablement le cordon bleu de la gastronomie ! Côté aménagements, par rapport au fastueux Normandie, les temps ont changé. France est un navire pratique, fonctionnel, confortable et plus démocratique que son aîné. Il offre seulement deux classes, qui occupent sensiblement le même pourcentage d’espace. Une HLM de luxe, diront certains, mais depuis 1948 une convention internationale oblige au strict compartimentage anti-feu des navires, empêchant les spectaculaires enfilades de vastes espaces qui avaient fait le succès du Normandie. Reste pour France une silhouette unique, fine et racée, taillée pour affronter les terribles colères de l’Atlantique.
Sans aucun doute, une des plus belles machines flottantes jamais créées...
Sylvain Alliod
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp