La Gazette Drouot
Une toile de Alphonse Osbert
À PARIS / L’heure bleue

Peintre de l’âme, Alphonse Osbert l’est indéniablement. S’ajoute à ce panneau peint dans le silence du soir une note poétique, qui résonnera dans une vente consacrée aux tableaux modernes

Il émane des oeuvres d’Alphonse Osbert une poésie panthéiste qui les rend immédiatement reconnaissables. Habitées par des femmes mélancoliques se mouvant dans des paysages oniriques, elles évoquent les sentiments humains. La nature, certes, fascine le jeune parisien passé par les solides enseignements académiques de Fernand Cormon et de Léon Bonnat. Il veut parvenir à la restituer avec ses pinceaux dans toute la simplicité de sa beauté et entend réagir contre le réalisme et un art naturaliste privé d’idéal. La société court vers une modernité débridée, marquée par les diktats du dieu progrès. À l’instar de ses condisciples symbolistes, Alphonse Osbert ambitionne de remettre la nature au coeur des préoccupations, et de réconcilier ses semblables avec le spirituel. L’artiste, issu de la mouvance pointilliste, puise ses premières influences stylistiques chez deux de ses amis, Pierre Puvis de Chavannes et Georges Seurat. Proche également d’Alexandre Séon et d’Edmond Aman-Jean, il partage leur intérêt pour la décomposition des tons et la symbolique des lignes.
Le bleu est son credo, il en jouera dans toutes les richesses de sa gamme. Au salon de la Rose+Croix de 1897 – sixième et dernière édition –, Osbert exposait neuf oeuvres ; le critique Gustave Soulier en retient «la note bleue des paysages [...] variant de l’azur blêmissant des aubes à la profondeur céruléenne des chaudes nuits.» Comme dans cette huile sur panneau, où une figure méditative contemple l’étendue d’eau dans le calme du soir. Le thème se retrouve dans de nombreuses compositions, Rêverie du soir, Au coucher du soleil, Confidences au bord du lac, Sous un rayon de lune... toutes peintes au coeur des années 1890. Notre tableau est d’ailleurs très proche d’une toile intitulée Le Calme de l’eau, de 1895, reproduite dans l’ouvrage de Jean-David Jumeau-Lafond publié à l’occasion de l’exposition «Les peintres de l’âme, le symbolisme idéaliste en France» au musée d’Ixelles, à Bruxelles (Snoeck-Ducaju&Zoon, Gand, 1999). On y retrouve la figure féminine prenant l’aspect d’une silhouette fantomatique, les arbres sombres au premier plan et la découpe lointaine de l’autre rive, le tout baigné par cette luminosité délicate et transparente.
Le recueillement prédomine. Osbert, dont la peinture deviendra de plus en plus monumentale, est reconnu par la critique et soutenu par le journal La Plume. Le succès acquis, comme nombre de ses confrères symbolistes, il aspire au décor. Les commandes publiques viendront à partir de 1902, pour le hall de l’établissement thermal de Vichy en 1904, la salle des séances de la mairie de Bourg-la-Reine, entre 1911 et 1914, le conservatoire de musique de Paris et pour d’autres encore. Le musée d’Orsay conserve un important fonds de toiles, esquisses et pastels légués par sa fille en 1992. Alors, qui sera le prochain à se laisser séduire par sa musique silencieuse ?

van dongen

Alphonse Osbert (1857-1939), Le Calme du soir, 1897,
huile sur panneau, 37 x 55,5 cm.

QUAND ?
Mercredi 23 mars 2016


OÙ ?
Salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon SVV. Mme Ritzenthaler


COMBIEN ?
Estimation : 6000/8000 euros

La Gazette Drouot n° 11 du vendredi 18 mars 2016 - Anne Doridou-Heim


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