La Gazette Drouot
Un tambour
Tambour battant

Deux jours de vente seront nécessaires pour disperser le monde merveilleux de Patrick Diant, témoin de la richesse des traditions régionales. Vive l’art populaire !

Direction les Hautes-Alpes pour ce tambour et ces fuseaux de dentellière. Située entre Gap et Briançon, la belle région du Queyras se découvre en quittant la vallée de la Durance, et en s’engageant dans la gorge encaissée au fond de laquelle gronde le Guil. Entouré sur trois côtés par le territoire italien, ce pays de 600 km2 est animé de villages aux grosses maisons de bois, habitées toute l’année par les hommes et leurs bêtes : Aiguilles, Abriès, Ville-Vieille, Molines et Saint-Véran, la plus haute commune d’Europe dont le clocher culmine à 2 040 m. C’est le pays des pins cembro et des mélèzes, des alpages, des cascades, des montagnards rudes de corps et fins d’esprit, patients et opiniâtres. Occupés à l’extérieur pendant la belle saison, hommes et femmes ne demeurent pas inactifs pendant les longues soirées d’hiver. Si quelques lettrés composent des vers, bien plus nombreux sont ceux qui travaillent le bois. N’allez pas croire toutefois que celui-ci est abondant ; les arbres étant rares, le pain cuit une fois l’an par manque de combustible. La région, pourtant, possède un abondant mobilier traditionnel : des tables, des coffres, des sièges, des lits clos, des berceaux, des armoires, des arches à grain, mais aussi des marques à pain ou à beurre, des coffrets (à bijoux, à lettres...), des boîtes, des rouets, des quenouilles. Et, surtout, des métiers (ou tambours) à dentelle et leurs fuseaux, que les hommes datent (1750 à 1880 essentiellement), agrémentent d’inscriptions galantes pour leurs belles, enrichissent des noms du donateur et de la propriétaire. Ciseaux, compas et gouges pour les messieurs, laine et fils pour les dames. On file et l’on brode au fuseau depuis le XVIIIe siècle, la fine de Valenciennes, la noire de Chantilly, la blonde de Normandie. Contrairement à l’Auvergne, où la dentelle est exécutée sur un carreau mis sur les genoux – petite caisse en bois évidé recouverte de drap ou de velours –, en Dauphiné, c’est sur un tambour que les femmes pratiquent l’art raffiné de la dentelle. Il est composé de deux joues de bois cylindriques réunies par des traverses, souvent recouvertes de paille cachée de toile ou de drap. Une étroite ouverture munie d’un taquet et d’une charnière sur l’un des côtés permet d’y ranger les fuseaux, délicates bobines de bois tourné décorées de coeurs, de rosaces et autres entrelacs, au bout desquelles sont accrochés les fils. Des plioirs, petites plaquettes sculptées et ajourées permettant d’enrouler la dentelle au fur et à mesure, complètent ce matériel, particulièrement bien conservé au Queyras. Côté ornements, on sculpte à profusion rosaces, spirales, rouelles, zigzags, frises géométriques et même le “noeud savoyard”, cet entrelac souvent utilisé comme symbole de l’amour dans le décor des coffres ou des objets offerts aux jeunes filles courtisées. Tombée en désuétude à la fin du XIXe siècle, cette production de bois sculpté a depuis rejoint musées et collections privées. Une autre façon de faire vivre les traditions...

tambour

Queyras, XVIIIe siècle. Tambour
de dentellière en pin cembro sculpté, avec sa toile d’origine, diam. 27 cm.

QUAND ?
Vendredi 22 novembre 2013

OÙ ?
Salle 2 – Drouot-Richelieu.
Ferri SVV. Mme Houzé.

COMBIEN ?
Estimation : 400/600 euros

tambour

Queyras, XVIIIe-XIXe siècle.
Ensemble de vingt-trois fuseaux
en bois d’essences diverses à décors géométriques,
l. 8,4 à 11,5 cm.

COMBIEN ?
Estimation : 150/250 euros

La Gazette Drouot n° 39 - 15 novembre 2013 - Claire Papon


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