La Gazette Drouot
Une toile de Léon-Augustin Lhermitte
Chronique du monde rural

Avec Bastien-Lepage, Léon-Augustin Lhermitte est l’un des chantres de la peinture paysanne.
La preuve par l’image, avec cette scène de travaux des champs. Lumière !

Les voyages forment la jeunesse... L’idée a dû faire son chemin dans la tête de notre artiste, fils d’un instituteur de l’Aisne, tombé dans la peinture dès son plus jeune âge – encouragé par son père –, venu à dix-neuf ans s’inscrire à l’École impériale de dessin, à Paris. Pour vivre, il signe des illustrations pour des boîtes de friandises et des catalogues d’ébénistes du faubourg Saint-Antoine. Horace Lecoq de Boisbaudran forme son élève “à peindre avec une vérité d’impression très remarquable quelques horizons, effets de lune et de soleil observés rapidement sur nature”. Dans un jardin clos derrière un cabaret de Montrouge, Lecoq apprend à Auguste Rodin, Jules Dalou, Félix Régamey, Alphonse Legros ou Henri Fantin-Latour... la peinture de plein air. Quand ceux-ci ne viennent pas travailler dans son atelier du quai des Grands-Augustins. Il faut croire que Lhermitte a retenu les leçons : il débute au Salon, dès 1864, avec des fusains proches de l’art de Jean-François Millet. L’un d’eux, Bords de la Marne près d’Alfort, lui vaut d’ailleurs le succès. Il a tout juste vingt ans. Jean-Baptiste Camille Corot lui prodigue quelques conseils, notamment sur l’organisation de la lumière. Le jeune homme est lancé. Le Lavage des moutons, 1876, La Moisson, 1874, Le Repos des moissonneurs, 1890 se lisent telles des chroniques de la vie rurale. C’est la réalité qui intéresse Lhermitte, celle de l’homme saisi dans sa vie quotidienne ou dans la nature qui l’entoure. Paysagiste, il fait pourtant la part belle aux hommes et aux femmes. Loin de les cantonner à la figuration, il les met en scène, occupés à manier faux et faucilles, à lier les gerbes, à aiguiser les outils, à s’occuper des animaux ou goûter un repos bien mérité... Proche de l’impressionnisme par sa palette claire, son dessin reste toutefois classique. Ses personnages sont bien souvent peints in situ, dans son village natal de Mont-Saint-Père, ou juste de l’autre côté de la Marne, à Mézy-Moulins, à une dizaine de kilomètres de Château-Thierry. 1879 est un bon millésime, puisqu’il découvre cette année-là l’Angleterre, où il retournera, et fait la connaissance du célèbre et incontournable marchand de tableaux de l’époque, Paul Durand-Ruel, qui exposera ses oeuvres.
Estimation : 60 000/80 000 euros.
Léon-Augustin Lhermitte (1844-1925), Moisson à Mézy, 1913, huile sur toile, 94 x 120 cm.
Mercredi 21 novembre, salle 7 - Drouot-Richelieu. Ader SVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
La Normandie et la Bretagne ont aussi ses faveurs, tout comme les villes d’eau, où il se rend pour des cures. Paysagiste délicat et habile dessinateur, Lhermitte reste également l’un des grands pastellistes de son temps. Prisé de son vivant à l’instar de ses confrères Jean-François Raffaelli, Alfred Roll ou Jules Bastien-Lepage, l’artiste bénéficie depuis du succès provoqué par l’altitude des prix atteints par l’auteur de L’Angélus. Même si Léon-Augustin Lhermitte préfère au synthétisme l’élément pittoresque traité avec maîtrise... Bref, un Zola ou un Maupassant de la peinture, à l’oeil de qui rien n’échappe ! En 1879, c’est en vain qu’Edgar Degas tente de le faire participer à la quatrième exposition impressionniste aux côtés de Claude Monet, Mary Cassatt, Camille Pissarro ou Paul Gauguin. Trois ans plus tard, Lhermitte fait sensation au Salon avec La Paye des moissonneurs, que l’État lui achète le jour même de l’ouverture ! L’impact sur le public est immédiat, le peintre accède définitivement à la notoriété. La Troisième République salue dans cette composition, aujourd’hui visible au Musée d’Orsay, l’image même d’un monde paysan symbole de paix, de travail et de stabilité. Quant à Vincent van Gogh, il assure dans une lettre à son frère Théo, en 1885, qu’il n’a rien vu de plus beau depuis des années. Tous les espoirs sont donc permis quant à la récolte de notre toile...
La Gazette Drouot n° 40 - 16 novembre 2012 - Claire Papon


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