La Gazette Drouot
Coup de coeur - Un automate : Le Dresseur d’oiseau
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Le dresseur d’oiseau
Ce jouet "made in Paris", typique de la Belle Époque, s’anime d’un simple tour...
et devrait faire tourner quelques têtes lors de la vente d’automates organisée à Chartres. Musique !

Adjugé 287 500 € frais compris.
Gustave Vichy, Le Dresseur d’oiseau
ou L’Oiseleur, 1895-1900, h. 115 cm.
Chartres, dimanche 20 mai 2007,
Galerie de Chartres SVV.

Voici le dresseur d’oiseau dit aussi l’oiseleur, un modèle déposé de la fabrique Gustave Vichy. Notre personnage en habit de cour, rappelle le catalogue de la célèbre maison parisienne, "joue de la flûte avec mouvement des doigts, lève et baisse l’instrument, salue, remuae les paupières et la bouche de façon très réaliste. Dès qu’il s’arrête de jouer, l’oiseau posé sur sa main gauche répète l’air en tournant la tête et en ouvrant et fermant le bec". Le tout sur une musique gaie et entraînante à quatre airs. Nous sommes à la Belle Époque, dans le Marais : le quartier résonne d’un joyeux tintamarre de carillons, de machines à percer et à découper. Il abrite alors menuisiers, horlogers et fabricants de jouets, bref, tout le petit monde de la bimbeloterie et des articles de Paris dont les grands magasins font leurs choux gras. L’industrie du jouet a en effet connu un essor sans précédent durant la seconde moitié du XIXe siècle. Petits et grands sont friands de jouets mécaniques, une spécialité bien française dont on vante à l’étranger la fécondité de conception.
"À Paris [...] les fabricants et les ouvriers sont d’infatigables chercheurs", note en 1851 un observateur de l’Exposition Universelle de Londres. Les éditions parisiennes réunissent un public venu des quatre coins du monde, qui se presse devant ces chefs-d’oeuvre d’ingéniosité. Tels de nouveaux Héphaïstos, nos fabricants imaginent des androïdes capables de s’animer, de danser, de chanter et de jouer de divers instruments. Ils mettent en scène le petit peuple pittoresque de Paris, vendeurs et couturières, mais aussi hommes et femmes du spectacle, acrobates et animaux savants, tout ce qui fait le charme de la capitale. L’un d’eux, Gustave Vichy, officie depuis 1866 rue de Montmorency. Ses parents, Antoine et Geneviève Vichy, étaient fabricants de jouets. Le fils s’engage dans les automates à musique, dont le public raffole vite. En quelques années, la maison se fait une belle renommée. "Monsieur Vichy serait excommunié, pour le moins, si les préjugés et les lois du Moyen Âge étaient encore en vigueur, ses automates l’emportent sans nul doute par la perfection du mécanisme et l’irrévérence des mouvements", déclare un contemporain. La fabrique est aussi l’une des plus florissantes : "Il n’est pas de jouets mécaniques plus soignés que ceux de cette maison qui occupe quinze hommes et dix femmes, fait 150 mille francs de production et exporte en Orient, en Amérique et en Europe", note un certain Loonen dans ses Rapports de l’Exposition Universelle de 1893.

Les plus belles pièces fabriquées alors en France, réservées à une riche clientèle, pouvaient atteindre la coquette somme de 1 000 francs ! Plus d’un siècle après, rien n’a vraiment changé. En décembre dernier, une Danseuse cambodgienne de la maison Gaston Decamps obtenait 330 000 euros, lors d’une vente chartraine qui faisait la part belle à cette fabrique concurrente.
Le 20 mai, on assistera au tour magistral de la maison Gustave Vichy. En avant vers un nouveau record mondial ?

À LIRE
Christian Bailly, L’Âge d’or des automates, 1848-1914, 360 pp, éd. Scala, 1991.
Stéphanie Perris-Delmas
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp