La Gazette Drouot
Page des Lauriers de César par René Goscinny
Cheuret en pleine lumière

De beaux coups d’éclats seront prochainement martelés à Morlaix sur des oeuvres provenant du petit-fils de l’artiste. Brillantissime !

Albert Cheuret s’est affirmé comme l’une des valeurs sûres de l’art déco en moins d’une décennie. Trois sculptures, gardées dans la famille et donc inédites sur le marché, éclairent l’oeuvre de cet artiste talentueux, pourtant encore méconnu. D’origine parisienne, le jeune homme étudie la statuaire auprès de Georges Lemaire, puis de Jacques Perrin. Ce dernier reçoit de nombreuses commandes d’édifices commémoratifs et l’initie à l’art du monumental, des marques de deuil et de mémoire s’érigeant partout en France au sortir de la Grande Guerre. La municipalité de Cannes organise ainsi, au printemps 1922, un concours en vue d’ériger un monument aux morts face à l’hôtel de ville. C’est justement Albert Cheuret, déjà auteur de plusieurs ouvrages à la facture académique, qui remporte la compétition. Grandiose, son groupe rappelant les grandes batailles sera inauguré cinq ans plus tard. Il se distingue par le travail du bronze, révélant un sens profond de la masse plastique. La maquette, sculptée dans une fonte d’édition ancienne et dont on attend aujourd’hui 7 500/9 000 €, représente deux fantassins, un aviateur et un marin. Tels des soldats romains, nos quatre poilus vainqueurs portent en triomphe une Victoire ailée sur un pavois ; d’une main, elle tient une couronne de lauriers et de l’autre, brandit un rameau d’olivier. Le sculpteur lui a donné les traits de son épouse… Albert Cheuret, qui expose pour la première fois en 1907, au Salon des artistes français, crée aussi dans un premier atelier proche du Champ-de- Mars, avenue Franco-Russe, des meubles et des objets décoratifs, souvent produits en pièces uniques. Certains, comme le spectaculaire luminaire Aloès, s’animent d’une étonnante fantaisie végétale. On y retrouve également les thèmes animaliers chers aux amateurs de l’art déco : le lustre Oiseau de Paradis, ciselé en 1924 en bronze et orné de plaques d’albâtre, concilie harmonieusement les arts de la sculpture et de la décoration. L’année suivante, Cheuret loue durant l’Exposition internationale une boutique sur le pont Alexandre III, où il présente des miroirs, des consoles, des luminaires et autres statuettes… Une Truite appartenant à cette veine ornementale, façonnée en bronze mordoré, pourra ici être attrapée autour de 3 500/4 000 €. Le sculpteur décorateur était-il, à l’instar de son confrère Jacques-Émile Ruhlmann un adepte inconditionnel de cette pêche en rivière ? Quant à notre vase, proposé en bon état et assorti de la même estimation, il s’enjolive d’un intérieur circulaire en zinc ourlé de bronze. Il dévoile une influence cubiste, où s’impose l’ordonnance rigoureuse du dessin. Une géométrie naît de ces diverses lamelles heurtées, travaillées en bronze plus ou moins martelé. Leur combinaison révèle un fort attrait pour l’exotisme. Liée à l’art nègre, elle évoque les tissus aux motifs asymétriques réalisées en écorce battue par des ethnies d’Afrique équatoriale. Du grand art.

obelix

Albert Cheuret (1884-1966), vase en bronze patiné partiellement martelé, épreuve à patine mordorée, fonte d’édition ancienne, signé, cachet « AC » et l’initiale «M», h. 21, diam. (au col) 11,3 cm.

QUAND ?
Lundi 19 mai 2014

OÙ ?
Morlaix, Dupont & Associés SVV.
M. Maury.

COMBIEN ?
Estimation : 3 000/4 000 €.

obelix

Albert Cheuret (1884-1966), vase en bronze patiné partiellement martelé, épreuve à patine mordorée, fonte d’édition ancienne, signé, cachet « AC » et l’initiale «M», h. 21, diam. (au col) 11,3 cm.

 

La Gazette Drouot n° 18 - Vendredi 9 mai 2014 - Chantal Humbert


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