La Gazette Drouot
verrerie chinoise �poque Qianlong (1735-1796)
Matière rare

Apparu en Mésopotamie au cinquième millénaire avant J.-C., le verre ne s’implante en Chine qu’à la période des Royaumes combattants. Récit d’une difficile conquête.

Maîtrise de la plupart des matériaux, celui qui nous intéresse – le verre – est resté relativement peu usité par cette grande civilisation. Le jade, la porcelaine ou la laque lui ont été nettement préférés quand il s’agissait de privilégier un rendu de surface à la fois brillant et translucide. Dans le large corpus typologique chinois, seules les tabatières, sous les Qing (1644-1912), ont largement bénéficié de la pâte de verre, qu’elle soit teintée ou laissée transparente pour abriter un délicat décor peint. Plus rares sont les porte-pinceaux réalisés dans cette matière. Les nôtres possèdent de plus le privilège d’être estampés de la marque de Qianlong, à quatre caractères. Des objets typiques du travail chinois du verre, opaque et traité en deux couches de couleurs contrastées, à la manière d’un camée. Comme le tabac à priser, le verre s’est installé dans l’empire du Milieu sous l’influence des pratiques venues d’Occident. L’artisanat s’est développé à partir des Ming (1368-1644) et, surtout, sous les Qing. La pâte de verre moulée était, elle, connue en Chine depuis la période des Royaumes combattants (Ve siècle-221 av. J.-C.). Sous les Zhou de l’Est (770-256 av. J.-C.) et durant la domination des Han, qui régnèrent de 206 avant J.-C jusqu’à 220 après, le verre est utilisé en plaque, comme substitut du jade pour les bijoux et pour recouvrir le corps des morts. La route de la soie servit de vecteur au verre romain, mais les Han transposent en verre moulé des formes typiquement chinoises, d’objets traditionnellement en jade ou en laque. La technique du verre soufflé, quant à elle, est introduite de l’ouest de l’Asie autour du Ve siècle, alors que parallèlement des objets en verre soufflé sont importés, plus tard retrouvés dans des tombes. Notre matériau prend alors du galon, son usage semblant lié au bouddhisme. Des vases reliquaires ont souvent été découverts sous des pagodes. De même, les fouilles ont montré que le verre était recherché au VIIe siècle, l’âge d’or du bouddhisme en Chine, et jugé digne des tombes impériales ; ce phénomène perdurera jusqu’au IXe siècle. Durant la dynastie Song (960-1279), il demeure lié au bouddhisme, notamment utilisé pour les vases en forme de gourde. Sous les Yuan (1279-1368), la production se concentre au nord-est de l’empire, dans le Boshan, où la couleur turquoise domine.
Si l’usage s’étend sous les Ming, il revient à un empereur Qing, Kangxi, d’avoir implanté en 1696 le travail du verre dans les ateliers impériaux de la Cité interdite, sous la houlette d’un jésuite allemand répondant au doux nom de Stumpf. Le verre acquiert un statut enviable et sa production se développe. Les formes sont résolument chinoises et les techniques les plus variées sont utilisées, dont l’overlay, comme pour nos porte-pinceaux impériaux. Les artisans vont également imiter avec le verre toutes sortes de pierres, le jade, l’aventurine ou le jaspe... Mais indubitablement, les Chinois n’ont jamais été attirés par la transparence du verre !

verrerie

Chine, époque Qianlong (1735-1796), porte-pinceau bitong en verre turquoise décoré en overlay rouge, au revers
de la base marque Qianlong à quatre caractères, h. 12 cm.

QUAND ?
Mardi 17 décembre 2013.

OÙ ?
Salle 13 - Drouot-Richelieu. Maigret (Thierry de) SVV. Mme Jossaume, M. Portier.

COMBIEN ?
Estimation :25 000/30 000 euros.

verre

Chine, époque Qianlong (1735-1796), porte-pinceau bitong en verre rouge décoré en overlay vert.
Au revers de la base marque Qianlong à quatre caractères,
h. 12,3 cm (petit éclat au bord).

COMBIEN ?
Estimation :10 000/12 000 euros

La Gazette Drouot n° 43 - Vendredi 13 décembre 2013 -Sylvain Alliod


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