La Gazette Drouot
Un Phaéton
EN RÉGIONS /L’envol de Phaéton

Provenant de la famille d’Arcangues, une rarissime voiture pour enfants du XVIIIe siècle devrait transporter les enchères. Quand souvenirs familiaux et histoire se côtoient.

Serez-vous au haras de Pau aussi intrépide que Phaéton ? Le fils du Soleil voulut conduire le char de son père, mais ses ambitions devaient le mener à sa perte. Il perdit le contrôle, commença à enflammer la terre et les océans. Pour mettre un terme à cette folie, Zeus le foudroya... Le risque sera moindre de prendre les commandes de cette superbe chaise pour enfants du XVIIIe siècle !
Très légère, découverte, à quatre places et haute sur roues, elle se nomme également «phaéton».
Petite variation par rapport au char divin, une paire de chèvres ou des poneys remplacent les chevaux du soleil. Si les modèles pour adultes du XIXe sont plus fréquents, ceux pour enfants du siècle précédent sont rarissimes. Il y eut les destructions révolutionnaires et ce type de locomotion restait l’apanage des familles aristocratiques, voire princières ou royales. L’histoire se rappelle ainsi de la voiture hippomobile du jeune Louis XV ou de celles des dauphins de France, dont le futur Louis XVII. Les royaumes étrangers furent également sensibles à ces beaux joujoux, la maison des Wittelsbach, en Allemagne occidentale, en possédant quelques beaux modèles pour ses héritiers au trône. Notre phaéton, dans un bel état de conservation, arbore lui aussi un superbe décor. Selon l’expert Yves Dauger, il nous conduit à la première moitié du XVIIIe siècle, présentant d’une part un style encore Régence avec la coquille et de belles sculptures de feuillages à l’avant du train et des brancards, également très travaillés. Néanmoins, les peintures de trophées militaires sur les panneaux latéraux, en or sur fonds laqués rouge, datent plutôt de la fin du XVIIIe, suite à des repeints et des restaurations, indispensables pour une chaise qui est régulièrement utilisée et remise au goût du jour pour chaque nouvel enfant. D’ailleurs, notre phaéton n’est-il pas resté dans la même famille depuis ses origines ?
Il faut dire que son vendeur n’est autre que Michel d’Arcangues, neuvième marquis d’Iranda. Établie depuis le XIIe siècle dans le Pays basque, l’illustre famille fut anoblie au XVIIIe par le roi d’Espagne. De tradition familiale, cette chaise appartenait à Miguel d’Arcangues, l’arrière-grand-père de l’actuel marquis. Capitaine de dragons, celui-ci a reconstruit en 1900 le château d’Arcangues sur les plans de celui du XVIIe, afin d’accueillir des visiteurs de prestige, parmi lesquels le roi Edouard VII d’Angleterre, la reine de Serbie ou son voisin Pierre Loti. Grand cavalier et amoureux du cheval, le marquis acquit de nombreuses voitures hippomobiles de collection, dont un grand nombre sera ici proposé, notamment son Parc Drag fabriqué en 1905-1908, aujourd’hui estimé 40 000/50 000 €.
Notre phaéton pourrait cependant être arrivé bien avant dans la famille. Les jaune et rouge d’origine, sous le maintien et la caisse, sont les couleurs des Arcangues. De plus, si le marquis devait déposer la plus grande partie de ses voitures au haras de Pau Gelos après un incendie dans la remise du château, il avait conservé le phaéton... dans son salon !

bacon

XVIIIe siècle. Phaéton (ou chaise pour enfants),
caisse et train en bois sculpté de rinceaux feuillagés et coquille,
laqué rouge et doré, l. 217 cm, larg. 98 cm.

QUAND ?
Samedi 17 octobre 2015

OÙ ?
Haras national de Pau Gelos.
Cuvreau Expertises Enchères SVV,
Orne Enchères SVV. M. Dauger

ESTIMATION ?
20 000/30 000 €

bacon
Détail
La Gazette Drouot n° 34 du vendredi 9 octobre 2015 - Caroline Legrand


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