La Gazette Drouot
Une aquarelle de Louis-Fran�ois Cassas
Les voyages forment la jeunesse

Séduisante, notre aquarelle témoigne, en cette fin de XVIIIe siècle, de la vision d’un peintre voyageur
sur les rives de la Méditerranée. Embarquement immédiat...

En octobre 1784, Louis-François Cassas embarque à Toulon à bord du Séduisant. Le but de ce périple financé par le comte de Choiseul-Gouffier, nouvellement nommé ambassadeur auprès de la Sublime Porte ? La représentation des principaux monuments, sites archéologiques et costumes de l’Empire ottoman, ainsi que l’achat de médailles, monnaies et sculptures destinées à enrichir les collections du diplomate. Sans oublier, à la demande de Louis XVI et de son ministre Vergennes, la surveillance de ces territoires et de l’une de ses provinces, l’Égypte, déjà objet d’enjeux politiques. Bref, l’utile associé à l’agréable... Cassas exécute sur place de nombreux dessins, croquis et relevés, qui plus tard, en atelier, inspireront les aquarelles et autres oeuvres plus ambitieuses, notamment son Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine et de la Basse Égypte (1798-1804). Soit 330 planches gravées destinées à l’illustration de trois volumes... Mais, la collaboration tournera court entre l’artiste et le diplomate, ce dernier trouvant refuge à l’étranger durant la période révolutionnaire, alors même qu’il s’était engagé à financer la publication des ouvrages.
Durant un peu plus d’un an, Cassas et ses compagnons vont visiter Constantinople, Smyrne, Éphèse, Chypre, Palmyre et le désert syrien (mai-juin 1785), Baalbek (juin-juillet), Jésuralem, la Palestine et, enfin, l’Égypte. Notre peintre ne regagnera Paris qu’en 1791, après quatre années à Rome. “J’ay resté à Baalbek 20 jours et j’y ay été assez tranquille. J’ai dessiné et mesuré les principaux monuments qui ne cèdent en rien aux belles antiquités de Rome par la grandeur, la noblesse et la pureté de l’architecture”, écrit-il à l’ambassadeur durant son séjour. Généreux par ses dimensions, notre caprice architectural séduit par la précision des détails, la douceur de sa lumière et son atmosphère toute paisible. Un peu comme si le temps s’était arrêté il y a longtemps... En bordure de la plaine fertile de la Bekaa, à 1 150 m d’altitude, l’ensemble des temples de Baalbek fut édifié à l’époque gréco-romaine sur des vestiges de tradition phénicienne. Aussi majestueux que monumental – certaines colonnes s’élevaient à plus de vingt mètres –, le sanctuaire fut l’un des plus célébrés du monde antique et demeure l’un des témoignages les plus impressionnants de l’architecture romaine à l’époque impériale. On imagine combien il fit sensation sur notre artiste ! L’Orient a toujours fasciné l’Europe – et pas seulement celui des Mille et une nuits avec ses sultans, ses femmes lascives et sa végétation exotique. Louis-François Cassas, né à Azay-le-Ferron, en Indre-et-Loire, d’un père géomètre des routes royales, fait ses classes comme dessinateur d’architectures sur les chantiers de construction avant d’intégrer l’Académie de dessin du duc de Rohan-Chabot, à Paris. Jean-Jacques Lagrenée le Jeune et Jean-Baptiste Leprince, peintres et graveurs, lui apprennent à partir de 1774 la maîtrise de la composition, l’utilisation du lavis et le goût du pittoresque. Nul doute, il en a retenu les leçons...
cassas

Louis-François Cassas (1756-1827), Personnages dans les ruines du temple de Bacchus à Baalbek, aquarelle, 65 x 90 cm.

QUAND ?
Lundi 17 juin 2013

OÙ ?
Salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Delettrez Charles-Édouard SVV.
M. Chanoit.

COMBIEN ?
Estimation : 20 000/25 000 euros.

La Gazette Drouot n° 23 - 14 juin 2013- Claire Papon


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